CANCER ENCÉPIULOÎDE DU TESTICULE
C’est une maladie de mauvaise nature qui a reçu différents noms ; les uns l’appellent testicule pulpeux, les autres la nomment sarcome médullaire, d’autres encore fungus hérnalode , terme qui n’a d’application légitime qu’à une époque avancée de l’affection , quand une masse, que son aspect fait quelquefois mais rarement confondre avec un fungus, se fait jour et se montre à l’extérieur en traversant le scrotum. C’est le cancer mou du testicule de quelques auteurs , nom qu’ils lui ont donné à cause de son caractère pernicieux , c’est-à-dire de sa tendance à s’étendre aux vaisseaux absorbants , de sa disposition à attaquer d’autres tissus, de sa nature incurable, du caractère général d’après lequel il reparaît dans la même partie ou dans d’autres points après qu’il a été enlevé par une opération ; enfin, de sa dépendance d’un état morbide indéfinissable,
(1) Je me suis déjà expliqué, dans deux de mes notes précédentes, sur ce qu’il peut v avoir d’erroné dans la doctrine qui limite toutes les altérations morbides au tissu cellulaire décomposition, et exclut la substance propre des organes de ces mêmes altérations. Je me bornerai donc à les rappeler sans entrer dans de nouveaux détails à cet égard pour éviter des répétitions inutiles. (Note du irad.)
mais profondément grave de l’économie.
M. Cruveilhier lui a donné le nom de sarcocele aréolaire encéphaloïde.
La maladie commence dans le corps du testicule dont elle amène l’augmentation de volume ; la tumeur comprend toute cette partie de l’organe dans le cours de trois ou quatre mois. L’épididyrae se prend ensuite. Lorsqu’elle est restreinte au corps du testicule, la tumeur est d’une forme ovale; circonstance qui peut faire reconnaître la maladie comme n’étant pas une hydrocèle ; mais aussitôt que l’épididyme est affecté la tumeur peut prendre une forme un peu pyramidale et il est possible de la confondre avec une hydrocèle d’autant plus qu’elle présente une mollesse et une élasticité qui souvent font croire au praticien qu’il sent de la fluctuation dans la partie. En effet, il y a quelquefois une: petite quantité de liquide dans la tunique vaginale. Je dois dire cependant:
qu’en apportant l’attention convenable:
on peut presque toujours distinguer une tumeur encéphaloïde du testicule d’une:
hydrocèle , parce que , dans le premier, cas, la tumeur présente une forme plus décidément ovale, que sa pesanteur est plus:; considérable , qu’elle n’est pas transparente; qu’elle est plus dure dans certaines: parties que dans d’autres; parcequ’après> un certain temps elle n’est pas aussi uniformément unie que l’est une hydrocèle; et parce que le faciès est altéré et la peau jaune-paille comme quand il existe une affection organique de mauvais caractère ayant son siège dans une partie importante du corps. La tumeur n’est pas d’a-i bord accompagnée de souffrance, mais:
au bout de peu de temps le malade commence à ressentir des douleurs lancinan-i tes le long du cordon spermatique, depuis le testicule jusque dans la région lombairci et l’aine ; et la partie ne peut supporter: un attouchement répété sans qu’il s’y manifeste une grande sensibilité. La période de la vie dans laquelle le sarcome encéphaloïde du testicule est le plus fré quent , est celle qui s'étend depuis la pu berté jusqu’à l’âge de trente-cinq à trentesix ans ; maisM. Earle a cité un exemph de cette maladie chez un enfant trèsjeune , ce qui est fort rare. Ces circonstances méritent de fixer l’attention , car bien qu’on rencontre rarement l’affec-.' tion encéphaloïde du testicule chez le:
enfants, cette même sorte de maladie lorsqu’ellea son siège dans l'œil, est près que restreinte à l’enfance.
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
La tumeur se compose d’une masse de matière encéphaloïde très-albumineuse, ou d’une matière pulpeuse plus ferme que la substance médullaire du cerveau et renfermée dans les interstices d’un tissu mince, délicat, transparent et membraneux. Il ne serait pas exact de dire que l’organe se transforme toujours en cette sorte de substance; car, dans beaucoup de cas, la substance encéphaloïde n’est pas une déposition moléculaire s’opérant de la même manière que la nutrition , mais c’est un produit accidentel et de nouvelle formation qui, par sa pression semble occasionner la disparition des tissus normaux. Quelquefois le tissu glanduleux du testicule lui-même ne subit aucune altération, bien qu’une tumeur encéphaloïde se trouve sous la tunique albuginée ou prenne naissance dans la partie superficielle du testicule et remplisse la cavité de la tunique vaginale. Sir Benjamin Brodie cite un exemple de ce genre, et M. Cruveilhier en rapporte un autre. A la fin , cependant , la substance du testicule s’atrophie toujours par suite de la compression qu’exerce cette substance étrangère et de nouvelle formation qu’elle ait été d’abord formée à l’intérieur du testicule ou à sa surface.
Dans la dernière période de la maladie, la tumeur adhère au scrotum; le cordon spermatique devient noueux et inégal ; à la fin le scrotum peut s’ulcérer, une masse considérable de substance encéphaloïde peut faire saillie au dehors , et, par cette masse, il se fait de temps à autre des hémorrhagies abondantes. Je crois , cependant, que la saillie de celte masse au dehors est beaucoup moins fréquente dans le cancer encéphaloïde du testicule que lorsque ce même genre de maladie a pour siège les seins, l'œil et les membres. Quelquefois, quand ; le scrotum est intéressé , les glandes in-
Iguinales s’affectent; mais ce sont surtout les glandes lombaires qui se prennent très-souvent dans cette maladie.
Cette affection de mauvaise nature du testicule est disposée à s’étendre suivant j le trajet des vaisseaux absorbants et à atitaquer différentes parties et différents ; tissus chez le même individu. Comme Iles vaisseaux lymphatiques du testicule ■se rendent dans les glandes lombaires, celles-ci sont souvent intéressées et quelquefois se transforment en une masse énorme d’un volume égal à celui d’une tete d’enfant ; elles sont facilement per-
ceptibles quand les muscles abdominaux sont relâchés, et elles occasionnent par leur pression sur les organes voisins divers désordres dans les fonctions de ces derniers. C’est ce qui peut avoir lieu alors même que le cordon spermatique est resté sain. Trop souvent, en effet, le testicule est seulement une des nombreuses parties affectées; bientôt après l’excision de cet organe le malade peut mourir, et alors à l’autopsie on peut découvrir diverses autres tumeurs encéphaloïdes dans des organes ou des membranes du crâne, delà poitrine ou de l’abdomen. M. Cruveilhier rapporte les circonstances particulières d’un cas dans lequel la veine cave inférieure était remplie de matière encéphaloïde. Dans un autre cas qui se présenta à l’hôpital du collège de l’Université , après que j’eus pratiqué l’ablation du testicule, une production encéphaloïde d’une des glandes lombaires vint se faire jour dans le bassinet du rein. Le commencement du canal thoracique avait même été oblitéré par la pression exercée par cette masse de tissu morbide. Quelques chirurgiens expérimentés qui ont enlevé bien des fois des testicules affectés de cancer encéphaloïde , n’ont pas vu un seul cas de guérison permanente après ces opérations.
Quoi qu’il en soit, ce fait doit être pris en considération par nous quand nous portons notre pronostic; nous devons expliquer franchement quelles sont les chances de récidive et faire de telle sorte qu’on ne puisse dire que nous avons persuadé un malade de se soumettre à l’opération comme étant un moyen certain de guérison. Il y a au Muséum du collège de l'Université une belle pièce d’anatomie pathologique offrant un cancer encéphaloïde , d'un volume considérable, que j’enlevai à un jeune homme d’environ trente ans , dont le faciès excessivement pale annonçait une désorganisation profonde. Ce cas présente plusieurs circonstances intéressantes. Le malade arrivait d Oxford, où un chirurgien avait introduit un trocart dans la tumeur, sans aucun doute d’après la supposition que ce pouvait être une hydrocèle. Un autre praticien en avait fait autant. Cependant les blessures faites par les ponctions se cicatrisèrent très-bien sans aucune inflammation subséquente et sans aucune sortie de la substance morbide au dehors , circonstance que j’eus occasion de constater ; car ne sachant pas que ces operations inutiles eusseut été faites , et
croyant sentir de la fluctuation , un matin (|ue j’examinais le malade , j’introduisis aussi un trocart, niais il ne résulta de celle expérience aucun mal réel, si ce n’est une souffrance très-légère; la blessure s’étant cicatrisée complètement en deux ou trois jours. Je consultai sur ce cas sir Astley Cooper, qui conseilla la castration, que je pratiquai ; je lui envoyai alors le testicule malade, qu’il injecta et qu’il disséqua avec soin. Il en conserva une partie avec les vaisseaux spermatiques, et il me donna l’autre. En examinant le cordon on remarquait dans le tissu cellulaire des corps étrangers de petite dimension dont quelques - uns étaient moins gros qu’une tête d’épingle, et que sir Astley Cooper soupçonnait être d’une nature encépbaloïde.
C’était une circonstance décourageante et qui me faisait craindre une récidive. Cependant, contrairement à mon attente , la plaie résultant de l’opération se cicatrisa parfaitement. L’état général s’améliora et le sujet jouit d’une bonne sauté pendant plus de trois ans après cette opération. Ce fait nous montre que l’introduction d’un trocart dans la tumeur n’est point suivie de conséquences sérieuses , et que , lors même que le malade a un faciès pâle et altéré et que le cordon n’est pas complètement sain , la maladie peut ne point reparaître. Il ne faut cependant pas s’attendre au succès comme le résultat le plus ordinaire dans des circonstances aussi défavorables, et nous devrons nous tenir sur nos gardes en portant notre pronostic , lors meme que Je cas que nous aurions sous les veux présenterait des chances bien moins fâcheuses que celui que je viens de citer
En pareille occurrence les conditions les plus favorables dans lesquelles on puisse se trouver pour soulager le malade d’une manière durable , ne peuvent exister qu’avant que l’affection se soit étendue à d’autres parties ; et si celles-ci sont déjà intéressées à l’époque où l’on commence à nous consulter , il sera trop tard pour que nous puissions conseiller l’opération, car le cas est désespéré. Mais, quelle que soit l’époque à laquelle on opérera, il arrivera dans la grande majorité des cas que la maladie se reproduira dans quelque partie du corps et amènera des conséquences fataies. Ainsi, dans un cas oit M. Cline avait enlevé le testicule pour une affection encépbaloïde, une autre tumeur de
nature semblable se forma dans la région lombaire ( 1 ) et , par la pression qu’elle déterminait, détruisit les corps des vertèbres voisines , de manière à léser la moelle épinière et à occasionner la paralysie, et enfin la mort. Ce cas est rapporté par sir Benjamin Brodie. Cependant, comme nous ne connaissons ni remèdes ni topiques capables d'arrêter cette terrible maladie , le bistouri est le seul moyen auquel on puisse recourir avec quelque chance de succès, bien que la réussite soit, comme je l’ai déjà dit, fort incertaine. Dans quelques cas, la maladie encépbaloïde et le sarcome cystique semblent exister simultanément dans le testicule ; de même que dans les glandes absorbantes, qui se trouvent affectées. Cette modification de la maladie est aussi fâcheuse, aussi difficile à combattre , que lorsqu’il n’existe pas de kystes et que la masse morbide est constituée uniquement par de la substance cérébriforme.
Tous les chirurgiens expérimentés s’accordent à dire qu’il est nécessaire de pratiquer l’opération de bonne berne, si toutefois on est déterminé à y recourir pour la maladie encépbaloïde du testicule. C’est seulement à cette époque , que l’on peut avoir quelque espoir que les autres parties de l’économie ne sont pas envahies par celte affection. Il est possible que dans quelques rares exemples la maladie soit d’abord uniquement locale, et qu’ensuite elle devienne constitutionnelle en raison de ce que la substance encéphaloïde se trouve absorbée dans l’économie. Dans une première partie de cet ouvrage, cependant, j’ai décrit les caractères ordinaires de celle terrible maladie, et j’ai indiqué dans quels lieux et dans quels organes on trouve la matière cérébriforme. Quelquefois les vaisseaux absorbants qui viennent du point malade, sont remplisd’une substance encépbaloïde ; fait que sir Benjamin Brodie considère comme donnant quelque probabilité à 1 liypo-tbèse d’après laquelle la maladie avant* été d’abord locale, s’étendrait au loin et: se propagerait d’un organe à plusieurs»
autres organes dans l’économie. A'onspouvons donc opérer au début . a lors même que nous sommes certains qu ill s’agit d’une tumeur encépbaloïde. Mais<
(I) Voyez aussi M. Cruvcilhier, Anal.patbol., liv. v, p- 4-
DE TATHOLOCIE CHIRURGICALE.
si nous avons des doutes à cet égard , nous devrons d’abord essayer les moyens que l’on conseille pour la guérison de l’inflammation chronique ou l’augmentation de volume chronique de cet organe, ce sont particulièrement : le mercure employé à assez larges doses, l’iode et d’autres altérants. S’il arrive que ces remèdes échouent, et que nous soyons assurés que nous n’avons pas aifaire à une hydrocèle, nous pourrons conclure que le testicule est désorganisé, et que suivant toute probabilité la maladie est du nature encéphaloïde. Si l’on soupçonne la présence de liquide dans la tunique vaginale, on devra introduire le trocart avant de recourir à la castration , car, si le testicule est déjà désorganisé par l’affection encéphaloïde , on ne lui occasionnera aucune lésion fâ- ■ chettse , et s: le cas actuel est constitué ' par une hydrocèle avec épaississement de la tunique vaginale, les lumières qui se trouveront jetées ainsi sur la nature du mal . sauveront le sujet d'une horrible mutilation (l).
SQUIRRHE DU TESTICULE.
Le squirrhe du testicule qui présente exactement la même organisation morbide que celui de la mamelle, est considéré par quelques-uns des meilleurs pathologistes , comme une maladie très-
(1) Il est probable que dans plusieurs casoù l’on avait confondu des hydrocèles avec des tumeurs encéphaloïdes , on n’avait pas examiné avec assez de soin si la tumeur présentait de la transparence. La confusion des tumeurs encéphaloïdes avec des sarcocèles a bien moins d'inconvénients; on l’évitera toujours si l’on a egard a la consistance de la tumeur ; à son poids très-différent dans les deux cas, la tumeur encéphaloïde du testicule ïiant toujours légère relativement à son ■ olume, tandis que le sarcocèle est remarquable par sa pesanteur. L’observaion citée dans ce chapitre est en opposiion avec les opinions de tous les auteurs jui regardent la couleur jaune-paille de a peau comme une contre-indication abolue de l'opération, attendu qu’elle délote la cachexie cancéreuse. Il faut donc onsidérer ce symptôme comme extrènement grave sans attacher à un luit solé une importance qui changerait le recopie thérapeutique basé sur un nom- >rc considérable de faits.
(ÏYote du tracl.)
<S. Cooper.
rare, si même elle existe jamais. Sir Astley Cooper doute qu’une tumeur dure du testicule offrant des intersections formées par un lacis de fortes fibres ou bandes, puisse exister en aucun cas. Cependant, nous rencontrons des cas où le testicule augmente de volume, présente une consistance remarquable, est plus pesant qu’à l’état normal , notablement induré et presque cartilagineux; il semble au toucher présenter des nodosités; des douleurs intenses se font sentir dans la partie , le cordon et la région lombaire ; il y a du liquide épanché dans la tunique vaginale , et à la fin survient l’anasarque des parties inférieures. Le teint est jaune-paille, l'amaigrissement du malade est extrême , et il succombe à la fin par suite des désordres survenus dans les fonctions digestives, des souffrances devenues incessantes, de la diarrhée et de l'absence de tout repos. Ceci est l’espèce de maladie que feu le docteur Baillie a décrite comme étant un squirrhe du testicule.
Bien que celui-ci puisse différer par son tissu des squirrhes situés dans d’autres parties, il est certainement aussi terrible et aussi incurable. Dans les cas de ce genre, l’indication d’extirper de bonne heure l’organe malade , est aussi évidente que lorsqu’il s'agit d’un fongus hématode. S’il arrivait que la maladie fût trop avancée pour qu’on pût pratiquer l’opération, et que la partie lut ulcérée, tout ce que nous pourrions faire serait de tenter de soulager les atroces souffrances du malade, en employant l’opium , la jusquiamé, la morphine , et’ d’autres narcotiques ; et en appliquant en même temps la lotion d’acide nitrique , la liqueur sédative d opium , la solution de chlorure de soude, les cataplasmes de carottes ou de farine fermentative , ou ceux faits avec du pain et de l’eau , à laquelle on mêle une proportion d’extrait de ciguë ou de jusquiamé (1).
(1) Le point important dans le traiiemeni du sarcocèle est de bien reconnaiire a quelle époque de la maladie on se trouve. On ne doit point se hâter d enlever des tesliculcs qui peuvent se guérir par l’emploi d’un traiiemenl rationnel ; il faut d'autre part craindre de perdre un temps précieux en prolongeant inutilement l’usage des remèdes sans cnet, et en différant l’opération jusqu'à