MALADIES DU SCROTUM
Le scrotum est sujet à l’anasarque et à 1 ecchymose qui ne sont accompagnées ici d’aucunes circonstances particulières différentes de celles que présentent ces affections lorsqu'elles se produisent dans d’autres tissus du corps. Le scrotum est quelquefois aussi le siège d’un érysipèle phlegmoneux ; et comme cette partie abonde en tissu cellulaire lâche qui se trouve distendu par un fluide séreux, il en résulte un gonflement considérable qui même s’étend souvent jusqu’à l’extrémité du prépuce et y occasionne un phimosis. Au premier aspect, lorsqu’on voit une tumeur semblable, dont le volume est égal à celui d’une tête d’enfmt, on soupçonne d’abord que l’urèthre offre quelque fissure et que l’urine
s’est épanchée. Que cet accident soit arrivé ou non, on devra faire de larges incisions ; et si l’on conserve quelque doute sur l’état de l'urèlhre, il faut introduire un cathéter et le maintenir à demeure : car dans le cas ou 1 urèthre, serait parfaitement sain la sonde ne pourra faire aucun mal, et^dans le cas contraire elle sera essentiellement utile en empêchant l’urine de continuer à s’échapper dans le tissu cellulaire du périnée et du scrotum. Le scrotum est quelquefois le siège de tumeurs ; je me rappelle avoir vu à Saint-Barlholomexv un malade qui avait sur le scrotum une excroissance de la forme et de la consistance d’une corne. Dans les climats chauds le scrotum est souvent converti en une masse énorme de tissu cellulaire accidentel ou hypertrophié, qui peut, peser jusqu’à cinquante livres et plus encore, et qui non-seulement enterre pour ainsi dire la verge et les testicules, mais interdit absolument au malade loue exercice et toute espèce d’occupation demandant du mouvement ou l’emploi des forces musculaires. On rencontre quelquefois cette affreuse maladie chez les Européens; Delpech a opéré plusieurs individus présentant des cas remarquables de ce genre, et dans l’un desquels la tumeur pesait soixante-dix ou quatre-vingts livres. On voit une autre tumeur de cette nature dans les collections de M. Liston, elle a été enlevée par lui-même ; son poids doit être très-considérable. C’est cependant en général dans les climats chauds qu’on rencontre celte maladie. Larrey parle de plusieurs cas de cette espèce qu’il a rencontrés en Egypte, et les annales de la chirurgie sont remplies de cas semblables. Tous les chirurgiens de Londres se rappellent celui de ce Chinois qui mourut de l’opération qu’on avait tentée pour le guérir à Guy’s Hospital. L’ablation de la masse morbide a pourtant été bien des fois suivie de succès, particulièrement entre les mains de Clot-Bey en Egypte ; c’est le seul moyen qu’on puisse proposer alors que les dimensions énormes de cette production accidentelle rendent la vie insupportable au malheureux malade. Eu pratiquant ces opérations il y a trois principaux points qui doivent fixer l’attention : d’abord il faut lier toute artère volumineuse dès qu’elle est divisée, ahn que le malade ne meure point d’hémorrhagie avant que l'opération soit fi-
nie ; secondement , il faut éviter de blesser les testicules et l’urèthre ; troisièmement, il faut donner au malade un liquide cordial ou bien un peu d’eaude-vie à laquelle on ajoutera du laudanum, avant l’opération, afin que son système nerveux soit j)lus capable de supporter le long et inévitable supplice d’une opération aussi terrible.