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ÉRYSIPÈLE

L’érysipèle est une inflammation particulière de la peau, caractérisée dans sa

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forme pure et simple par une couleur rouge brillante de la partie affectée, par une propension à s’étendre avec une rapidité remarquable , par un gonflement diffus et non circonscrit de la peau et du tissus cellulaire sous-jacent, et par la résistance de l’état morbide à se laisser abattre promptement, par l’établissement de ce travail que Hunier a appelé inflammation adhésive.

Il ne serait pas exact de dire qu’elle est simplement une inflammation de la peau, parce que dans l’une de ses formes, elle affecte le tissu cellulaire sous-cutané à un plus haut degré encore que la peau elle-même. D’ailleurs, dans bien des cas, le désordre consiste en réalité dans une fièvre qui commence par un trouble général , et est suivie d’une inflammation particulière d’une portion de la surface du corps.

Cette maladie est connue dans le langage populaire , sous le nom de feu de saint Antoine, et quand la peau présente une légère couleur rouge, teinte de jaune, elle reçoit quelquefois (en Angleterre ) le nom de r ose.

Excepté les oreillons , la goutte ou le rhumatisme , il n’est point d’inflammation qui soit aussi sujette à changer subitement de place , que l’érysipèle. Il n’en est point non plus dans laquelle cette résolution soudaine de l’inflammation, que les pathologistes français appellent délitescence, offre des exemples aussi fréquents et aussi terribles.

De tous les érysipèles, celui de la tête et de la face est le plus sujet à la délitescence précédée ou suivie de l’inflammation du cerveau ou de ses membranes et de coma ou de délire. Si quelques parties suppurent , ce sont en général les naupièrcs. Celte affection peut résulter nonseulement des fièvres, mais aussi de lésions locales, et en particulier de blessures de piqûres ou de contusions du péricrâne. La peau de la face et de la tête offre une disposition toute particulière à l’érysipèle , à la suite des plus légères blessures.

, P" définit en général l’érysipèle une inflammation particulière de la peau , caractérisée par une propension à s’étendre avec une grande rapidité , bien qu une de ses formes affecte certainement le tissu cellulaire à un plus haut ‘ egre que la peau , et , selon le baron tiupuytrcn , commence réellement dans celui-ci. Jean llunter pensait que l’érys’Ptdc considéré comme une inflamma-

tion marquée par une grande propension à s’étendre sur une vaste surface, dénotait l’existence d’un état particulier de l’économie, sans la présence duquel une irritation locale quelconque aurait produit une simple inflammation , au lieu de déterminer un érysipèle. Il pensait aussi que le siège de l’érysipèle n’était pas nécessairement restreint au tissu cutané ; mais que , si cet étal particulier de l’économie dont je viens de parler venait à s'établir, toute inflammation, quel que fût son siège, pouvait participer du caractère érysipélateux , et avait une tendance à prendre une extension plus grande et plus rapide que celle de l’inflammation ordinaire. Cependant, bien que les praticiens parlent quelquefois de maladies érysipélateuses de la gorge, d’inflammations érysipélateuses de la conjonctive, et bien que l’extension de l’érysipèle de la face à l’intérieur de la bouche, des fosses nasales , du pharynx , et même de la cavité du tympan , soit un fait signalé par Dupuytren et d’autres auteurs (1), l’opinion de Hunier sur ce point est loin d’être généralement admise. Peut-être cette disposition trèsmarquée qu’une inflammation offre à s’étendre, à courir, pour ainsi dire, le long d'une surface , n’est-elle pas à elle seule une preuve non équivoque qu’elle participe de la nature érysipélateuse , sous l’influence d’un état particulier de l’économie, car quelquefois la nature du tissu affecté communique cette disposition toute spéciale a 1 inflammation , comme nous le voyons dans celle de toutes les membranes séreuses.

Lorsque la peau est seulement atteinte de rougeur, sans gonflement perceptible, sans vésications, et a gardé sa souplesse habituelle , la maladie est appelée érythème \ celui-ci peut être ou n’être pas lp premier degré d’un érysipèle , selon I état général de l’économie , dont ce dernier dépend essentiellement. Ouand une légère rougeur de la peau appelée érythème est produite chez un sujet sain, par une stimulation quelconque de cette membrane, par la friction , la chaleur , etc., on ne peut, d’après la doctrine précédemment établie , regarder cet état comme un degré de l’érysipèle.

0) Je ferai observer que le docteur Macarincy signale les membranes muqueuses comme un tissu sujet aux érvsi-

p les. Ouv. cit., p. 137. 1

8» TRAt'l'É ÊLÉS1ENTAIRE

Les érysipèles sont divisés en érysipèles simples et superficiels , en érysipèles phlègmoiieux et en érysipèles œdéniateux.

Quelques distinctions que l’on établit quelquefois n’impliquent aucune variété particulière de cette affection; il est donc superflu de les admettre. Ainsi l’érysipële malin ou gangréneux est seulement un degré avancé de l’érysipcle phlcgmoneux , et le mot érysipèle erratique ou ambulant est un terme qui désigne cette maladie, lorsqu’elle s’étend d’un point de la peau à un autre , sur une surface plus vaste que d’ordinaire , et pendant un temps plus long, parcourant ainsi quelquefois successivement presque toute la surface du tronc, les membres, etc.

Daüs l’érysipèle simple ou superficiel, la peau est d’une couleur rouge brillante, lisse, luisante, la rougeur étant en général plus ou moins bornée par une ligne tranchée, et ne s’affaiblissant pas graduellement à la circonférence de la partie affectée, comme la rougeur de l’inflammation plilegmoneuse. Lorsqu’on presse les points malades avec le bout du doigt , la rougeur disparaît dans le lieu qui a été touché, laissant une tache blanche visible pendant un instant , et qui est bientôt remplacée par le retour de la couleur rouge. Dans l’érysipèle simple , la circulation ne rencontre point d’obstacle ; aussi la pression du doigt sur la peau faitelle disparaître la rougeur, qui se reproduit immédiatement , quand la pression est discontinuée. Le même fait rend aussi raison de la coloration rouge brillante , qui résulte de ce que le sang artériel est promptement transmis dans les veines capillaires. Ainsi que le fait observer le docteur M. Dali, c’est probablement par la stagnation du sang dans les capillaires, que l’inflammation ordinaire diffère de ce qui se produit lorsqu’on rougit , et diffère aussi des éruptions et, jusqu’à un certain point , de l’érysipèle (l). Il n’y a pointde battements comme dans l’inflammation pblegmoneusc, et si la peau seule est affectée, il n’y a point de tension , et c’est à peine si l’on voit du gonflement. Cependant, quand on passe le doigt sur la partie, un empâtement peu considérable et une sensation diflérente de celle du reste de la peau sont manifestes. Excepté dans les cas légers , il y a toujours quelque fluide épanché dans le tissu cellu-

laire, et conséquemment une tuméfaction mollasse. La partie enflammée est chaude et douloureuse, la sensation éprouvée d’abord par le malade est celle de la piqûre et de la démangeaison, mais bientôt elle se change en une douleur brûlante qui devient très-aigue parle toucher. La maladie est souvent, mais pas toujours, accompagnée de vésications, un fluide séreux et clair s’étant épanché sous l’épiderme, et le soulevant sous forme de petites vésicules ou de larges bulles ou vessies , comme celles produites par les vésicatoires fl). Elles contiennent en général un fluide jaunâtre , et quelquefois une substance gélatineuse , quelquefois encore un liquide sanguinolent ou du pus ; enfin elles se rompent, et des croûtes se forment. Au bout de peu de jours, ces croûtes tombent , laissant ordinairement la peau qu’elles recouvraient parfaitement saine; mais dans quelques cas, elles font voir à leur chute quelques érosions superficielles.

L’érysipèle simple se termine le plus souvent par la résolution accompagnée de desquamation ou chute de l’épiderme.

Si cependant la maladie est légère, il se peut faire qu’il n’y ait point du tout de desquamation. Quand l’inflammation est plus forte dans certains endroits que dans d’autres, de petits foyers de suppuration peuvent se former dans le tissu cellulaire; mais ceci ne se produit que quand l’inflammation va plus profondément que d’habitude, et attaque plus fortement le tissu cellulaire dans certains points que dans d’autres. Il est dans la nature de l’érysipèle simple de s’étendre rapidement, et de passer ainsi en peu de temps sur une large surface du corps.

Un autre caractère de celte affection est de marcher vers la guérison d’un côté , et de s’étendre en même temps dans une autre direction. Il en résulte que le même individu présente à la fois sur sa personne les différents degrés ou périodes de l’érysipèle. On pourra donc rencontrer la desquamation sur la partie qui a été frappée la première ; sur celle qui a

(t) L’état auquel le professeur Cooper fait allusion, reçoit chez nous le nom d’érysipèle miliaire quand les bulles sont petites, et celui d’érvsipôle phlycténoïde lorsqu’elles sont larges. Celte forme ne se rencontre que rarement ici, ou du moins elle est plus rare qu’en Angleterre.

(1) Principles of Medicinc, p. 17.

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été envahie la dernière , on verra de la rougeur et du gonflement; en d’autres points, des Vésications ; dans d’autres encore , des croûtes ; et enfin , dans quelques points où. la maladie a sévi plus fortement, ou trouvera delà suppuration.

A mesure que l’inflammation décline, la rougeur s’efface , et la partie présente alors une teinte jaunâtre.

Il y u une différence frappante entre l’inflammation phlcgmoneuse et i inflammation érysipélateuse; c’est que la première est circonscrilc , tandis que la seconde n’a pas de limites précises ; car , bien que la rougeur soit terminée par une ligne de démarcation plus ou moins tranchée, le gonflement provenant de l’effusion de sérosité dans le tissu cellulaire est diffus et sans limite marquée. En un mot , l’érysipèle est accompagné d’une inflammation âdhésive très-faible, si non nulle; et de là provient en partie son caractère de non-circonscription et la désorganisation étendue du tissu cellulaire, quand la suppuration survient, dans la forme la plus fâcheuse ou autrement dite phlegmoneuse de la maladie.

L’érysipèle simple est accompagné d’agitation, d’accélération du pouls, de céphalalgie, de soif, de sécheresse de la peau et d’autres symptômes fébriles. Les érysipèles les plus dangereux sont ceux qui attaquent la face et la tête, et sont précédés par des frissons, de la céphalalgie, la perte de l’appetit et parfois dos vomissements (lj;puis accompagnés d’un

(1) Les symptômes gastriques que l’on observe dans l’érysipèle offrent des degrés divers, et s’accompagnent de circonstances différentes qui méritent de fixer toute l’attention du praticien, car c’est de leur appréciation que résulte le choix de la médication la plus convenable. Nous avons vu, quelques pages plus haut , que Jean Hunier attribue le développement de l’érysipèle à un état général qui exerce son influence sur toute l’économie, et retentit sur le système cutané. Cet état général se traduit par un ensemble de symptômes qui accompagnent et souvent précèdent l’apparition de la phlegmasic de la peau. Ces symptômes sont ordinairement les suivants : le malade éprouve un sentiment de fatigue et de pesanteur, l’appétit est complètement perdu ou nolablemcnt diminué, la langue médiocrement humide est couverte d’un enduit blanchâtre ou blanc jaunâtre, sans rougeur vive à la pointe et aux bords, et salis développement do ses pn-

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pouls fréquent et des symptômes ordi-

pilles; l’haleine a une odeur bilieuse, la bouche est amère, il y a parfois des nausées, mais ce dernier symptôme est peu marqué , l’épigastre et l'abdomen sont peu ou point sensibles à la pression, la constipation est très-fréquente ; enfin si tous ces symptômes ont précédé l’apparition de la plilegmasie cutanée, il n’y a point eu de fièvre jusqu’au moment où l’érysipèle a commencé à se manifester.

Pour tout observateur impartial, il n’y a point là de signes d’une inflammation , et l’on a l’habitude d’appeler cet état un embarras gastrique. Un grand nombre d’érysipôles sont liés à l’existence d’un embarras gastrique, cependant il se rencontre des cas dans lesquels il y a des signes réels de gastrite; alors la langue est rouge aux bords et à la pointe, les papilles en sont développées, l’épigastre est sensible à la pression, les vomissements sont assez fréquents sans qu’on puisse les rapporter à un état particulier de l’encéphale ; le pouls est fébrile sous la double influence de l’inflammation de l’estomac et de celle de la peau ; enfin au lieu de constipation, il peut y avoir de la diarrhée. Lorsque l’existence d’un de ces deux étals accompagne, et surtout s’il a précédé l’apparition de l’érysipôle, l’indication est manifeste dans les deux cas, mais bien différente flans chacun d’eux; le premier réclamant l’emploi des émétocathartiques , et le second indiquant l’application de sangsues à l’épigastre, ei. l’usage des boissons douces. 11 faudra donc examiner l’état général avec soin, car le. traitement local de l’érysipèle no saurait avoir de succès que par le choix de moyens généraux appropriés. Je reviendrai d’ailleurs, dans une des notes suivantes, sur l’emploi de ces moyens.

Le plus grand nombre des érysipèles est lié à l’existence d’un embarras gastrique, tandis qu’un très-petit nombre d’entre eux coexiste avec une gastrite réelle.

Quant aux érysipèles qui se développent aux environs d’une plaie ou blessure, et sont le résultat d’une lésion locale, il» peuvent encore être liés à la présence d’un embarras gastrique qui aurait préexisté à la blessure, et aurait, d’après l’opinion même de limiter, déterminé un érysipèle au lieu d’une inflammation adhésivc. Enfin les signes du côté de l’estomao peuvent, sans avoir précédé, r.o faire qu’accompagner le développement do l’érysipèle, et n’en réclament pas moins un traitement général, bien que dans ce cas le rapport do causalité soit moins évident. (JYorc du trad.)

naires de Ja fièvre , et enfin d’un assoupissement léthargique, ou d’une tendance au coma ou au délire. Lorsque ce dernier symptôme survient de bonne heure , la maladie est ordinairement funeste. Le mieux ne commence pas à s’établir , lorsque la rougeur de la peau s’efface après deux ou trois jours ; mais la maladie continue jusqu’à ce que l’inflammation locale se dissipe, ce qui arrive en général sous l’influence d'un traitement convenable, après dixou onze jours, et est suivi d évacuations copieuses, par la peau et la sécrétion des reins. Si quelques parties viennent à suppurer, ce sont ordinairement les paupières, dont le tissu cellulaire est abondant et lâche. Lorsque 1 érysipèle attaque la face, le gonflement des paupières et de tout le visage est tel que le malade est méconnaissable, même pour ceux qui le connaissent le plus intimement ; la difformité est réellement prodigieuse. Le tissu cellulaire lâche des paupières est fortement distendu , et , pour ainsi dire, œdémateux; les yeux sont fermés et larmoyants , le nez est gonflé, les narines sèches, les lèvres bouffies, les oreilles rouges et luisantes, la salive coule souvent avec abondance , et la bouche s’ouvre avec difficulté. Dans toutes ses formes , l’érysipèle est une sorte d’inflammation , le caillot des saignées pratiquées dans son cours est coucnneux et en forme de cupule.

L’érysipèle phlegmoneux diffère de l’érysipèle simple par le plus haut degré et l'étendue plus profonde de l’inflammation, qui affecte non-seulement la peau et le tissu cellulaire, mais a aussi une tendance à produire dans ce dernier tissu de la suppuration et une gangrène étendue lorsqu’il est intense, et surtout lorsqu’il affecte les extrémités inférieures. La peau, qui est d’une organisation plus forte, résiste plus long-temps aux effets de la maladie; et, quand elle se gangrène, c’est dans un espace moins étendu que celui dans lequel se gangrène le tissu cellulaire. Le baron Dupuytren pense que l’érysipèle phlegmoneux n'affecte pas la peau primitivement, mais bien le tissu cellulaire, et que la peau n’est envahie que secondairement. Quoi qu’il en soit, je crois celle observation juste à l’égard de cette modification de l’érysipèle phlegmoneux décrite par les docteurs Duncan Scott et antres, sous le nom d 'inflammation diffuse de la membrane cellulaire. Il y a quelques années, beaucoup de personnes

pensaient que l’érysipèle phlegmoneux commençait quelquefois dans les aponévi oses, mais il n’en est rien. Quoique les aponévroses puissent dans les cas extrêmes etre détruites , elles sont attaquées consécutivement à la peau et au tissu cellulaire , et dans la plupart des autopsies on les trouve complètement intactes.

Dans l’érysipèle phlegmoneux la peau est plus élevée, présente un gonflement plus résistant, une couleur plus rouge et plus foncée que dans l’érysipèle simple. D'abord, la partie peut être d’une teinte rose pâle, avec un aspect brillant et lisse de la peau; mais après quelque temps cette rougeur devient plus sombre et prend quelquefois une teinte brune foncée et presque livide. Dans bien des cas la décoloration est irrégulière et la peau présente un aspect marqueté ou marbré.

Le malade éprouve d’abord une sensation de picotement et de chaleur qui se change bientôt en une douleur brûlante, le gonflement devient tel qu’un membre érysipélateux acquiert quelquefois un volume double du naturel. Au début, ces parties gonflées cèdent à la pression du doigt et en gardent l’empreinte par suite de l'épanchement abondant de fluide séreux dans le tissu cellulaire ; mais plus tard elles deviennent si fermes que la pression n’y laisse plus de marque, parce qu’alors le tissu cellulaire est devenu résistant et volumineux. Dans l’érysipèle plegmoneux, la tache blanche produite sur la partie par la pression du bout du doigt ne s’efface pas avec la même rapidité que dans l’érysipèle simple, et la peau ne revient pas non plus à son niveau primitif aussi promptement lorsqu’elle a été déprimée.

A mesure que la maladie marche, des vésicules se forment en général ; elles varient depuis le volume d’une tête d’épingle jusqu'à celui d’un haricot et quelquefois plus encore. Le liquide qu’elles contiennent est d’abord une sérosité claire qui, au bout de peu de temps, prend l’aspect d’un fluide purulent ou d'un sérum rougeâtre et trouble. Si la maladie marche favorablement, les vésicules se rompent, des croûtes se forment et tout se termine par la chute de cellesci et la desquamation. Si l’affection atteint un degré plus intense, le tissu cellulaire se gangrène, et vers le cinquième ou sixième jour la peau elle-même prend une couleur violette, perd sa sensibilité, se ramollit et se recouvre de phlyc.'èncs.

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Une portion de peau est alors gangrenée, mais une Lien plus grande quantité de tissu cellulaire sous-jacent dans lequel la matière purulente est diffuse au loin présente aussi celte altération. Dans les cas heureux î’ eschare se sépare, le tissu cellulaire gangrené sort et les ulcères se cicatrisent. Mais plus souvent et surtout si l’art ne vient au secours du malade, celui-ci périt victime du désordre général.

L’époque de la suppuration n’est pas marquée par un gonflement plus considérable et par une élévation ou saillie, comme dans la suppuration qui résulte de l’inflammation ordinaire, mais plutôt par une diminution de la tension , un sentiment de mollesse et un léger affaissement de la partie. C'est pour cette raison que la maladie arrivée à ce point peut paraître stationnaire ou même en déclin pendant trois ou quatre jours, et qu’un chirurgien sans expérience serait tenté de différer les seuls moyens qui peuvent prévenir la gangrène.

Dans les érysipèles phlegmoncux considérables, la peau se trouve toujours séparée des aponévroses sous-jacentes dans une certaine étendue, et les muscles eux-mêmes séparés les uns des autres; en même temps il se produit ordinairement des clapiers ou sinus, et la gangrène frappe les aponévroses et les tendons eux-mêmes. Dans les cas les plus fâcheux, cette maladie redoutable a pour effet l'inflammation, l’ulcération ou même la gangrène des membranes synoviales, la lormalion du pus dans les articulations, l’ulcération des cartilages, et quelquefois la carie et la nécrose. La réaction générale est quelquefois très-violente. Au début, le pouls est fréquent, fort et plein ; mais ensuite sa fréquence augmente , tandis que sa force et sa plénitude diminuent. Les sécrétions urinaires et autres sont supprimées (l), les évacuations alvincs arrêtées, le malade est privé de sommeil, présente une excessive agitation du système nerveux et souvent même du délire. Dans la période de sup-

(t) Les sécrétions diverses, et même celle do burine, qui est parmi toutes les autres la sécrétion qui peut-être est la plus variable et la plus facilement influencée par des circonstances diverses, ne sont point totalement supprimées dans 1 érysipèle, même le plus grave; elles sont seulement notablement diminuées.

(Note du trad.)

chirurgicale. yi

puration et de gangrène, la langue devient brune ou quelquefois noire. D’abord elle est humide, mais plus tard elle est sèche; les dents et les gencives fuligineuses et l’haleine fétide. Le pouls petit et rapide va jusqu'à cent quarante, et il n’est pas rare de le voir irrégulier. Si la maladie prend encore un caractère plus grave, des vomissements bilieux ou de la diarrhée surviennent, et il peut arriver que le malade rende des selles involontaires brunâtres et très-fétides, suivies de coma ou de délire, de soubresauts de tendons et de la mort.

Dans un grand nombre de cas provenant de lésions locales, le trouble fébrile ressemble d’abord parfaitement à la fièvre symptomatique de l’inflammation ordinaire ; mais si plus tard la maladie va jusqu’à la suppuration ou la gangrène ou même menace seulement de leur apparition, le pouls devient très-vif, faible et même irrégulier, la perturbation nerveuse très-prononcée et le danger imminent. Souvent la terminaison fatale est précédée par l’inflammation de la plèvre, du péritoine ou de la membrane muqueuse des inieslins ou des poumons.

Quand le malade revient à la santé après une longue et abondante suppuration, après l’expulsion lente d’eschares nombreuses et profondément situées, atteignant le tissu cellulaire et d’autres tissus encore, il arrive trop souvent que la structure du irrembre est tellement altérée, la peau, les aponévroses, les muscles , les tendons et les os tellement unis ensemble par des adhérences irrégulières, que les fonctions de la partie sont à jamais altérées elles-mêmes.

L’érysipèle phleginoneux est quelquefois la conséquence d’une fièvre, mais plus fréquemment de lésions locales, et particulièrement de plaies contuses ou de piqûres, de fractures compliquées, de brûlures , d’ulcères négligés ou irritables, de morsures de serpents venimeux, ou de piqûres et do blessures reçues en disséquant. Quelquefois il suit la piqûre d'une lancette dans la saignée, et Dupuytren a soin de prémunir contre la confusion de la phlébite avec l’érysipèle phlegmoncux provenant de la saignée; car quelquefois ce dernier est accompagné de l’inflammation du la veine , et quelquefois il ne l'est pas. L’érysipèle phlegmoncux détermine souvent l’inflammation des glandes lymphatiques, et la production de cordons douloureux conslitués par les vaisseaux lymphati-

ques enflammés qui s’y rendent, ainsi qu’on le voit fréquemment dans l’érysipèle plilegmoneux (le la jambe et de l’avant-bras. Cependant, les deux affections sont très-distinctes et ne sont pas liées essentiellement l’une à l’autre. L’érysipèle plilegmoneux a plus de tendance à se terminer par la suppuration et la destruction gangréneuse du tissu cellulaire sous cutané quand il existe aux jambes que lorsqu’il occupe toute autre partie du corps. Dans cet endroit le tissu cellulaire du membre suppure aussi vite que celui des paupières ou du scrotum, et le pus n’est pas réuni en collection , mais diffus. Le tissu cellulaire est promptement converti en eschares gangréneuses étendues, quelquefois longues de plusieurs pouces. Alors la peau amincie et privée du sang qu’elle doit recevoir, prend une couleur livide et se gangrène, plutôt par défaut de nutrition que par inflammation. Cette mortification consécutive de la peau est très-commune aux extrémités inférieures , surtout à la jambe , dont la nutrition a lieu par les artères tibiales antérieure et postérieure et la péronière, toutes profondément situées, et ne communiquant avec le tissu de la peau que par de petites ramifications qui sont presque toutes comprises dans la destruction dont est frappé le tissu cellulaire. Au contraire, l’érysipèle plilegmoneux de la tête amène rarement la gangrène de la peau et du cuir chevelu, parce que dans ces parties l’arrangement des artères est très-différent; les branches temporales, frontales et occipitales étant situées immédiatement sous la peau entre celle-ci et l’aponévrose de l’occipito-frontal, de sorte que, quand le tissu cellulaire placé sous ce dernier muscle devient gangréneux, l’abord du sang au péricràne souffre une faible diminution, les téguments ne se mortifient pas, et si le péricràne échappe à la destruction et que les membranes du cerveau demeurent intactes, le malade recouvre souvent la santé. Dupuylren n’a jamais vu qu’un seul cas de gangrène de la peau dans l’érysipèle plilegmoneux de la tête.

Erysipèle œdémateux. Rien n’est plus commun que l’œdème du tissu cellulaire sous-cutané dans les dernières périodes de l’érysipèle simple et au début de l’érysipèle plilegmoneux. 11 accompagne toujours celui des paupières et du scrotum; mais par le mol érysipèle œdémateux, on désigne particulièrement le cas

dans lequel le gonflement de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané survient lentement et progressivement, offrant la sensation de 1 œdème au lieu de la ferme résistance de l’érysipèle phlegmoneux. La peau lisse et brillante conserve l’empreinte du doigt qui la pressé, et la cavité ainsi produite est très-lente à s’effacer. On voit moins souvent des vésicules à la peau dans cet érysipèle que dans les autres variétés de celte affection. Si elles ont lieu cependant, on les voit paraître entre le troisième et le cinquième jour; elles sont pelites et suivies à leur rupture par des croûtes extrêmement minces. Les grandes lèvres, le scrotum , les jambes des hydropiques sur lesquels on a pratiqué des scarifications, sont fréquemment le siège d’érysipcles œdémateux souvent suivis de la gangrène des téguments, d’un pouls rapide, faible, irrégulier, de vomissements, de symptômes typhoïdes, du délire le plus affreux et de la mort. L’érysipèle œdémateux est d'une couleur jaunâtre brune ou d’un rouge foncé. Il ne se rencontre qu’aux parties précédemment spécifiées; et, si on le voit ailleurs, ce n’est que chez des individus épuisés et hydropiques.

A l’égard des causes de l’érysipèle, nous pouvons nous demander pourquoi une irritation locale produit chez un sujet celle forme d’inflammation et chez un autre l’inflammation ordinaire. Certes, il est difficile d’expliquer le fait, à moins que nous n’admettions l’existence de quL'Ique condition particulière de l’économie comme cause prédisposante de la maladie. L’érysipèle domine dans quelques saisons particulières de l’année et quelques étals de l’atmosphère; il paraît quelquefois endémiquement dans certains quartiers et certains hôpitaux où l’on peut présumer que des circonstances temporaires ou locales exercent une pernicieuse influence sur l’économie. L'intempérance et les erreurs de régime paraissent souvent développer une tendance à l’érysipèle. La doctrine du docteur Wells, sur la nature parfois contagieuse de l’érysipèle, ne peut être admise comme avérée dans l’état actuel de la science. La fièvre, le froid, les diverses lésions accidentelles et les irritations locales , sont les causes déterminantes ordinaires de l’érysipèle quand h prédisposition à celui-ci existe ; on ne saurait dire qu’il consiste en une simple inflammation de la peau.

L’érysipèle simple, peu étendu et non

DE PATÜOL.OGIE CHIRURGICALE.

accompagné de coma ou de délire, a généralement une heureuse terminaison après une durée d’environ dix jours. J'ai soigné des érysipèles plus réfractaires qui duraient six ou huit semaines, laissant après leur terminaison une tendance aux affections inflammatoires de la membrane muqueuse des intestins on des poumons, ou à la formation de clous voluminenx et d’abcès très-lélides dans différentes parties du corps. Une jeune femme qui recevait mes soins mourut après un violent érysipèle, par suite d’un abcès volumineux qui se forma subitement vers la hanche.

L’érysipèle de la tête , l’érysipèle plilcgmoneux de la jambe ou affectant l’avant-bras et la poitrine, et l’érysipèle œdémateux chez les sujets affaiblis et hydropiques, sont les cas les plus dangereux de cette maladie.

Les érysipèles simples, légers, cèdent aux purgatifs salins, aux diaphoniques et à une diète assez sévère. On pourra donner toutes les quatre heures deux cuillerées à bouche de la potion suivante : une once de sulfate de magnésie en dissolution dans cinq onces et demie d’eau de menthe, avec addition d’une demi-once de vin antimonié à celle potion ; ou bien on peut recourir à l’administration de cinq grains de la pilule bleue ou de trois grains de protochlorure de mercure chaque soir ou seulement de deux soirs l’un ; on peut encore donner le calomel uni à la poudre de James, suivi d’une solution de sulfate de magnésie dans la mixture saline ordinaire ou effervescente, et répéter cette administration à certains intervalles.

Les cas plus grav.es réclament la saignée et 1 application de nombreuses sangsues. Cette pratique est particulièrement nécessaire chez les sujets jeunes et pléthoriques quand le pouls est fort, dur et fréquent, et dans tous les cas où la tète est le siège du mal.

Quand l'érysipèle simple est accompagné de malaise du côté de l’estomac avec une langue chargée de la céphalalgie , une haleine fétide, on devra donner un émétique, suivi d’une dose purgative de calomel. L’ancienne doctrine qui attribuait essentiellement l’érysipèle à la débilité , tombe aujourd’hui complètement en désuétude. IVous devons nous en féliciter, parce qu’elle conduisait à négliger la déplétion sanguine au début lorsqu’il était le plus opportun d’abattre la violence de la maladie. Maintenant bien

peu de praticiens croient à la vertu spécifique du quinquina dans l’érysipèle. Le quinquina, le sulfale de quinine, l’acide sulfurique et les autres toniques ne peuvent être utiles qu’après la répression de la maladie par les mesures anti-phlogistiques. Lorsque cette dernière indication a été remplie, non-seulement le quinquina et la quinine, mais les cordiaux, le vin, l’ammoniaque et une diète légère, mais nourrissante, peuvent devenir fort utiles. A toutes les époques de l'érysipèle on ne saurait attacher trop d’importance à la propreté et à la ventilation.

Si la maladie vient tout-à-coup à rétrocéder et que des organes internes soient frappés d’inflammation, la partie primitivement affectée devra être immédiatement couverte d’un vésicatoire.

Lorsque l’érysipèle s’étend en montant le long d’un membre, ou lorsque venant de la poitrine ou du bias il marche vers le col , on s’est quelquefois opposé à son extension en faisant sur la peau une ligne noire avec le nitrate d’argent un peu au-delà des parties affectées. Quant aux applications locales, on a souvent recours aux fomentations de la surface enflammée avec la décoction de têtes de pavots, ou simplement de l’eau tiède, ou bien encore on fait de légères onctions à l’aide d’une plume trempée dans le mucilage de semences de coing. Lorsque l’érysipèle simple provient d’une blessure ou de toute autre lésion locale, des lotions volatiles froides sont les plus convenables dans les premiers temps de l’affection. L’amidon pulvérisé, la farine, le carbonate de chaux, la calamine appliques dans le but d’absorber le fluide fourni par les vésicules, sont d’un usage beaucoup moins fréquent aujourd’hui qu'aulrcfois. On recommande quelquefois 1 application de l’onguent mercuriel comme doué de la vertu spécifique d’arrêter l’érysipèle. Le professeur Gibson parle de cette méthode avec un grand éloge (1); mais elle ne conserve pas beaucoup de partisans dans cette capitale. Je pense, avec le docteur Macartney, que la pratique qui consiste à loucher toute la surface enflammée et même au-delà de ses limites avec le nitrate d’argent, ou a la noircir avec une forte dissolution de ce même caustique, est plus utile que

(1) Insti tûtes and practice of surccrv vol. i, p.41, é(I. 5. ®

les onctions mercurielles et les vésicatoires, bien qu’il ne faille pas se reposer sur son efficacité dans les érysipèles plilegmoneux graves (1).

(t) Après avoir lu ce qui précède, il est aisé de se convaincre que le traitement de l’érysipèle est :i peu près le même en France et en Angleterre ; pourtant ici se présente une différence que nous rencontrons dans bien d’autres occasions encore, c’est que les Anglais varient et généralisent plus que nous l’emploi des purgatifs. Dans la majorité des cas au moins, pour ne pas dire dans tous, l’érysipèle doit être envisagé comme une affection complexe, présentant une perturbation générale de l’économie , et une lésion locale de la peau. Ce principe étant admis, tout traitement rationnel devra se composer de deux sortes de moyens qui s’adresseront les uns au désordre général, et les autres à la lésion locale. — Au début, la saignée du bras sera presque toujours indiquée, à moins que l’érysipèle ne soit léger ou le sujet faible. Les applications de sangsues peuvent avoir et ont fort souvent d'heureux résultats, mais elles exposent à un inconvénient qui m’a presque toujours fait rejeter ce moyen dans le traitement de l’érysipèle. 11 arrive quelquefois que les piqûres de sangsues deviennent un nouveau point de départ pour l’extension de la phlegmasie cutanée, et si on les éloigne suffisamment des points érysipélateux pour que ce fâcheux effet ne se produise point, les capillaires de la partie malade n’ayant plus aucun rapport avec ceux dont le sang est soutiré, les sangsues n'agissent que comme déplélif général, et pour remplir celte indication, la saignée de la veine est toujours préférable. D’aulre part, les symptômes gastriques, sauf le cas rare où ils sont de nalure inflammatoire, réclament l’emploi des évacuants. En France, nous préférons les émétocathartiques en pareil cas; ainsi le tartre stibié en lavage (un grain d’émétique par pinte d’eau) sera administré avec avantage. Cependant je crois qu il faut s’abstenir de celte médication dans les cas où un érysipèle intense si t ué ù la tête fait craindre sa complication d’une méningite, car alors tout effort de vomissement qui détermine mécaniquement la congestion de la tête, doit être évité; en cas pat cil on se contentera des purgatifs administrés par la bouche et en lavement. Us conviennent d ailleurs aussi dans les érysipèles ordinaires. Indépendamment du traitement général, il est bon d’employer un traitement local. Or-

L 'érysipèle plilegmoneux réclame un traitement anti-plilogisiique plus énergique que l’érysipèle simple, et surtout des saignées générales et locales, l’administration du calomel suivie de pur-

dinairement les onctions mercurielles ou même avec l’axonge pure, lorsqu’elles sont bien faites, réussissent à calmer les érysipèles. Après avoir employé les onctions mercurielles avec succès, quelques accidents de salivation déterminèrent M. Lisfranc à recourir aux onctions d’axonge pure il y a quelques années, et j’ai été témoin des succès presque pareils que cet habile praticien a obtenus par les deux méthodes. Certes en donnant la préférence aux onctions d’axonge, on se prive de l’action résolutive du mercure, mais on se met aussi à l’abri de la salivation et des autres accidents que détermine souvent l’absorption de ce métal.

Quand l'érysipèle est peu étendu , on pourra recourir aux onctions mercur rielles, mais si la phlegmasie cutanée occupe une large surface, il ne conviendra pas de couvrir celle-ci d’une grande quantité d’onguent gris, et il vaudra mieux alors se contenter de l’axonge pure. Je pense qu’il faut employer l’axonge pure et non la pommade mercurielle pour faire les onctions sur les érysipèles de la face, à cause du voisinage des glandes salivaires. Il y a quelques mois, une jeune dame à laquelle je faisais faire des onctions mercurielles sur la face pour un érysipèle , fut prise de salivation après la troisième onction. A cette salivation fort abondante et accompagnée d'un gonflement très-douloureux de toutes les parties voisines de la mâchoire, se joignirent de nombreux ulcères dans la bouche. Malgré l’application de sangsues au col, malgré l’emploi des purgatifs et des sudorifiques, des gargarismes détersifs, et plus tard des acides et du nitrate d'argent pour toucher les ulcères, ces accidents mercuriels se prolongèrent longtemps, et la malade ne se rétablit qu après un mois. J’aurais au contraire plusieurs faits à citer en faveur de 1 axonge pure, qui n'expose d ailleurs a aucun accident. Pour assurer le succès des onctions mercurielles ou d’axonge pure dans l’érysipèle, il est une condition essentielle sur laquelle insiste M. Lisfranc, c’est do les faire non-seulement sur toute la surface enflammée, mais encore au moins un pouce au-delà de l’auréole inflammatoire. Il convient de faire deux onctions par jour, quand on se sert de l’axonge pure.

DE PATHOLOGIE CHIRtTRGiCALE. 9o

gatifs salins et du tartre stibié. Quand la maladie ne fait encore qu’apparaître, les lotions volatiles froides sont souvent plus efficaces que les applications chaudes.

J’ai fait cette remarque, et les observations de Dupuytren sont lout-à-fait en faveur de cette opinion. Nous devons persister dans les moyens déplétifs et employer les applications froides ou chaudes tout le temps qu’il y a quelque chance de résolution. Mais aussitôt qu’il devient manifeste que, malgré un traitement énergique de cette nature le tissu cellulaire devient de plus en plus gorgé de fluide et que la suppuration et la gangrène suivront probablement la continuation de ce traitement, l’indication la plus pressante est de pratiquer un nombre suffisant de ponctions ou d’incisions pour faire sortir du tissu cellulaire cette grande quantité de fluide qui le distend, et contribue beaucoup à y développer la gangrène.

Quand le pus s’est formé ou que la gangrène s’est produite, tous les chirurgiens ont long-temps cru nécessaire de praliquer de larges incisions ; mais à une époque moins avancée quand les fomentations ou les lotions sédatives froides appliquées abondamment et sans relâche, et un traitement anti-phlogistique énergique ont été impuissants à réprimer la maladie, les ponctions ou incisions faites en quantité suffisante sont aujourd hui généralement reconnues comme les moyens les plus propres à prévenir la gangrène du tissu cellulaire, en donnant issue au fluide séreux dont il est gorgé. C’est à M. Copland-llutchison que nous sommes redevables de celte heureuse innovation.

On doit changer souvent les cataplasmes ou les pièces de pansement, et la suppuration doit être aussi épongée avec soin. Il faut enlever par les ouvertures toutes les portions détachées de tissu cellulaire désorganisé , mais éviter d’exercer sur elles aucune traction avant qu’elles soient complètement détachées.

On empêchera la stagnation de la ma • tière par des incisions pratiquées avec soin, et dès que les parties seront en état de supporter sans crainte de les irriter la présence de compresses et d'un bandage, on devra les appliquer jiour prévenir une nouvelle accumulation du pus.

Quand on est arrivé à une certaine époque , les bandages sont incontestablement d’une grande utilité pour faire disparaître 1 œdème et le gonflement.

Le' baron Dupuytren prenait la plus grande attention à panser les abcès et les ulcères occasionnés par les érysipèles phlegmoneux, de telle sorte que ce pansement ne produisît jamais le séjour de la matière. Quand il discontinuait les cataplasmes, il plaçait des morceaux de vieux linge couverts d’un onguent doux et astringent sur les bords de la plaie, et appliquait sur son centre un morceau de vieux linge doux présentant une multitude de petits trous (compresse fenêtrée), lequel était égalementrecouvert du même onguent. Pour activer la cicatrisation , on peut recourir quelquefois à une faible solution de nitrate d’argent.

La longueur interminable de quelquesuns de ces érysipèles, l’irritation prolongée, la suppuration abondante, le nombre et l’étendue des tissus frappés entraînent souvent un affaiblissement très-fâcheux et même la fièvre hectique. Alors les toniques, le vin, un air pur, des aliments légers, mais analeptiques, sont de la plus grande importance pour donner à l’économie la force de lutter contre cet état. Dans quelques cas, l’arnputalion est le seul moyen de sauver le malade.

Les érysipèles du cuir chevelu qui avaient résisté à la saignée, aux sangsues, au tartre stibié, au calomel et autres moyens déplétifs, ont été traités il y a long-temps par les chirurgiens au moyen d’une incision cruciale comprenant la peau , le tissu cellulaire et l’aponévrose de l’occipito-fronlal , de manière à débrider complètement les parties. Il arrive souvent que dans vingt-quatre heures le malade est soulagé, et que le délire et les autres symplômes fâcheux sont arrêtés par celte pratique.

Toutes les fois que l’érysipèle est lié à une inflammation gastro -intestinale , on devra appliquer des sangsues à l’épigastre.

Dans le traitement de l’érysipèle œdémateux , l’économie ne supporte pas les émissions sanguines ; alors on recourra avec avantage aux purgatifs doux et aux toniques et quelquefois à l’iode. La partie sera fomentée avec une décoction de fleurs de camomille à laquelle on pourra ajouter une proportion d’eau-de-vie camphrée. S’il survient de la gangrène, on appliquera des cataplasmes. On devra se rappeler que, dans cette forme de l’érysipèle , les incisions exposent à la Gangrène. Cependant, l’abondance du fluide sci eux rend quelquefois les ponctions

indispensables, mais elles doivent être petites et pratiquées avec la pointe acérée d’une lancette. Quand la maladie est sur son déclin, on retire un grand avantage de l’application d’un bandage.

I .’ inflammation diffuse du tissu cellulaire diffère de l’érysipèle phlcgmoneux, en ce que l'inflammation de la peau elle-même est nulle ou faible. Au lieu d’être chaude comme dans l'érysipèle phlegmoneux, la peau est plus froide que dans l’état naturel. Dans quelques cas l’inflammation parcourt ses phases et se termine par une suppuration étendue et la gangrène , sans avoir présenté de rougeur. Dans tous les cas où la maladie a bien réellement celle nature, l’inflammation , si elle a lieu , n’est que secondaire.

La maladie reconnaît pour cause une lésion locale , quelquefois des piqûres reçues en faisant des autopsies, quelquefois des morsures de reptiles venimeux et souvent quelque fièvre. Elle occupe fréquemment le tissu cellulaire de tout un membre et a une terminaison fatale.

Dans les cas rapportés par le docteur Duncan , quand la cause morbide avait exercé son action sur quelque point de la main ou du bras, le siège de l’inflammation secondaire était principalement dans l’aisselle , s’étendant vers le sternum, montant le long du col ou descendant sur le côté jusqu’à l’os des îles , et , dans le cas appartenant au professeur Dease , jusqu'à la cuisse du côté afteclé. Quelquefois la maladie se transporte d’un côté du corps en abandonnant l’autre.

Cette circonstance est ordinairement accompagnée d’une irritation générale excessive, d’une fièvre à caractères typhoïdes, d’une extrême débilité musculaire et d’une dépression des facultés mentales.

Le traitement de l’inflammation diffuse du tissu cellulaire devra dépendre de la nature de la cause déterminante, ainsi les morsures de reptiles venimeux et les blessures reçues en disséquant peuvent réclamer des remèdes généraux que d’autres cas ne demandent point. En général, les sangsues et les applications froides doivent être préférées au début, mais plus tard on les remplacera par des fomentations. Les vésicatoires sont utiles par l’évacuation copieuse de sérosité qu’ils déterminent , mais quand une grande quantité de fluide est répandue dans le tissu cellulaire, le meilleur parti est de faire des incisions pour lui donner

un libre passage. Bien que l’affection de la peau ne soit que secondaire et celle du tissu cellulaire primitive, je vois dans cet état pathologique une grande ressemblance avec l’érysipèle phlegmoneux dont il n’est peut-être qu’une variété.

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