SUTURE
Cette méthode, qui paraît due à M.
Davat, repose sur ce fait de physiologie pathologique, savoir, que rien n’est plus difficile à obtenir que l’adhérence primitive de la membrane interne des veines, et que dès lors rien n’est plus rationnel que de déterminer dans cette membrane, à l’aide d’une solution de
continuité légère, une irritation qui favorise l’agglutination des parois du vaisseau. A cet effet M. Davat a pensé qu’il convenait de traverser d’avant en arrière et d’arrière en avant un point de la veine avec une simple aiguille à coudre, et d’assujettir ensuite cette dernière avec un fil entortillé. Ainsi, opérant sur un chien de moyenne taille, il commença par soulever la jugulaire du côté gauche entre le pouce et l’indicateur , puis il introduisit à travers la peau, mais au-dessous de cette veine , une aiguille qu’il fit ressortir du côté opposé. S’étant assuré ensuite que le vaisseau reposait réellement sur l’instrument, il perça incontinent et perpendiculairement la peau avec une seconde aiguille, ainsi que la paroi antérieure et postérieure de la veine, et, cela une fois fait, il inclina aussitôt l’aiguille de manière à la faire sortir un peu plus haut, en traversant de nouveau les deux parois de la veine et les téguments. — De cette manière, les aiguilles se croisant l’une et l’autre , rien ne fut plus facile que de les assujettir avec un fil, qui fut coupé au bout de cinq jours ; et, les aiguilles une fois retirées, les plaies se cicatrisèrent en trois heures, et la veine fut solidement oblitérée. Ce procédé , à ce que nous sachions au moins, n’a pas encore été mis en usage chez l’homme.
Procédé Friche. Le chirurgien dont nous parlons traverse le vaisseau veineux de part en part, puis revient d'arrière en avant et laisse le fil à demeure dans la veine comme un séton, et cela pendant deux jours; et pendant ce temps on voit survenir, au dire de M.
Fricke, la formation d’un caillot et l’oblitération du vaisseau. A en croire l’auteur, ce moyen lui aurait presque toujours réussi; ce dont nous doutons pour notre part, au moins en tant que guérison définitive et sans accident.
Nous ajoutons que M. Velpeau, qui a essayé ce procédé sur douze malades, a vu survenir chez tous une phlegmasie des vaisseaux, que huit d’entre eux pourtant n’ont été atteints que de symptômes locaux et sont sortis de l’hôpital dans un état de guérison apparente, que trois autres ont été pris d’une inflammation qui s’est étendue le long des veines , depuis la partie inférieure du membre inférieur jusqu’à la partie supérieure de la cuisse et qui s’est terminée par de larges foyers purulents, qui ont nécessité des incisions nombreuses à
DE MÉDECINE OPERATOIRE. 1017
I la jambe, au jarret, à la cuisse, et que, après tous ces accidents qui ont compromis un moment leur existence, et nonobstant l’application de la suture sur la veine saphène interne, ce vaisseau ne s’en est pas moins dilaté une fois la maladie reproduite. Quant au douzième, il succomba au bout du dixième jour aux accidents de phlébite interne, de phlébite externe et d’angiotomie qui survinrent après l’opération (l). Et maintcinant que ceux qui seront tentés d’avoir recours au procédé de M. Fricke essayent, s’ils l’osent, en présence des graves dangers que peut entraîner à sa suite la phlébite interne et l’infection purulente !
INCISION
Avicenne (2) recommandait d’inciser les veines variqueuses suivant leur longueur afin d’en obtenir l’oblitération ; mais ce moyen thérapeutique, excellent peut-être quand il s’agit d’un seul vaisseau, ne saurait être mis à exécution alors qu’il existe plusieurs paquets variqueux, puisqu’il faudrait recommencer Chaque fois et exposer par conséquent ainsi les vaisseaux à l’inflammation et à tous les accidents qu’elle entraîne : aussi M* Richerand s’est-il empressé de modifier ce procédé en conseillant de choisir pour les inciser profondément dans l’étendue de 12, 15, 18 et même 21 centimètres et plus avec un instrument bien tranchant et convexe, et cela dans le point où se trouve le plus grand nombre de varices. Une fois les caillots sortis à l’aide de la pression, la plaie était remplie de charpie enduite de cé- -at et mise à nu ou sur un linge criblé de trous, puis le pansement fait seulement au bout de trois ou quatre jours , et nous avons vu le succès couronner eelte méthode, c’est-à-dire que les orifices veineux se trouvaient de la sorte promptement oblitérées, et le malade par conséquent aussi promptement guéri.
Malheureusement M. Velpeau (3) n’a point été aussi heureux; son malade est :n eflet mort le neuvième jour à l’hô— ntal de la Pitié : aussi a-t-il immédiaement renoncé à celle méthode, et Bé-
(*) Méd- opérât., t. n , p. 269.
^2) Hugier, Thèse de concours, p. 5,
(3) Méd. opérât., t. n, p, 259.
clard lui-même , qui avait eu d’abord à s’en louer , y avait ensuite renoncé , et nous en disons autant de M. Brodie.