III. c. Procédé de J.-L. Petit
M. Velpeau (t. n, p. 403) dit que J.- U. Petit procédait à la désarticulation du doigt à l’aiile de deux incisions en demi-cercle embrassant l’une et l’autre les commissures et se prolongeant obliquement en convergeant pour se réunir en arrière a la face dorsale et palmaire de la main , et de telle façon que la base du doigt étant découverte jusqu’à l’articulation pénètre dans celle ci d’un côté ou de l’autre , ou d’avant en arrière. Afin de ne laisser à l’ancien censeur du collège royal que ce qui lui revient réellement a ce sujet, nous laisserons parler J.-L. Petit lui même (t. ni, in-S°, p. 20S). « Il y a encore une circonstance remarquable qu’il ne faut pas oublier dans l’amputation des doigts :
on sait que l’articulation de leur phalange avec l’os du métacarpe n’est pas vis-a vis l'ang'e qui forme la séparation des doigts, il y a au moins (8 lignes) 1 centimètre 9 millimètres de distance de l’un à l’autre ; on est obligé de couper des chairs à droite et à gauche dans les doigts du milieu ju qu'a ce que l’on soit vis-à-vis la pi entière phalange, alors on tourne le tranchant du bistouri pour rencontrer l entre-deux des os et achever l'amputation. U y a deux choses à observer dans les deux premièn s incisions qu’on fait, i° Il s’agit de conserver à droite et a gauche assez de chairs, le plus qu’il est po-sihlc de chairs , que l’on coupe fort proche du doigt que l’on doit amputer, parce que, après l’amputation, ees deux parties de chair, étant rapprochées, font I office de lambeau et recouvrent la tète du métacarpe, qui serait sans cela long-temps découvert,
DE MÉDECINE OPERATOIRE.
et par conséquent en risque de s’exfolier, ce qui retarderait la guérison ; 2° en faisant la seconde incision pour séparer la base des doigts , il ne faut pas couper au-delà de la jointure : parce qu’on risquerait d’ouvrir l 'arceau que forment les artères radiale et cubitale dans la paume de la main. On peut savoir combien il est difficile d'arrêter celle hémorrhagie, puisque 1 on a été obligé de faire uneincision dans la paumedela main pour découvrir l’ouverture du vaisseau et y appliquer l’appareil convenable, a — On le voit, la description de J.-f,.
Petit , moins complète sous le rapport des détails que celle de Garengeot , ne parle pas d’incision en demi-cercle; car cet illustre écrivain se borne à dire qu’il faut couper des chairs à droite et à gauche dans les doigts du milieu , et a en conserver le plus possible.
ly. cl Procède de Ledrnn perfectionne par MM. Waller et Lisfranc.
« S’il s’agit, dit I.edran (p.i>G7), de faire l’amputation de la première phalange , laquelle s’articule par genou avec l’os du métacarpe , je fais fléchir le doigt pour m'assurer du lieu de l'articulation ; et si la maladie ne me permet pas de le faire , les jointures des aulres doigls peuvent me régler. Je coupe ensuite avec un bistouri droit la peau des deux côtés , jusqu’à la hauteur de l’articulation , séparant en quelque manière ce doigt de ceux qui sont à côté ; puis , par une incision transversale faite en sa partie externe ou interne, ^elon que cela m’est plus commode , je coupe une partie de la capsule de l’articulation : dès qu’elle est coupée, j< fléchis le doigt et j’achève l’amputation; ayant soin de bien couper les tendons fléchisseurs sans les tirailler. Comme la cavité qui est à la première phalange se meut sur la tète de l’os du métacarpe, qui est ronde, il est facile d’intéresser cette tête avec le bistouri; aussi faut-il beaucoup d’attention pour éviter de le faire. »
Décrivons maintenant le procédé dont on se sert de nos jours La main étant mise en supination et les doigls non écartés , l’opérateur s’empare du doigt malade et le saisit par sa face dorsale et palmaire , de façon que l’indicateur puisse, a l’aide des données que nous avons établies , reconnaître l’articula-.
,0n- 1 ne fois celle connaissance acquise , i opérateur fléchit la première
phalange à angle de 45°, puis, s'emparant du bistouri, le porte à 7 millimètres (3 lignes) au delà de la tête articulaire du métacarpe et pratique une incision qui, s’il opère sur la main gauche, part de l’union des deux tiers internes de l’article avec son tiers externe, et vice versa pour la droite, et qui, descendant du côté droit, divise autant que faire se peut le tendon extenseur. Pendant cette section, !’ohliquité qu’il donne à l’instrument doit être telle que celui-ci arrive à la face latérale du doigt, à l’endroit correspondant à la commissure digitale. Le tranchant est alors ramené tout à coup à la perpendiculaire , de manière à tailler l’extrémité du lambeau transversalement ; une fois le bistouri parvenu à la commissure , on porte le manche de l'instrument vers le poignet du malade en abaissant la main , pour pratiquer à la face palmaire une incision analogue à celle opérée sur la face dorsale. — Ce premier lambeau détaché, on file vers l’articulation en dirigeant l’in strument sur l’os et en sciant jusqu’à ce qu’on se sente arrêté par la tète de la phalange; en évitant cet obstacle, on tombe à coup sûr dans l’articulation si on a soin de tenir le bistouri dans une direction bien perpendiculaire , et on traverse l’article d’un côté à l’autre. — Reste, pour terminer, rà luxer légèrement le doigt et à écarter les téguments qui pourraient se présenter devant l’instrument dont la lame, s’engageant entre eux et l’os , coupe un second lambeau , qui , comme le premier, doit finir à la commissure digitale.
La crainte de ne pas avoir assez de chairs en recourant à ce procédé a préoccupé de lout temps les praticiens.
On a pu voir que Garengeot et Ledran y avaient songé. M. Velpeau pense qu’il suffit d’alLonter convenablement les deux côtés de la plaie en rapprochant avec soin la base des doigts pour obvier à cet inconvénient. Dans les différents essais que nous avons faits , nous nous sommes assuré qu’en apportant quelque attenlion au manuel opératoire les surlaces osseuses étaient assez facilement recouvertes.— Dans le but de ne pas dépasser la tête de l’os, une fois la première incision pratiquée, !\I. Velpeau conseille, pour éviter toute espèce de tâtonnement , de chercher avec l’indicateur le tubercule interne ue la phalange qu’on doit amputer; mais ce soin est pour le moins inutile si l’on suit le précepte que
TRAITÉ
nous avons recommande de faire cheminer, en sciant, l'instrument lui-même le long- de la phalange. Nous croyons également inutile de prolonger la première incision de t centimètre 4 millimètres au delà de l’articulation, comme l’indique M. Velpeau , afin de se donner plus d’aisance; 7 à 8 millimètres suffisent , et on évite par là l'inconvénient d’avoir un lambeau de peau aussi considérable. — Pour la réunion, il importe seulement, quand on ampute le petit doigt, de donner au lambeau interne une étendue plus grande et une étendue plus considérable nu contraire au lambeau externe, quand on agit sur l’indicateur.