‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 149 sur 242 · CANCER DU RAMONEUR · texte numérisé non relu

CANCER DU RAMONEUR

C’est à strictement parler une maladie du scrotum , car les cas dans lesquels le mal commence dans d’autres parties sont très-rares. Elle semble venir de l’irritation déterminée par la suie qui s’arrête dans les rides du scrotum ; et peut-être que si d’autres parties des téguments étaient également propres à recevoir et retenir cette substance, on y verrait plus fréquemment se développer la maladie.

On rapporte en efl’et quelques cas dans lesquels la maladie se produisit sur la face et les membres, et cela même chez des individus qui n'étaient point des ramoneurs ; mais il faut remarquer qu’ils étaient alors jardiniers ou avaient un travail quelconque qui les obligeait à manier de la suie (I). La maladie commence ordinairement sous la forme d'une petite verrue ou induration sur le scrotum ; bientôt celte verrue ou induration présente à sa surface des crevasses d’où suinte une matière d’une fétidité toute particulière , et qui en séchant se convertit en une sorte de croûte. De temps en temps celle-ci est détachée par quelque frottement et une quantité successivement plus considérable d’un ichor sanguinolent très âcre est sécrétée. Enfin un ulcère d’une certaine étendue, à bords durs et renversés, se forme sous la croûte. Au bout d’un certain temps l’ulcère atteint la tunique vaginale , et le testicule ainsi que les glandes lymphatiques de l’aine se gonflent , il s’y fait des solutions de continuité et il s’y développe quelquefois des ulcères semblables de mauvaise nature.

,T'ai vu un cancer du ramoneur ravager

(1) Toutes ces particularités semblent tenir à des habitudes du pays. En France, où l’on brûle fort peu de charbon de terre, la suie ne paraît point avoir ces propriétés malfaisantes et on n’observe point cette espèce de cancer.

(iYofe du Imd.)

les tissus au point de dénuder l’artère dans l’aine. Dans quelques cas le malade meurt d’une hémorrhagie abondante, mais plus ordinairement il meurt dans un état hectique, épuisé par l’irritation , les longues souffrances , la suppuration abondante et l’extension de la maladie aux glandes lymphatiques lombaires.

C’est une maladie pernicieuse sur laquelle les médicaments internes et les topiques ont une action faible ou nulle.

Si donc on rencontre cette affection à son début avant qu’elle se soit étendue au testicule, au cordon spermatique ou aux glandes lymphatiques, on ne doit pas perdre de temps à essayer des médicaments et des pansements inutiles , mais enlever la maladie avec l’instrument tranchant. Cependant le résultat sera encore incertain , et parmi les cas que j’ai observés je me rappelle que l’opération a été plus souvent suivie de la récidive que d’une guérison durable.

J’ai soigné au dispensaire deBloomsbury un ramoneur chez lequel la maladie était arrivée à l’état d’ulcération, et qui avait une ou deux glandes de l’aine 1 augmentées de volume; ce qui me semblait contre-indiquer l’opération. Il alla dans un hôpital où on lui enleva la portion malade du scrotum, mais j’appris qu’il mourut bientôt d’une récidive de la maladie qui attaqua un point plus élevé du tronc. Je ne voudrais nullement faire supposer par ces remarques que l’opération ne réussira jamais quand les glandes inguinales sont gonflées. Assurément elle ne peut réussirsi ces glandes participent à la maladie ; mais si elles sont simplement augmentées de volume par suite de l’irritation, on peut espérer la guérison : le gonflement des glandes disparaissant graduellement après l’ablation des parties cancéreuses.

J’ai opéré il y a environ deux ans, à l’hôpital du collège de l’Université, un ramoneur qui se trouvait dans ce cas; et bien que les glandes inguinales aient suppuré ensuite, l’homme lut parfaitement guéri en peu de semaines. On sait que parfois eette même circonstance se produit après l’ablation d’un sein squirrheux.

Il existe une différence notable entre le cancer du ramoneur et le cancer ordinaire, c’est que dans le premier cas il I n’y a pas de récidive lorsqu’on fait 1 ablalion de toutes les parties malades; tandis que dans le dernier celte opéra-

^ DE PATHOLOGIE

tion ne met pas le malade à l’abri du retour de l’affection cancéreuse dans cette partie ou dans d’autres.

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