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DES EFFETS DU FROID

Personne n’est tenté de mettre en doute la puissance stimulante ou excitante de la chaleur, mais les effets du froid ont donné lieu à des discussions qu’une erreur de mots a seule entretenues. Dans Je langage ordinaire, nous avons l’habitude de parler du froid comme d'une lurce énergique positive et active, tandis que la physique ne voit en lui que l’expression d'une décroissance relative de température. Car tout degré de température désigné par le terme de froid est

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encore de la chaleur (1)- Une même lempéralure peut cire dite chaude ou froide, suivant qu’on la compare avec une autre plus froide ou plus chaude qu’elle. Si nous chauffons une de nos mains à un foyer, tandis que nous refroidissons l’autre avec delà glace , et qu'alors nous les plongions toutes deux dans l’eau à la température de l’atmosphère, cette eau paraîtra froide à la main qui aura été chauffée, et chaude à l’ autre qui aura été refroidie.

Dans le langage de la physique , une température quelconque de l’air ou de tout autre milieu ambiant au-dessous de 98° ( thermomètre de Farenhcil) peut être appelée froide, parce que celte dernière est celle du corps humain dans l’état habituel ; mais à l’égard des sensations et de l’hygiène, un degré de

(1) Kellie, dans Edinb. med. and surg. Jot.rn., vol. i, p. 305. La dernière partie de la remarque que l’on vient de lire est exacte d’une manière générale , à l’égard de tous les degrés de froid dont nous pouvons parler, bien que l’on ait des règles fixées pour déterminer ce que l’on nomme le zéro de chaleur.

Yoy. Essays on subjects chiefly Chemical, par W. Irvine, M. D., 8 vol. Lond., 1809. — La proposition émise surce point ne saurait laisser aucun doute dans l’esprit, car une température froide eu peut supposer une plus froide encore, et pour obtenir celte dernière, il faudrait soustraire du calorique; les températures ne sont donc froides ou chaudes que relativement les unes aux autres, suivant le degré de calorique qu’elles comportent, et qui prononce le mol de température suppose la présence du calorique. Le mot froid indique seulement l’impression reçue par nos sens affectes de la présence d’un corps qui contient une quantité de calorique inférieure à la température du corps humain. Le mot froid est encore admis conventionnellement en physique pour désigner une température inférieure à celle de la congélation de l’eau; mais, d’après ce que nous venons de dire, l’eau glacée contient du calorique. Dans ce sens, le mot froid indique simplement un point de repère.

On ne peut en aucune manière admettre l’existence d’un lluide frigorique , dont ont parlé quelques physiciens, puisque les lois de la physique en démontrent l’impossibilité, et que toutes les températures supposent la présence du calorique, ( Note du trad.)

température bien inférieur, c’esl-à dire, de CO a 05’’ [Farenhcil.) est le plus agréalj e et le plus sain. Un milieu d’environ 02° l'arenheit parait enlever au corps sa chaleur eu proportion égale de la génération de celle même chideur animale , sans aucun ellort pénible de l’économie, et ne contribue par conséquent ni à épuiser scs forces , ni à exciter des sensations pénibles. C’est d’après ces principes que l’on a donné aux différents degrés de l’échelle thennométrique la dénomination de tempéré, chaud, très— chaud, frais, froid. Les sensations des différents individus varient cependant suivant la puissance de leur constitution à développer de la chaleur. Ceci dépeud surtout de la vigueur originelle de l'économie et particulièrement du cœur et du système artériel. Mais à cet égard, nous sommes surtout sous l'influence de nos habitudes et de l’acclimatement à une température froide. Ceux donc qui, par suite de la vigueur de leur constitution , ou par suite de leurs habitudes, développent en peu de temps une quantité considérable de chaleur, surtout pendant un exercice modéré , peuvent supporter avec plaisir et avantage pour leur santé le même degré de froid qui rend d’autres individus faibles et non habitués à cette température mal à l’aise et frissonnants.

Le premier effet de certains degrés de froid appliqué au corps humain est l’affaiblissement de la circulation par l’intermédiaire des petits vaisseaux cutanés, et plus particulièrement de ceux qui sont situés aux extrémités, comme aux mains et aux pieds, ou aux parties qui font saillie comme les oreilles, le nez, le scrotum , etc., lesquelles exposent une plus large surface à l’atmosphère ou milieu qui leur soustrait leur calorique. C’est ce qui fait que la peau devient pâle et contractée autour des corps miliaires glanduleux, et des racines des cheveux, et présente alors l’inégalité râpeuse de la peau d’une oie plumée,, ce qui lui a mérité le nom technique de cutis anserina , peau d'oie, ou chair de poule. L’action du cœur et des artères > s’affaiblit généralement , et la course du sang étant partiellement ralentie dans un certain nombre de vaisseaux cutanés, ce lluide ne subit pas le changement de* couleur que lui donne son passage par les poumons; il communique alors une couleur bleue ou livide aux doigts, aux oreilles et aux autres parties saillantes.

DE PATHOLOGIE CHIBUROICALBi

Si le froid est intense et que la puissance qui développe la chaleur soit complètement détruite, la gangrène survient. On dit des parties tuées de cette manière qu’elles sont gelées (frost-bitten).

Par suite de la langueur et de la faiblesse du système artériel , en conséquence de l’application du froid, d’autres effets surviennent nécessairement dans l’économie. Une circulation libre de sang bien oxygéné ou liématosé paraît nécessaire à la parfaite exécution des fonctions du cerveau, du système nerveux et à l’entretien de la sensibilité. Si la circulation est suspendue pendant quelques moments comme dans la syncope, la sensibilité est suspendue aussi, et d’un autre côté, si l’afflux du sang dans une partie se trouve accru , ainsi que cela arrive dans l’inflammation, la sensibilité augmente beaucoup. C’est pour cela qu’un autre effet immédiat de l’action du froid sur le corps humain est la diminution de la sensibilité des parties.

Tout le monde en trouve la preuve dans l’engourdissement des mains et des doigts qui sous l’impression du froid deviennent incapables d’exercer un toucher délicat; toute la surface de la peau partage cette imperfection de la sensibilité. La langue perd aussi la faculté de distinguer le goût des corps sapides quand ils sont d’un froid excessif, le sens de l’odorat est aussi affaibli considérablement par le froid. Si le froid est intense ou son application long-temps continuée , la puissance du système nerveux fléchit, un engourdissement des fonction» animales survient, l’action des muscles devenue faible leur permet à peine d’obéir à la volonté. Arrive alors une langueur insurmontable et un grand éloignement pour tout mouvement; un assoupissement qui mène à un sommeil dont le sujet ne s’éveille plus si on ne se hâte de l’en tirer (l).

Une grande propension au sommeil venant après l’anxiété et la lassitude éprouvées dans une période antécédente est signalée par tous les auteurs, comme le précurseur d’un imminent danger (2),

0) Voyez une description des effets du froid à la Terre-de-Feu, sur les personnes qui y débarquèrent avec le docteur Solander et sir J. Banks, d’après les détails donnés dans le premier voyage du capitaine Cook.

(2) Richtor, Anfangsgr, derWundarzn., S. Cooper.

et ce symptôme se rencontre fréquemment dans ce cas. Mais , comme le remarque un auteur judicieux, on ne saurait assigner jusqu’à quel point l’état de sommeil est la conséquence nécessaire de la simple exposition au froid ou du moins quelles autres circonstances, indépendamment du froid, sont nécessaires à sa production, puisque l’exposition à une température très-basse peut durer très-long-temps sans amener de sommeil ( 1 ). L’exemple d’Elisabeth Woodcock (2), qui resta enterrée sous la neige pendant plus d’une semaine, et dormit peu pendant cet espace de temps, et celui de quelques navigateurs naufragés dont une plus ou moins grande partie du corps avait été plongée dans l’eau par un temps rigoureux pendant vingt-trois heures, sans qu’ils fussent saisis d’assoupissement, sont des preuves que la propension au sommeil n’est pas constante (3).

Lorsqu’il décrit comment les soldats français ont péri en Russie par la rigueur du froid, Larrey remarque que leur mort était précédée par une pâleur générale, une sorte d’idiotisme, de la difficulté à parler, un affaiblissement de la vision , ou même une perle totale de ces facultés. Quelques hommes, conduits par leurs camarades, continuaient à marcher dans cet état , pendant un temps plus ou moins long. L’action des muscles allait en s’affaiblissant par degrés, ils chancelaient comme des gens ivres , et leur faiblesse augmentai t j usqu’à l’instant où ils tombaient, signe certain de l’extinclion totale de la vie. La marche incessante et rapide des troupes en masse compacte obligeait ceux qui ne pouvaient la supporter, à quitter le centre' et à marcher sur les côtés du chemin.

Séparés de cette colonne serrée et abandonnés à eux-mêmes, ils perdaient bientôt leur équilibre et tombaient dans des fossés pleins de neige dont il leur était bien difficile de sortir. Là ils étaient immédiatement saisis d’un engourdissement douloureux, suivi d’un sommeil

• • i, p. 117. — Larrey, Mém. de chfr.

mil., t. iv, p. 106.— Callisen, Syst. chir. Hod., pars, i, p. 308.

(1) Ihomson’s Lect. on inflammation, p. 624.

(2) Reeve, Essai sur la torpeur, p. 109,

(3) Pliil. trans., 1792; and Carrie’r Med. reports on the effects of xvater

t. I, C. XV. '

léthargique , et en quelques minutes ils avaient cesse de vivre. Souvent avant la mort, il y avait une émission involontaire d’urine, et quelquefois une hémorrhagie nasale. Presque tous les hommes qui périrent de cette manière furent trouvés la face contre terre. Leur peau sans altération de couleur n’offrait aucune apparence de gangrène. En général la mort survenait plus ou moins rapidement , suivant que le sujet avait souffert la faim pendant un temps plus ou moins long(l).

On a agité la question de savoir si le corps humain pouvait être ramené à la vie après avoir été gelé. Richter assure qu'il est possible de la recouvrer, quand le sang, contenu dans le cœur lui meme, n est point converti en glace; quand cet organe et les gros vaisseaux conservent encore un clcgre de vitalité ; et lorsque , en fin , un épanchement dans le cerveau n'est pas venu rendre la chose impossible. 11 déclare que des personnes qui sont restées dans l’état de congélation pendant quatre ou six jours ont été rappelées à la vie (2). Après avoir mûrement examiné ce sujet, je pense que sans aucun doute Richter est dans l’erreur , et que les cas dont il parle sont seulement des exemples de retour à la vie après un état dans lequel la suspension de la sensation , du mouvement volontaire , etc., avait été produite par le froid et nullement des cas dans lesquels la totalité, ou la majeure partie du corps avait été gelée. Afin de décider s’il est vrai ou faux que certains animaux, comme les serpents et les poissons en particulier , puissent revenir à la vie après avoir été gelés, Jean Hunier a fait des expériences intéressantes sur la puissance de certains animaux à résister à l’action du froid. Deux carpes furent gelées graduellement à l’aide d’un mélange réfrigérant, et ne purent retrouver la vie. Il eut une difficulté extrême à geler un loir, tant cet animal peut développer de chaleur , et tant son tégument est mauvais conducteur du calorique; ce fut seulement après avoir mouillé le poil de cet

(1) Larrey, Mémoires de chirurgie militaire, t. iv, p. 127, 129. Il est à remarquer que cette description s applique plutôt à des hommes qui ont succombé aux effets combinés du froid, de la faim et de la fatigue, qu’à ceux du froid seul. . (2) Richter, t. i, p. 119.

animal qu’on parvint à détruire chez lui le principe vital, et il fut impossible de le rappeler. Un crapaud fut exposé à un pareil mélange réfrigérant; l’eau se gela autour de l’animal de manière à l’enfermer dans la glace, sans pourtant lui ôler la vie; bien qu’il n’eût pas été gelé, il recouvra difficilement l’usage de ses membres. La conclusion tirée de ccs expériences fut la suivante : Un animal peut être privé de la vie avant qu'il puisse cire gelé (l). D’autre part liearn dit que des araignées gelées et devenues tellement dures qu’elles rebondissaient après être tombées sur le plancher, comme le feraient des pois , furent ramenées à la vie en les approchant du feu. Des sangsues, des limaçons , des vers et des grenouilles ont été gelés à un certain degré par le froid artificiel , et ont été également ramenés à la vie. D’autres expériences ont prouvé qu’il en était de même, pour des grenouilles dont le cœur lui-même avait été gelé, mais que la vie était définitivement perdue quand le cerveau avait subi la congélation, après laquelle ces animaux n’éprouvaient plus aucune action de la pile galvanique (2). Dans son expédition du Nord, le capitaine Franklin vit plusieurs fois des poissons, et particulièrement des carpes, revenir à la vie après avoir été convertis par le froid en une niasse solide de glace, et l’une de ces carpes retrouva ses forces à tel point qu’elle sautait à une assez grande hauteur, bien qu’elle eût été gelée pendant trente-six heures (3). Le professeur Thomson nous apprend qu’en l’année 1785 on fit diverses expériences à la société royale de médecine d’Edimbourg, afin de découvrir quelques effets du froid intense sur les animaux à sang chaud. Dans toutes ces expériences on observa universellement que la mort survint long-temps avant que l’irritabilité du cœur et des autres parties internes fût détruite , et à une époque à laquelle la température du sang circulant dans le cœur et les gros vaisseaux était j peu inférieure sinon égale à 60° du Hier- j momètre de Farcnheit (4). Je ne puis |

(1) Voy. Philo, trans., t. i.xv et i.xvm; et Ilunter, Sur certaines parties de l’écomie animale, p. 100, 101.

(2) Quarterly Review , n» lvi , p. 582.

(3) Voyage de Franklin sur les bords de la mer polaire, p. 248, t. îv, 1S23.

(4) Thomson’s Lectures on inflapupation.

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

juger par conjectures jusqu’à quel point ces faits divers sont conciliables avec les differents effets de la congélation arlificiclle et naturelle, ou avec l’action du froid, intense sur une classe d’animaux semblables , action moins pernicieuse pour eux dans les régions polaires que dans des climats plus tempérés; mais je ne doute point que, quelle que puisse cire la manière dont on jugera plus tard cetle question physiologique , à l’égard des animaux d’une organisation inférieure, la vérité de l’assertion de Hunier, quanta l’espèce humaine, ne demeure dans loute sa force Quiconque analysera les cas remarquables où l’on cite des individus recouvrant la vie après une longue exposition à un froid extraordinaire, trouvera que les particularités de ces cas ne pourraient en aucune manière faire conclure qu’ils s’appliquaient à une congélation de la totalité ou de la majeure partie du corps. Nous pouvons être surs que celte congélation n’eut pas lieu dans l’exemple fourni par Elisabeth Woodcock, qui resta enterrée sous six pieds de neige et sans nourriture , depuis le samedi, 2 février, jusqu’au dimanche, 10 du même mois, 179G ; car il est particulièrement spécifié dans la relation de ce fait, qu’elle conserva la sensibilité pendant tout ce temps (l), état que l’on ne peut supposer compatible avec une congélation générale du sang et des autres fluides. Le paysan français Boutillat se perdit dans une tempête pendant laquelle il tomba une quantité considérable de neige sur les montagnes Noires qui séparent la France de l'Espagne (1 y rénées), et demeura quatre jours endormi sous la neige, mais le matin du cinquième il s’éveilla avec une sensation de soif. Comment ce retour de la sensibilité et de l’intelligence aurait- il eu lieu si loute la masse du sang avait élé gelée? Ou bien si l’on veut penser que ce liquide était clans un état de congélation , seulement pendant que cet individu gisait endormi et dépourvu de sensibilité , à quel changeait nt de circonstances devra-t-on attribuer le dégel du sang , puisqu’il s’éveilla enterré sous la neige et respirant par un cône creux, qui , comme dans l'exemple d’Elisabeth oodcock , s’étendait de son corps à la surface de la neige (2). Les fluides habi-

„e7'‘’s FjSsaf on 'orpidily, p. 109.

rU i tct1 1CS’ Journal de médecine. Pans> 1707, t. xxvn.

tuellement en circulation ne purent pas non plus se congeler dans une grande étendue, chez les trois individus dont Je cas est surtout remarquable en ce que dans leur situation ils n’avaient point à redouter dépérir de faim (I). La conservation de la sensibilité et de l’intelligence prouve que dans tous ces cas une congélation complète du corps ou du sang n’a pu survenir. Si cct ctat avait existé, nul doute que le relowr à la vie n’eût élé de toule impossibilité, malgré l’opinion contraire publiée sur ce point par Fabrice de Hiiden, Richler, elc. (2).

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