AMPUTATION DE LA CUISSE PAR LA METHODE A LAMBEAUX
Bien que cette opération ne soit pas universellement regardée comme la meilleure méthode pour les cas ordinaires,; scs avantages dans des circonstances particulières sont généralement reconnus , et on ne saurait nier qu elle soi rapide et brillante. En Allemagne, les amputations à lambeaux paraissent avoir de nombreux partisans, et je pense qutf quiconque sc donnera la peine de s ent quérir de Bêlai actuel de la chirurgie dans ce pays verra que celle méthodes opératoire est tout aussi souveni em-i
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
ployée que l’incision circulaire (1). Desauït employait indifféremment les deux modes pour la cuisse ou le bras, mais n’adoptait pas l’amputation à lambeaux pour la jambe ou l’avant-bras (2j. En Angleterre, où la dernière méthode remonte à Lowdham et où à différentes » époques elle a été fort préconisée et : améliorée par plusieurs hommes de i grand mérite, elle n’a pas conservé auï tant de partisans qu’en Allemagne et en ! Ecosse, où la manière habile avec laquelle M. Liston la pratiquait et les remarques intéressantes que M. Synie (3) a publiées en sa faveur eu ont fait la méthode ordinaire.
Tous les chirurgiens anglais s’accordent à dire que les amputations à lambeaux sont généralement les meilleures quand il s’agit d’amputer un membre dans une articulation, et aussi dans tous les cas où la peau et les parties sont parfaitement saines d’un côté du membre, tandis que de l’autre elles sont malades ou détruites dans une étendue considérable en haut. En ce cas, l’amputation à lambeaux offrira le moyen de conserver plus du membre qu'on n’en pourrait épargner par l’incision circulaire, et se recommande justement par la même raison que l’on a quelquefois ijpensé rendre cette dernière méthode préférable dans les circonstances ordinaires.
Comme M. Hey l’a remarqué, quelquefois les téguments de la cuisse sont dans un état morbide d’un côté tandis qu’ils sont sains de l’autre. En ce cas, il faut laisser du côté sain une portion plus, longue de peau et de chairs musculaires; ce qui n’empêchera pas d’obtenir un moignon remplissant toutes les conditions désirables. L’état morbide du côté
(t) Consultez C.-C. Siebold , Diss. de Amputation? femoris cum relictis duo-
bus carnis segmentés. Wirceb. , 1782.
G-ræfe, Norrneu i’ürdie Ablùstinggrosserer ülied massen, Berlin, 1812 ; Uioliter, An- Sapgsgr. derWundarzneyjiunsl, b. 7 : Kap.
J, in-8°. Gottiqgen, 1804; Klein, Prueiis- :he Ansiehlen lier Bcdeulendstcu Chi- ’urgischen Operationen, 1 ts. Ileft., jn- 1°, Stuttgard, 181G; II. -J. Brunoînghaùsen, Erfahrungén und Bemcrlumgen übcr Amputationen, in-12. Bamberg, 1818.
(2) OLuvres chirurgicales deDesault, !• p. 547.
(y*)'v°y- Journal médical et chirurgical d hdimbonrg, 1825.
antérieur ou postérieur de la cuisse s étend quelquefois si haut au-dessus du genou qu’il faut amputer avec un lambeau (t).
Si le fémur était intéressé très-haut, et si la gangrène s’était étendue aux environs du grand trochanter et à la partie postérieure et supérieure de la cuisse, si la tête du fémur était saine et si d’ailleurs le malade était capable de supporter l’opération , je ferais un lambeau à la partie interne et supérieure du membre (2). Une amputation de la cuisse par la méthode à lambeaux doit toujours présenter quelque différence suivant que les parties molles de tous les côtés du membre sont saines ou ne le sont pas.
Quand par suite de la blessure grave ou . de la maladie qui a frappé les chairs d’un côté, il faut former entièrement le lambeau de l’autre, il est nécessaire de conserver plus de peau et de muscles dans ce dernier lieu que si le chirurgien avait en son pouvoir de former deux lambeaux pour recouvrir l’extrémité de l’os. Cependant, autant que possible, il faut faire deux lambeaux placés latéralement, ou l’un antérieurement et l’autre postérieurement, suivant les circonstances. Quand l’opéralion est faite à la partie supérieure du membre, si les deux lambeaux sont latéraux M. Liston trouve qu’il y aura danger que l’os vienne saillir au dehors, parce qu’on n’a pas laissé de muscles pour contrebalancer l’action de ceux qui s’insèrent au petit trochanter et qui alors élèveront involontairement l’os vers l’abdomen. Conséquemment, en cette partie de la cuisse, il prélère tuilier un lambeau antérieur et un autre postérieur, car alors, « plus le moignon est relevé haut, mieux l’extrérnilé de l’os est couverte par le lambeau antérieur qui se replie sur lui. » Il recommande de faire le lambeau postérieur plus long que l’anlérieur. A la partie intérieure de la cuisse, les lambeaux latéraux conviennent mieux (3).
Si le membre doit être amputé vers la partie moyenne, ou au dessous de ce
(1) Observations pratiques sur la chirurgie do Iley, p. 551, Cd. 2.
(2) Voyez Klein, Ansiehlen Bedeutendstein OpertUionen, p. 59-42, etc. Iles.
Ileft.
(•>) Voy. Éléments de Liston, part, nr.
point, la pelote du tourniquet, si on se sert de cet instrument, sera appliquée sur l'artère crurale dans le lieu où elle se trouve entre le couturier et le long adducteur: mais si l’opération était pratiquée plus haut, le tourniquet gênerait l’action de l’instrument tranchant et empêcherait la rétraction' désirable des muscles', conséquemment, il vaut mieux comprimer l'artère crurale dans le point où elle passe sur le pubis. En faisant le premier lambeau, qui, selon moi , doit être l'externe afin de ne pas couper l’artère crurale dès le commencement de l’opération, la pointe de l’instrument, dont le tranchant est dirigé vers le genou, doit être introduite perpendiculairement jusqu’à ce qu’elle touche l’os, dont on lui fait contourner le côté externe, et alors on lui fait traverser les muscles et les téguments vers la ligne moyenne de la partie postérieure du membre, ün taille ensuite, par un léger mouvement analogue à celui de la scie, le lambeau externe, qui est composé des téguments, de l’aponévrose, d'une portion de la partie moyenne du triceps crural et du droit antérieur, du vaste externe et du biceps. La longueur du lambeau doit dépendre du diamètre de la cuisse, mais en général il suffira qu’il ait de trois à quatre pouces ; car, si le lambeau est trop long, il se réunira rarement d’une manière favorable. La pointe du couteau est ensuite introduite de nouveau perpendiculairement, a l’angle antérieur et supérieur du lambeau externe, et atteint l’os, qu’on lui fait contourner exactement jusqu’à ce qu’elle se trouve en position de traverser le membre précisément à 1 angle supérieur et postérieur du lambeau externe.
Le membre ayant été transpercé, le lambeau interne est alors formé en coupant en bas et en dedans juqu’au point choisi comme limite de sa longueur. L'os ayant été scie et les artères étant liées, on réunit les lambeaux par deux ou trois points de suture de manière qu’ils se rencontrent suivant une ligne perpendiculaire ; de la charpie trempée dans l’eau froide est appliquée sur le moignon jusqu'à ce que le suintement sanguin ait cessé, alors on peut appliquer du diaehylon ordinaire ou à 1 ichtyocolle et enlever les sutures. Le lambeau interne comprend les téguments, l’aponévrose, une partie du triceps crural, l’adducteur, le couturier, le droit interne, le demi-membraneux, le demi-
tendineux, ainsi que l’artère et la veine crurale, etc.