BLESSURES DE LA POITRINE
On les divise en blessures superficielles et blessures pénétrantes. Les premières ne diffèrent réellement pas des blessures ordinaires delà peau et des muscles situés dans d’autres régions, et par conséquent il est inutile de les décrire ici d’une manière particulière.
Quand nous considérons combien d’organes importants sont contenus dans la poitrine, nous avons peine à supposer qu’une balle ou une épée puisse la traverser sans qu’il en résulte une blessure mortelle. Cependant on voit souvent des lésions de ce genre être suivies de guérison, bien qu’elles soient compliquées d une blessure des poumons. On cite meme des faits incontestables qui prouvent que les blessures du cœur lui-même ne sont pas toujours fatales, puisqu’on a trouvé, à l’autopsie d’individus dont la mort était due à tout autre cause, des balles enkystées dans la substance du cœur, et cela long- temps après la réception de la blessure.
Lorsque dans l’acte de la respiration l’air entre et sort alternativement par une plaie existant aux parois de la poitrine, nous savons que l’instrument vulnérant a pénétré au delà de la plèvre costale. Peuant 1 expansion de la poitrine par lacl°n des muscles inspirateurs, l’air entre Par a plaie; pendant la contraction de
celte même cavité par l’action des muscles expiratcurs, l’air pressé s’échappe au dehors en donnant lieu à un courant plus ou moins fort. Lorsque la communication entre la cavité de la plèvre et l’air atmosphérique est libre et large, le poumon s’affaisse ordinairement; à moins qu’il n’en soit empêché par des adhérences. La connaissance de celte circonstance conduisit à penser que si des ouvertures directes étaient faites simultanément dans les deux cavités de la plèvre, le malade mourrait inévitablement de l'asphyxie produite par l'affaissement des deux poumons. Cependant l'expérience prouve que les choses ne se passent pas de celte manière, et que la guérison peut avoir lieu à la suite de plaies pénétrantes des deux côtés de la poitrine, lors même que l’entrée de l'air dans les cavités de la plèvre est large et directe. Il y a trois sources de danger dans tous les cas où il existe une plaie pénétrante de la poitrine.
1. Celui d’une hémorrhagie interne abondante à laquelle le malade succombe quelquefois immédiatement, ou qui amène plus lentement sa perle; la catastrophe étant généralement due à ce que l’épanchement du sang dans la plèvre produit une trop grande compression sur les poumons ou se complique de 1 inflammation de ces organes.
2. D’autres malades succombent à l’inflammation des parties contenues dans le thorax, sans qu’il se fasse aucun épanchement de sang, quoique parfois l'inflammation soit suivie d’un abcès ou empyème.
3. Il existe une autre cause de dai ger lorsque les poumons sont blessés, c’est V emphysème ou dilatation du tissu cel lulaire par des g,.z ; cette dilatation se produisant quelquefois dans la plus grande partie du tissu cellulaire de toutes les régions du corps.
Les symptômes d’une blessure des poumons sont la présence du sang dans les crachats immédiatement après la réception de la blessure, une toux fréquente, une grande gêne dans la respiration, un sentiment de suffocation, et un changement subit dans l’aspect du visage qui présente de la pâleur eldonne les marques d’une grande anxiété. Ici le danger immédiat provient ou de la quantité de sang soustraite à la circulalio:i par l’hémorrhagie interne, ou du passage du sang dans les bronches ou dans îes cellules aériennes des poumons, ou dans
la cavité de la plcvre, de manière a amener la suffocation. C’est pourquoi les blessures de la racine ou delà partie supérieure des poumons, où les vaisseaux sont d’une dimension considérable, sont toujours les plus dangereuses.
Quant au traitement, i! est de règle générale de fermer toutes ces blessures sans délai. On doit cependant extraire toute esquille provenant d’une côte brisée, de même que les substances étrangères ; telles qu'une balle, un morceau de vêtement ou tout autre corps se trouvant près de la surface, pouvant être atteint aisément et dont l’extraction ne produit pas une irritation trop forte. A l’égard des blessures des artères intercostales, tous les meilleurs praticiens modernes désapprouvent l'emploi des différents instruments et machines destinés à être introduits dans la blessure ou dans la poitrine dans le but d’arrêter l’hémorrhagie. Le docteur Hcnnen a entendu parler de cas dans lesquels on était parvenu à lier l’artère intercostale au moyen du ténaculum. Mais en supposant que ceci ne fût pas praticable, je crois qu’il y aurait moins de danger à courir en fermant la blessure et en appliquant sur elle une compresse, qu’en introduisant des substances étrangères autour ou au dedans de la côte. J’ai soigné, avec M. Frogley de Hounslowet M. Broxholm de Sunbury, un jeune homme dont une des artères intercostales avait été blessée par un petit couteau. Il en résulta un épanchement de sangextraordinairement abondant sous les muscles du dos; cet épanchement fut suivi de la formation de collections de pus très-considérables et le danger devint très-pressant , mais à la lin le malade se rétablit. Aucun essai ne fut fait pour lier le vaisseau.
Il s’écoula environ huit onces de sang par l’orifice de la blessure immédiatement après l’accident; l’hémorrhagie externe s’arrêta alors, mais le sang s’accumula dans le tissu cellulaire: un gonflement considérable survint, et au bout de huit jours il s’échappa tout à coup une telle quantité de pus et de sang putréfié par la blessure extérieure que le malade se trouva inondé dans son lit depuis les pieds jusqu’à la tête. On pratiquait de temps à autre des incisions pour faciliter la sortie du pus. Quelques mois se passèrent avant que l’écoulement de matière fût arrêté et la plaie fermée. Au début, dans la période inflammatoire, on eut recours à de larges émissions san-
guines par les sangsues ou par la lancette.
Dans tous les cas où il y a des blessures pénétrantes de la poitrine, et surtout lorsque celles-ci s’étendent jusque dans les poumons, le seul moyen sur l’efficacité duquel on puisse compter au commencement consiste en d’abondantes saignées par la lancette. C’est ainsi que l’on peut arrêter l’hémorrhagie interne et prévenir ou faire céder l’inflammation des poumons. Ici, comme pour certaines blessures de la tète, une saignée modérée 11e serait pas suffisante, ün peut quelquefois se trouver dans la nécessité de saigner le malade plus d’une fois par vingt-quatre heures, pendant six ou huit jours de suite. La première saignée doit être copieuse; et si le malade s’évanouit il ne faut pas lui donner de cordiaux, mais le laisser revenir à lui par degrés.
Lorsque le malade se trouve oppressé de nouveau et qu’il y a de l’élévation dans le pouls, ainsi que de la douleur dans la poitrine accompagnée de crachement de sang, on devra recourir encore à la saignée ; ainsi il faut faire usage de la lancette aussi souvent que l’état dè la circulation, les souffrances et l’oppression éprouvées par le malade ou d’autres symptômes encore en indiquent la nécessité. Si l’on négligeait d’agir d’après cette règle, la perte du malade serait certaine.
Lorsque les paroxysmes de souffrance, la suffocation et l’hémorrhagie interne ont diminué, mais que la toux est aiguë, on peut prescrire la digilale ou la jusquiame, avec de petites doses d acétate ou de muriate de morphine et des purgatifs salins.
Lorsque la toux est très-considérable et que les douleurs de poitrine persistent après que l’emploi de la saignée par la lancette a été porté aussi loin que possible , on peut souvent obtenir un grand bien de l’application d’un vésicatoire sur la poitrine ; et quelquefois on peut encore tenter de faire usage des sangsues ou des ventouses quoiqu’il ne soit plus possible de recourir à la saignée par la lancette.
Quand, après une blessure de la poitrine, il se forme dans la cavité de la plèvre de la matière purulente constituant un empyerne, ou quand l’extravasation du sang dans la poitrine donne lieu à un pressant danger par la compression qu’il exerce, 1 indication est de pratiquer une issue pour l’écoulementt;
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
de ces fluides au dehors; mais si la blessure n’était pas fermée nous devrions nous servir dans ce but de l’ouverture déjà existante, et alors placer le malade dans une position telle que la plaie se trouve dans un point déclive.
Autrefois, quand du sang était extravase dans la poitrine , les chirurgiens étaient dans l’usage d’employer beaucoup de moyens pour son évacuation, et, dans ce but, ils se servaient quelquefois de seringues et de tubes. Mais aujourd’hui l’on n’entend jamais dire que des procédés de ce genre soient mis en usage. Cependant des cas de cette nature mettent quelquefois le chirurgien dans une grande perplexité; car nous avons deux dangers à redouter : celui de laisser succomber le malade à la suffocation résultant de la compression exercée par le sang sur les poumons et le diaphragme, si l’on ne pratique une ouverture pour son écouiemeut au dehors ; et celui de le voir expirer par suite d’une hémorrhagie continue si l’ouverture est pratiquée. Je crois cependant que l’expérience des chirurgiens de l’armée, qui sont les juges les plus compétents et les mieux instruits sur ce sujet, s’accordera avec ma manière de penser, lorsque je dirai que généralement il est prudent de ne pas employer avec précipitation les moyens qui tendent à faire écouler le sang au dehors de la poitrine; mais de recourir à un traitement antiphlogistique rigoureux. Rarement aussi le diagnostic d’une extravasation de sang est assez clair pour justifier une opération destinée à son évacuation. En tout cas, nous ne devons jamais nous hâter de pratiquer une ouverture dans la poitrine; mais nous devons abandonner la nature à elle-même, en s’aidant du traitement que j’ai déjà conseillé.
Quelquefois des blessures de la poitrine se compliquent de la sortie d’une partie des poumons au dehors. Un cas de ce genre me fut confié à Bruxelles après la bataille de Waterloo. La portion du poumon qui était sortie au dehors était longue, étroite, en forme de langue, et fortement contuse. La blessure avait été faite par une lance. Je pensai d’abord à exciser la partie saillante, mais l’hémorrhagie rendit nécessaire de la renfermer d>ns une ligature. Je crois que le malade succomba.