DE LA SECTION DE L’OS AVEC LA SCIE
Ainsi que Petit le fait remarquer, cette partie de l’opération n’est nullement facile pour une personne qui n’est pas accoutumée il manier une scie. La principale difficulté vient de ce que l’os est scié pour ainsi dire dans le vide; la partie est en général très-imparfaitement maintenue dans l’immobilité par deux personnes qui, quelle que soit leur force, ne peuvent résister à l’impulsion de la scie et empêcher le membre d’éprouver des secousses qui dérangent la direction de l’instrument. En outre, les deux aides agissent rarement avec assez d’ensemble pour tenir toujours le membre dans
(1) Voici comment Petit exprime son opinion : « Si, par trop d’exactitude, on i dépouille trop en avant les os de leur ^périoste, i’exfoliation qui devient inévitable dans ce cas se fait long-temps attendre et retarde beaucoup la guérison; je préféré donc scier le périoste avec les os t j’ai toujours éprouvé que cette méthode était moins douloureuse et qu’elle i évitait souvent l’exfoliation.» Vol. ci t p. 158.
CHIRURGICALE. ou/
la même direction avec un égal degré de force. Il est vrai qu’une semblable irrégularité n’a pas beaucoup d’importance tout le temps qu’on n’a encore scié qu’une moitié de l’épaisseur de 1 os; mais dès que l’instrument a pénétré à cette profondeur les mouvements irréguliers des aides qui maintiennent le membre font se rapprocher les surfaces sciées, et la scie est si fortement pincée ou retenue entre elles qu’on ne peut la mouvoir ni dans une direction ni dans une autre.
Un chirurgien hahile, dit Petit, peut obvier à cette difficulté en supportant lui-même la partie avec sa main gauche comme le fait actuellement M. Liston, et en résistant ou cédant à propos aux obstacles qui empêchent la marche de l’instrument. Les difficultés peuvent encore dépendre de la scie elle-même quand sa lame n’est pas convenablement tendue, lorsque ses dents ne sont pas dûment tournées alternativement à droite et à gauche, que leur pointe n’est pas en bon état, que leur tranchant n’est pas suffisamment aigu ou qu’elles ne sont pas disposées obliquement de manière que la poussière de l’os puisse être facilement rejetée de chaque côté.
Dans ce dernier but, la lame de la scie doit être un peu plus épaisse au bord occupé par les dents que dans tout le reste de son étendue; autrement la fente pratiquée à l’os serait complètement remplie par l’instrument et les particules osseuses ne s’échappant pas aisément au dehors, obstrueraient les mouvements de la scie. Afin de scier l’os aussi près des chairs que possible, Petit dit qu’il faut placer l’ongle de l’index sur le point où on doit commencer à scier. Cependant beaucoup de chirurgiens trouvent plus commode de se servir de l’ongle du pouce gauche dans ce but. Les chairs étant retirées en arrière, on applique alors la scie exactement à l’angle formé entre l’ongle et l’os, et L’instrument est conduit doucement en employant à peine une autre pression que celle de sou propre poids jusqu’à ce qu’il se soit formé un sillon dont il ne s’écartera plus; alors la force doit être graduellement augmentée (l).
Les dents de la scie doivent couper sur leurs deux bords dans les mouve-
(1) Petit, Traité îles maladies cbirui-< g ica les, t. ni, p. 15V60.
ments en avant et en arrière qu’on im-
prime à l’instrument; par ce moyen, comme l’a remarqué un auteur moderne (l), l’opération sera accélérée et on évitera de faire éclater l'os lorsqu’il est près d’être entièrement scié , d’autant plus que le chirurgien, quand il se sert d’une scie qui coupe dans les deux directions , est à même de terminer la section de l’os par quelques coups de scie donnés seulement en arrière, direction dans laquelle ils sont plus doux et plus réguliers.
Afin de for* t un sillon pour la scie, il vaut mieux commencer par un mouvement de l’instrument en arrière, les dents qui sont près du manche étant d’abord appliquées sur la partie contre l’ongle du pouce ou de l’index gauche de l’opérateur., et toute l’étendue du tranchant de la scie est alors tiré en arrière en ce point par un mouvement assuré et d’un seul trait. Les mouvements de la. scie ne doivent jamais être courts et rapides, mais chaque coup de l’instrument doit être d’abord long, hardi et régulier sans trop de pression. Lorsque environ les deux tiers de l’os sont divisés, il faut diminuer la pression et la force, et vers la fin de la section deux ou trois légers mouvements de la scie en arrière suffiront pour la compléter sans exposer au danger d’éclater l'os dans une grande étendue. Lorsque la section de l’os est avancée, l’aide qui tient la jambe doit avoir soin d’éviter de déprimer les condyles du fémur, ce qui briserait inévitablement l’os avant la division complète. Il est difficile de dire si c’est cette manœuvre maladroite ou la manière brusque et inhabile dont on se sert de la scie qui est la cause la plus fréquente de ce dernier accident.
L’aide a incontestablement une lâche délicate à remplir, car s’il élève trop le membre il pince la scie; s’il l’abaisse ou déprime, il brise et fait éclater l’os (2).
8i l’os se brise avant qu’on ait achevé de le scier, les pointes osseuses qui en
(1) G. -F. Guthrie, Plaies d’armes à l’eu des extrémités , etc., p. 89.
(2) C’est pour cette raison que M. Liston dit qu’il est nécessaire que la personne qui se sert de la scie se charge toujours elle-même de la partie intérieure du membre. Voy. Elém. de chirurgie, part, m, p. 364.
résultent doivent être enlevées à l’aide de pinces tranchantes.