CURE RADICALE DE LA I1ERNIE OMBILICALE DE L'ENFANCE
Nous allons décrire ici le procédé de lu ligature dont nous avons parlé à l’oc casion de la hernie de l’enfance , et que Uesault (2) a préconisé dans le but d’en
(1) Méd. opérât., t. iV, p. 2i0.
(2j OEuvr, çlvirurg., t. u, p. 313
TRAITÉ
obtenir la cure radicule, en commençant d’abord par faire rentrer l’intestin, puis en passant autour de ses téguments une ligature assez serrée pour en déterminer la mortification et donner ensuite naissance à une cicatrice solide , procédé adopté, on le sait, par Dupuylren.
MANUEL OPERATOIRE.
L’opérateur, avant de commencer, devra avoir soin de faire coucher l’enfant sur le dos, la tête penchée sur la poitrine et les cuisses fléchies sur le bassin; puis, après avoir réduit la hernie, il la maintiendra avec l’indicateur gauche, pendant qu’avec la main droite il soulèvera les parois de la poche herniaire, et alin de s'assurer qu’aucune de leurs parties ne reste dans le sac, il les fera glisser entre les doigts. Une fois assuré qu’aucune partie ne se trouve réellement dans le sac, l’opérateur charge alors un aide de faire autour et à la base de ce dernier plusieurs circulaires avec un hl ciré de moyenne grosseur , qu’il a soin de l'aire fixer à chaque tour par un double nœud, et qu’il serre ou fait serrer fortement. — Une fois la tumeur ainsi liée , l’opérateur iVnveloppera d’un matelas de charpie, qu il maintiendra à l’aide d’une compresse et d’une bande; puis, quand, au bout de huit ou dix jours, la ligature sera tombée ainsi que les parties qu’elle aura étranglées et gangrenées, il suffira ordinairement de quelques jours pour voir cicatriser le petit ulcère qui succède à la chute de la ligature. — Nous ajoulons, du reste : 1° qu’il est prudent, afin d’assurer la guérison et d’être plus sûr d’éviter la récidive, de faire porter pendant deux ou trois mois un bandage circulaire à l’opéré; 2“ que ce procédé ne convient que pour les hernies ombilicales à saillies de plusieurs centimètres et à forme de sac pédiculé, ou bien de nature à mettre obstacle, par suite de l’allongement considérable de la peau, à l’application d’un bandage dans ce sac; en effet, la ligature, si elle ne procure pas l’oblitération de l’anneau, offre du moins l’avantage de rendre possible l'application du bandage (1). Qu’on n'oublie pas cependant, surtout pour
(1) Gincourl, Journal de Corvisarl, t.
xxi. 18H. — Walther, Salzburg mcd.chir. Zeitungi vol. i, p. 420. 1HI4.
les cas non analogues : t° que la hernie ombilicale de l’enfan c guérit souvent par les seulseffortsde la nature; 2°qu’une compression convenablement faite amène presque toujours la guérison, landis que l’opération est non-seulement douloureuse, mais peut même devenir dangereuse , une anse intestinale pouvant être, malgré toutes les précautions, comprise dans la ligature; que de plus elle ne dispose pas toujours, après la formation de la cicatrice, de l’application d’un bandage, el que la cure enfin n’est jamais complètement radicale, en ce sens qu’il reste toujours une partie du collet du sac dans l’anneau, et qu’il est raie de voir la cicatrice acquérir assez de force pour s’opposer à la sortie de l’intestin, et qu’en tout cas, chez une jeune fille, il y a lieu de craindre que celte cicatrice ne se déchire à la première grossesse (I).
Nous passons à regret sous silence quelques détails de statistique intéressante que l’on trouve dans l’excellent ouvrage sur les hernies de Lawrence (2), que beaucoup d’écnv.iins ont oublié de citer après l’avoir pour ainsi cire copié, qui démontrent la fréquence de la formation de la hernie ombilicale chez les femmes pendant la grossesse, et que Lawrence a emprumé lui-même à Sœmmering (3); d’autres détails non moins curieux sur la fréquence relative des hernies ombilicales et des hernies inguinales et crurales, qui se trouvent dans d’autres auteurs , pour rappeler que Aston K< y (4), dans le but d’éviter l’issue si souvent funeste de l’opération de l’exomphale, a proposé de débrider l’aponévrose sans ouvrir le sac; car, à ses yeux, celle hernie est celle qui réclame le plus que le sac soit conservé dans son intégrité : aussi propose-l-il de diviser l’aponévrose vers la partie supérieure du collet du sac , l’anneau , par suite de la disposition déclive de la
(1) Scarpa, ouvr. cité, p. 530. — Girard, Journal de méd. , t. xn, juillet
(2) Lawrence, ouvr. cilé, p. 450.
(3) Sœmmering, Ueber die Lrsachc, etc., der Nabelbrüche, § 59. — Mannikof (Sœmmering § 59). — Cooper. Diss.
decem, t. u, p. 522.
(4) Chassaignac, Mémoire sur le débridement de l’extérieur du sac dans la hernie étranglée (Archiv. de inéd., t. îv, 2’’ série, p. 497).
I',E MEDECINE OPERATOIRE.
tumeur herniaire vers le pubis, pouvant toujours être facilement attaqué de ce côté. Rappelons à cette occasion qu’Astley Cooper (lj, sans ouvrir le sac, a opéré de façon à ne pénétrer que dans la moitié inférieure de la tumeur, en pratiquant une inrision en T dont la branche supérieure occupait en Iraveis la partie moyenne de la tumeur. Une fois la peau divisée, les lambeaux renversés et le sac mis à découvert dans une grande étendue, Astley Cooper l’ouvrait avec précaution, passait son doigt sous l’intestin jusque dans l'anneau ombilical , puis, avec un bistouri boutonné dirigé dans ce sens, il divisait la ligne blanche de haut en bas et dans l’étendue qu’il jugeait convenable. — Enfin Astley Cooper, dans d'autres circonstances, s’est contenté de recourir à une simple bouj tonnière pratiquée au collet du sac, sui- I vie du débridement de l’anneau, en laisf saut ensuite les parties en place et sans les réduire, ainsi que nous l’avons dit à propos de l’opération de lu hernie ombilicale étranglée.