PLAIES DES INTESTINS EN TRAVERS
Jusqu’à la fin du dix-septième siècle les chirurgiens considéraient comme absolument mortelle la section complète des intestins qu’on remarque à la suite des hernies étranglées , alors que , par suite de la gangrène, on a été obligé de réséquer une portion de cet organe; ou bien encore alors que celle division a été produite par un instrument tranchant. Survint alors Vcrduc , qui 'in des premiers enseigna à transformer ces lésions en anus arlijlcirls en cousant les deux bouts aux surfaces tégumenteuses. Littré, en pareille circonstance, se bornait à fixer par trois points d ai-
DE MÉDECINE OPERATOIRE.
guille le bout supérieur, puis appliquait une ligature sur le boni inférieur. La-
E peyronie, qui s’est également occupé de ce point de chirurgie, conseillait de
«passer dans le mésentère un autre fil en rapport avec les deux bouts de l’intestin, afin de retenir l’un ot l’autre à la plaie extérieure. Enfin Scarpa recommande, mais dans le cas de hernie seulement, de s’en rapporter entièrement a la nature. Mais, au lieu de nous borner à celte simple indication , hâtons-nous d’arriver à l’examen d’autres moyens, et notamment à la réunion de l’intestin exécutée pour la première fois par Rhamdohr, et qu’on pratique aujourd’hui par quatre méthodes différentes.
METHODE DE RHAMDOHR.
T. Invagination. — Pour l’exécuter, Rhamdohr, s’il s’agissait d’une hernie avec gangrène , commençait par emporter une grande portion d'intestin corrompu qui faisait saillie hors du ventre; puis il engageait le bout supérieur de l’intestin dans le bout inférieur et maintenait l'un et l’autre dans cette position à l’aide d’un point d’aiguille, et il fut assez heureux pour sauver la femme qui avait été si cruellement atteinte. — Dans un cas pareil, Hermans appliqua aux deux bouts de 1 intestin invaginé la suture du pelletier; Verinale, au contraire, enveloppa les deux extrémités divisées de l’intestin avec un pli du mésentère qu’il avait eu soin de comprendre dans la suture.
Dans le but de rendre plus facile l’introduction du bout supérieur de l’inilestin , Ritch a proposé d introduire d abord dans cet organe une carte vernie roulée en forme de cylindre, d'un d amèlre inférieur à celui de l'intestin ; P,,,s> une, fois rinlrodiiction de ce cvlin dre opérée , de porter ce dernier et intestin dans le bout inférieur et de maintenir le cylindre et les deux extrémités de lint.stui ainsi invaginées en les traversant avec un seul point d’aiîgiulle, laissant ensuite à la nature le soin de se debarrasser du corps étranger, une fois la consolidation du conduit intestinal et 1 extraction de l’anse lu fil opérées. — Chopart et Desault ont conseillé de procéder, dans ces cas, unsi que nous allons le décrire. Une carte a jouer doit être roulée suivant su longueur et collée de façon à former
Malle .
un cylindre d’un volnme inférieur b celui du canal intestinal , puis trempée d’abord dans l’essence de térébenthine, et ensuite par l’opéraleur dans de l’huile d olives, afin de la rendre plus propre à résister, au moment où il veut s’en servir, à la pénétration des fluides et des matières qui doivent parcourir le canal intestinal , dont les parois , suffisamment écartées, laisseront à ces matières un passage libre. Reste ensuite à prendre un fil ciré de 32 centimètres (t pied) de long et à l'armer d’une aiguille droite à chacune de ses extrémités, à l’effet de percer de dehors en dedans , avec une de ces aiguilles , le cylindre de carie vers la partie moyenne de sa longueur, à l’extrémité d’un de ses diamètres, et à en faire ressortir l'aiguille à environ 6 millimètres (3 lignes) de distance du diamètre par où elle a pénétré. L’opérateur l’enfonce ensuite de nouveau dans le cylindre de carte à G millimètres de distance du diamètre par où elle était d abord sortie , puis lire le fil jusqu’à sa partie moyenne. En agissant de la sorte, le fil embrasse la demi-circonférence du cylindre en rampant pour ainsi dire dessus, au lieu de la traverser dans son milieu, comme dit Boyer (i), et „e peut alors ni retarder ni empêcher la sortie des matières. Une fois tout disposé ainsi que nous venons de le dire, l’opérateur enfonce de dedans en dehors le bout supérieur de l’intestin, à l aide de deux aiguilles , a une égale distance de la convexité de cet organe et du mésentere et a une distance de son orifice cgale a la moitié de la longueur du cvhudre ; puis il introduit ce dernier dans le bord supérieur, en recommandant à un aide de tirer transversalement les extrémités du fil. Il perce ensuite le bord inférieur de dedans en dehors, et de 1 un et 1 autre côté , avec l’aiguille correspondante et à une distance de son orihee égalé à loule la longueur d.. cv- ■nùre ; puis .1 introduit |e cylindre et le bord supérieur dans l’inférieur, pendant qu un aide, ayant en main |es deux extrémités du fil , les tire en sens con- Iraire. Le mésentère vient-il par hasard
s’opposera l'introduction de l’extréS
supérieure de l’intestin dansffi £ inferieur, tout aussiiôt l’opérateur,
p. ^475T* aUé deS maIad' chl'rurg., t. ru,
TKAITÉ
suivant le conseil qu’en a donné Louis, le coupe en travers dans l’étendue de la portion supérieure qu’il veut invaginer ; puis il y place une ligature afin de prévenir l’hémorrhagie qui pourrait venir des artères intestinales voisines. L'opération une fois terminée , l’opérateur m’occupe de la réduction de l’intestin ; et une fois celle ci opérée, il retient l'organe près de la surface interne de la paroi abdominale à l’aide d’un fil dont les extrémités sont nouées, dans le but d’en former une anse que l’on fixe en dehors avec un emplâtre agglulinatif. Reste enfin à l’opérateur, au bout de huit à dix jours et quand il juge que la réunion des bouts de l’intestin est assez solide , â couper une des extrémités du fil le plus près possible des téguments et à retirer ce dernier en tirant un peu sur lui.
Nonobstant tous ces perfectionnements, on ne saurait se dissimuler cependant que la méthode de Rhamdohr ofl're plus d’une difficulté. Et d'abord une des premières est de distinguer le bout supérieur de l'intestin de son bout inférieur. Louis, il est vrai, a conseillé, pour y arriver promptement, d’administrer GO grammes d huile d’amandes douces au blessé et de retenir les deux bouts de l’intestin en dehors de la plaie pendant quelques heures, en ayant soin de pratiquer des fomentations émollientes tièdes sur cette portion d’intestin afin de lui conserver sa température naturelle , et on conçoit que ce moyen doive réussir. Mais une difficulté plus grande est, dans certains cas, l’introduction du bout supérieur dans le bout inférieur , soit que l’obslacle vienne dans ces cas du mésentère, ou du resserrement ou du froncement du bout inférieur, ou du renversement de sa muqueuse en dehors en forme de bourrelet ; renversement qui est quelquefois assez fort pour que, dans un cas observé par M. le docteur Smith, ce praticien n’ait pu s’en rendre maître , bien qu’il eût introduit une chandelle dans le bout supérieur en guise de mandrin , tandis que, en incisant le mésentère, on remédie d’habitude au premier inconvénient. Sans doute , et nous avons bâte de l’avouer, les modifications introduites par Desault et Cliopart rendent l’opération moins difficile , et nous en disons autant du procédé de M. Jobert , qni est à ia fois plus simple et plus efficace, el qui consiste à traverser la pa-
roi anterieure du bout supérieur avec un fil de soie muni de deux aiguilles , et qu on porte dans le bout inférieur en traversant de dedans en dehors la paroi correqmndanle, et en introduisant par de légères tractions l’une des extrémités de l'intestin dans l’autre sans l’intermédiaire du cylindre.
Une dernière objection a été faite enfin, et elle a trait à la différence des tissus qu’on met en contact : on a dit en effet qu’on ne pouvait, en agissant ainsi que nous l’avons dit , espérer de réunion , une membrane muqueuse ne pouvant se réunir avec une membrane séreuse. Aussi M. Jobert a-t-il proposé de chercher d’abord le bout supérieur, de le saisir avec la main gauche , d’introduire de dedans en dehors, à 6 millimètres de la division de l’intestin, une aiguille droite munie d’un fil desoie; puis, avec un second fil, d’en faire autant pour la partie postérieure de l’intestin , de renverser en dedans le bout inférieur, d’y introduire l’indicateur de la main gauche , de conduire sur ce :
doigt une autre aiguille destinée à pas- ■ ser un fil à travers la paroi intestinale de dedans en dehors. Cherchant ensuite i à rapprocher les deux bouts à l’aide de légères tractions, l’opérateur introduit le bout supérieur dans le boul inférieur; . puis il refoule l’intestin dans l’abdomen , réunit les fils , les tord ensemble et les retient enfin au dehors à l'aide 1 j d’un morceau de diachyiou. — Mainte- -j liant, si l’on réfléchi! à la manière dont .: s’opère la réunion dans le cas doutj nous parlons, on verra que l'objection . I qu’on a élevée à cette occasion est loin: d’être fondée. On sait , en elfet , que : celle réunion se fait à l’aide de faussesmembranes et d’adhérences avec toules-| les parties ambiantes, et dès lors on ne j saurait attacher d’importance à mettre, les séreuses eu contact : aussi n’est ce point à cette cause qu’il faut attribuer le peu de succès de la méthode de Rhamdohr; c’est en effet au trop petit nombre de points de suture qu'on doit s’en prendre : car, de cette façon, les-| matières intestinales sont exposées à tomber dans le canal avant la formations des adhérences. Aussi conseillons-nous aux praticiens qui seraient tentés de mettre ce procédé à exécution de re- :
(1) Mémoire sur les plaies du canal intestinal. Paris, 1827.
courir à de nombreux points de suture entrecoupée, ou bien encore à lu suture du pelletier , à laquelle d’ailleurs Hcrinans a eu recours.
Méthode de Duvcrgcr. — Réunion directe. — Duverger, dans un cas analogue à celui dont nous parlons, fit usage d’une portion de trachée de veau desséchée, préparée ad hoc et garnie de trois anses de fil placées à égale distance et armées d’une petite aiguille courhe à chaque bout ; puis, après l’avoir mise dans du vin tiède dans l’intention de la rendre plus souple et plus chaude, il la trempa dans un mélange de baume du Pérou et du Commandeur, et l’introduisit ensuite dans l'intestin, de manière à lui en faire soutenir les deux bouts à la façon d’un centre portant voûte. Cela fait, il pratiqua avec les aiguilles courbes trois points de suture entrecoupée et' en traversant de dedans en dehors les parties à 7 ou 8 millimètres des lèvres de la plaie, légèrement rapprochées par un aide; puis, pour terminer, il plaça les nœuds sur l’un des côtés de la solution de continuité.
Procédé de Sabatier. — Sabatier conseille, au lieu de trachée de veau, de faire usage d'une carte roulée, et de se contenter de traverser seulement avec un simple fil le cylindre et les deux bouts de l’intestin, après les avoir au préalable affrontés ; mais on conçoit aisément que ce procédé, bien plus encore que celui de Rhamdohr, doit cx- [poser le malade aux épanchements intestinaux.
Procédé Jobcrt . — L’épiploon est- |il sorti et se présente-t-il au-devant de ll’inteslin , l’opérateur se hâte alors de ■saisir un repli de cette membrane et de jl’interposer entre les bords de la plaie sans le détacher du feuillet; puis il rapproche les lèvres et les réunit avec la Uulure de Ledran , afin d'ôtre sur de ne (donner lieu à aucun étranglement ni à (aucun des accidents graves qui peuvent eu résulter. — Dans les expériences sur es animaux vivants, ce procédé réussit I irdiuairemcnt très-promptement; et, lorsqu’on les examine, on trouve presse toujours la portion d'épiploon ilotante dans l’intestin et n’en rétrécissant an aucune façon le diamètre.
Méthode de M. Jobcrt. — ■ Cette méthode consiste, ainsi que nous l’avons
>t , à mettre les membranes séreuses
e l’intestin en contact à l’aide âu pro-
OPERATOIRE.
cédé que nous avons décrit plus haut.
— Ainsi, le bord supérieur une fois reconnu et le malade couché sur le dos et les muscles de l’abdomen relâchés, l’opé rateur dissèque le mésentère correspon dant aux deux bouts de l'intestin, dans une étendue de près de 1 centimètre ; puis, une fois une certaine quantité de sang écoulé, sauf à l’arrêter par quelques ligatures temporaires dans le cas où il serait trop abondant, il s’empare du bout supérieur avec la main gauche, prend avec la main droite un fil long de 16 à 20 centimètres, arme ce dernier de deux aiguilles à coudre ordinaires, traverse avec l’une d’elles la paroi antérieure de l’intestin de dedans en dehors, à 6 millimètres des lèvres de la plaie et de façon à laisser dans la piqûre une anse dont il confie les deux extrémités à un aide, et termine enfin en perforant de la même manière la paroi postérieure. — Abandonnant ensuite le bout supérieur, il s’efforce de renverser avec ses doigts ou à l’aide d’une pince à dissection le bout inférieur dans le canal qui lui est propre, de façon à laisser la séreuse à la face interne, ayant soin, bien entendu, de choisir pour ce temps de l’opération le moment où l’intestin est le moins agité et en recourant au besoin à une solution légère de teinture d’opium, dont il imprègne la surface de cet organe avec un pinceau. — L’intestin une fois renversé sur lui -même, l’opérateur y introduit le doigt indicateur gauche , afin de le faire servir de conducteur aux aiguilles ; puis il reprend avec ces deux dernières l’anse qu’il a faite dès le principe, et, les faisant glisser tour à tour sur le bord cubital du doigt conducteur, il traverse de dedans en dehors la paroi double du bout inférieur, en ayant soin de faire sortir les instruments à 2 millimètres de distance l’un de l’autre, Reste encore à conduire , après cela, les aiguilles de l’anse postérieure sur le bord cubital du doigt indicateur et à traverser l’intestin du côté opposé aux premières ; puis à rapprocher doucement les deux bouts de l’intestin, et, une fois qu’ils sont presque en contact, à retirer le doigt et à introduire peu à peu, à l’aide de légères tractions sur les extrémités du fil, ic bout supérieur de l’intestin dans le bout inferieur, en se servant au besoin, pour faciliter 1 opération, d’un corps rond e poli qui le pousse. — Une fois l’organe
TRAITÉ
dans la cavité abdominale, l’opérateur place à l’angle inférieur de la plaie et des téguments les fils, qu’il a préalablement réunis, et les fixe à cet endroit avec un peu de diachylon gommé, ain.-i que nous l’avons dit, et les recourbe pour mieux les fixer à l’appareil (I).
Procède de M. Lambert (2). — Ce praticien conseille de fixer une des lèvres de la plaie en introduisant d’abord le doigt indicateur de la main gauche dans l'intestin , de placer ensuite le pouce sur la face interne, puis de plonger de dehors en dedans l’aiguille à à millimètres du bord de la solution :
seulement M. Lambert a soin de la faire pénétrer obliquement et de manière à faire parcourir à sa pointe une ligne étendue entre les membranes de l'intestin et à la faire sortir à la surface interne à 3 millimètres du bord de la division : après avoir saisi ainsi une petite portion des membranes séreuse, musculeuse et même muqueuse, mais seulement quand les deux premières n’olfrent pas assez de résistance , il fixe l’autre bout d'intestin, y plonge de dedans en dehors une aiguille à 3 millimètres de son bord, et fait parcourir également à cet instrument un trajet de 2 millimètres à travers les membranes, et le fait enfin ressortir à 5 millimètres du même bord. — Il pratique ensuile les autres points de suture de la même manière, à une distance de 4 millimètres les uns des autres, et cela dans toule l'étendue de la plaie ; puis, à l’aide d’une sonde, il renverse les lèvres de la plaie en dedans ou se contente d’un simple nœud.
— En agissant de la sorle, les lèvres de la plaie produisent nécessairement un bourrelet interne et un enfoncement circulaire externe, c’est à-dire en dehors, par suite desquels les séreuses se trouvent en contact ; et, une fois l’intestin divisé dans toute sa circonférence, la portion renversée forme nécessairement à l’intérieur une espèce de valvule.
Procède de Denans. — Pour l’exécuter, l’opérateur doit commencer par
(t) Mémoire sur les plaies du canal intestinal, etc. Paris, 1827.
(2) Répertoire général d'anatomie et de physiologie, t. n, 3” trimestre 182G.
(3) Recueil de la Société royale de médecine de Marseille, 1" année, n» 1.
porter une virole d’argent ou de zinc dans l’extrémité supérieure et dans l'extrémité inférieure de l'intestin compté- ! tentent divisé; puis renverser ensuite \ une portion de 4 millimètres de chaque i bout de cet organe dans la virole avec laquelle il se trouve en contai t. — Une I troisième virole, d’une étroitesse plus i grande que les deux premières, est ensuile emboitee dans la virole supérieure, | puis dans l’inférieure : deux ressorts i servent à en fixer les anneaux, de telle sorte que l’intestin renversé en dedans j se trouvant ainsi serré enlre les viroles, ( les parties saisies sont prises de gan- > grène, les sut faces séreuses adhèent.
entre elles, et alors les anneaux devien- i nent libres et sont ensuite rendus par les selles. — Pour assujettir l'appareil , l’opérateur a recours à deux aig lilles munies du même fil; puis, avec un de ces instruments, il pique l’intestin au- I dessus de la virole supérieure, traverse i ensuite le canal des trois viroles, et eu- j fin le fait sortir au-dessous de la virole : inférieure, de manière à embrasser' ainsi tout l’appareil avec l’anse de fil. Resle , il est vrai, alors deux bouts de fils en dehors qui n’einbarrasseraieul pas peu l'opéraleur : aussi M. Denans recommande-t-il de replonger l’aiguille par sou trou de sortie et de la diriger enlre la virole extérieure correspondante et la face interne de l’intestin , pour la faire sortir ensuite après avoir piqué l’intestin à l'endroit où cel or- gane se trouve replié en dedans; puis il tire le fil qui a repassé par la piqûre, î ainsi qu’on le fait pour un point de cou- i lure qu’on veut défaire. — Reste à se I conduire de la même manière avec l'au- l tre bout de fil qui se trouve également armé de son aiguille, de sorle qu’en définitive l’anse du fit ne se trouve en rapport qu’avec les trois viroles qu’elle 1 2 3 embrasse et ne comprend aucune portion de l’intestin, excepté cependant au point où les aiguilles sont ressorties et i où on pratique un double nœud. L’opéraleur coupe ensuite le fil aussi ras que possible, et, pour terminer, il place une même ligalure du côté opposé et I réduit l’intestin ainsi qu’on le pratique ordinairement. — En agissant de la sorte, les séreuses qui se trouvent en contact se réunissent d’abord; puis, une fois que les parties repliées en dedans ont été atteintes par la mortification, on voit les viroles alors devenues libres s'échapper avec les garde-robes.
DE MÉDECINE OPERATOIRE.
Méthode de M. Amussat. — M. Amussat, a près plusieurs essais sur les animaux, a proposé de placer dans l’intestin un bouchon renflé à ses deux extrémités et rétréci au centre, de façon à offrir une gouttière circulaire; puis, une fois b s deux bouts du tube intestinal invaeinés l’un dans l’autre de manière à recouvrir tous deux cette gouttière, de les étendre en ce point avec un lien fort et serré, et de retrancher ensuite avec des ciseaux toute Ja portion du bout intestinal qui se trouve en dehors de celle ligature, de manière à mettre les séreuses des deux bouts en contact par-dessus le lien et de permettre ainsi aux adhérences de s’y former à la suite de l’inflammation produite par la ligature, qui, au bout d'un certain temps, divi-e les parties qu’elle embrasse et tombe dans l’intestin pour être rendue ensuite par les selles. — Au moment où nous corrigeons ces épreuves, il nous parvient le compterendu de la séance du 2 septembre 1845 de l’Académie de médecine de Paris, dans laquelle M. Joberl a rendu compte d'un mémoire de M. Moreau- Hontard , qui propose de recourir à l’excision de la muqueuse; et, bien que nous n’ayons pas sous les yeux la description qui s’y rapporte, nous allons cependant essayer d'en donner une Moreau-Bonlard propose d exciser le bourrelet muqueux en dehors des lèvres de la plaie intestinale et l'adossement de la séreuse avec le tissu sous-muqueux mis à découvert: mais, à en juger par les pièces qu’il a soumises a 1 Academie, on peut juuer que cette excision de I.. muqueuse et l'adossement de la séreuse avec le tissu sous-muqtieux, qui a réussi chez les chiens, serait souvent matériellement impossible chez 1 homme, et exposerait en outre à la mortification de l’intestin privé de ses vaisseaux ; ajoutons que, quand la réunion s est faite, elle s’est opérée par le contact des séreuses ou par la lymphe quelles exhalent, et que les fils enfin coupés a ras de la surface externe de l’intestin doive.,1 presque infailliblement tomber dans le péritoine. — N’oublions p -s qu’un autre inconvénient paraît attaché encore au deuxième procédé de M. Moreau-Bon tard, procédé dans leq"el l’intestin suluré est maintenu en rapport avec la paroi abdominale. Qui ne pressent, en effet, qu’en agissant de a 8°rte, on expose singulièrement le
sujet sur lequel on opère à un anus contre nature? C’est ce qui a eu lieu précisément dans les expériences auxquelles s’est livre M. Moreau-Bontard.
APPRECIATION
Reste à apprécier maintenant la valeur des différentes sutures intestinales. On sait combien les anciens étaient peu fixés sur ce sujet, et il suffit pour s’en convaincre de se rappeler les procédés de J. Bell, de B. Bell, de Travers, de Cooper, de Smith, de Louis, de Lapeyronie , etc., elc. ; aussi les guérisons étaient-elles très-rares et Jes chirurgiens aimaient-ils mieux en général exposer le blessé à un anus conlre nature plutôt que de lui faire courir les chances d’une opération grave et incertaine. — Qu’ou consulte, en effet, Lapeyronic, Ledran, Bertrandi, etc., et on se convaincra aisément que ce n’est que depuis peu de temps qu on a essayé de soumettre à des règles fixes et basées sur la structure anatomique les sutures intestinales. — Beaucoup de procédés ont, il est. vrai, é t é inventés ; mais ils peuvent être rapportés aux trois méthodes suivantes : 1° rapprochement des parties identiques, qui exhalent une lymphe plastique très-dense; 2° rapprochement des membranes séreuse, muqueuse et musculeuse; 3° rapprochement de la séreuse avec le tissu cellulaire sousmuqueux. — En y regardant de près, on voit que ceux qui se sont occultés de ces sutures ont voulu établir une suture unique, c’est à-dire qui pût convenir à toutes les lésions du canal intestinal ; mais il est évident que le procédé auquel on a recours doit être approprié au genre de lésion et à l’état sain ou morbide des tuniques intestinales : c’est même pour cela que M. Jobert a proposé son invagination par constriction à points rares, son invagination sans constriction , sa suture par le procédé de Ledran, sa suture à points séparés, et enfin son enléropt.-islie. — Maintenant, que dire du procédé de M. Denans sinon qu’il le subordonne a I adossement des séreuses • et que ce procédé, qui réussit chez les chiens, est plus dangereux chez l’homme puisqu autrefois on avait même reruincé aux cylindres de carton : tellement on avait peur de causer de l’inflamlualion !
A ce sujet, nous nous rappelons que
nous avons oublié de parler de la suture en piqué de M. Gely : suture qui a beaucoup d’analogie avec le point dont font usage les cordonniers. — Toujours estil qu'il résulte des pièces envoyées naguère à l'Académie de médecine que les fils dont s’était servi ]\1. Gely étaient reienui , sans exception, dans le point on on les avait fixés, et qu’en définitive 1° la suture en piqué adosse les séreuses, et que dès lors elle peut réussir dans les plaies de peu d’étendue; 2° que cette suture, dans les plaies circulaires d’une cerlaine étendue, ne s’applique qu’avec une difficulté extrême, et que l'on n’y parvient qu’rtu.r dépens du calibre de l’intestin, attendu qu’on ne saurait produite l'adossement partout et qu'on ne peut vaincre la tendance au renversement qu’en tirant fortement sur les deux chefs du fil : ce qui doit nécessairement amener le froncement des parois du canal intestinal et diminuer sinon oblitérer la cavité de ce conduit. — -Relativement a son exécution, on pourra se convaincre en l’essayant qu’elle est loin d’être aussi facile que l'affirme M. Gely. — L’invagination, au contraire, telle que la pratique Mî Jobert, ne cause ni oblitération ni valvule oblitérante, elle n'ex ge ni la dissection du mésentère des deux bouts de l’intestin , ni de distinguer ceux-ci l’un de l’autre; et, pour peu qu’on ait soin de placer les fils de manière à les faire tomber dans le canal intestinal ou à pouvoir les extraire facilement dans la plaie, on obtient des résultats ordinairement satisfaisants : il y aurait en effet, on le conçoit, de l’inconvénient éel à les laisser dans la cicatrice , car
ils y causeraient nécessairement de l’engorgement et vraisemblablement même la suppuration du tissu cellulaire. — En tout cas ce procédé nous semble devoir être préféré à celui de M. Reybaud, qui consiste, il est vrai, dans un véritable affrontement des tuniques de l’intestin, en d’autres termes, en une réunion par première intention , mais qui, eu égard au peu d’épaisseur des pa- i rois de l’intestin et surtout à leur mo- J bililé, rend presque toujours leur affron- | tentent inexécutable.
En définitive donc, la méthode par adossement des séreuses est encore celle qui réunit le plus d’avantages réels ; celles qui ont été proposées récemment ne présentant pas de modifications avantageuses, ou pouvant être considérées comme dangereuses dans leur applica- i tion ou impraticables sur l’homme. Exceptons en cependant le procédé suivant, dû à M. Nunciante (Hippolyte), professeur d’anatomie à Naples. — Cette suture, qu’on pourrait appeler suture en spirale , ce professeur la pratique avec un fil qu’il passe alternativement de gauche à droite et de droite à gauche, en laissant en sens opposé chacun de ses bouts aux angles de la division sur les fils; el,en tirant sur les extrémités du fil, il renverse en dedans les lèvres qui se trouvent adossées séreuse ont e séreuse. — Ce procédé a déjà réussi trois fois entre les mains du professeur, et nous en conseillons l’usage ; à moins que les praticiens de noire pays ne préfèrent accorder la préférence ait'pro* cédé de M. Lambert, qui est évidemment moins compliqué.
DE MÉDECINE OPÉRATOIRE