DE PATHOLOGIE DE L’ONGLE INCARNÉ
Cetle maladie ne se rencontre guère qu’au gros orteil. Elle résulte de la déformation de l’ongle, qui, aulieu de protéger lescliairs, tend toujours à se recourber et à s’enfoncer dans celles-ci, les irrite, et finit par en détermine l’ulcération. Je ne crois pas avec les autres auteurs à l’existence d’un grand nombre de causes de cetteaffection. Sauf quelques casexceptionnels, on peut toujours rapporter son développement à deux causes : l'habitude de porter des chaussures étroites et la manière vicieuse dont on se coupe les ongles. Toute chaussure qui détermine da moindre pression et n’est pas assez large (pour permettre de mouvoir aisément les arteils à son intérieur, est capable d’altérer la forme des ongles et de causer la maladie qui nous occupe. D’autre part, beaucoup d’individus se coupent mal les oncles des pieds; ils les arrondissent comme ceux des doigts en coupant sur les côtés i l’extrémité : il en résulte que les chairs l’étant plus soutenues et prolégées, se rapprochent pour rejoindre l’ongle contre lequel la pression de la chaussure :end toujours à les repousser ; il faut ionc couper l’ongle du gros orteil carrément au niveau du bout de cet orteil. JjSi on le coupait plus court, et si surtout m le dégageait en en retranchant sur es côtés, les chairs finiraient par s’élever au-dessus de lui , et se présenter au lord tranchant résultant de cette section; [uand, au contraire, on le laisse devenir rop long, c’est-à-dire, dépasser le bout le l’orteil , il finit par s’incurver dans le ■ens antéro-postérieur, parce que son îxtrémité n’est plus soutenue, et j’ai ob- ;ervé que celte incurvation, lorsqu’elle ;® produisait, amenait nécessairement 'incurvation dans le sens latéral, ou aurement dit 1 exagération de la convexité le l’ongle.
Symptômes. — Quand l’affection est egère ou à son début, on voit généraleîent que l’ongle est courbé et par suite de ette courbure il paraît plus étroit ; les hairs qui l’avoisinent deviennent senibles, gonflées et ronges, surtout après » marche. Si l’affection est portée plus 3'n , la marche devient horriblement •ouloureuse et même impossible; l’ongle •arait sur les côtés être tout à fait énoncé dans les chairs, qui se gonflent,
^viennent sur *u' > el finissent par s’ul-
lérer. Ces ulcérations, qui sont détermi-
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nées par l’irritation due à la pression de l’ongle, suppurent, et desbourgeons charnus , fongueux végètent à leur surface.
Dès que l’inflammation ou l’érosion des parties est poussée à un certain degré il n’est pas rare que l’inflammation gagne les vaisseaux lymphatiques et enfin les glandes de l’aine, où se développe un.
bubon sympathique. — L’onglade, qui a beaucoup de rapport avec cette affection, en diffère cependant en ce qu’alors la matrice de l'ongle est malade, et ordinairement elle l’est dans toute son étendue. Les ulcérations qui surviennent sont en arrière de celle-ci, et il est aisé de voir par la rougeur, le gonflement et les ulcérations, que le point de départ et le siège du mal ne se trouvent plus sur les côtés mais bien en arrière de l’ongle. La chute de ce dernier est ordinairement la suite de cet étal de choses ; et la reproduction d’un ongle nouveau en est ou n’en est pas la conséquence suivant que la maladie marche vers la guérison ou continue à détruire l’organe sécréteur, c’est-à-dire le repli de peau qui donne naissance à l’ongle. Dans un assez grand nombre de cas , l’onglade est de cause interne et souvent alors syphilitique ; dans cette circonstance , les petites ulcérations revêtent les caractères qui appartiennent aux chancres vénériens.
Traitement. — L’ongle incarné déterminant des douleurs intolérables et finissant par réduire le malade au repos absolu, on a cherché à opposer à cette affection des moyens qui se rapportent à deux méthodes : l’une consiste à arracher l’ongle, l’autre à le redresser. L’arrachement ne convient que dans les cas extrêmes, où le redressement a échoué; et, quand les tentatives de redressement ont été bien dirigées et long-temps continuées, l'arrachement, qui est horriblement douloureux , doit bien rarement elre nécessaire : il est d’ailleurs, comme résultat définitif, inférieur au redressement, car souvent un ongle nouveau, informe ou imparfait, repousse encore dans une direction vicieuse, et il faudrait ainsi en venir à des avulsions successives. Quoi qu’il en soit, voici comment se prati ue cet arrachement. Un aide maintient fortement le pied et serre le gros orteil sur les côtés entre le pouce et l’index; le chirurgien, muni de ciseaux assez forts et pointus, introduit sous l’ongle une de leurs lames, fend cet ongle depuis son extrémité libre jus-
qu’à son extrémité adhérente, puis, avec des pinces à disséquer, il saisit chaque moitié de l'ongle et l’arrache séparément. — Le redressement s’effectue à l’aide des moyens suivants : on enfonce doucement sous l’ongle et en Ire son bord et les chairs, qu'il irrite, quelques brins de charpie de manière à éloigner celles-ci ; en même temps il est souvent utile d’appliquer, de la face supérieure sur la face inférieure du gros orteil, quelques petites bandeleites agglutinatives qui rabattent les chairs , contribuent à les éloigner, et soutiennent le pansement. Celui-ci est renouvelé tous les deux jours, et ou interpose progressivement quelques brins de charpie de plus et un peu plus profondément. Lorsque les chairs irritées se sont ulcérées, ou doit, si elles ne se cicatrisent pas promptement, toucher les points ulcérés et fongueux avec le nitrate d’argent. Au bout de quelque temps, vingt jours par exemple, on peut se passer de bandelettes agglutinatives et conli mer pendant très-long-temps le pansement avec quelques brins de charpie; il ne faut souvent pas moins de cinq à six mois pour que l’ongle ne tende plus à pousser dans une direction vicieuse et que les chairs jadis malades et irritées se soient endurcies de manière à ne plus avoir à craindre le contact de l’ongle.
On ne doit jamais enlever les petites callosités qui se forment sur leurs bords et servent a les protéger contre l’ongle, il faut même pendant que que temps s’abstenir de bains de pieds qui pourraient les ramollir et les détacher. Lorsqu’on ne fait plus aucun pansement, on peut chercher à diminuer encore la convexité de l’ongle en le pinçant sur ses deux angles entre l’extrémité du ponce et de l'index et en le relevant doucement en même temps qu’on cherche à diminuer sa courbure- Cette manœuvre sera répétée sou vent et avec beaucoup de douceur, car, à la suite de cetleaffection, l’ongle reste généralement plus sec et plus cassant; et il faut é-iter avec soin qu’il se brise sur les coins, car on le replacerait dans les conditions qui ont produit la maladie. Pendant tout le traitement la chaussure doit êire excessivement large, et toujours lort aisée après la guérison.
Quand il s’agit d’une onglade, il faut d’abord simplement panser les plaies; et dans le cas où elle est syphilitiq ue , recourir au traitement spécifique : on as-
treint en même temps le malade au repos complet. Si l’affection de la matrice de l’ongle est très-invéterée et continue malgré l’emploi de ces moyens, il faut cerner l’ongle et sa matrice par une incision qui s’étende à trois lignes en arrière de celle-ci, et à deux lignes sur les côtés, et détacher le lambeau qui résulte de cette incision de manière à enlever à la fois l’ongle et sa matrice.
(Chapitre additionnel.)
Delamark.