CANCER DE LA VERGE
11 peut commencer sur le gland ou sur le prépuce, et ensuite, non-seulement comprendre ces deux parties, mais étendre ses ravages beaucoup plus loin, de manière à produire une induration excessive jusque dans les corps caverneux eux-mêmes , et à détruire quelquefois la plus grande portion de la verge par suite d'un travail d’ulcération de mauvaise nature qui s’étend jusqu’au pubis.
On voit dans le Muséum du collège de l’Université une pièce remarquable offrant un squirrhe de la verge, lequel comprend les corps caverneux et la cloison du pénis; cette pièce provenait d’un vieillard que je soignai comme malade du dispensaire de Bloomsbury et que j’ai sondé tous les jours dans les derniers temps de sa vie. En certains instants il ressentait des douleurs aiguè:s dans l’organe qui était extrêmement augmenté de volume et qui présentait une induration très-remarquable. Son grand âge, l’état de la glande prostate et la maladie de la vessie m’empêchèrent de proposer l’ablation du pénis. Il mourut en réalité d’une complication de plusieurs maladies, et non, à proprement parler, d’un squirrhe de la verge. Dans bien des cas la maladie commence sous la forme d’une induration verruqueuse, soit à la surface interne du prépuce , soit sur le gland , et elle peut demeurer dans cet état pendant plusieurs années sans subir de grandes altérations, quoique plus généralement il arrive qu’elle soit suivie au bout de peu de temps de la formation d’une ulcération qui sécrète un ichor excessivement âcre; cet ulcère de mauvaise nature a des bords indurés ou renversés en arrière. Chez le vieillard dont j’ai parié, la maladie avait existé pendant très-long-temps sans qu’il se fût formé d’ulcération. Feu M. Hey, de Leeds , a remarqué que , dans beaucoup de cas de cancer du pénis, les malades étaient affectés d’un phimosis naturel. Sur dix individus qu’il a soignés, huit étaient dans ce cas. Celte observation a été confirmée parcelles de .M. Roux , à Paris. i\I. Traders ne connaît aucun exemple de cancer de la verge chez les .Juifs , mais il a opéré un liomme qui avait été opéré du phimosis dix ans auparavant et chez lc-
quel un bouton se développa sur le côté du frein , s’ulcéra , et prit la forme d’un fongus ou d’un chou-fleur qui entourait complètement le gland, tandis que ce dernier était resté sairp. Peut-être la considération suivante expliquerait-elle comment tant de cancers de la verge sont accompagnés de phimosis qui peut n’être pas dans tous les cas naturel ou congénial et n’avoir pas précédé l’autre maladie : quand une affection cancéreuse commence sur la surface interne du prépuce, ou quand une induration en forme de chou-fleur existe , soit dans ce point, soit sur le gland , l’irritation du prépuce due à cette cause peut amener un gonflement, un épaississement et une augmentation de volume de cette partie, comme le font souvent des verrues ou excroissances ordinaires développées en ce même endroit. Je crois cependant que le phimosis congénial prédispose au cancer du pénis ainsi que le soupçonnait M. Hey ; car il est positif que les individus dont le prépuce est long et qui négligent lés soins de propreté sont plus sujets aux maladies qui se développent à l’intérieur de celte partie, que ceux chez lesquels le prépuce est court. Après que le squirrhe ou le cancer a commencé dans le pénis, les glandes de l’aine augmentent de volume tôt ou tard; les ravages de la maladie peuvent s’étendre graduellement de l’extrémité de la verge au pubis et l’issue est alors fatale. On doit cependant distinguer avec soin d’autres maladies de mauvaise nature ou fongueuses du pénis, d’avec le cancer de cet organe. Je dirai avec M. Travers que, lorsque la maladie commence par un bouton irrité sur le gland ou sur le prépuce, et que, ce boulon venant à s’éroder, il dégénère en un ulcère qui s’étend, dont la base est indurée, et qui est apte lui-même à donner naissance à un fongus, on doit regarder ce cas comme très-suspect, que les glandes de l’aine soient affectées ou non, surtout si le malade a passé l’àge de cinquanie ans.
) b)n ne peut espérer délivrer le malade d une aileclion cancéreuse du pénis qu’en pratiquant à temps l’ablation de la portion affectée de l’organe avec l’instrument tranchant. Plus tôt on y aura recours et plus on aura droit d’espérer le succès; car, quand les glandes inguinales sont envahies, il est trop tard pour opérer. Cependant un gonflement médiocre et sympathique de ces glandes n est pas regardé par les chirurgiens
comme une contre-indication valable de l’opération, bien qu'il soit difficile de distinguer ce gemc de gonflement d’nn état véritablement squirrheux. Il a été en outre prouvé par une expérience répétée que le malade n’est point à l'abri d’une récidive bien que l’opération ait été faite à une époque où il n’y a point du tout de gonflement des glandes. Lorsque la maladie récidive, elle peut reparaître , soit sur la portion conservée de l’organe, soit à l’aine sous forme de bubons cancéreux qui , au bout d’un certain temps, saignent souvent avec abondance , de manière à amener la mort du sujet.