HERNIES VENTRALES
On appelle ainsi toules les hernies qui se font à la partie antérieure de l’abdomen ou sur les côtés de celte cavité, par une ouverture anormale, et qui sui viennent a la suite d’une ouverture accidentelle faite dans l’épaisseur des muscles abdominaux ou dans celle des aponévroses qui les recouvrent : le plus souvent cependant elles se manifestent dans l’espace qui existe entre les deux muscles droits, et beaucoup plus rarement sur les côlés de l’abdomen, entre la crele iliaque ou les fausses côtes, ou dans la région lombaire. - Il n’est pas rare non plus de les voir apparaître au-dessus de l’ombilic, où elles sont beaucoup plus fréquentes qu'au-dessous, et le plus souvent les premières contiennent de l’épiploon, tandis que celles qui se montrent au dessous de l’ombilic renferment presque toujours une portion de l’intestin grêle , parfois aussi, quoique rarement, la vessie ou l’intestinet elles sont du reste quelquefois si rapprochées de l'ombilic qu’on les prendrait. si on n’y prenait garde, pour des "enues ombilicales. — Leur forme est ovalaire cl leur faillie peu en rapport
en général avec leur volume réel :'nous en disons autant du collet de leur sac, également très étroit, par rapport à leur grosseur. Quant au col du sac, il est, comme l’ouverture qui leur donne passage, toujours ovale; et cette circonstance, jointe à la sensation que cause leur anneau, qui se trouve sur un point quelconque de leur base, suffit pour les distinguer de la hernie ombilicale réelle. Quant à leurs en veloppes , elles sont absolument les mêmes que celles qu’on rencontre dans les hernies ombilicales des adultes. — Pas n’est besoin de rappeler, je pense, qu’il importe de ne pas les confondre avec les hernies graisseuses de l’ombilic et de la ligne blanche, et (jui ont une certaine analogie avec l'épiplocèle de la ligne blanche.
Ces tumeurs, dont l’existence a été mise en doute par Petit (l), bien que Morgagni (2) ait eu occasion d’en observer une sur un prince sérénissiine , et que Klinkofch (3) et Fardeau (4) en aient rapporté des exemples, ces tumeurs, dis-je, surit dures, in dolent es , irréductibles et surtout ne donnent lieu à aucun accident avant comme après le repas :
toutefois, il faut bien le reconnaître, on peu! être induit en erreur dans le cas où des coliques viennent par hasard à se manifester pendant l’existence de ces tumeurs. Rien plus, dans ces cas, on peut être involontairement conduit alors à pratiquer une opération non -seulement inutile, mais encore mortelle par suite de la péritonite qui peut survenir, ainsi qu’il est arrivé à l’hôpital civil d Angers et à Scarpa (5) : seulement les suites de l’opération ne furent pas, entre les mains de ce dernier, aussi malheureuses; sa malade en effet ne mourut pas : il est vrai qu’après avoir emporté toute la tumeur d’un coup de ciseaux , Scarpa avait reconnu son erreur.
Enfin il peut sc faire encore que la tumeur, repoussée par la main, traverse d'avant en arrière l'anneau fibreux qui lui a donné passage, et vienne se placer entre le péritoine et le bas-ventre, ainsi
(1) OE uvr. posthumes, t.
(2) Lein-c xi.nr, p i(j
p.}ms' mcd‘ scloct- 1>l’;ioc,isos> voi.
(4; Recueil périodique delà Société de médecine de Paris, i . xv;r.
(5) Ouvr, Cité, p. 333.
(>) Ouvr. cité, p. 341.
TRAITÉ
que l’a constaté Laennec sur le cadavre d’une femme, et on comprend que, dans ce cas, le diagnostic de la tumeur, que l’on fait ressortir de l’abdomen en pressant sur les flancs du bas-ventre, soit encore plus difficile; aussi Laennec ne reconnut-il sa méprise qu’après avoir incisé la peau. Il vit alors, en effet, que celte tumeur était formée par une masse graisseuse, développée dans le tissu cellulaire sousrcutané, et qui touchait immédiatement au péritoine dans une partie de sa surface, à raison d’un écartement presque circulaire et de la largeur de l’ongle, espèce d’ouverture formée par l’écartement. des fibres aponévrotiques sur ce point, et que la tumeur franchissait avec assez cîe facilité , lors du taxis, pour aller se placer entre le péritoine et les muscles droits (l). — A la partie supérieure de la ligne blanche, on rencontre quelquefois au côté gauche de l’appendice xiphoïde une petite hernie de l’estomac (2) à laquelle on a donné, à cause de l’irritation vive de cet organe qui l’accompagne presque toujours, le nom de gastrocèle , bien qu’elle ne renferme le plus souvent qu’une portion du colon transverse. Le seul cas que nous ayons observé se traduisait à l’extérieur par une tumeur si petite qu’on l’apercevait à peine. En l’examinant de bien près, on reconnaissait qu’elle avait une forme tant soit peu oüvaire , et il paraît que c’est celle forme qu’elle revêt habituellement.
Quoi qu’il en soit, l’individu qui en était atteint était souvent pris après le repas de douleurs cl de tiraillemenlsd’estomac, avec une grande sensibilité au creux de l’estomac, de hoquet, de rapports et même rie vomissements, et cela surtout quand il était debout. 11 est à remarquer en effet que les douleurs qu’il ressentait étaient presque milles, et toujours moindres quand il était couché sur le dos, et cela s’explique alors naturellement, puisque, dans la station droite ou alors même qu’il élail penché en avant, la tumeur apparaissait bien davantage. — Nous avions recommandé pour ta maintenir l’usage d’un corset
(1) Note sur une nouvelle espèce de hernie extra-péritonéale, lue à la Soc.de l’École de médecine de Paris, 1807.
(2) Garcngcoi , Mém. de i’Acad. de chir., 1. 1, p. 705. — Pipelet, ifiid., I, îv, p. 195.
dont le buse en baleine fut muni d’une pelote assez large pour appuyer l’endroit qui donnait passage à la hernie.
Sabatier, on le sait, se servait, dans ces cas, d'un corset lacé, fait de cuir ou de toute autre substance résistante, et qu’il appliquait par-dessus les compresses (l). Lawrence (2) recommande dans les hernies dont nous parlons l’emploi du ban- | dage inventé par England (3) pour les hernies ombilicales.
Les hernies ventrales, plus fréquentes sans contredit sur la femme, sont, toutes choses égales d’ailleurs, bien moins facilement curables que toutes celles que nous avons examinées jusqu’à présent.
Elles peuvent du reste, quoique bien rarement, présenter des caractères non équivoques d’étranglement. Littré (4) a rapporté un exemple malheureux de l’étranglement du colon dans une petite hernie de la ligne blanche ; Petit (5) a aussi vu survenir un accident de même nature chez un individu atteint d’une hernie située enlre la dernière côte et le bassin ; et Asiley Cooper (6) a fait mention d’une opération malheureuse pratiquée dans un cas de hernie de la ligne semi-lunaire ; et, à s’en rapporter aux écrivains dont nous venons de parler, il convient, ainsi que nous l’avons déjà dit, d'insister, surtout dans ces cas, beaucoup plus sur les lavements purgatifs et les Lavements de tabac , qu’en aucune autre hernie avant de recourir à l’opération, qui ne diffère pas de celle que réclame la hernie ombilicale , si ce n’est pourtant que mieux vaut, pour la hernie ventrale, opérer le débridement sur l’un ou sur l’autre côté de la tumeur.— Pratiquée par RI. Paccin (7J et tVl . Goyrand (8j pour une hernie sousombilicale, par RI. Castellacu (9) pour un cas oii la cicatrice étranglait la her-
(1) Sabatier, Méd. opérât., I. i,p. 170^-1
(2) Ouvr. cité, p. 525.
(3) Richler , ouvr. cité, p. 440.
Scarpa, ouvr. cité, § 17.
(4) Mém. de l’Académie des sciences.
(5) Traité dos malad. chir., 2» édit.,, p. 225.
(6) On crural and umbilical Iicrma » • p. GO.
(7) Gaz. méd., p. 409. lSo5.^
(8) Presse méd., t. i, p. 487.
(9) Bulletin de Férussac, t. i, p. 175.
DE MÉDECINE OPERATOIRE. 999
nie, et par M. Aussandon (I) pour une hernie congénitale située en dedans de l’épine iliaque antérieure et supérieure, cette opération a chaque fois réussi.
HERNIE OBTURATRICE.
Cette hernie, qui paraît avoir été décrite pour la première fois par Arnaud l’ancien (2), et que Duverney (3) rencontra sur le cadavre, sort par l’ouverture de la membrane obturatrice qui donne passage aux nerfs et aux vaisseaux obturateurs, de telle façon que le collet du sac se trouve , par sa partie antérieure, en rapport avec le pubis, et, par sa partie inférieure et externe, avec la membrane obturatrice. Quant au sac même, c’est entre les muscles pectiné et petit adducteur, ou bien entre les tètes antérieures des muscles adducteurs qu’on le trouve. Restent ensuite les vaisseaux obturateurs situés en dedans et en arrière , tandis qu’en avant existent des branches plus ou moins volumineuses des nerfs obturateurs ; non toutefois que cela soit toujours constant; car, ainsi que nous l’avons dit ailleurs , l’artère obturatrice naît souvent d’uri tronc qui lui est commun avec l’épigastrique. — Quoi qu’il en soit, du reste, celle hernie , décrite ou observée par Garengeot (4), Hommel, prosecteur de l'amphithéàtre d’anatomie de Strasbourg , Hacerman (5), Camper (6), Cooper (7), W. M — (s), Gadermann (9), J. Cloquet(lO), IJ. Cloquet (11), llesselbach, Maréchal (12), etc., etc. (13), n’est réellement apparente qu’autant qu’elle ren-
(1) Thèses de Paris, n° 270. 1834.
(2) Mèm. de l’Acad. de chir., 1. 1, n
(3) Ibid., p. 714.
(4) Ibid., p. 709-716.
(5) Chirurgische Opérai. Copenh., t.
(6) Demonstr. anat.-patholog., lib. n, fi„( ^ 0uvr- cit6> Par'- n, p. 70, pl. n.
SI ®sz- P- 576. 1833.
/in T|CIUe T6d” '• 1V’ P- 128- ,825-
(10) I Iu.se de concours, p. 107 1851
(11) Journal de Corvisart, t. xxv
Bulletin de la Faculiè de méd. , t"m
(12) Journal des progrès, t. x, n. 247 •
t- xvi, p. 256. 1 2 3
(13) Ibid., t. i, p. 203.
ferme une certaine quantité de viscères : aussi n’a-t-elle aucune forme constante, cette dernière variant suivant qu’on la trouve dans tel ou tel interstice musculaire. Quant aux organes qui y sont contenus, disons qu’on y rencontre, ou du moins qu’on peut y rencontrer l’épiploon ou la vessie. Ajoutons qu’il n’est pas rare même de la rencontrer en même temps des deux côtés.
Quant au traitement , il convient , lorsque la hernie est réductible, de placer le malade dans une position convenable, et d’en essayer la réduction; puis, après l’avoir fait rentrer, de la maintenir à l’aide de, compresses graduées et d’un spica à l’aine, ou d'un bandage inguinal dont le col est courbé et assez allongé, et dont la pelote doit être appliquée immédiatement au-dessous de la branche horizontale du pubis, à l’endroit où commence le muscle pectiné. — Enfin, lorsque, dans cette hernie, l’étranglement survient, et qu’on n’est pas assez heureux pour en obtenir la guérison à l'aide des divers moyens dont nous avons déjà si souvent parlé, peut-être serait-il bien d'essayer la dilatation de l’anneau à l’aide de crochets mousses, en se rappelant qu’elle peut êire faite en dedans, en dehors et en bas. Enfin, à en croire Gadermann (l), on pourrait aussi recourir au débridement à l’aide d’une incision à travers la peau et le fascia-lata, à 3 centimètres au-dessous du ligament de Poupart, à une distance égale du pubis, dirigée plus en dedans qu’en dehors, et d’une longueur d’environ 12 centimètres, en divisant obliquement le muscle pectiné, la longue et la courte têtes du muscle triceps. Mais on conçoit aisément que, pour se décider à agir aussi profondément, il faut que la nécessité en soit bien démontrée.
HERNIES ISCIIIATIQUE , PERINEALE, VULVAIRE ET VAGINALE.
Les hernies ischialiques décrites principalement par Paper (2), Yerdier (3),
(1) Uebcr den Bruch durch das Hüftbemloch. clc., p. 29. Landshut, 1823.
(2) Epi&iola ad illustr. Do Haller : De s'apenda hernia dorsali. Gœtling., 1750.
(3) Mém. de l’Acad. de chir. , t. n p. 2, note a.
TRAITE
Camper (1), Bosc (2), Lassus (3), Schreger (4), Bezole (51, Wonro (G) , sont d’un diagnostic extrêmement difficile, et peuvent être parfois atteintes d’étranglement; et, si l’on s’eu rapporte à Astley Cooper. le débridement du sac doit être fait alors directement d’arrière en avant. Nous ajoutons que Jones a eu occasion de constater une fois que le collet du sac se trouvait en avant de l’artère iliaque interne, audessous de l’artère obturatrice et audessus de la veine. — Quant aux hernies périnéales , où les viscères s'engagent entre le rectum et le vagin chez la femme, et entre le rectum et la vessie chez l’homme, elles ont été observées par Méry (7), Curode (8), Smellie (9) et Sehreger (lO)chez les femmes, et chez l’homme par Chardenson (1 1 ), Pipelet
(12), Bromfield ( 1 3), Schneider, Scarpa, Jacobson ( 1 4 ) , Schoti (15), et on les a vues également atteintes d'étranglement. — Il convient, quand ou est obligé de recourir à l’opération, de se rappeler que cette dernière offre en général peu de difficultés, le collet du sac se trouvant toujours, ou presque toujours au-dessous du détroit inférieur :
aussi, une fois le sac ouvert, suffit-il ordinairement d’introduire un bistouri boutonné entre les viscères déplacés et
(1) Demonstr. anat.-palbologicæ , lib.
(2) Proy, De enterocele ischiata. Lipsiæ, 1772.
(5) Pathol chirurg., vol. n, p. 105.
(4) Chirurgische Versuche, part, n, p.
(5) Siebold’s Sammlung Beobaclitungen, vol. m, p. 202, pl. ni.
(6) Anatomy of i lie gullet slomach and intestines, p. 580. Edinb., 1811.
(7) Mém. de F Acad. de chir. , vol. il , p. 25.
(8) Mém. de l’Académie des sciences.
(0) Observations sur les accouchem. , trad. de Préville, t. n, p. 168. 1777.
(10) Chirurgische Versuche, part, ir, p.
(11) Iloin, Nouv. méthode d’opérer les hernies, p. 135.
(12) Mém. de l’Acad. de chirurg., t. v,
(13) Chirurg. Wahnchmungcn , p 423.
(14) Journ.de Græfe et Wallher, vol. ix, cahier n.
(15) Nosol. Therap. Botraclitung und Iteinlcsen-Fællcn. Francfort, 1827.
le collet du sac qui est induré, pour pratiquer le débridement, à l’aide d une petite incision dirigée de bas en haut et obliquement sur le côté externe.
Pour ce qui regarde les hernies vulvaires et vaginales, rappelons que ces dernières ont élé décrites surtout parGarengeol (I), Christian (2), Stark (3), et que les organes herniés viennent se placer dans le repli du péritoine qu’on trouve entre l’utérus et la vessie, pour venir ensuite donner naissance à une tumeur à la paroi antérieure ou à la paroi postérieure du vagin ; tumeur qui du reste apparaît assez souvent aussi sur l’un des côtés du canal , et finit ensuite par faire saillie entre les grandes è>res, ce qui constitue la hernie vulvaire.
Maintenant, «lisons que, quand la hernie vaginale s’étrangle, par suite de la" distension de l’utérus, pendant la grossesse, ou par suite de la rétention des matières fécales (ce qui est très-rare à raison de l’élasticité des parties), les moyens dont nous avons si souvent parlé pour obtenir la réduction réussissent toujours quand ils sont sagement administrés ; du moins ne connaissons-nous pas d’exemple bien authentique où l’opération de la herniotomie ait été nécessaire dans ce cas; et il est du reste facile à concevoir qu’elle ne serait praticable qu’aillant que la hernie siégerait profondément dans le vagin.
Ce que nous venons de dire louchant la facilité de la réduction par les moyens ordinaires pour la hernie vaginale atteinte d’étranglement, nous le répétons pour la hernie vulvaire étranglée, qu’Astley Cooper n’a eu occasion d’observer qu’une seule fois, et qu'il a réduite en moins de trois minutes. Si cependant l’opération était jugée nécessaire , on pourrait, après avoir mis largement a découvert le fond de la hernie par une incision pratiquée à la grande lèvre, et, une fois le sac ouvert, introduire, à l’aide du doigt et sur le collet de la hernie, un bistouri boutonné entouré d'une bandelette de linge jusqu'à q iclques millimètres du bouton , et avec lequel ou opérerait le débridement.
(1) Mém. de l’Acad, do chirurg. , 1. 1 , p. 707.
(2) Edinburgh mcd. and surg. Journ., vol. ix, p. 281 .
(3) Stark , Diss, de hcrnia vaginale , etc. léna, 1730.
— A s'en rapporter à Astley Cooper, ce erait en dedans et vers le vagin qu’il „udrail débrider ; mais nous sommes lisposé h penser que mieux vaudrait voir recours à des mouchetures platinées en dedans, en dehors et en arrière, :’est à-dire au débrideraient multiple. — Terminons enfin ce long et important hapilre en rappelant que, pour la réuction des hernies vaginales, la meileure position est sans contredit celle qui loigne le fond de la matrice du collet du ac: de telle sorte, par exemple, que, si la evnie s’est faite par la partie postéieure du vagin , il y a , comme l’a fait eraarquer M. Sanson (l), un avantage éel à placer la malade sur les genoux, la ête et la poitrine abaissées, et de la faire lacer, au contraire, sur le dos, en ayant oin d'élever le bassin , pour les déplaements qui se sont faits par les parois ntérieures ou latérales. — Pas n'est esoin de dire, je pense, qu'il convient e vider le rectum et la vessie avant de rocéder au taxis, qu’on exécute à l’aide 'une pression dirigée du fond du col de i hernie avec deux doigts portés dans ï vagin.