RÉTENTION D’URINE
On ne doit pas confondre cette affection avec la suppression des urines , qui est à proprement parler une interruption dans la sécrétion de ce liquide, dont l’évacuation ne se fait point parce que les reins n’cn secrétent que peu ou même n’en secrétent pas du tout. On a souvent constaté des exemples de ce phénomène dans la dernière épidémie de choléra.
Dans la rétention d’urine , ce liquide est versé dans la vessie par les uretères;
(mais son évacuation ne se fait pas convenablement soit par suite d’un défaut de contraction dans la vessie, soit par suite d’un obstacle existant dans l’urètre.
Il y a, comme on le comprend, une distension de la vessie très-perceptible dans la région hypogastrique; la tumeur en effet s’élève souvent jusqu’au niveau du nombril et est accompagnée d’une fluctuation distincte que l’on peut sentir à travers les parois de l’abdomen , et en passant le doigt dans le rectum. Le malade éprouve d’horribles souffrances; la peau est chaude et sèche;
'I y a de la soif; de l’accélération dans
S. Cooper.
le pouls et d'autres symptômes fébriles.
La distension de la vessie par l’urine persiste souvent, bien que le malade puisse , à de certains intervalles , uriner par jet, et même évacuer dans les vingtquatre heures la même quantité d’urine qu’un individu en santé. Mais, alors cette évacuation ne se fait pour ainsi dire que par regorgement ; et quoique 1 urine puisse s’échapper par gouttes ou même quelquefois par jet, ce réservoir ne se vide jamais véritablement, mais demeure le siège d’une accumulation d’urine.
C’est ce que les chirurgiens français appellent rétention avec sortie des urines par regorgement. Dans les cas de ce genre, on est exposé à commettre de graves erreurs dans la pratique. Une certaine quantité d’urine est évacuée de temps en temps, on ne soupçonne pas qu’il y ait rétention, et il en résulte que le malade n’est pas soumis au traitement convenable. Tons les chirurgiens doivent donc se rappeler qu’ils peuvent rencontrer ces rétentions avec sortie des urines par regorgement, et dans les cas douteux il faut qu’ils examinent la région hypogastrique, et qu’ils introduisent une sonde. L’emploi de ce dernier moyen ne peut jamais être nuisible puisqu’il n’est ni dangereux ni douloureux; et je dois affirmer, d’après des observations répétées, que c’est souvent en agissant ainsi et seulement ainsi que l'on peut sauver lu vie du malade.
La division des rétentions d’urine en complètes et incomplètes ou totales et partielles me paraît véritablement pratique ; c’est une distinction convenable et rationnelle propre à nous tenir sur nos gardes contre les erreurs que nous pourrions commettre en jugeant des cas particuliers. Je crois que si l’on a soin d’examiner la région hypogastrique et de rattacher aux autres symptômes la plénitude que l’on sent dans ce point il sera rare que l’on commette des erreurs, soit que le malade évacue une partie de son urine, soit qu il y ait rétention complète. Dans les cas où un embonpoint très-notable nous empêcherait de reconnaître la tumeur rénitente et circonscrite formée par la vessie et qu’il est facile de distinguer chez les individus plus maigres, nous devrions suivre le précepte prudent dont j’ai parlé pour les cas douteux, et passer immédiatement une algalie dans l’urètre (1). Chez les individus
(1)11 faut indépendamment des moyens
gras, je conseillerais en outre d’introduire le doigt dans le rectum; parce qu’ainsi l'on peut facilement sentir la proéminence de la vessie distendue, et l’on peut aussi reconnaître de la fluctuation si, tandis qu’on applique le doigt sur la proéminence par le rectum, on frappe de petits coups secs sur la région hypogastrique a\ec les doigts de l’autre main. Je dois dire que ce moyen est surtout utile lorsque la vessie est tellement épaisse et contractée qu’elle ne s’élève pas au-desus des pubis.
Je répéterai constamment la maxime suivante : c’est qu’il faut toujours, dans le traitement des maladies, se guider, autant que possible, d’après les causes particulières qui les ont amenées, puisque le principal but que nous devons nous proposer est, sans aucun doute, de faire disparaître ces causes. Ainsi, celles qui produisent la rétention d’urine peuvent varier infiniment : c’est de leur nature que dépendra entièrement le pronostic et le choix du traitement ; et il est impossible de se former des opinions justes à l’égard du traitement de cet état pathologique grave, si l'on n’a soin de se rappeler constamment les diverses circonstances qui ont accompagné son développement.
Les indications générales sont d’abord de provoquer, s'il est possible, l’écoulement de l'urine par son canal naturel ; on parvient quelquefois à atteindre ce but en employant un bain chaud, les fomentations sur la région hypogastrique et le périnée, la saignée par la lancette , l’opium, la jusquiame, etc., et quelquefois en enlevant les obstacles de nature mécanique qui s’opposent à l’écoulement de l’urine, mais le moyen qui réussit le plus souvent est encore l'introduction des sondes. Lorsque tous ces modes de traitement échouent , il devient nécessaire de recourir à une opération au moyen de laquelle on pratique une issue à l’urine.