‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 604 sur 656 · DES ABCÈS DU FOIE · texte numérisé non relu

DES ABCÈS DU FOIE

INulle part peut-être plus fréquents qu’en Afrique et surtout dans la province d üran, les abcès du foie sont loin, nonobstant ce qu’on en a écrit et répété iepuis peu de temps (4) de pouvoir être considérés comme une affection dont histoire est toute récente; et il nous iiittit, pour justifier notre assertion, de conseiller aux personnes qui ont eu le courage de l’affirmer, de parcourir simplement ce qu en a dit le vénérable P°yer (5) : qu’on lise en effet ce qui se rouve dans le monument élevé par ce grand maître à la science chirurgicale,

!l V on no,,s dise ensuite ce que les codera ont ajouté de si important : t histoire de ces affections quel que oit le rapport sous lequel on l’envisage. (Dieu ne plaise pourtant que nous méonnaissmns le mérite des mémoires qui nt etc publiés récemment sur ce sujet ar quelques hommes dont la rnédeme militaire s’honore à juste titre •aïs encore faut-il. tout en rendant jus-

rr,r^porains’ ,,e pas °ub|ier

qui a été fait par nos devanciers.

Ainsi, ces abcès peuvent différer entre eux suivant le lieu qu’ils occupent, le volume qu’ils présentent et le caractère aigu ou chronique qu’ils peuvent offrir. On en a rencontré au centre de l’organe, à sa surface convexe et à sa surface concave ; en un mot dans tous les autres points de l’étendue de ce viscère, au bord antérieur , au bord postérieur, au côté droit et au côté gauche de l’organe : seulement, l’observation a démontré que ceux qui occupent le centre de ce viscère sont en général trèsetendus et l’envahissent parfois en totalité (i) de manière à transformer, pour ainsi dire, sa substance en une matière qui rappelle celle de la lie de vin ou celle du marc d’huile et qui se trouve

renfermée dans une espèce dekysfe formé

par la membrane du foie considérablement épaissi (2j. Rien de semblable n’a lieu d habitude pour les abcès qui se forment au contraire à la surface de 1 organe, soit que la matière se fraie promptement alors une route, soit que la phlegmasie se propage moins loin.

<-■ est aux abcès dont la marche esl rapide aux abcès aigus, comme on Je dit uénéralement,, que Morand (3) avait donné le nom d abcès par fluxion, pour les distinguer de ceux à marche lente chronique, qu’il appelait improprement abcès par congestion.

Petit fils (4), qui s’est aussi, on le sait, occupé avec succès de l’affection dont nous parlons, avait cru pouvoir considérer comme étrangers proprement dits a l’organe hépatique ceux dont le pus était blanc et homogène • et son opinion avait été généralement ’adîise, et partagée même par Bover (&].

Mais il parait démontré aujourd’hui que Je pus qui se forme au sein même de 1 organe, présente souvent les caractères du pus phlegmoneux (6); c’est l’avis de M. Andral, et M. Calleloup dit n’avoir

^1) Roloff, Revue médicale, i. „, p.

l2t)9JOUrnal Un'V' dCS SC' méd- » u tu»

(3| Bulletin de la Soc. méd. d’émul 12, décembre 1812.

G) Flaspel, Môm. de méd., chir. et mrm. milit. , t. lv , p. 1-418, et t p. 1-27, et p. 27 à 232. -’cattel up. ibid.

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(1) Boyer, ouv. cité, t. vu. -Hasnel ouv. cté, t. i.v, p. i06. -CaUeToun ouv cité, t. xvnqp. 172àl77. e,0UP'

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(5) Ouv. cité, t. vu.

p. lVc-f 77.<,UCt'Jl'p ’ ouv- «I» ,T«ïn,’

THA1TE

eu occasion d’observer que deux fois le pus dont parle Dupuytrcn (t) : pus d'un rouge brunâtre, mêlé de substance hépatique ressemblant assez bien à de la crème au chocolat (2). — Il est des cas enfin où les abcès du foie n’occupent ni le centre, ni la surface convexe, ni la surface concave de l’organe, mais où le viscère en est pour ainsi dire farci ; alors aussi, il est vrai, ces abcès ne dépassent guère le volume d’une lentille (3).

A en croire Anneslay (4) et Haspel (5), les abcès qui occupent la surface de i’organe présentent presque toujours un caractère aigu. Mais M.

Louis fait remarquer que ceux qu’il a eu occasion d’observer occupaient tous le centre de L’organe, bien qu’ils appartinssent, par leurs caractères, les uns à la forme aiguë, les autres à la forme chronique. Pour notre part, nous sommes d’autant plus disposé à croire que la forme aiguë ou chronique de la plilegmasie a peu d’iniluence sur le lieu où se développe la collection purulente que nous avons eu occasion d’observer récemment (28 juillet 1845) dans les salles de notre honorable collègue et ami M.

Casimir Broussais, médecin en chef de l’hôpital militaire de la Salpêtrière, un abcès qui, certes, avait revêtu la forme chronique puisqu’il n’avait jamais suscité la plus petite douleur, ni donné lieu à aucun symptôme qui pût en faire soupçonner l’existence avant l’apparition d’une tumeur sous-cutanée; et pourtant l’abcès était superficiel et correspondait à la portion inférieure du diaphragme et occupait le lobe droit, qui du reste, à ce qu’il paraît, est beaucoup plus souvent atteint (G) que le lobe gauche : nous en disons autant pour le bord postérieur, généralement aussi plus fréquemment affecté que le lobe gauche.

Un autre caractère propre à certains abcès du foie est le kyste dont quelquesuns sont revêtus. Ainsi, dans les observations rapportées par M. Louis (7), le pus, né sous l’influence des symptômes

(1) Dicl. de méd. et de chir. prat.

(2) Fcrrus, ouv. cité.

(5) Ibid.

(4) On abcess of lhe liver. — Ferrus, Dict. de méd. en 30 vol.

(5) Haspel, ouv. cité, p. 106.

(G) Boyer, ouv. cité, t. vu, p. 5“>G.

(7) Haspel , Mém. do rnéd. , chir, et pliarm. milit., t lv, p. 10G.

les plus aigus, se trouvait isolé de la substance du foie, par une membranu bien distincte. Ces kystes du reste, à en juger par ceux que nous avons 'été à même d’observer depuis notre séjour en Afrique, paraissent avoir une é poseur et une consistance analogues à celles des membraues muqueuses : deux fois pourtant nous les avons trouvés avec des caractères différents; ils paraissaient en effet anfractueux et offraient comme des espèces de cloisons incomplètes et flottantes dans la cavité qui leur était propre. Celte disposition, du reste, a presque toujours été rencontrée par M.

Louis dans les collections d’une certaine étendue, seulement cet honorable praticien en a déduit une opinion que nous sommes loin d’admettre; savoir, que ces grandes collections purulentes ne sont point primitives mais sont dues à la communication qui s’établit entre plusieurs collections plus petites et isolées dans le principe.

Suivant M. Haspel, les abcès dont nous parlons suivent, dans leur formation, la progression que nous allons indiquer. D’abord le pus se Irouve à l’état concret dans les mailles du tissu aréolaire, à ce pus s’en joint bientôt une certaine quantité de nouvelle formation qui délaie le pus ancien ; puis, le réseau iibro-cellulaire une fois détruit, la déliquescence ne tarde pas à survenir et; à s’emparer du tissu hépatique pendant; que les tissus ambiants s’infiltrent de. pus et finissent par tomber eu suppura— lion, à moins qu’il ne s’organise, autour d’eux, une fausse membrane qui arrête leur destruction. Cette fausse mena-brane, une fois organisée, peut se présenter du reste avec des caractères divers : ainsi, elle est en général lisse et. polie; mais son épaisseur et sa résistance, sont extrêmement variables. On l’ai même vue se présenter sous l'apparence:

d’une exsudation de pus concrétë etl étendu en membrane très-molle, se déchirant à la plus légère traction, et le. tissu cellulaire hépatique rétracléet rougeâtre (i). Dans d’autres circonstances, au contraire, cette membrane est lisse, cl en même temps très-résistante, M.

Haspel dit l’avoir vue d’une consistance, tout à fait analogue à celle des fausses membranes pleurétiques déjà anciennes et disposées à se transformer en tissu fi-

(1) Caltelonp, t. x-vnr, p. 192,

DE MÉDECINE

breui. — Quanta la portion de substance hépatique qui environne le foyer morbide, elle présente des modifications diverses : ainsi elle est tantôt d’un brunrouçeàlre livide, tantôt au contraire transformée en pulrilage dans une étendue de huit à dix centimètres et plus; rarement au moins fa trouve-t-on intacte (1).

A en croire M. Catleloup (2) ce n’est que lorsque le pus a détruit tous les tissus intermédiaires qu’apparaît la fausse membrane qui commence à séparer le pus du parenchyme et à le transformer en un véritable kysîe. Seulement celte fausse membrane, dont la consistance est d’autant plus grande que l’abcès est plus ancien, n’empêche pas l’inflammation de s’emparer du tissu environnant , qu’on trouve toujours con- ! gtestionné, ramolli ou friable et d’une 1 couleur violette et noire dans une épais- ' seur de deux à trois centimètres. — iVI.

1 Catteloup se demande à cette occasion si la fausse membrane qui n’a pu mettre obstacle à la propagation de l'inflammation, ne pourrait pas servir à limiter le foyer purulent; puis il dit que l’abcès peut s agrandir de deux manières:

1° au fur et à mesure que la fausse membrane disparaît intérieurement dans la fonte purulente, et est remplacée alors extérieurement par le tissu hépatique environnant qui se transforme en matière primitivement pulpeuse et qui devient ensuite de plus en plus consistante tandis que 2°, dans d’autres circonstances, et cela a lieu surtout quand l’abcès est vaste et de date ancienne, la fausse membrane transformée en kyste à parois épaisses se distend elle-même insensiblement au milieu du tissu qui se trouve refoulé et offre parfois alors des dimensions énormes au point que l'organe ressemble à une vaste poche purulente (3). 1

SYMPTOMATOLOGIE.

Pas n est besoin de dire, je pense, pie quand les abcès du foie succèdent ■ une hépatite aiguë, les caractères proares a cette dernière affection peuvent

[’) Haspel , ouv. cité, t. i.v , p. 1Q8-

(2) Ouv. cilé, t. Lv;r.

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