‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 122 sur 242 · PSOITE OU ABCÈS LOMBAIRE · texte numérisé non relu

PSOITE OU ABCÈS LOMBAIRE

On appelle ainsi une collection de matière purulente formée dans le tissu cellulaire de la région lombaire derrière le péritoine, et le plus souvent descendant le long du muscle psoas, jusqu à ce qu’elle produise une tumeur au-dessous ou au-dessus du ligament de Poupart, ■ou qu'elle glisse sous le fascia de la •cuisse. Dans quelques cas, Je pus descend dans le bassin , d’où il passe par l’échancrure sciatique, et vient former une tumeur près de l’anus. Quelquefois il passe en arrière sur le bord externe des muscles, carré des lombes et sacrolombaire, de manière à produire une tumeur sur un côté des reins ; dans quelques cas rares il suit le trajet du cordon spermatique, et forme une tumeur qui vient saillir à travers l’anneau inguinal, de telle sorte qu’un observateur peu expérimenté pourrait facilement prendre celle-ci pour une hernie. Cette maladie ofl’re un des meilleurs exemples de la nature des vastes abcès chroniques , et surtout de ceux qu’on regarde habituellement comme scrofuleux. Elle commence par un léger sentiment d’inquiétude dans les reins et par de la faiblesse dans la marche; mais le malade ne peut encore ressentir aucune souffrance, bien que la collection purulente soit déjà assez considérable pour produire une tumeur extérieure. Néanmoins la quantité de pus devient graduellement plus notable, elle occasionne un sentiment de tension et de pesanteur dans les reins, des douleurs lancinantes vers l’extrémité inférieure , et quelques désordres hectiques dans l’économie. A mesure que la maladie fait des progrès , l’extrémité inférieure du même côté s’affaiblit de plus en plus, et la cuisse s’incline en avant. Je soignai, à l’hôpital du collège de l’Université , une jeune

(1) On voit un grand nombre de faits de ce genre dans l’excellent ouvrage de Larrey, et particulièrement 'dans le quatrième volume. — Flajani rapporte un autre cas dans lequel on se borna à l’emploi des moyens antiphlogistiques. Coll, d’osservazioni , t. m, p. 59. — Thomson a vu quatorze exemples de blessures de la vessie suivies de guérison. Voyez Observations dans les hôpitaux militaires •en Belgique, p. 10S, etc.

S. Coojter.

CHIRURGICALE. dt>i

fille affectée d’un double abcès lombaire, et dont les deux cuisses' étaient rétractées et touchaient ;> 1 abdomen.

L’abcès lombaire peut être ou non compliqué de la carie des vertèbres ; et la maladie des os peut ou être la cause de la collection purulente , ou l'accompagner accidentellement. Je dois dire en même temps, que l’expérience acquise par mon ami sir Benjamin Rrodiesur ce sujet, l’a conduit à penser que l’abcès lombaire est rarement une maladie primitive, mais provient en général de la carie des vertèbres. Quand une psoïte se joint à une affection des vertèbres lombaires il n’y a pas de paralysie, et sir Benjamin Brodie attribue cette particularité à la plus grande dimension des corps des vertèbres lombaires comparés à ceux des vertèbres cervicales ou dorsales , qui tait que les premiers ne sont pas détruits par la carie qui suffirait pour détruire les derniers. Dans la partie inférieure de l’épine la maladie atteint rarement la thcca vcrlebralis (enveloppes de la moelie vertébrale). Il est dans la nature des abcès lombaires et d’autres abcès chroniques de commencer très-lentement et très-insidieusement et de s’accroître de la même manière, de sorte qn’après n'avoir contenu que peu d’onces de pus ils en renferment à la lin plus d’une livre. La matière qu’on trouve dans un abcès lombaire présente souvent des grumeaux formés par une substance coagulée et semblables à ceux qu’on voit dans d’autres abcès scrofuleux ; toute la cavité qui contient le pus est tapissée par une membrane appelée le kyste de V abcès , qui a un peu l’aspect d'une membrane muqueuse, et qui , lorsque la maladie est établie, devient l’organe à l’aide duquel s’effectuent incessamment la sécrétion et l’absorption de la matière purulente. On concevra aisément quelle doit être l’étendue de la surface d’un kvsle de ce genre , si on se rappelle qu’un abcès lombaire contient quelquefois quatre litres de pus. Jusqu’à ce que la. quantité de matière purulente soit assez considérable pour produire une tumeur extérieure accompagnée de fluctuation , on peut rarement reconnaître d’une manière positive l’existence de la maladie que l’on prend souvent pour un rhumatisme.

J ai vu plusieurs abcès lombaires dans lesquels la tumeur se trouvant située au pli de l’aine, ressemblait plus ou moins

traité Élémentaire

à celle que produit une liernie et présentait un mouvement d'impulsion quand le malade toussait. Je fus consulté pour un cas de ce genre; il existait une tumeur petite, unie au toucher et proéminente, qui présentait un mouvement d’impulsion ; elle était placée près de l’aine, mais un peu plus dans la direction de l’os iliaque , que ne l est une hernie ; il y avait en outre une autre tumeur plus considérable qui était évidemment un abcès situé derrière l’os innominé. Je conseillai d’ouvrir la tumeur existant en arrière, car par ce moyen, en cas qu’elle se trouvât communiquer avec celle de la cuis e , cette dernière disparaîtrait, et quoi qu’il en fût, elle indiquerait la naluredu cas. Un autre chirurgien, homme de grande expérience, conseilla d’introduire une aiguille dans la tumeur de la cuisse, afin de reconnaître la nature des matières qu’elle contenait.

On a essayé de dissoudre les abcès lombaires , en excitant 1 action des absorbants par les émétiques , les vésicatoires appliqués à la surface de la tumeur, et l’emploi des purgatifs. On n’a obtenu que peu de succès à l’aide de ces moyens. Comme il est dans la nature des abcès lombaires et de tous les abcès chroniques de devenir de plus en plus volumineux et d’atteindre quelquefois une dimension considérable , avant de s’ouvrir d'eux-mêmes, je pense qu’en règle générale, il est bon d’y faire une ouverture, dès que la fluctuation devient manifeste. Cependant on voit souvent l’ouverture d’un abcès lombaire considérable être suivie d’une attaque violente et même fatale d e fièvre irrita tire; il faut donc prendre de certaines précautions si la tumeur est volumineuse. En effet quand on ponctionne l’abcès il laisse écouler la matière qu’il contient et l’ouverture qui le fait communiquer avec l’air extérieur ne se ferme pas ; le kyste s’enflamme souvent dans toute son étendue et le malade éprouve cette violente perturbation de l’économie qu’excite toute irritation récente agissant sur une constitution en proie à l’état hectique, perturbation que l’on connaît sous le nom de fièvre irritative.

La connaissance de cet e circonstance a fait craindre aux chirurgiens de suivre cette méthode lorsque le kyste était d’une dimension considérable. De la vint l’emploi du procédé qui consiste à introduire un séton au travers de la tumeur et à laisser écouler la matière pu-

rulente par degrés ; puis on fit usage de la méthode de M. Abrrnelhy qui réussit mieux et qui consiste à faire évacuer le pus au moyen d’une ponction quel on ferme ensuite avec du diachylon et que I on fait cicatriser par première intention. On doit tirer la p, au d’un coté , introduire la lancette et lorsque la matière a été évacuée on doit laisser reprendre a la peau sa situation naturelle. Ainsi l’ouverture faite à la peau et celle faite au fascia et au kyfste ne correspondent plus et l’on a beaucoup de « -fiances pour que l’air ne puisse pénétrer dans le foyer. Le kyste, pendant quelque temps, n’est plus soumis à la distension, il peut revenir sur lui-même, et dès qu’une certaine quantité de matière purulente s’accumule de nouveau , ou répète la même manœuvre.

On doit joindre à ce traitement l’administration des toniques et des altérants et particulièrement l'emploi du quinquina, des préparations ferrugineuses, de l’iodure ne potassium et des substances qui combattent avec le plus d’avantage l’état hectique chez les individus scroluleux. Après que l’abcès a diminué considérablement on parvient quelquefois à le faire dissoudre complètement en appliquant des vésicatoires sur la peau ou en frictionnant largement celleci avec l’onguent d’iodure composé. Si les vertèbres sont malades on devra employer la révulsion et surtout maintenir un cautère ou un vésicatoire en suppuration. Sir Benjamin Brodie établit en fait : qu’un abcès lombaire evt presque constamment accompagné de la carie des vertèbres, ce qui doit avoir une influence très-défavorable sur le pionostic; car il est bien plus difficile de guérir un abcès joint à une maladie de l’épine qu’un abcès exempt d’une complication si grave. Le double abcès lombaire que j’ai vu. au collège de l’Université, a été ouvert et la jeune fille s’est rétablie (1 ).

(1) Les abcès dont il est question dans ce chapitre sont de la nature de ceux que Dupuytren a .appelés symptomatiques, ou abcès par congestion; ce nom convient aussi à ceux dont il s’agit dans le chapitre suivant, ils proviennent d’une maladie qui a son siège primitif dans un lieu plus ou moins éloigné de celui oii l’abcès vient se manifester. L’ouverture de l’abcès expose le malade à un trèsgrand danger; mais comme cette ouver-

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