SUITE DU CHAPITRE PRÉCÈDENT
On vient de lire que l’on peut rarement établir le diagnostic des épanchements de sang dans la poitrine assez clairement pour autoriser le chirurgien à ouvrir celte cavité afin d’évacuer le liquide; on peut cependant parvenir à reconnaître l’épanchement de sang dans la cavité de la plèvre non pas seulement par des signes tels que la pâleur, la syncope, l’abaissement de la température du corps, la grande suffocation, etc., niais encore par la matité du côté blessé de la poitrine dans les points les plus déclives, matité dont le siège varie avec la position du malade. On doil donc percuter la poitrine du sujet en le mettant dans diverses positions, et on verra toujours la mutité occuper les points actuellement inférieurs dans chacune d’elles. Il ne faut pas se hâter de donner issue au sang contenu dans la poitrine. Tout le temps que le blessé est trèspâle, prêt à défaillir, que son pouls bat faiblement, on doit supposer que l’hémorrhagie continue, et en faisant sortir le sang prématurément on en favoriserait l’écoulement à l’intérieur : d’autre part, lorsque celui-ci e.it arrêté depuis quelque temps, et l’on reconnaît que l’hémorrhagie interne a cessé à ce que la chaleur se rétablit, le pouls se relève, les lipothymies n’ont plus lieu; lorsque, dis-je, l’hémorrhagie interne a cessé depuis quelque temps, le séjour du sangdans la plèvre irriterait cette membrane et donnerait lieu à une pleurésie des plus graves. On doit donc alors chercher à évacuer le liquide, soit par la position donnée au malade tandis qu’on tient les lèvres de la plaie enlr'ouverles si celte plaie est directe et suffisamment large, soit eu agrandissant celle-ci si elle est étroite et sinueuse, soit enfin en pratiquant l’opération de l’empyème si les autres moyens ne sont pas applicables. Dans tous ces cas, on devra panser avec une mèche de charpie introduite dans l’ouverture, afin de l’empêcher de se fermer et donner libre issue aux liquides, dont il peut encore sortir une quantité plus ou moins grande à chaque pansement. TouL ce que je viens de dire ici s’applique aux cas où l’hémorrhagie provient de la blessure du poumon, et où l’on n’a conséquemment à lui opposer ni compression ni ligature de vaisseaux ■ alors la seule ressource qui reste pour sauver la vie du blessé est de fermer
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exactement la plaie , afin que le sang déjà épanché sc forme lui-même un obstacle à son écoulement ultérieur. On se comporte ensuite d’après lis principes que j'ai tracés plus haut pour l’évacuation du sang contenu dans la cavité thoracique, car il ne faut nullement espérer que l’absorption pourrait le faire disparaître. Une tentative de ce genre exposerait même sûrement à une pleurésie très- dangereuse.
Lorsqu’une artère intercostale est ouverte, il faut tenir une conduite-tout opposée ; malheureusement il n’est pas toujours facile de distinguer cet accident.
Quand le simple aspect des parties et au besoin l’application du doigt sur le vaisseau, à l’aide de laquelle on suspend l’hémorrhagie, fournissent des renseignements suffisants, il faut alors lier immédiatement ce vaisseau ainsi que toutes les petites branches artérielles qui peuvent donner du sang. Quand la plaie est étroite le diagnostic sur la source de l’hémorrhagie est bien plus difficile à établir. 11 est vrai que le sang qui sort par la plaie extérieure est spumeux et rempli de bulles d’air lorsqu’il vient d’une blessure du poumon, tandis qu’il est simplement rouge et non aéré quand il provient d’un vaisseau ouvert : mais ce moyen de diagnostic est défectueux, d’abord parce que quand la plaie est étroite souvent l’écoulement du sang.jde quelque source qu’il vienne, se fait entièrement à l'intérieur et nullement par la plaie; et ensuite parce que dans le cas où le sang s’écoule au dehors ce sang peut encore provenir de l’artèrè intercostale et contenir des bulles d'air, l’instrument vulnérant ayant simultanément ouvert l’artère intercostale et blessé le poumon. Cependant on a quelques moyens de se former une opinion sur la source île l'hémorrhagie. Ainsi lorsque la plaie extérieure est étroite et située sur le trajet d’une artère intercostale, que par l’examen de celle plaie et de 1 instrument vulnérant on peut juger que ce dernier n’a pas dû pénétrer profondément et vers la racine des poumons, seul point où la blessure de ces organes puisse donner lieu à une hémorrhagie promptement abondante, que cependant le blessé pâle et froid offre tous les signes d’une hémorrhagie interne, cl que d ailleurs il crache une petile quantité de sang tout -à-fait hors de proportion avec les signes alarmants d’une grande perle de sang à l’intérieur, ou doit en con-
clure qu’une artère intercostale est ouverte. La plaie étant alors beaucoup trop étroite pour qu’on puisse arriver à l’artère, il faut la débrider et chercher à en faire la ligature; ce qui est d’une exécution difficile. Comme on éefioue souvent dans ces tentatives, il ne reste plus qu’à essayer de la compression de l’artère intercostale, conseillée par Desaulf. On enfonce dans la plaie le centre d'une compresse en lui faisant former un godet dont le fond se trouve dans la cavité thoracique, on remplit le fond de ce godet avec de la charpie, de manière à former un tampon qui ne puisse ressortir par la plaie, et on comprime les parois lorsque l’on tire la compresse à soi. La source du sang étant tarie, soit qu’on ail fait la ligature, soit qu’on ait eu recours à la compression de l'artère, il faut évacuer le sang contenu dans la cavité de la plèvre en inclinant convenablement la poitrine du blessé. Heureusement la disposition des artères intercostales, qui sont en grande parlie protégées par les côtes, et aussi la manière d’agir de la plupart des armes vulnérantes font que les plaies de poitrine sont encore assez rarement compliquées de blessure de ces vaisseaux.
( Chapitre additionnel.) Delamare.