PUSTULE MALIGNE
Quatre maladies au moins sont transmissibles des animaux à l’homme , savoir : la petite-vérole , la rage, la morve et la pustule maligne. Celte dernière est, ainsi que le charbon pestilentiel, traitée par M. Rayer sous le titre d’inüatnmations gangréneuses.
La pustule maligne est une inflammation contagieuse et gangréneuse de la peau et du tissu cellulaire , présentant à sa surface , au début des accidents, une vésicule du volume d’un grain de millet, remplie de fluide séreux et sanguinolent au-dessous de laquelle est une petite induration qui bientôt est enlourée par une rougeur analogue à celle d’une morsure de puce (puce maligne). Le point induré est frappé de gangrène qui , du point central , s’étend rapidement à la circonférence , produisant des ravages terribles et étendus.
c’est que la tumeur qui existait sur la cuisse était en même temps multiple, chose fort rare, ainsi que l’a établi S. Cooper dans ce chapitre. Le sujet de cette observation était une dame de soixante ans d’une bonne santé habituelle, et d’une assez forte constitution; elle présentait à la cuisse gauche deux anthrax fort douloureux et distants d’environ quatre ou cinq pouces. La grosseur des tumeurs et tous leurs caractères ne permettaient point de les confondre avec des furoncles môme volumineux. Je pratiquai sur chacune des deux tumeurs une incision cruciale comprenant toute l’étendue des parties gonflées et toute l’épaisseur du tissu cellulaire. Ces deux incisions faites de bonne heure prévinrent 1 étranglement des parties et la gangrène étendue du tissu cellulaire qui en eût été
le résultat ; cette gangrène fut très-bornée, et , à la chute des eschares, les deux ulcères atteignaient à peine la largeur d’un franc. L’emploi de cataplasmes émollients, puis du pansement simple, et plus lard l’aitouchement avec le nitrate d’urgent, furent suivis d’une guérison complète. Dès que la nature de la tumeur est bien reconnue, il convient d’en comprendre toute l’étendue dans une incision cruciale, de recourir aux antiphlogistiques locaux. Généralement, l’état des voies digestives réclame alors les purgatifs doux; si de l’affaiblissement se montre ensuite, on recourra aux toniques et aux aliments analeptiques.
(Note du trad.)
Dans les cas qui marchent vers une terminaison fatale , le pouls devient bientôt petit et concentré, il y a une agitation extrême des syncopes fréquentes, une langue sèche et brune , un aspect cadavéreux , de la sécheresse à la peau ; la cornée offre une apparence vitrée , et l’œil est hébété, l’affaissement est considérable , surviennent une douleur précordiale et un délire effrayant, les signes avant-coureurs de la mort.
Au lieu de provenir de cause interne, comme le charbon, la pustule maligne reconnaît généralement des causes externes, c’est-à-dire le contact immédiat de la peau avec des parties frappées d’une maladie contagieuse spécifique , qui se développe sur les bêles à cornes, malades ou mortes de maladies épidémiques gangréneuses. Celte affection ne peut donc guère se rencontrer que chez les bouchers , les hommes d'abattoir, les bergers, les tanneurs, etc. On la voit rarement en Angleterre et à Paris , mais elle n’est pas rare en Bourgogne , dans quelques parties du midi de la France et en Italie.
Bayle et Rayer sont deux autorités en faveur de la possibilité de son développement comme affection sporadique chez l’homme ; circonstance qui n’est pas généralement admise. M. Larrey et d’autres auteurs regardent l'usage alimentaire de la chair de bestiaux tués lorsqu’ils étaient atteints de maladies gangréneuses comme une cause déterminante. On ne saurait affirmer que la maladie fut transmissible d’un homme à un autre homme. Cbelius croit que cette transmission n’a jamais été prouvée (1).
Les moyens généralement recommandés dans le traitement sont des incisions profondes et l’application des caustiques les plus énergiques, comme le chlorure liquide d’antimoine ou la potasse caustique. On a même quelquefois pratiqué l’excision de la pustule quand elle est encore petite, renouvelant cette incision quand Le désordre gangréneux ne s’était pas arrêté ; puis on faisait sur la plaie résultant de l’excision, des pansements avec des onguents stimulants ou des lotions de même nature , des applications caustiques, ou même on la touchait avec le cautère actuel. Les toniques et les stimulants, le quinquina, le sulfate de
(l) Ilar.dbuchder Chirurgie, t. j, p. 22. Leipzig, 1826.
quinine, l’acide sulfurique dilué, le vin,
1 éther, l’ammoniaque, l’opium , les purgatifs doux , et , si l’estomac est chargé , un émétique , sont les moyens internes les plus convenables. Les anti-phlogistiques sont désapprouvés universellement par tous- les chirurgiens qui ont été à même d’observer ce genre d’affection.