‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 17 sur 242 · ANTHRAX OU CHARBON · texte numérisé non relu

ANTHRAX OU CHARBON

Le mot anthrax n’est quelquefois pas employé comine synonyme de charbon , ou de ce que les Français désignent sous ce terme, Dupuytren, Rayer et d’autres auteurs ayant restreint celte dénomination au gonflement gangréneux qui se rencontre comme un symptôme de la peste. Ce dernier est souvent appelé charbon pestilentiel pour le distinguer de l’anthrax ou charbon ordinaire.

L’anthrax ou charbon est une tumeur inflammatoire, large, plate, distinctement circonscrite , dure , douloureuse , d’une couleur rouge foncée , livide ou d’un brun obscur, commençant dans le tissu cellulaire sous-cutané , dont une portion considérable est dans un état de mortification , tandis qu’une matière sanieuse sanguinolente occupe l'intérieur et la base de la tumeur, l.e charbon ou anthrax diffère du furoncle par sa surface plus piale , la nature plus violenle de 1 inflammation , la gangrène plus profonde et plus étendue sous la peau , sa base plus large , le caractère plus grave des symptômes généraux , et l'espèce d’individus sur lesquels elle sévit. Il diffère encore du furoncle le plus volumineux parce qu’il est presque (oujours une tumeur solitaire qui aboutit enfin ,

vidus ont successivement un grand nombre de furoncles, dont un seul existe à la fois. J ai vu un enfant de onze ans eu avoir au moins dix dans l’espace de six mois. Lorsque cette affection se prolonge aussi long temps, elle retentit ordinairement sur la santé générale, et est presque toujours liée à un état saburral des premières voies, qui réclame l’emploi de purgatifs doux et de boissons dépuralives. Nous retrouvons encore ici un exemple de la connexion étroite qui existe entre l’état de la peau, et celui do la muqueuse des voies digestives. Comment s’étonnerait-on de rencontrer cette sympathie, si l’on observe que la membrane muqueuse qui tapisse les voies digestives n’est que la continuation do la peau à laquelle elle ressemble tant par sa structure f II existe entre elles continuité et presque analogie de tissu.

Les maladies qui offrent à la fois des symptômes du côté de l'enveloppe cutanée et de la membrane muqueuse, qui se réfléchit sur toutes les cavités internes, doivent, il me semble, être envisagées comme un 6tat pathologique du tégument gdncral. (Note du trad.)

non par une seule petite ouverture comme celle du sommet du furoncle , mais bien par plusieurs trous , ce qui donne à la peau l’aspect d’un crible.

Comme le furoncle , le charbon ordinaire ou bénin se rencontre en général sur les parties du corps où la peau est la plus épaisse, et où les cellules du tissu cellulaire sont plus développées, comme à la nuque , sur ou entre les omoplates , au dos , sur les côtés de la poitrine ou sur les fesses. J’ai vu plusieurs cas de charbon à l’occiput, et bien que la maladie soit rare sur les membres, Jean Hunter rapporte avoir vu des anthrax sur ceux-ci. Lorsqu’il s’en rencontre sur les membres , c’est presque toujours à la cuisse. A. l’hôpital du collège des chirurgiens , j’ai vu un malade qui présentait un large anthrax au côté gauche du cou. Les furoncles ne dépassent jamais le volume d’un œuf de pigeon , tandis que quelquefois les charbons atteignent le diamètre d’une assiette dans l’espace de huit ou dix jours. Un charbon commence par une petite tumeur large de quelques lignes, et à cette époque il ressemble un peu à un furoncle, mais quelquefois il présente à son centre une petite vésicule remplie d’une sérosité sanguinolente. Quelquefois cependant la maladie, môme au début, affecte une plus large surface. A mesure qu’un anthrax augmente de volume , il devient plus proéminent , mais il s’étend encore plus en profondeur. La tumeur présente partout une consistance ferme souvent comparée à celle du lard le plus compacte, jusqu’à ce que le tissu cellulaire commence à se gangréner ; alors sa circonférence demeure dure et sa base s’étend , tandis que son centre présente une fluctuation obscure. La couleur violette foncée de la peau ne disparaît pas par la pression , et la sensation de chaleur, qui d’abord est brûlante, diminue seulement après qu’une ou plusieurs ouvertures se sont formées. La maladie est aussi accompagnée de raideur, de tension et de pesanteur dans la partie. Si on laisse le mal faire des progrès , la peau devieut d’un violet très-foncé ou brun obscur , s’amincit , se ramollit , et enfin se rompt en un ou plusieurs points, d’où s’échappe une suppuration sanguinolente mêlée de flocons blanchâtres de tissu cellulaire mortifié. Viennent alors de nouvelles perforations de la peau par lesquelles on peut extraire un bourbillon blanc ou uue tuasse gangréneuse en un

seul ou en plusieurs morceaux. Le tissu cellulaire mortifié des anthrax n’est jamais noir comme les eschares ordinaires.

L odeur de la suppuration est particulière et très-fétide, tout-à-fait différente de celle de la matière animale putréfiée. Les flocons blancs de tissu cellulaire et la blancheur de toutes les eschares qui sortent entraînées par la suppuration expliquent comment sir Astlcy Cooper a dit que la matière des charbons ressemble

en général à un mélange de farine et d’eau.

Si la nature seule se charge de l’expulsion du tissu cellulaire gangrené, elle ne l’obtient que lentement et par une destruction ulcérative de la peau , à l’aide de laquelle tout ce tissu cellulaire

gangrené est évacué par degrés et remplacé par un ulcère profond , au fond duquel se voient quelquefois les aponévroses, les tendons, les muscles, et dans certains cas les vertèbres cervicales dénudées.

Les anthrax se rencontrent surtout chez les individus d’un âge mûr et dont la constitution a été affaiblie et détériorée. Cette circonstance rend raison de la perturbation générale dont s’accompagne cette affection et de son issue souvent

fatale. Une céphalalgie intense, un grand désordre des voies digestives , un abattement et une anxiété notables sont les symptômes ordinaires. Quand la maladie a fait des progrès, dans ses formes les plus graves, on voit souvent des frissons, des sueurs visqueuses, des vomissements bilieux, de la diarrhée, des palpitations, des lipothymies, une extrême prostration des forces, une langue blanche devenant bientôt sèche et brune , des symptômes typhoïdes, le coma, le délire et la mort.

Quelquefois les anthrax déterminent la phlébite , ce qui accélère leur terminaison fatale , ainsi que j’ai eu occasion de le voir.

Quant au pronostic, on peut regarder le danger comme imminent, si, à un charbon d’une dimension volumineuse , viennent se joindre une grande prostra- i tion des forces vitales, un pouls petit , rapide et irrégulier, des vomissements I fréquents , une tendance au coma ou au délire. Il en est de même quand du pus j se forme dans les articulations ou au i sein des organes, par suite d’une phlébite survenue comme complication.

Un anthrax à la tète ou au col est, toutes choses égales d’ailleurs, plus dangereux que dans toute autre situation.

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

Au commencement de la maladie , le traitement devra se composer d’applications de sangsues et d’autics moyens anti-phlogistiques proportionnés à la force du malade et à l’intensité de l’inflammation. En Angleterre , les cataplasmes et les fomentations ontla préférence comme topiques, mais en France on emploie volontiers les lotions froides. Le meilleur moyeu d’arrêter le désordre général et local est de faire une ou deux larges incisions en forme de croix et assez profondes pour comprendre toute l’épaisseur du tissu cellulaire gangrené. On peut alors faire sortir une partie de ce dernier ; et, après l’application d’un cataplasme fait avec la farine, d’avoine et le vin de Porto ou un cataplasme fermentescible, le reste vient par débris , laissant un ulcère profond qui devra être pansé avec un onguent modérément stimulant , ou une solution de nitrate d’argent dès que la totalité de l’eschare se sera détachée. L’onguent avec les résines jaunes , le précipité rouge , ou la térébenthine , ou le baume du Pérou, jouissent d’une grande faveur. On ne doit jamais continuer long-temps le traitement anti phlogistique. La prostration des forces et le caractère typhoïde des symptômes généraux réclament un prompt changement de traitement. Alors on doit recourir aux toniques , et particulièrement au quinquina, au sulfate de quinine, a l’acide sulfurique, unis à l’opium , ou à l’hydrochlorate , ou à l’acétate de morphine , pour procurer un calme général ; enfin des médicaments purgatifs entretiendront la liberté du ventre.

Dans quelques parties du continent et aux Etats-Unis, on a souvent l’habitude de détruire une portion de la peau qui recouvre i anthrax, a 1 aide de la potasse caustique, dès que les ouvertures se forment à la tumeur ( Physick , journal des Sciences médicales et physiques de Philadelphie, vol. n, p. 172) (l).

(1) Nous avons vu, dans cet article, que les anthrax ou charbons bénins se rencontrent rarement aux membres, que Cependant Jean Hunier en citait plusieurs exemples, et qu’en général ces cas, regardés presque comme exceptionnels, s étaient présentés aux cuisses. J’ai rencontré cette année un cas analogue à ceux cités par Jean Hunier. Il présentait une autre circonstance, qui en fait un exempte exceptionnel sous un double rapport;

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