SANG
Le tourniquet consiste en une bande, une boucle, un coussinet et deux châssis en cuivre, dont le supérieur est pourvu de deux petits bourrelets, et l'inférieur de quatre ; par-dessus tout l’on place la bande de manière à faciliter l'action de la vis. En tournantle manche h droite ou à gauche , la bande se serre ou se relâche au gré du chirurgien. La pièce de cuir placée sous le châssis inférieur garantit la peau dans ce point contre la pression des bords métalliques. La boucle est aussi sans inconvénient, par cela même qu'elle s’attache ordinairement sur le coussinet. On serre d’abord la bande autour du membre de manière à placer le coussinet qui est attaché à la bande, exactement sur l'artère. En tournant la vis, les deux châssis de cuivre, avec leurs bourrelets sur lesquels passe la bande, s’éloignent l’un de l’autre à la distance voulue, et l’on obtient ainsi le degré de pression nécessaire.
Cet instrument offre de très-grands avantages : on peut régler la pression avec la plus grande exactitude, et son action se. porte principalement sur le point où se place le coussinet et sous lequel se trouve l’artère , il n’exige pas le secours d’un aidé pour le tenir tendu; il dirige complètement le cours du sang dans le membre ; l’on peut le relâcher ou le serrer en un instant ; et lorsqu’on doit craindre que l’hémorrhagie ne se renouvelle tout d’un coup, on doit le
(1) Mémoires de l’Académie royale des sciences, an. 1755.
(2) Jones, ouv. cité, c. î, sect. xii, cl c. u.
S , Cooper%
relâcher en le laissant sur le membre, afin de pouvoir le serrer à l’instant, si cela devenait nécessaire.
Cependant son action est bornée aux membres , et comme la pression nécessaire pour empêcher le sang de couler dans l’intérieur de l’artère principale empêche complètement, le retour du sang dans l’intérieur des veines, son application ne peut être long- temps prolongée sans amener la gangrène. Il en résulte que ce moyen ne peut être que temporairement employé pour arrêter l’hémorrhagie, et devra toujours être abandonné dès que le chirurgien a le temps d’adopter des mesures dont l'effet sera plus durable.
Le tourniquet est incontestablement une invention fort utile qui a conservé la vie à beaucoup de blessés , et qui assure le succès de plusieurs opérations très-importantes de la chirurgie, succès qu’il est quelquefois difficile d’obtenir sans son assistance. Ainsi quand les chirurgiens doivent amputer un membre, ils appliquent ordinairement le tourniquet, afin que le malade ne perde pas une quantité de sang telle que sa vie soit en dangei pendant le lemp-, nécessaire à la division des parlies molles et à la section de l’os. Toutes ces mesures étant prises, on va à la recherche de l'artère ou des artères principales dont la situation est familière, grâce aux connaissances anatomiques. Par exemple , l’opérateur cherche dans le moignon d’une cuisse amputée l’ouverture béante de l’artère fémorale près le muscle couturier, il la saisit avec ses pinces, cl son aide la lie. Après avoir lié l’artère principale et quelques autres dont la situation est bien déterminée et qui sont assez volumineuses et ont un assci large orifice pour être promptement apeiçues, le chirurgien ne pourrait découvrir celles de moindre calibre, et qui cependant réclament encore la ligature, si on ne relâchait pas un instant le tourniquet ; c’est alors que la sortie brusque du sang par certains points dénote le lieu qu’elles occupent. Aussitôt que le chirurgien est éclairé sur l’endroit qu’il recherche, il serre de nouveau le tourniquet', saisit avec son tenaculum le bout d’un des vaisseaux qui donnent du sang, et une ligature y est appliquée.
Supposons maintenant qu’on ail affaire à nue blessure de l’une dès principales artères de l’extrémité supérieure ou inférieure, et qu’une abondante hémorrhag