CORPS THYROÏDE
Le corps thyroïde peut être le siège d un assez grand nombre de tumeurs
de nature diverse : ainsi, on peut y rencontrer des kystes séreux , sanguins, purulents ; des tumeurs vasculaires, érectiles , ànévrismatiques, ou bien de nature calcaire, fibreuse , tuberculeuse, squirrheuse , èncéphaloïcle , colloide , gommeuse , etc. ; et on cpnçoit qu’il doit être quelquefois assez difficile d’établir exactement le diagnostic de ces affections diverses et confondues, à une époque où les connaissances en anatomie pathologique étaient très-limitées, sous le nom générique de goitre , ou bien désignées sous des expressions ou des noms plus ou moins étranges, tels que bronchocèle, trachéocèle, trachélophyma, thyrophraxis, gongrona, guegueclio, thyroïdite, etc. De nos jours, heureusement, on ne se sert plus guère que des mots bronchocèle ou goitre, en ajoutant parfois au dernier de ces mots une qualification destinée à faire comprendre la nature de l’altération organique dont le goitre est le siège : c’est ainsi qu’on a distingué un goitre hypertrophique , un goitre séreux, un goitre lymphatique, un goitre scrofuleux, etc. , etc. Sans nous occuper du reste plus long-temps de celte discussion de langage , qui nous est pour ainsi dire étrangère , au point de vue du moins où nous sommes placé, hâtons-nous de déclarer que , dans notre pensée pourtant, il importe beaucoup au médecin opérateur, avant de songer à pratiquer aucune des opérations qui ont été proposées pour la cure de ces différentes espèces de tumeurs , de commencer par en établir le diagnostic.
a. Ainsi, s’agit-il du goitre celluleux dont a parlé Heidenreich, au lieu de se présenter, comme le goitre thyroïdien, sous l’aspect d’une tumeur à surface égale, un peu élastique, ne présentant ni crépitation, ni fluctuation, ni battements artériels , et suivant tous les mouvements du larynx , la tumeur est d’une consistance moindre, d’une étendue plus considérable et moins limitée et se développant surtout en peu de •temps.
b. S’agit-il au contraire d’un goitre emphysémateux, la crépitation produite par l’infiltration de l’air et le son clair donné par la percussion suffisent pour le différencier du goitre véritable.
c. A-t-on affaire à un engorgement scrofuleux des ganglions lymphatiques du cou, le chirurgien en sera instruit
TRAITÉ
aussitôt par le développement isole qui survient dans certains points et qui finissent par se réunir, indépendamment de l’influence produite par le tempérament scrofuleux sur la constitution de l’individu ou sur son état général.
d. S’agit-il de kystes , rien , suivant nous, n’est facile comme de les distinguer du goitre proprement dit , qu’ils soient ou non adhérents au corps thyroïde : il suffit , en effet, de la fluctuation que ces affections présentent pour les faire reconnaître ; seulement on conçoit que, dans le cas où la sensation du liquide est difficile à constater, comme dans les kystes multiloculaires , le diagnostic alors est beaucoup plus difficile.
e. Dans les goitres ou dans les tumeurs de nature squirrheuse, outre que la tumeur offre en général peu de volume, elle est encore dure à sa surface, bosselée, tuberculeuse ; elle est au contraire plus unie quand il y a fongus liématode. Du reste , l’état général du sujet et les douleurs qu’il ressent alors dans la tumeur suffisent pour lever toute espèce de doute sur la nature de l'affection.
f. A en croire quelques maîtres habiles, on a vu dans certains cas la carotide transmettre au goître des mouvements qui pouvaient, jusqu’à un certain point , être confondus avec les pulsations que l’on rencontre dans l’anévrisme ; mais il nous semble que, dans ce cas, le mouvement exécuté par la tumeur doit être un mouvement de totalité qui ne doit pas, ainsi que cela a lieu dans l’anévrisme , s’étendre dans toutes les directions , et que ce caractère doit suffire pour en établir la différence. En tout cas , nous ajoutons avec Boyer qu’en faisant incliner la tête du malade en avant et du côté de la tumeur, on doit nécessairement alors faire disparaître l’impulsion et, par conséquent, le mouvement communiqué à la tumeur par l’artère. — Nous ajoutons enfin que, si on s’en rapporte à Sacchi, les pulsations dans le goître anévrismatique offriraient , au lieu de ressembler à celles d’une tumeur anévrismale , une sorte de bourdonnement obscur et de frémissement de toute la tumeur; et dans le cas qu’il a observé , ce frémissement se faisait surtout remarquer au voisinage du tronc et sur le trajet des principales ramifications de l’artère thyroïdienne supérieure.
g Enfin, il n’est pas besoin de dire, je pense , que l’on ne saurait confondre l’hypertrophie goitreuse, dont la marche est lente, avec la thyroïdite proprement dite ou inflammation aiguë du corps thyroïde.
Et maintenant que nous avons indiqué les différents moyens de distinguer entre elles les diverses tumeurs que l’on rencontre à la région thyroïdienne, il nous sera plus facile d'apprécier les moyens opératoires, eux-mêmes divers, qui ont été proposés pour leur guérison : ainsi, les caustiques, le séton, la ligature, Y oblitération îles artères, les injections, les incisions et Y extirpation.