LUXATIONS DE LA TETE
On ne cite aucun cas dans lequel l’os l occipital aurait été luxé subitement sur l’atlas par suite de violence extérieure, >î tant ces deux os sont solidement unis 0 *’a0 à l’autre. Mais il peut se produire • ,les luxations de l’occipital sur l’allas j par suite de maladie. Ce genre de dé- * placement provient généralement d’une >l carie scrofuleuse de l’articulation ou de
l’atlas lui-même. On rapporte aussi des cas dans lesquels des exostoses de l’occipital, ou de l’atlas, ou de la portion pétreuse du temporal, amenèrent le déplacement de l’allas. L’espace pour la moelle épinière se trouve alors diminué, cependant il n’est pas rendu suffisamment étroit pour que cela produise des conséquences fatales. Si le malade vit longtemps dans de pareilles condilions, l’ankilose entre l'atlas et l’occipital peut s’ensuivre, ankilosequi s’étend quelquefois à l’axis et même aux vertèbres situées au-dessous. Il y a dans le Muséum du collège de l’Université plusieurs pièces où l’on peut voir ce genre de consolidation osseuse. Les symptômes de la maladie scrofuleuse des vertèbres cervicales supérieures, amenant leur déplacement, ont été décrits pour la première fois avec soin par le professeur Rust de Vienne ; et ensuite M. Lawrence en a fait une description détaillée qui a été insérée dans les Transactions médicochirurgicales. Presque tous les sujets qui en sont affectés sont jeunes. J’en ai rencontré plusieurs cas depuis quelques années, c’était toujours chez des individus d’un âge peu avancé ; deux d’eutre eux étaient de jeunes filles. Au dispensaire de Bloomsbury j’ai donné pendant deux ou trois ans des soins à un jeune garçon atteint de cette maladie, qui enfin se termina par l’ankylose (l).
Les symptômes sont : une vive douleur lorsque le malade remue le cou ou tourne la tête : après un certain temps, il a plus ou moins de difficulté à avaler; si l’on presse sur la partie , le malade éprouve uue souffrance extrême ; la voix devient rauque , ta respiration difficile ; mais le symptôme le plus caractéristique , lorsque le malade n’est point couché sur le dos, c’est qu’on le trouve soutenant sa tête avec ses deux
(1) Je crois avoir observé un cas de celte maladie assez rare chez une jeune fille qui présentait toutes les apparences du tempérament scrofuleux; les doulcms paraissaient profondes et avaient pour siège le lieu correspondant à l'articulation atloîdo-axoïdierine. Les mouvements de flexion et de rotation de la tete étaient graduellement devenus presque totalement impossibles. L’affection étant encore à son début, elle céda, contra toute aiienle , assez promptement à raD.
plicaiion successive de plusieurs vésicatoires a la nuque. (Note du trad.)
mains placées sous la mâchoire inférieure, soit parce que le mouvement de la tête lui occasionne de la douleur, soit parce que le support de celle-ci lui donne du soulagement. Après quelque temps le malade est généralement affecté de vertiges ou de convulsions qui le font périr subitement, ou il languit pendant un temps considérable et meurt dans l’état hectique. Avant la terminaison fatale , on peut quelquefois sentir de la crépitation.
Le traitement doit être dirigé d’après les principes qui s’appliquent aux autres maladies scrofuleuses des os et des articulations , c’est-à-dire que s’il y a de la douleur et de l’inflammation on applique des sangsues, et, si l’affection présente un caractère plus chronique , on établit un cautère, on applique un moxa, un vésicatoire , ou l’on place un séton pour entretenir de la suppuration aux parties voisines , et exciter une révulsion qui arrête le travail morbide qui se fait dans les os.
Luxations entre l’atlas et l’axis. — Le mouvement de rotation de la tête s’accomplit par le mouvement de l’atlas sur l’axis, ou, pour mieux dire, parce que le premier de ces os et l’occipital tournent sur le second. Lorsque ce mouvement est porté au delà d’un certain point, une luxation en est la conséquence. Ainsi donc une luxation peut être ici produite par une violence extérieure, et on cite en effet beaucoup de cas qui prouvent la possibilité d’une semblable luxation.
Si le ligament qui attache l’apophyse odontoïde au bord du grand trou reçoit une torsion violente , parce que la tête a tourné fortement à droite, le côté gauche de l’axis peut être porté au-devant de l’apophyse articulaire correspondante de l’atlas , tandis que le côté droit de l’axis est entraîné derrière la surface articulaire correspondante de l’atlas. Quand l’apophyse odontoïde est luxée , de manière à altérer l’espace existant entre le ligament transversecl la partie antérieure de l’allas,elle presse sur la moelle allongée et sur la moelle vertébrale et produit immédiatement la mort. Généralement, il n’y a pas de rupture du ligament transverse, mais l'apophyse odontoïde glisse au-dessous de lui. Quelquefois, cependant, la luxation de l’apophyse odontoïde en arrière est précédée par la rupture du ligament transverse, mais cela ne peut avoir lieu que de deux manières : d’abord par une chute très-violente sur l’oc-
ciput, ainsi que cela est arrivé dans un cas rapporté par Boyer, et ensuite par une chute violente sur le menton , comme l’a fait remarquer sir Charles Bell. Chez les enfants , l’apophyse odontoïde est proportionnellement plus faible et par conséquent plus sujette à se fracturer ; en effet, chez tous les individus qui ont cette appophyse plus mince qu’elle ne l’est habituellement , elle peut être fracturée et alors sa portion inférieure, passant sous le ligament transverse , déterminera une pression mortelle sur la moelle épinière. Celte apophyse n’ayant point acquis tout son développement et les ligaments étant plus faibles chez les enfants que chez les adultes, on doit s’abstenir de ce jeu imprudent qui consiste à les soulever par le menton et l’occiput ; car, dans beaucoup de cas, il en est résulté un déplacement soudain de l’apophyse odontoïde et la mort instantanée fl).
Sir Àstley Cooper rapporte un exemple de fracture de l’allas avec déplacement de l’apophyse odontoïde et compression de la moelle suivie de mort.
Mais un des exemples les plus curieux et les plus intéressants de fracture et de déplacement de l’atlas est cité par M„ Benjamin Phillips. L’individu chez lequel arriva cet accident était tombé du haut d’une meule de foin ; il vécut encore quarante-sept semaines et mourut d’un hydrothorax. Jusqu’aux derniers huit jours, il pouvait encore faire quelques pas dans son appartement. A la dissection , on trouva les condyles de l’occipital demeurés sur les surfaces articulaires de l’atlas ; mais toute la partie de ce dernier os, qui comprend les surfaces par lesquelles il s’articule avec l’occipital et avec l’axis, avait été violemment séparée de son arc postérieur et portée en bas et en avant jusqu’à ce qu’elle arrivât sur le même plan , mais en avant de l’axis, au corps et aux' apophyses transverses duquel elle était devenue adhérente par une réunion osseuse parfaite, taudis que le fragment postérieur n’avait souffert aucun déplacement. Dans les conditions
(1) J.-L. Petit rapporte un cas de luxation de ce genre survenue chez un enfant pendant qu’il se débattait pour s’échapper des mains d’un homme qui lui avait fait perdre terre en l’enlevant par la tète. On pourrait citer une multitudo de cas analogues. (Note du trad.)
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
dont il s’agit , l’atlas présentait deux trous vertébraux et quatre transverses , mais il n’y avait pas d’apophyse odontoïde dans le trou vertébral antérieur, et M. Phillips pense que l’individu n’a échappé à une mort immédiate , que parce que cette apophyse a été fracturée au lieu que le ligament transverse ait été rompu (i).
Comme les luxations de l’atlas sur la seconde vertèbre peuvent être regardées comme inévitablement fatales, il est inutile de rien dire sur leur traitement. Il est vrai que l'on entend parler de la réduction de luxations de la tète, mais ces exemples ne sont pas du genre de ceux dont nous traitons ici ; ce sont simplement des cas de déplacement d’une des apophyses articulaires des vertèbres cervicales que l’on nomme à tort luxations de la tête. La réduction d’un déplacement semblable est possible, et Desault est parvenu à guérir un individu qui avait souffert un accident de cette sorte : il fit la réduction, en maintenant les épaules dans l’immobilité et inclinant l’épine dans une direction opposée à celle dans laquelle elle avait été entraînée.