ANUS CONTRE-NATURE
Lorsque l’intestin, au lieu de se terliner par une ouverture normale, c’est- -dire par la fin du rectum, autrement it Yanus normal, s’ouvre, au contraire, sr suite d’un vice de conformation, ou ar suite d’un acci lent ou par suite 'une opération dans un endroit plus ou loins éloigné de l’ouverture naturelle, y a alors anus contre-nature , anus ccirfenlel. anus anormal; seulement, n conçoit que cette ouverture conlreature peut avoir plus ou moins d'élenue, et que les matières auxquelles elle vre passage peuvent être dans un tat de digestion plus ou moins avancée,
■ fl11 elles peuvent être aussi plus ou 101ns abondantes , suivant l'endroit où : trouve Y anus contre-nature. Ainsi , e dernier est-il trés-rétréci, il peut se içe que les matières ne soient rejetées u’en petite quantité, et il y a alors fis- 'Je slercora/e plutôt cpYanus contreilure. — Jfais occupons-nous d’abord J l’anatomie pathologique de celte afj dion, a cause de son importance pour
rt%w*i'Ede méd< ct tlc cbir- pratiques,
OPERATOIRE. 1001
bien comprendre tout ce qui se rattache à l’hidoire de l’anus contre-nature ; et, à cet effet, éludions : 1° el son ouverture; 2° et l’état dans lequel \e présentent les deux bout- de l’intestin, dont la continuité est rompue; 3° et l’éperon.
Ouverture extérieure. — Cette ouverture est unique ou multiple : dans le premier cas, elle est généralement arrondie,et peut avoir 3 centimètres de diamètre, ou simplement 4 millimètres; mais alors ce n’est plus qu’une fistule stercorale : ses bords sont épaissis déprimés vers la cavité abdominale , et sc continuent avec la muqueuse de 1 intestin ; el, quand la maladie est ancienne, la peau des environs se fronce et se rayonne, comme on le voit autour des cicatrices dites eu cnl-rle-poule. Nous ajoutons que, nonobstant toutes les précautions que l’on peut prendre, ces cicatrices s’enflamment et s’excorient par suite de la présence des matières fécales. — Quand l’anus anormal se compose de plusieurs petites ouvertures, on dit alors que l’ouverture est percée en arrosoir ; et, comme ici, il n’y a pas, comme à l’anus naturel, de sphincter, il y a nécessairement incontinence. — A l’extérieur, l’ouverture rappelle par son aspect les muqueuses, la solution de continuité ne tardant pas à revêtir le caractère de la membrane interne de ces dernières, et à se boursoufler au point de faire hernie, el le plus souvent par la partie supérieure de l’intestin. — A l’intérieur, au contraire, la cicatrice a l’aspect de la membrane externe de l’intestin , et est, comme cette dernière, de nature séreuse : on voit de plus en dedans des adhérences destinées à unir les bords de l’intestin aux parois abdominales, adhérences sans doute plus ou moins étendues en surface, plus ou moins allongées, d’une organisation plus ou moins avancée, et fixant par conséquent plus ou moins solidement l’intestin aux parois de l’abdomen, mais se prolongeant souvent à la suite surtout des hernies étranglées, de manière à faire adhérer l’intestin à une portion du sac herniaire non respecté par la gangrène, et à compléter ainsi Y entonnoir membraneux de Scarpa, dont la base correspond à la perte de substance de l'intestin, et le sommet à l’ouverture qui lui a livré pas-age, sommet dont le diamètre va toujours en diminuant, et dont la cavité finit enfin par s’effacer, en même temps que se rétablit la continuité
traité
de l’intestin , et que s’opère la guérison naturelle.
Qu’on 11e s’y trompe pas! les cas heureux dont nous parlons 11e surviennent guère que dans les hernies qui se font à travers le canal inguinal, et rarement, pour ne pas dire jamais, dans les hernies directes; surtout dans les cas où l’intestin a éprouvé une solution de continuité dans l’abdomen sans hernie, l'entonnoir se forme , et alors la guérison , si elle se fait naturellement, a lieu différemment.
A cet égard, il importe de se rappeler ce que nous avons déjà dit sur les caractères divers que peuvent présenter les adhérences; ces dernières n’ayant pas la même étendue partout, il peut se faire que la circonférence de l'ouverture intestinale soit, sur certains points, protégée par des adhérences bien autrement étendues et solides que sur d’aulres, sans compter que rien n’empêche l’intestin d’adhérer par un point de sa circonférence à une partie contenue dans l’enceinte : par exemple, l’épiploon , l’estomac ou une portion du tube intestinal, toutes particularités qu’il ne faut pas perdre de vue, car elles jouent un certain rôle dans l’histoire de l’anus contrenature.
Voyons maintenant l'état dans lequel se présentent les deux bouts de l’intestin, dont l'un est nécessairement supérieur et l’autre inférieur , et qui tendent tous deux à devenir parallèles, comme les canons de fusil à deux coups, lorsque la perte de substance intestinale a été considérable ; tandis que, dans le cas contraire, les deux bouts s’éloignent l’un de l’autre, et forment un angle d’autant plus ouvert que la perte de substance de l’intestin a été moins grande; d’où il suit nécessairement que le passage des matières fécales du bout supérieur dans le bout inférieur sera d’autant plus facile que l’angle sera plus obtus, et que le cours de ces mêmes matières éprouvera d'autant plus de difficultés que le parallélisme des deux bouts de l’intestin sera plus prononcé : ajoutons comme conséquence naturelle que moins le bout inférieur de l’intestin recevra de matières, plus il aura de tendance à se resserrer et même à s’oblitérer; bien que celte oblitération soit on ne peut plus rare, M. Bégin paraissapt être le seul praticien qui ait eu occasion d’en voir un exemple sur un vieillard de quatre vingls ans, affecté d’anus anormal depuis quarante ans.
En retour, on le concevra aisément, , le bout supérieur aura une tendance extrême à se dilater et même à s’iiypertrophier. Entre ces deux bouts, si dissemblables sous le rapport de la nutrition ; et vis-à-vis la perte de substance de; l’intestin, existe une saillie anguleuse : placée de champ et qu’on appelle épe-ron ; saillie formée par l’adossement,, sous un angle plus ou moins aigu de la 1 paroi de l’intestin qu’a respectée la gangrène et qui, vue du côté de l’intestin, représente, sous la forme d’un croissant: dont les angles, dirigés de la concavité vers la convexité de l’intestin, se perdent, en s’effaçant insensiblement, sur:
les parois de cet organe ou sur les bordsde l’anus accideniel. Du côté du ventre, l'éperon se dédouble, et les deux parois qui le composent s’écartent pour recevoir le mésentère dans leur intervalle; écartement, bien entendu, d’autant plus prononcé que l’angle formé par les deux bouts sera plus ouvert.
Malheureusement la saillie dont nous parlons , l 'éperon , ne se rencontre pas dans tous les anus contre-nature : ainsi on le cherche en vain dans ceux auxquels donnent naissance les plaies des intestins, quand ces organes 11e sortent pas de l’abdomen ; puis, comme la saillie qu’il produit se trouve en rapport avec la quantité d’intestin qui sort de l’abdomen et avec l’étendue de la solution de continuité éprouvée par cet organe, on conçoit qu’elle peut, dans certains cas, être portée au point de s’opposer au passage des matières du bout supérieur dans le bout inférieur ; et cela a lieu principalement alors qu’elle s’avance en forme de valvule sur ce bout quelle peut oblitérer; de telle sorte qu’a en croire Dupuytren le mésentère entraîné alors avec l’intestin, vient former, entre la partie de la colonne vertébrale et la partie de l’intestin qui s'en est le plus éloignée, une corde dont la tension tiendrait le corps penché en avant et s’opposerait à son redressement, ainsi qu’on le voit dans les hernies adhérentes. — Dupuytren, on le sait, fait jouer un très-grand rôle h cette corde dont l'extrémité, dans l’anus accidentel, correspond à l’intestin et s’alta* che au fond de l’angle rentrant forme par cet intestin du côté du ventre, et q»‘ constitue la base de l’éperon ; mais no"* sommes loin, pour notre part, d accof* der une aussi grande influence à cet,e corde, qui toujours, suivant Dupuytren,
DE MÉDECINE
agirait continuellement sur l’intestin et sur les adhérences , allongerait Y entonnoir membraneux , effilerait ce conduit et finirait par l'effacer; influence dont l’action, se prolongeant après la guérison de l’anus, relâcherait toujours le lien qui unit l’intestin aux parois abdominales, au point que ce dernier, s’éloignant toujours plus d’elles, reprendrait chaque jour plus de liberté dans ses fonctions. — Seulement il peut arriver que, pendant la durée de la lutte établie entre la corde formée par le mésentère et les liens celluleux qui fixent l’intestin à la paroi abdominale, il peut arriver, dis-je, que, nonobstant l’action du mésentère sur l’intestin, l’avantage ne soit pas toujours du côté de ce dernier, ainsi que l’attestent les accidents mortels dont Dupuylren a fait mention (l) : nous voulons parler des cas où sont survenus des épanchements de matière stercorale à la suite de la rupture des adhérences qui unissent l’intestin aux parois de l’abdomen.