‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 469 sur 656 · CAUTÉRISATION TAR LE SAC LACRYMAL · texte numérisé non relu

CAUTÉRISATION TAR LE SAC LACRYMAL

Le sac lacrymal une fois ouvert, l’opérateur y introduit, à travers une canule, un cautère rougi à blanc, ou une mèche enduite de nitrate d’argent, et, à l’aide de ces caustiques, il cherche à agrandir les points rétrécis du canal en se comportant à cet égard comme on le fait pour le canal de l’urètre dans des cas analogues. Cette méthode (l) est donc loin d’être nouvelle, puisque H-eister avait déjà parcouru le canal nasal avec du nitrate d’argent , et que Guy de Chauliac avait déjà recommandé de se servir d’une canule pour protéger l’œil quand on faisait usage du fer rouge.

Procédé de Deslandes.

L’opérateur, dans ce procédé, commence par faire pénétrer un mandriu dans le canal nasal, .afin de désobstruer ce conduit et de faciliter l’introduction du porte-caustique ; puis il remplace ce dernier par un instrument sur lequel existent deux rainures parallèles à sa branche verticale et dans lesquelles on a placé du nitrate d’argent fondu. Reste ensuite pour cautériser le canal à tourner l’instrument sur son axe (2).

Procédé de Btrmond.

Le chirurgien de Bordeaux commence par amener le fil conducteur de Méjean par les voies naturelles , et par le fixer à l’aide d’une mèche enduite de cire; puis il entraîne cette dernière dans le

(1) Arch. de méd., t. i, p.290.

(2) Revue méd., t. n, p. 197.

canal nasal, à l’effet de prendre l’empreinte du mal, et il la sort du nez en tirant sur le fil qui se trouve à l’extrémité libre de cette espèce de bougie, et la remplace par une lente composée de quelques brins de charpie pénétrée par une pâte solide et qu’on a eu soin de rendre caustique dans la portion qui doit se trouver en contact avec la partie rétrécie du canal (1).

Procédé de M. Gensoul.

L’ancien chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de Lyon fait usage d’un petit cathéter à courbure analogue à celle des voies lacrymales,' qu’il introduit par le cornet inférieur et qu’il fait pénétrer jusque dans le. canal nasal à l’effet de reconnaître le siège du mal : une fois ce siège reconnu, il le cautérise ensuite directement avec un porte-caustique chargé de nitrate d’argent, et il. arrive ordinairement très-vite sur la partie. Il faut, en effet, avoir vu comme nous M. Gensoul se servir de ce procédé pour juger de la promptitude avec laquelle il l’exécute (2).

e. FORMATION D’UN CANAL ARTIFICIEL.

Suivant Aélius et Paul d’Egine, Archigène avait l'habitude de perforer l’os unguis avec un foret pour obliger les larmes ou les matières à parcourir les fosses nasales ; et à en croire Rhasès et Avicenne , Sabor-Ebn-Saël fait aussi l’éloge de ce moyen, blâmé, au contraire, par Mesué et Guy de Chauliac (3). Celse (4) parle aussi de l’extirpation du sac et de la cautérisation de l’os unguis comme d’une méthode dont on fait un usage fréquent. Enfin G. de Salicet (5) et J. deVigo (6) en font aussi mention. Cette méthode , encore employée de nos jours, compte un assez bon nombre de procédés, qui varient suivant la direction qu’on imprime au canal nouveau.

(1) Thèses de Paris, 1827, n° il.

(2) Bull, dcs.se. méd. , t. xxiV, p. 111.

(3) Grande chvrurg., trad. de Joubart, p. 353. Rouen, 1629.

(4) Trad. de Ilennin, t. u, p. 251-232.

(5) Tract, xi, cap. xiii.

(6) Pract. cliir., tract, u, cap. xvm, p. 16, cd. 4, 1533.

DE MÉDECINE OPERATOIRE.

Procède de Wathen,

Le chirurgien dont nous parlons a proposé de pratiquer un conduit artificiel dans la direction môme du canal naturel qui n’existe pas, et cela à l’aide d’un foret, puis de le maintenir ouvert en y plaçant une canule à demeure, ainsi que nous levons vu faire une fois à Dupuytren (1).

Procédé de M. Laugier.

Ce procédé consiste à établir une ouverture de communication entre le sac lacrymal et le sinus maxillaire. A cet effet, l’opérateur ouvre d’un coup de bistouri le sac nasal , puis fait glisser sur la lame de cet instrument un petit trocart dont la tige est coudée à 12 millimètres de la pointe, celle-ci tournée en bas ,1a saillie de l’angle en haut et en dedans. Une fois que l’instrument a pénétré dans la partie supérieure du canal nasal, l’opérateur en élève le manche et tourne la saillie de l’angle vers la racine du nez , puis il incline sa pointe vers la paroi externe du canal nasal, et, à l’aide d’un léger effort, il le fait pénétrer dans le sinus maxillaire et U tourne enfin d’arrière en avant et d’avant en arrière et sur elle-même la tige du trocart pour arrondir l’ouverture, puis, tout cela fait, il la retire. Dans la crainte de voir se rétrécir l’ouverture osseuse, M. Laugier conseille d’enfoncer toute la paroi qui sépare le canal nasal du sinus; mais si après avoir eu recours à ce procédé on avait lieu de craindre un semblable accident, il serait beaucoup plus rationnel de recourir à une canule à double rebord ou à double bouton pareil à celui dont Dupuytren faisait usage pour la guérison de la grenouilleltd (2).

, Procédé de JVoolhousc.

Pour exécuter ce procédé, l’opérateur pratique au grand angle de l’œil une incision en demi-lune qui intéresse le tendon du muscle orbiculaire, et ouvre ensuite largement le sac lacrymal, puis, afin de mettre à nu l’os unguis, il enlève la muqueuse cl remplit ensuite la plaie

(1) Malgaigne, Thèse de' concours.

Paris, 183.”.'

(2) Arcli. gén. de méd., 2' série, t. v, p. 48.

de charpie, et n’achève l’opération qu’au bout d’un ou de plusieurs jours, dans le cas où le sang viendrait à l’embarrasser. A cet effet, il enfonce une tige pointue de haut en bas, de dehors en dedans et d’avant en arrière jusque dans les fosses nasales, et à travers la gouttière lacrymale ou la partie inférieure de l’os unguis. Il introduit ensuite dans celte ouverture soit une mèche de charpie, soit une petite canule conique, afin de l’empêcher de se refermer, et, une fois les laords cicatrisés ou calleux, il y met une canule d’or un peu conique, et une fois les bords delà plaie cicatrisés, et à plus forte raison, devenus calleux, l’opérateur y introduit alors une canule d’or un peu étranglée à sa partie moyenne, afin de l’empêcher de s’échapper ni en dedans, ni en dehors (1). Du reste, rien n’a plus varié que les procédés divers dont on a fait usage pour exécuter cette perforation; ainsi, pendant que Woolliouse se servait pour la pratiquer d’un poinçon, Saint-Yves (2) recommandait le cautère actuel. Dionis (3), La Charrière, Wiseman (4)’ se servaient aussi du fer chaud. Monro (5) faisait usage d’un trois-quarts pour la perforation de l’os, et Hunter (.6) d’un emportepièce propre à emporter à la fois un disque de l’os unguis et des deux membranes entre lesquelles il se trouve, de manière à obtenir une ouverture circulaire d’une largeur de 2 à 4 millimètres.

Nicod (7) enfin eut recours en même temps et à la perforation par le trocart et à la cautérisation , et Warner (8) a proposé de détruire largement l’os unguis et d’extirper le sac; et en cela il a été imité par M. Gerdy (9), qui est partisan déclaré de la destruction complète du canal.

Procédé de M. Malgaigne.

M. Malgaigne dit avoir rencontré un cas d’oblitération du canal sur un gar-

(1) Malgaigne, thèse citée, p. 4-4.

(2) Dict. de méd. en 30 vol., t. xvir. . 410. ’

(3) Ibid., t. xvrr, p. -411.

(■4) Malgaigne, thèse citée, p. .45.

(5) Tbèse de Haller, t. iv, p. -240.

(6) Dict. de méd. en 50 vol., t XVir

(7) Malgaigne, thèse citée.

(S) Gaz. méd. de Paris, p. 770. 1835.

(^Journal descorm. mécL-chir., t.iv,

çon île douze ans. Du moins, après avoir mis à nu le sac lacrymal par une large incision, il lui fut impossible de trouver trace du canal , et alors il eut recours au procédé suivant : il enfonça, dans la direction qui lui parut être la plus rapprochée de celle du canal , le mandrin de la canule, lequel est assez pointu pour pénétrer aisément; puis, une fois l’instrument arrivé dans les fosses nasales, il le retira et y ajusta une canule à double bourrelet, et l’enfonça de vive force dans le trou qu’il venait de faire (1), de telle sorte que l’opération fut terminée en quelques secondes.

f. OBLITERATION DES VOIES LACRYMALES.

Pour y parvenir, l’opérateur détruit le sac lacrymal ou se borne à l’oblitération des points lacrymaux.

Procède de J. Nannoni.

Pour exécuter ce procédé, l’opérateur commence par ouvrir le sac avec un bistouri ; puis, cela fait, il remplit ce dernier avec de la charpie et, une fois ta douleur passée, il procède à sa destruction avec un narcotique dans lequel il fait entrer l’alun et le précipité: différant en cela de L. Nannoni son frère, qui préférait dans les cas rebelles avoir recours au cautère actuel.

Procédé de Bosche.

Bosclie, uu lieu de procéder comme A. Nannoni conseille de le faire, se borne à cautériser les points lacrymaux avec un crayon très-ténu et rempli de nitrate d’argent. Ce procédé, que nous avons vu exécuter, a donné des résultats moins mauvais que nous n’étions disposé à le penser'.

APPRÉCIATION

Juger la valeur de chacune des méthodes préconisées pour le pansement de la fistule lacrymale et de chacun des procédés qui s’y rapportent n’est, à coup sur, pas chose facile , surtout si l’on songe qu’après avoir apprécié chacune d’elles individuellement il faut ensuite les comparer entre elles et leur assigner

(1) Manuel de médec. opérât., p. 30’3.

à chacune un rang. Que dirons-nous, par exemple, de la compression, sinon qu’on a eu tort d’affirmer qu’elle ne pouvait être d’aucune efficacité? Nous ajoutons même qu’à priori on aurait pu assurer qu’elle devait réussir quelquefois; car qui ne sait les avantages qu’on retire de la compression dans les inflammations chroniques? Nul cloute même que ce moyen réussirait beaucoup plus souvent si, au lieu d’agir sur le sac lacrymal, la compression pouvait porter davantage sur le canal qui est le plus souvent obstrué. Et quant à cette autre espèce de compression connue sous le nom de dilatation , sans doute on a eu tort de la comparer à la dilatation progressive de l’urètre; car il n’y a entre les deux méthodes qu’une analogie assez éloignée, et les auteurs i’ont si bien senti qu’ils ont bien plus compté sur les injections que sur elle: et cependant on comprend que si on commençait à placer une sonde en argent ou en gomme élastique et qu’on la laissât en place jusqu'à ce qu’elle fut devenue mobile , on pourrait, pour éviter les difficultés de l’introduction d’une sonde plus grosse, faire pénétrer dans la première un mandrin qu’on laisserait dans le canal, en retirant la sonde, et qui pourrait servir de conducteur à plusieurs autres dont on augmenterait successivement le volume. Au besoin, d’ailleurs, le stylet de Méjean pourrait être mis en usage, ainsi que l’a fait Cabanis pour diriger la sonde de Laforest.

Parlerons-nous maintenant des procédés recommandés par J.-L. Petit, qui incise, on le sait, la tumeur pour y faire pénétrer de haut en bas une bougie conique. ; de celui de Lecat, qui fait usage d’une corde à boyau; de celui deScarpa, qui préfère hne tige de plomb ; ou de ceux qui aiment mieux recourir à une bougie de gomme élastique ou à un séton, etc., etc.; mais tous ces procédés, y compris celui de Pouteau, exigent nonseulement un temps infini, mais surtout sont on ne peut plus désagréables pour le malade; et comme ils sont en général moins efficaces que ceux qu’il nous reste à apprécier ils sont généralement abandonnés. Cependant , il faut le dire , M. Davat (1) a présenté récemment à la Société médicale d'émulation de Paris r.

(1) Gaz. des hôp., 2 juillet 1844, n»7T. p. 507.

DE MÉDECINE

un mémoire dans lequel il parait avoir prouvé qu'en joignant la dilatation aux injections, on devait réussir très-souvent. Ayant eu en effeL à soigner une femme qui était atteinte de tumeur lacrymale, il ponctionna d abord le sac avec une lancette aiguë et y fit glisser un stylet qui s’arrêta un peu au-dessous de l'orifice osseux du canal nasal ; et, comme cet instrument ne pouvait avancer , M. Davat le remplaça par le mandrin de la canule à demeure, qui arriva bientôt dans les fosses nasales. Une fois le canal désobstrué, M. Davat y conduisit un stylet boutonné et qui de plus était troué au-dessus du boulon, de manière à y passer un fil de soie très-solide ; puis, une fois descendu dans la fosse nasale , il s’empara du fil à l’aide d’une pince, et retira le stylet, qui parcourut ainsi une seconde fois toute l’étendue du canal nasal, entraînant avec lui l’autre fil ■ de soie, qu’on fixa sur le front du malade. L’usage de ces moyens et d’un collyre astringent n’ayant pas empêché la tumeur de se reproduire chaque matin, M. Davat eut recours au procédé Laforest modifié au moyen de son fil <le soie qu’il fit servir de conducteur à la sonde de la manière suivante. Il fit saisir le bout supérieur du fil par un aide, en lui recommandant de le maintenir solidement entre les doigts appliqués contre le front du malade; puis il Introduisit le bout inférieur du fil dans une sonde métallique ouverte à ses deux extrémités, et longue de G à 9 centimètres : il lira ensuite sur le fil de soie, qui se trouva ainsi tendu et fixé invariablement par l'aide à sa partie supérieure ; il fit glisser sur lui la sonde préalablement huilée , et qui pénétra saus la moindre difficulté et sans heurter les bords de l’orifice du canal. Cette sonde étant restée trois heures , M. Davat s’en servit ensuite pour introduire dans le canal une injection de guimauve à laquelle on substitua peu de temps après une eau légèrement alumineuse.

— La canule retirée, fut introduite de nouveau le lendemain; de nouvelles injections furent aussi répétées et cela pendant cinq jours, au bout desquels la tumeur lacrymale ayant cessé de reparaître et l’ophthalmie étant guérie, il ne resta plus qu’un point fistuleux qui avait succédé à la ponction du sac. Le mal ayant reparu le quinzième jour, c’est-àdire le malade ayant éprt^uvé du larmoiement et un gonflement douloureux

du sac lacrymal, M. Davat reprit le traitement et pendant dix jours l appliqua quotidiennement ; puis ensuite tous les deux jours, puis tous les trois jours, et au bout d’un mois la guérison fut complète et depuis ne s est pas démentie.

A Dieu ne plaise que nous mettrons en doute ce fait de guérison, ainsi que ceux que M. Davat dit avoir obtenus à l’aide d'une méthode empruntée à la dilatation et à l’injection. Il est à remarquer en effet que l’incision du sac et l’introduction d’un fil de soie appartiennent au procédé de dilatation de J.-L. Petit, de Lecat, de Scarpa, et surtout de Desault et de Pamard d’Avignon ; et quant au moyen auquel M. Davat a eu recours, il est évident que cette espèce de cathétérisme forcé ressemble à celui de Dupuy tren et à celui de Ware, puisque dans chacun de ces procédés on agit brusquement pour conduire d’un seul coup, soit une canule, soit une tige métallique, et cela delà partie supérieure du canal nasal à sa partie inférieure. Il ne reste donc en propre à M. Davat dans le procédé qu’il préconise que l’usage auquel il fait servir le fil de soie en le rendant conducteur de la canule métallique pour faciliter son entrée dans le canal : on ne saurait assimiler en effet ce détail opératoire à ce que faisait Cabanis , lorsqu’il se servait du stylet de Méjean pour diriger la sonde de Laforest. Remarquez en outre que la méthode de Davat diffère de celle de Laforest sous plus d’un rapport : ainsi ce dernier commence par introduire une sonde pleine qu’il laisse pendant plusieurs jours pour frayer la route, et il la remplace ensuite par une algalie creuse qui séjourne jusqu’à la fui de la cure, tandis que dès le début M. Davat introduit une sonde creuse ou une algalie qui ne doit séjourner dans le canal que deux ou trois heures chaque jour.

Maintenant jusqu’à quel point la méthode que nous venons de décrire estelle préférable à celle de Dupuytren dont nous allons parler? A en croire M. Davat, le choix ne saurait être douteux : le procédé de dilatation uni aux injections doit l'emporter sur la canule à demeure, à cause des inconvénients nombreux que présente l’emploi de cette dernière. Nous ne saurions pour notre part partager entièrement ce sentiment.

Sans doute il s’en faut de beaucoup que la canule à demeure de Dupuytren mé-

694 TRAITÉ

rite les éloges absolus qui lui ont été donnés par ceux-là mômes qui aujourd’hui reconnaissent qu’elle présente beaucoup d’inconvénients , notamment par M. Velpeau ; mais elle n’en est pas moins, comme procédé, d’une rapidité d’exécution vraiment remarquable , et c’est quelque chose en effet pour un malade que de pouvoir immédiatement après une opération s’occuper de ses affaires. D’ailleurs la méthode est loin de présenter tous les inconvénients qu’on lui attribue. Il suffit en effet, pour en éviter une partie, de modifier un peu le procédé de Dupuÿtren. Sans doute on a vu la canule remonter parfois sous la peau, et dans d’autres circonstances descendre dans les fosses nasales, ou traverser la voûte palatine, ou s’engager dans le sinus maxillaire ; sans doute plus d’une fois on s’est vu dans la nécessité de procéder à son extraction , et plus d’une fois aussi on a vu apparaître soit des inflammations érysipélateuses ou phlegmoneuses au grand angle de l’œil ; sans doute enfin, plus d’une fois aussi, on a vu le mucus ou la poudre de tabac la remplir et l’oblitérer, ou bien l’argent s’oxyder et obturer la canule ; mais tous ces inconvénients, signalés depuis 1816, peuvent, nous le répétons, en grande partie être évités, car ils sont dus ou à l’étroitesse de la canule ou à son excès de longueur, ou à la nature du métal, ou en partie au procédé opératoire. Aussi, dans notre pensée, en se servant d’une canule d’or ou de platine de 18 millimètres de longueur, de 3 millimètres de diamètre , et qui offre , comme celle de Pellier, un bourrelet supérieur et un bourrelet moyen, sans bec de flûte inférieur, et en ayant soin d’inciser d’abord la tumeur comme un simple abcès, et de forcer le rétrécissement et d’élargir le canal en y introduisant, pendant plusieurs jours, des sondes graduées avant de placer la canule d’une manière définitive , on doit réussir sinon toujours du moins beaucoup plus souvent. En agissant de la sorte, d'ailleurs, on n’est point exposé à faire fausse route ou à déchirer la muqueuse, et on a de plus l’avantage d’habituer peu à peu le canal à la présence d’un corps étranger. Ajoutons que dans le cas où on serait obligé de recourir à son extraction, le procédé qui nous paraît le plus simple est celui qui consiste à se servir du double pas de vis, du mandrin ou du crochet de M. J. Cloquet.

Et maintenant, nous le demandons, quels inconvénients si grands présente donc cette méthode? Dira-t-on que M. Davat (l) a vu mourir une jeune personne qui, à la suite de la descente de la canule dans le canal, fut prise d’un érysipèle de la face et y succomba ! Mais un semblable malheur peut survenir pour ainsi dire à la suite de l’emploi de toutes les méthodes et de tous les procédés ! Aussi n’en considéronsnous pas moins la méthode de Dupuytren comme une des moins désavantageuses et qui, alors qu’elle échoue, laisse le malade aussi avancé que ceux qui ont été traités par les autres méthodes dilatantes et ayant eu en moins la douleur et l’ennui des autres traitements. Arrivant maintenant à la cautérisation et aux différents procédés qui s’y rattachent, qu’en dire? sinon que quelquesuns de ceux qui l’ont préconisée paraissent s’èlre laissé guider surtout par les avantages qu’on a retirés de l’application de ces moyens aux rétrécissements de l’urètre, ne faisant pas attention, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire, qu’il n’y avait entre ces deux affections que de l’analogie et non de l’identité. Ainsi, on sait le rôle important que fait jouer Richter au resserrement spasmodique, signalé par Janin, dans les rétrécissements de l’urètre : or, jamais une semblable cause ne se retrouve dans le canal nasal ; car l’affection , en effet , des paupières à laquelle Scarpa fait jouer uu si graud rôle dans la production de la maladie lacrymale, ne provoque jamais de mouvement analogue qu’eu déterminant dans le sac lacrymal et l’intérieur des fosses nasales un boursouflement , un engouement de la membrane muqueuse, susceptible par conséquent de s’opposer au cours des larmes. Et, en bonne conscience, qu’espérer alors de l’application de caustiques autres que le nitrate d’argent sur une altération qui se traduit par une induration, un épaississement ou une phlegmasie chronique de l’un des points du siphon lacrymal? Evidemment, si de semblables remèdes peuvent réussir, eu pareille circonstance, ce n’est point eu produisant des eschares, eu brûlant les parties, mais bien en détruisant 1 inflammation, ou du moins le principe qui

(1) Gazette des hôpil., 2 jùillet 1844, p. 307.

DE MÉDECINE OPERATOIRE.

l’entretient ; et le nitrate d'argent nous paraît être le caustique le plus propre à obtenir ce résultat : aussi , dans notre pensée , le soin qu’ont pris certains praticiens pour obtenir les empreintes , nous parait-il inutile ; le nitrate d’argent, se fondant aussitôt qu’il est en contact avec des tissais vivants et humides, doit nécessairement se répandre bientôt en nappes, et il suffit dès lors île le faire arriver dans la partie supérieure du canal nasal, ou sur la partie inférieure quand on se décide à agir par la partie inférieure du donduit.

Restent encore à apprécier comme méthodes la formation d’un canal artificiel et l’oblitération des voies lacrymales. Or, pour se faire une idée exacte des procédés relatifs à la première, il importe de se rappeler qu’en général les perforations osseuses ont une tendance extrême à se rétrécir et à se fermer, et que dès lors le procédé de Woolhouse et celui de Laugier ont peu de chances de succès , et doivent dès lors être rejetés puisque, ne faisant l’un et l’autre qu’une ouverture peu profonde, ils ne sauraient retenir la canule. Et si maintenant nous, ajoutons que Wathen dans son procédé semble se proposer un but impossible pour ainsi dire à atteindre, on comprendra que cette méthode mérite peu de fixer l’attention. Si l’on suppose en effet que le canal soit obstrué par une colonne osseuse qui en occupe toute l’épaisseur, on est nécessairement en droit de se demander comment il est possible que le foret puisse agir sur une colonne , aussi compacte sans dévier de côté ou d’autre, surtout si l’on songe que l'instrument ne rencontre aucune résistance sur le côté du canal. Suppose-l-ou au contraire que !.e canal soit détruit par le rapprochement des parois, ainsi qu’il arrive pour les alvéoles vides ; comment le chirurgien en créera-t-il un nouveau dans le même sens en l’absence de ses parois? Et dans le cas enfin où le canal ne serait oblitéré que par l’adhésion de ces parois, pourquoi avoir recours à un foret pour percer des parties molles et s’exposer à faire fausse route? On sait comment M. Malgaigne a agi chez un enfant de douze ans atteint d’oblitération du canal, et nous n’hésiterions vraisemblablement pas à imiter sa conduite dans un cas semblable. Quant à l’oblitération des voies lacrymales, cette méthode, bâlons-nous

de le déclarer, ne peut guère être considérée que comme une dernière ressource; et quand on se décide a y recourir, mieux est, selon nous, de faire usage du procédé de M. Bosche.

En résumé donc, la thérapeutique chirurgicale de la tumeur et de la fistule lacrymales, si riche en apparence, laisse beaucoup à désirer. Il s’en faut eu effet, on l’a vu, que le traitement par la canule à demeure de Dupuytren mérite, malgré scs avantages, tous les éloges qui lui ont été prodigués à une époque ; et cependant, nous le répétons, c’est encore le moyen auquel on peut s’adresser souvent avec le plus de confiance.

M. Malgaigne, qui , après en avoir fait l’éloge (l) dans -un endroit de son Manuel, semble confesser plus tard qu’il ne croit plus guère à son efficacité (2), avoue qu’après y avoir réfléchi il s’est arrêté à l’opinion qu’un stylet comme celui de Ware, dont la tête ronde serait enfermée dans le sac lacrymal, atteindrait parfaitement le but sans avoir l’inconvénient de laisser une fistule permanente à l’extérieur; malheureusement l’événement n’a pas justifié les espérances qu’il eh avait d’abord conçues (3).

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