‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 162 sur 242 · RÉTRÉCISSEMENT DU RECTUM · texte numérisé non relu

RÉTRÉCISSEMENT DU RECTUM

Cette affection consiste dans un épaississement et une induration des tissus muqueux et musculaire du rectum : et sans aucun doute, aussi dans une altération semblable du tissu cellulaire qui se

(1) Yoici la formule de cette pâte de Ward : Poivre noir, une livre; racine d ’enula ccimpana , une livre ; semence de fenouil, trois livres; miel et sucre blanc, deux livres. — La contraction spasmodique du sphincter et l’ulcéralion, qui, suivant les uns, en est la cause, et suivant d’autres la conséquence, ont été traitées ici dans deux chapitres précédents. Les pathologistes français réunissent ces deux sujets sous le titre de fissures à l’anus. Ce qu’il importe de bien savoir c’est que l’opération, qui consiste à diviser le sphincter ne convient pas quand la fissure est au-dessous du sphincter et à l’extérieur, puisqu’alors elle ne coïncide pas avec une contraction spasmodique de celui-ci; la pommade de concombre et de calomel préparée à la vapeur, l’onguent populeum, ou , si l’affection consiste en une véritable rhagade syphilitique, le traitement mercuriel, sont dans ces cas les meilleurs moyens à employer. Lorsqu’au contraire la fissure est au-dessus du sphincter, cl on le reconnaît à ce

trouve entre eux. Quelquefois le rétrécissement s’étend dans l’intestin à la hauteur de trois ou quatre pocces; mais, dans d'autres cas, il est restreint à un cercle fort étroit. Très-souvent l’intestin conserve son diamètre dans la partie la plus rapprochée de l’anus; mais à environ un pouce et demi ou deux p mres au-dessus de ce point il existe un rétrécissementcirculaire, tandisque plus haut l’intestin reprend son diamètre ordinaire. Cependant, bien que le rétrécissement soit ainsi restreint à une certaine portion du rectum, la membrane muqueuse est malade audessus et au dessous du point rétréci (d).

Celte affection se rencontre dans les deux sexes , mais elle ce produit plus souvent chez les adultes que chez les enfants et son développement est trèslent. D’abord , le malade éprouve quelque difficulté dans la défécation et est obligé de faire d’assez grands efforts, surtout si les matières sont dures; et lorsque celles-ci sont rendues, on voit qu’elles ont un petit diamètre. La portion rétrécie de l’intestin finit par s’enflammer et alors la douleur devient beaucoup plus intense et en même temps il s’écoule non-seulement du mucus, mais du sang et de la matière purulente. Si la maladie s’étend plus loin , l’inflammation se développera dans le tissu cslîulaire autour du rectum; et il se formera des abcès contenaut un pus fétide, qui s’ouvriront dans divers points près de

que le doigt introduit dans le rectum y sent, en un point placé au-dessus de cet anneau musculeux, une sorte de corde ou traînée nqueuse , tendue et très-douloureuse à la pression, je ne crois pay que l’opération doive être réellement utile , et généralement l’affection se guérit d’elle-même avec des lavements émollients et légèrement narcotiques et de grands bains joints à l’administration de quelques légers laxatifs pour empêcher que des matières dures écorchent de nouveau le point malade. Si l’ulcération siège au niveau du sphincter, c’est vers ce point qu’on sentira la corde dure et douloureuse au toucher. C’est pour ce cas que convient l’opération. On comprend l'ulcération dans l’incision quand ccttc ulcération est sur les côtés, car c’est sur les côlés qu’il faut inciser et jamais : ni en avant ni en arrière. On panse avec une mèche de charpie, comme je 1 ai dit à propos de la fistule. (Noie du trad.)

(1) Sir B. Brodie, dans la Gazette médicale de Londres, 1834-55, p. 28.

l’anus et quelquefois dans l’urèthre chez l’homme, et dans le vagin chez la femme. J’ai soigné dernièrement un homme qui, dans les derniers temps de sa vie, rendait tous les jours par le rectum presque une pinte de pus, et de la matière purulente s’était rassemblée sous les fessiers. Dans quelques cas le malade succombe avec des symptômes semblables à ceux de la hernie étranglée, parce que le rétrécissement se trouve complètement obstrué par des fèces durcies. Ici les symptômes les plus saillants sont des douleurs intenses dans l’abdomen , des vomissements, et une distension du ventre due à la tympanite. Ainsi que l’a démontré sir Benjamin Brodie , on peut , au moyen de la bougie et des injections, faire disparaître cette sorte d’obstruction une ou deux fois, et sauver ainsi le malade; mais s’il survenait une autre attaque, ce traitement pourrait n’être pas suivi du même succès. A une époque avancée de l’affection , les malades deviennent complètement hectiques; mais souvent ils languissent pendant plusieurs années.

M. Salmon dit que la plupart des rétrécissements du rectum rencontrés par lui dans sa pratique étaient situés à cinq ou six pouces de l’anus ; mais beaucoup

1 d’autres chirurgiens, au nombre desquels se trouve sir Benjamin Brodie, indiquent la partie inférieure du rectum comme leur siège le plus habituel. Du reste, ces rétrécissements se produisent , dans un cartain nombre de cas , en un point élevé du rectum et même dans la courbure sigmoïde du colon.

Le traitement consiste à recourir de temps en temps aux purgatifs doux et aux injections, quelquefois à introduire un suppositoire à l’opium ou à la jusquiame, et à dilater le rétrécissement avec des bougies. On doit d’abord , s’il est possible, s’assurer exactement avec le doigt lu lieu et du degré du rétrécissement'; it si la maladie n’est pas dans un état l’irritation trop intense, on pourra coninencer de suite à faire usage de la bougie. On laisse celle-ci dans le rectum tendant dix minutes, un quart d’heure tu plus , tous les jours ou tous les deux ours, suivant que le malade peut la supporter sans en éprouver trop de gêne.

Id. Salmon pense qu’il vaut mieux inroduire la bougie moins fréquemment lu on ne le conseille ordinairement, et ux intervalles de trois à cinq jours.

Jans quelques cas sir Benjamin Brodie

divise le rétrécissement en deux ou trois endroits à l’aide d’un bistouri caché disposé de manière que sa lame sorte de deux ou trois lignes. Les incisions ayant été faites, la bougie plus volumineuse peut être introduite.

Souvent cette maladie est accompagnée d’une telle irritation de l’intestin que l’on ne peut employer les bougies à moins qu’on ne remédie par d’autres moyens à cette condition de l’intestin.

Un suppositoire à l’opium ou à la jusquiame placé la nuit , et des substances légèrement purgatives données le matin, pourront faire quelquefois supporter l’usage de la bougie. Dans d'autres cas une potion composée d’un demi-gros de baume de copahu , quinze gouttes de liqueur de potasse , trois gros de mucilage de gomme arabique , et neuf gros d’eau de Carvi, prise trois fois par jour (1), remplit parfaitement l’indication. Lorsque les fèces s’accumulent audessus du lieu du rétrécissement et causent une irritation considérable en distendant l’intestin, une sonde de gomme élastique doit être introduite et traverser ce rétrécissement , de l’eau de savon tiède doit être injectée par cette canule, et ensuite de l’eau plus chaude. En poursuivant cette manœuvre tous les jours ou tous les deux jours, cet amas de matière stercorale finira bientôt par être évacué en totalité.

Si la maladie est fort avancée , si la membrane muqueuse est ulcérée, et si des abcès se sont formés , il sera rare qu’on puisse obtenir une guérison complète.

Je crois avec sir Benjamin Brodie que les bougies sont rarement et ne sont peut-être jamais bonnes pour combattre les rétrécissements d u rectum , à moins que l’obstruction rie soit située assez bas pour qu’on puisse l’atteindre avec le doigt (2).

(1) Sir B. Brodie, ouvrage cité.

(2) Dans les cas où le rétrécissement est inaccessible aux moyens dilatants et où la vie du sujet paraît menacée, on pourrait peut-être penser à pratiquer un anus artificiel dans la région lombaire, suivent le procédé de Callisen, ainsi que l’a récem* ment proposé M. Amussat. Onpeutarriver ainsi au colon par la partie postérieure sans ouvrir le péritoine. Ce n’est qu’en face d’une mort certaine qu’on se déciderait a courir les chances d’une semblable opération, et à conserver une aussi horrible et aussi dégoûtante infirmité.

{Noie du trad.)

MALADIES CANCEREUSES DU EECTUM.

Ces sortes d’affections ne se manifestent guère qu’après l’âge moyen de la vie. Le malade ressent d’abord quelque gêne dans l'intestin , laquelle est suivie , au bout d’un certain temps, d’une difficulté dans la défécation qui augmente graduellement et qu’accompagnent bientôt des douleurs lancinantes, aiguës, s'étendant du bassin au dos, aux fesses, aux hanches et aux cuisses. Souvent ces douleurs sont suivies de l’écoulement subit d’une matière fétide et sanguinolente fournie par l’intestin et résultant de l’ulcération de celui-ci. A la fin, il survient du désordre dans les fonctions de l’estomac et la santé générale s’altère. On remarque chez le malade la couleur jaune pâle de la peau , indication d’une grave maladie organique; et souvent l’affection squirrheuse ou encéphaloïde du rectum est accompagnée d’une autre maladie viscérale. Quelquefois, mais rarement, à une époque avancée de l’affection , il se fait une hémorrhagie abondante par l’intestin, et il se forme autour de la partie des abcès qui s’ouvrent à l’extérieur. Chez les femmes , ils s’ouvrent dans le vagin; et la communication ulcérée qui s’établit entre ce canal et l’intestin peut devenir tellement large qu’il s’échappe une quantité considérable de fèces par le vagin. Chez les individus du sexe masculin , l’ulcération forme souvent une communication entre le rectum et la vessie ou entre le rectum et l’urèthre ; et alors le malade rend nonseulement de l’air, mais des fèces avec son urine. La rétention d’urine est encore une complication frequente de la maladie dont nous parlons ici. Le sujet affecté, après avoir langui pendant long temps dans des souffrances atroces, succombe enfin épuisé. Dans quelques cas, la masse malade empêche complètement le passage des matières fécales et il survient des symptômes ressemblant à ceux que présente une hernie étranglée; ou bien encore l’intestin s’ulcère immédiatement au-dessus du point obstrué, et les fèces se répandant dans la cavité du péritoine occasionnent une péritonite fatale (l).

Soit que celte maladie offre le carac-

(1) Sir B. Brodie, dans la Gazette médicale de Londres, 1834-35, p. 238.

tère d’un carcinome ou d’une affectiou encéphaloïde, elle consiste dans le développement d’une substance de nouvelle formation qui , par sa pression , semble produire l ab-orption des tuniques muqueuse et musculeuse de l’intestin (1).

Lorsque la masse malade se projette dans la vessie ou dans le vagin, l’affection est, sans aucun doute, ua cancer encéphaloïde ou un fongus liématode. Dans quelques cas, le tissu des parties malades est tel, qu’il parait être une combinaison du squirrhe et du fongus hématode , quelques portions de ce tissu ofrant une consistance molle et médullaire tandis que d’autres sont dures.

On a essayé d’enlever un cancer situé à la partie inférieure du rectum avec le: bistouri Mais, comme le fait observer' sir Benjamin Brodie ; si jamais on peut I justifier une opération de ce genre, ce: doit être lorsque la maladie a son siège: dans la partie la plus basse du rectum ett qu’elle est loul-à-fait au début. S’il em était autrement, il n’y aurait aucune:

chance de pouvoir enlever entièrement!

tous les tissus affectés (2).

L’emploi des bougies aggrave la maladie. Les lavements opiacés et les injections d’huile de graine de lin avec oui sans eau de chaux diminuent quelquefois les souffrances et l’irritation. Sir Benjamin Brodie préconise la liqueur de potasse et le baume de copahu administrés à l’intérieur. Les souffrances duu malade rendent indispensable l’emplob des calmants, et les meilleurs sont l’acétate et l’hydrochlorate de morphine.

Avant de passer à l’étude des fractures: et des luxations en particulier, et dtc terminer enfin par la description des opérations , je crois devoir réparer untt omission. Je n’ai point vu qu’il fût question, dans l’ouvrage anglais, ni du pa-i na ris, ni de l’ongle incarné. Ne pouvan1 rattacher ces deux sujets à aucun autre.' et ne voulant cependant pas les passe' sous silence , il n’a point été possible dt les traiter sous forme de note, ainsi qun

(1) F. Salmon , des Rétrécissements di rectum , p. 63.

(2) J’ai vu un cas dans lequel l’enlèveî ment des trois pouces inférieurs du recc tum a été suivi d’un succès complet.

(Noie du trad.)

j’ai l'habitude de présenter mes additions à cet ouvrage ; je vais donc consacrer un chapitre particulier à chacun d’eux.

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