INFLAMMATION AIGUE DU TESTICULE
Quand cette inflammation est produite par la blennorrhagie ou par quelque autre sorte d’irritation de l’urètre , on lui donne fréquemment l’absurde dénomination de hernia humoralis (chaudepisse tombée dans les bourses). Elle est souvent excitée par des rétrécissements, et plus ordinairement encore par les moyens que l’on emploie communément pour leur guérison ; telles sont, par exemple , les bougies qui , par l’irritation qu’elles occasionnent , deviennent la cause d'une affection du testicule. Quand l’inflammation de ce dernier organe est ainsi excitée par une maladie de l’urètre elle est précédée par l’inflammation et l’irritation des portions membraneuse et prostatique de ce canal , le cordon spermatique devient gonflé et sensible , et surtout le canal déférent qui semble fort épaissi et est très-douloureux au toucher. Si la maladie est à un degré encore plus avancé , le gonflement s’étend à tout le testicule et la partie la plus dure est alors l’épididyme. En général l’augmentation de volume de l’organe est si considérable dans tous les cas où le mal est intense , que le scrotum est excessivement distendu, et que ses plis étant effacés sa surface est complètement lisse.
Quelque douloureux que soit le testicule enflammé lui-même, les souffrances sont encore plus grandes dans les régions lombaires et inguinales, et il y a beaucoup de gêne et de raideur dans la hanche et dans la cuisse. Quelquefois les douleurs, dans la partie affectée, semblent avoir encore des paroxysmes que 1 on attribue aux contractions spasmodiques des fibres du crémastcr. Non-seulement les rides du scrotum s’effacent , mais il devient d’une couleur rouge. Ces symptômes sont accompagnés d'accélération du pouls , de constipation , d’agitation, de soif, de chaleur, de sécheresse de la*peau et d’autres signes de fièvre inflammatoire. Le sang retiré de la veine est couenneux. Quelquefois l’estomac est pris sympathiquement, et des nausées, ou même des vomissements répétés, peu-
vent survenir. J'ai soigné un liomme qui avait une inflammation aiguë du testicule, et chez lequel la constipation était si opiniâlre, et les vomissements si souvent répétés, que pendant un instant il fut possible de soupçonner l’existence d’une hernie étranglée, soupçon qui fut l)ien vite abandonné en examinant la tumeur avec attention. En effet, une augmentation de volume de tout le testicule, telle que celle qui résultede l’inflammation aiguë de cet organe, ne pourra être confondue avec aucune espèce de hernie excepté cel e congéniale, parce que dans le bubonocèle le testicule peut toujours être senti à un point ou à un autre audessous de la tumeur herniaire.
L’inflammation du testicule peut être la conséquence de quelque violence extérieure ; et elle est souvent produite à dessein par divers procédés chirurgicaux employés pour la guérison radicale de l'hydrocèle (1). Quelquefois elle est occasionnée par la pression qu’exercent des bandages mal construits; quelquefois elle est un effet de la maladie générale de l’économie appelée rnumps par les Anglais ( inflammation, des parotides).
Quand le testicule s'enflamme et se gonfle dans la gonorrhée, les douleurs que le malade éprouve en urinant, ainsi que l’écoulement purulent, diminuent presque toujours subitement ou même se suspendent; circonstances attribuées par quelques pathologistes à la métastase et par d’autres à la sympathie existant entre l’urètre et le testicule. Tout ce que je puis dire sur ce point c’est qu’il me semble que nous ne connaissons que peu de chose de plus que le fait lui -même, dont nous voyous des exemples fréquents chez les individus
(1) Ce n’est pas l'inflammation du testicule lui-même, mais bien celle de la tunique vaginale que l'on produit à dessein pour guérir l'hydrocèle. Le gonflement et l’inflammation du testicule résultant de l’injection d’un liquide irritant entre les deux feuillets de la tunique vaginale pour les faire adhérer, n’est donc qu’un inconvénient attaché à l'opération et nullement un but à atteindre. Celte confusion, qui, comme personne nejserait tenté de le supposer, ne résulte assurément pas d’une erreur anatomique, provient de ce qu’en général les auteurs anglais réunissent’ dans leurs descriptions le feuillet viscéral des séreuses à l’organe qu’il recouvre. ( Note du trad.)
qui, tandis qu’ils sont affectés de gonorrhée, s’adonnent à un exercice violent, à 1 usage immodéré du vin, et enfin adoptent un genre de vie trop peu réglé. Il y a ici un fait qui mérite de fixer l’attention et que peut-être on aurait pu prévoir, c’est que le gonflement du testicule ne se produit pas toujours exactement à l’époque où l’inflammation de l’urètre a le plus d’intensité, mais que souvent i! survient lorsque celle-ci est à son déclin ou même presque guérie.
Quelquefois aussi, l'inflammation du lesticule n’est suivie ni de la diminution ni de la cessation de l’écoulement, circonstance qui renverse clairement la doctrine de la métastase. On suppose que l'inflammation se propage quelquefois au testicule eu suivant le trajet du canal déférent. Cependant Hunier n’adoplait pas cette opinion parce qu’il pensait que le gonflement du testicule était aussi Jréquent dans la gonorrhée quand l’inflammation ne s’étendait qu'à un pouce environ de l’orifice de l’urètre, que lorsqu’elle atteignait jusqu’au col de la vessie. 11 y a encore une opinion, sur ce sujet, c’est que le testicule est plus disposé à se gonfler quand l’écoulement blennorrhagique est suhitement supprimé par l’emploi du copalm, du.
cubèbe ou des injections astringentes.
Mais on peut mettre en doute l’exactitude de cette opinion , car beaucoup de chirurgiens expérimentés pensent avoir vu l’inflammation du testicule sc développer aussi souvent sous l’influence d’autres modes de traitement que sous l’influence de celui-ci. Je crois devoir ajouter en même temps que sir Àstley Cooper est disposé à croire que les injections tendent réellement à amener une orchite blennorrhagique ou liernia liumoralis (chuudepisse tombée dans les bourses}, surtout quand on les pousse loin dans-, l’urètre. Contrairement à l'opinion de1 Hunier je suis disposé à penser que l’inflammation peut quelquefois s’étendre de l’urètre au testicule en suivant le trajet du canal déférent. Certains caractères anatomiques observés par sir Astley Cooper en disséquant l’urètre d’un criminel qui avait été exécuté, confirment la vraisemblance de celte opinion. Cet individu avait une blennorrhagie au nio- -I ment de sa mort, et quand l'urètre fut ouvert, bien que les signes de l'inflammation la plus violente existassent dans ■ les trois premiers pouces du canal , cependant cette inflammation s’étendait
DE PATHOLOGIE
aussi à sa portion membraneuse et même du sang avait été extravasé sous la membrane muqueuse. Dans les cas de ce genre, le vérumontanum et les terminaisons des canaux éjaculateurs dans l’ urètre participent à l'inflammation qui peut alors se propager en suivant le canal déférent au cordon, à l’épididyme et au testicule.
Il y a un fait relatif à ce sujet qui est positif : c'est que l’inflammation du testicule se déclare rarement ou meme ne se déclare jamais au début de la gonorrhée, mais elle se manifeste ordinairement entre le dixième jour et la fin de la troisième semaine. Quand les douleurs et le gonflement commencent à diminuer, il arrive très habituellement que l’écoulement de l’urètre reparaît. A l’intérieur de la tunique vaginale il s’épanche généralement une certaine quantité de sérosité qui se résorbe après que l’inflammation est calmée. Nous voyons également que de la fibrine est épanchée à l’intérieur de cette même membrane et dans les interstices de la partie glanduleuse du testicule, oii elle occasionne une dureté remarquable dont il reste souvent des traces pendant long temps.
Le traitement de l’inflammation aiguë du testicule doit naturellement être antiphlogistique, et réclame le repos et même la position horizontale dans le lit si le cas est grave. Lorsque le malade est jeune et robuste, que le gonflement est considérable , et que les douleurs de la région lombaire sont violentes, nous devons employer largement la saignée ; et dans tons les cas il est absolument nécessaire d’avoir recours aux sangsues , aux purgatifs salins, et d’astreindre le malade à une diète assez sévère. Si l’on ne peut se procurer de sangsues, on piquera les veines du scrotum , et par ce moyen on obtiendra généralement une évacuation sanguine abondante et salutaire. A l’égard des applications locales on peut employer les lotions froides légèrement volatiles; ou l’on peut mettre en usage les fomentations et les cataplasmes émollients si ces remèdes paraissent faire éprouver un grand soulagement au malade. Peut-être doit on toujours recourir de préférence à ces derniers moyens lorsque l’affection est très-intense. Mais rien n’est plus effectif pour diminuer les souffrances du malade que de soustraire le cordon spermatique au poids du testicule à l’aide d’un bandage en forme de sac , ou suspensoir. Ce
moyen agit très-puissamment pour diminuer les douleurs que le malade ressent dans la région postérieure et inguinale, surtout lorsqu’on 1 accompagne de l’emploi de la saignée, des purgatifssalins et, s’il en est besoin, d’une dose de huit ou dix grains de poudre d ipécacuanha composée. Quand la maladie est due à l'irritation produite par l’usage des bougies, on comprend qu’il faut suspendre leur emploi. Il y a une metliode au moyen de laquelle on a quelquelois arrêté rapidement l’inflammation et lait céder promptement le gonflement ; c’est celle qui consiste à administrer le tartre stibié de manière à entretenir une certaine disposition aux nausées ; mais ce remède n’est pas adopté communément parce que les malades se soumettent plus volontiers à l’emploi d’autres moyens de soulagement.
En général après que l’inflammation a complètement disparu, et quelquefois même pendant toute la vie du malade, le testicule et surtout l’épididyme continuent à présenter une dureté remarquable. Hunier soupçonnait même que dans quelques cas de ce genre le canal de t’épididyme était oblitéré, et que les fonctions du testicule étaient annihilées. Cependant cette supposition ne s’accorde pas avec les documents que nous devons aux recherches de sir Astley Cooper, lequel dit que, lorsque le gonflement existe à la partie inférieure de l’épididyme , il est situé dans le tissu cellulaire du canal déférent ou il forme ses premières circonvolutions et ne résulte pas d’un épanchement à l’intérieur de la cavité du canal. D’après son opinion , l’induration affecte souvent les tuniques seulement ; et lorsqu’elle est située dans la partie supérieure du testicule, elle provient, ou d’un épanchement de fibrine dans le tissu cellulaire entre les conduits sérninifères, ou de la présence d'un sac rempli d’un liquide visqueux.
Lorsqu’on cherche à résoudre une induration chronique subsistant après que toute inflammation aiguë a disparu , ou peut employer l’onguent mercuriel camphré auquel on ajoute ou non deux scrupules ou un gros d’hydriodale de potasse par once ; ou bien on peut recourir aux cataplasmes de vinaigre et de farine d’avoine, ou à la lotion d'hydrochlorate d’ammoniaque lorsque le malade ne peut supporter la friction. Dans quelques cas il paraît que l’on obtient un bon résultat désaltérants à l'intérieur tels que la pi-
TnAITÉ ÉLÉMENTAIRE
Iule de calomel composée et la salsepareille, ou la teinture d’iode.
L’inflammation aiguë du testicule , lorsqu’elle résulte de la gonorrhée ou de l’irritation de l’urètre, amène rarement la suppuration ; mais lorsque cette inflammation est produite par une violence extérieure, il y a plus de chances pour la formation d’un abcès (1).