RÉPARATION DES PERTES DE SUBSTANCE
Une question curieuse, intimementliée au sujet précédent , est de savoir si les parties perdues ou tissus détruits peuvent être reproduits. Chez l’homme et chez les classes animales supérieures lorsqu’une partie entière est détruite , elle ne peut être reproduite; il en est tout autrement pour quelques animaux d’une organisation inférieure, chez lesquels des membres entiers sont aisément régénérés.
La peau et les os paraissent êlre, dans le corps humain, Us deux substances qui manifestent lu plus grande puissance de reproduction. Des portions considérables de peau, peut-être même avec le corps muqueux plus ou moins complet, peuvent être reproduites; et il est peu de chiiurgicns expérimentés qui n'aient rencontré des exemples dans lesquels tout le scrotum ayant été déiruit par l’effusion de l’urine, il n’ait été remplacé par la formation d’un aulre. Quant au système osseux , toute la diaphyse d’un os long cylindrique , lorsqu’elle est détruite par la nécrose , se reproduit fréquemment. Les parties détruites du cerveau et de la moelle épinière 11e se régénèrent jamais. il en est de même des muscles tl des aponévroses. Les libres
musculaires se réunissent à l’aide d’une substance différente du tissu musculaire, mais de nature à rendre au muscle le pouvoir de remplir ses fonctions. La même remarque s’applique aux tendons.
Les cartilages qui recouvrent les extrémités des os ne se reproduisent jamais quand ils ont été détruits; c’est une chose fort remarquable, ainsique Je signale le docteur Macartney , puisque, dans ce que l’on nomme fausses articulalions , les extrémités des os qui frottent les uns contre les autres se recouvrent d’une sorte de cari il âge bâtard. Le lissu des nerfs n’est jamais reproduit; et si uu tronc nerveux est divisé, les parties auxquelles se distribuent ses filaments sont irrévocablement paralysées malgré la réunion du nerf divisé au moyen d'une autre sorte de tissu. Je sais pourtant que ce point est la matière d’une conlestatiou , et que M. Abeçnethy , le docteur Macartney et d’autres, admettent qu une substance vér tableinent douée de sentiment est eu définitive régénérée dans 1 intermédiaire d’union des nerfs qui ont été divisés (l).
(1) Cette dissidence entre des pathologistes du plus haut mérite, doit jeter dans nos esprits beaucoup de doute sur celte question; cependant je croîs que le nombre des chirurgiens qui croient à H possibilité du rétablissement de la sensibilité dans les parties auxquelles se distribue un tronc nerveux complètement divisé, puis réuni grâce à un lissu intermédiaire d’union, est bien plus grand que celui des chirurgiens qui, à exemple du professeur S. Coopcr, partagent l’opinion contraire. II est sans doute bien des cas dans lesquels la sensibilité ne se rétablit pas dans les cordons nerveux au-dessous du point de la division; mais, de ce que ce résultat malheureux se rencontre souvent, 011 n’est pas on droit d’en faire une règle géné- !. de, puisque l’on voit la sensibilité se rétablir dans des cas où ions les nerfs des parties avaient été complètement divines, et , sans compter sur cet heureux résultat , on a le droit de l’espérer eu pareil cas. Voici comment M. le professem S.uison ainô s exprime sur ce sujet (art. llaie dlI D>j p 110) . . Un aulre
gui que nous constaterons encore sans nous arrêter à examiner la question de savoir si dos nerfs se forment de toutes
entre5 leU ? '* fY Vinib,ement réunion t i c les bouts divisés d’une même
bKUiçim nerveuse, c’est qu’après lu réu-
A l’égard des ligaments , la nature est encore très-puissante; car, dans des circonstances particulières, elle paraît capable d’en former de nouveaux. Elle peut encore reproduire les bourses muqueuses, et tapisser la cavité des abcès et des fistules avec un tissu qui correspond presque complètement aux membranes muqueuses naturelles ; mais, d’après les recherches du docteur Maeartney , elle ne remplace aucune portion de membrane muqueuse enlevée de la surface de l’estomac ou des intestins.
PLAIES d’armes A FEU.
Ces plaies, qui tirent leur nom de la manière dont elles sont produites , sont généralement causées par des corps métalliques, durs, obtus, lancés au moyen de l’explosion de la poudre par des canons, des fusils, des pistolets, et autres espèces d’armes à feu.
Ces corps peuvent pénétrer les parties qu’ils atteignent, ou les traverser complètement ; ou, si la blessure est faite par un boulet de canon, le membre est dans certains cas tout-à-fait emporté :
dans d’autres, les muscles sont contus et écrasés, les os brisés et réduits en esquilles, le foie ou d’autres organes intérieurs déchirés; tandis que la peau elle-même demeure sans solution de continuité, recouvrant tous ces désordres cachés et quelquefois non soupçonnés au-dessous d’elle.
On a encore l’habitude de ranger au nombre des plaies d'armes à feu ces divers accidents, graves etsouvent mortels, résultant de l’éclat des bombes ou de la violence avec laquelle des éclats de bois sont lancés de tous côtés quand un boulet vient frapper la carène d’un vaisseau.
Lorsqu’on commença à se servir des armes à leu dans les combats, on ne connaissait pas exactement les ingrédients qui composent la poudre; et comme les lésions qui en résultaient avaient des conséquences bien plus sérieuses que celles qui proviennent des blessures or-
nion la sensibilité se rétablit même clans les parties qui ont été complètement séparées du reste du corps. C’est ainsi que Ballour l’a vue se rétablir dans l'extrémité d'un doigt qui avait été réappliquée, cl (j u i s’est réunie au reste après en avoir été complètement détachée. »
(l\ote du trad.)
maires, on fut conduit à soupçonner que la gravité particulière des plaies
armes a leu dépendait dece quequelque chose dune qualité vénéneuse pénétrait dans les parties avec la balle. Une autre opinion portait à croire que la halle était extrêmement chaude et brûlait les parties a son passage, idée qui semblait confirmée par une observation : savoir, que la généralité des plaies d'armes à feu présente des eschares qui se détachent avant que le travail de cicatrisation commence. Aujourd’hui on sait que toutes ces idées étaient complètement erronées; il n y a rien de vénéneux dans la composition de la poudre à canon, et les parties molles ne sont point brûlées par la halle. 1
La gravité ordinaire des plaies d’armes a feu , doit entièrement se rapporter à d’autres circonstances dont les principales sont :
Premièrement, la nafure dure et obtuse du corps vulnérant.
Secondement, la force et la vélocité extrêmes avec lesquelles la balle frappe, pénètre , déchire, meurtrit ou brise les tissus qui se rencontrent sur sa roule.
Et troisièmement, la nature des parties blessées qui, par suite de la profondeur eide l’étendue des plaies d’armes à feu, comprend souvent des organes de première importance pour l’économie.
Les plaies d’armes à feu sont toujours accompagnées de contusion et de déchirement qui , en général, mettent les tissus immédiatement situés sur le trajet de la balle, dans un état tel qu’ils doivent nécessairement être rejetés sous forme f d’eschare. C’est en partie pour celte raison que les plaies d’armes à feu sont rarement susceptibles de guérison par inflammation adliésive, mais suppurent nécessairement. Dans quelques cas, cependant, surtout quand les téguments de la face ou du cou , ou les lèvres ou le péricarde sont déchirés par une halle, l’union peut être obtenue à l’aide d’une suture ; mais ceci est une exception au caractère ordinaire des plaies d’armes à feu. Non seulement elles rejettent une eschare et suppurent le long du trajet de la balle , mais souvent des abcès éten- ; dus surviennent dans les parties voisines. Ainsi, lorsqu’une personne a la cuisse percée par une balle , il y aura suppuration dans le trajet parcouru par ce projectile, et non seulement dans ce point , mais généralement aussi entre les muscles et sous le fascia.
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE. 171
Les plaies d armes à feu comme foules les plaies confuses et déchirées saignent généralement moins abondamment que celles par instrument tranchant , cependant l’hémorrhagie est quelquefois considérable, et même immédiatement fatale. Lorsque j’étais au service , dans l’armée près d’Anvers , on apporta à l’hôpital militaire un soldat qui venait de recevoir, il y avait environ dix minutes, une balle dans la partie inférieure du cou. Il n’était pas dans la salle depuis plus de deux minutes quand une énorme extravasation de sang, provenant de la blessure de l’artère carotide droite près de son origine, amena subitement la suffocation. il ne s’échappa pas une goutte de sang au dehors par la plaie.
Ou a calculé que, dans toutes les grandes batailles, un grand nombre des morls avaient péri par hémorrhagie interne. Dans les leçons cliniques de Dupnylreu on voit citer l’exemple d un jeune homme qui avait reçu une balle dans la partie supérieure de la cuisse, et mourut d’une hémorrhagie fournie par l’artère crurale pendant qu’on le transportait d’une des rues de Paris à l’Hôtcl-Dieu.
Les plaies d armes a feu , profondément pénétrantes, présentent une période critique au bout d une semaine ou de dix ou douze jours, parce que c’est là le moment où les eschares commencent à se détacher. Il est souvent impossible de savoir de prime abord quelles sont les parties blessées, jusqu’à ce que les parois de quelque artère considérable, de quelque intestin ou aulre organe important, touchées par la halle , viennent a se rompre, lorsque les eschares se détachent La plaie peut alors devenir beaucoup plus compliquée qu’on ne s’v attendait, et une hémorrhagie abondante, ou epanchcment des matières conlenues dans les intestins ou les autres viscères , peut changer puissamment les circonstances sur lesquelles est fondé le pronostic. Cet écoulement de sang peut amener la mort du sujet en quelques secondes, ou bien les épanchements peuxent produire une inflammation fatale dans l’abdomen ou la poitrine. Quelques jouis après la réception d’une blessure d arme à feu , lorsqu’on a échappé presque complètement au danger de la première inflammation , la séparation d’une eschare peut causer l’hémorrhagie d'une arlere profondément située. Dans quelques cas le saDg s’accumule dans l’abdo-
men on la poitrine, et dans d’autres le malade périt d’une autre manière, c'està-dire par les évacuations abondantes de sang par les intestins. J’ai vu, en Hollande, dans l’année 1814, sur un soldat du 44e régiment, un exemple remarquable du danger de l'hémorrhagie , environ huit ou dix jours après la réception des blessures par armes à feu , époque à laquelle les escharres commencent à se détacher. Cet homme avait eu le mollet traversé par une balle, et un des côlés de l’artère poplitée avait été lésé; l’escharre qui s y était lormée tomba environ huit jours après l’accident, et une abondante hémorrhagie s’ensuivit. Un tourniquet fut appliqué immédiatement, et l’artère fémorale liée vers le milieu de la cuisse, opération qui fut suivie d’un succès complet. Les observations que l’on a déjà lues , à propos de l’hémorrhagie , feront comprendre pourquoi dans ce cas on ne suit pas le piécepte ordinaire de découvrir la partie blessée d’une artère et d’y appliquer deux ligatures. L’exemple qu’on vient de lire est encore instructif sous un autre point de vue : il nous apprend pourquoi la séparalion des eschares dans les plaies d’armes à feu conduit souvent à une hémorrhagie abondante et ta laie , circonstance bien différente de ce que nous voyons dans la gangrène ordinaire, où les artères, étant obstruées par un caillot, saignent rarement lors du détachement des parties mortes. Dans les plaies d’armes à feu la balle touche quelquefois , seulement une portion d un côté d’une artère volumineuse; 1 eschare ou ulcération du vaisseap est restreinte à cet endroit, et sa cavité n’est point remplie d’un caillot, ni point (oujours complètement occupée par de la lymphe coagulable.
, Les remarques que l’on vient de lire s appliquent particulièrement aux hémorrhagies provenant de plaies d’armes a feu profondément pénétrantes, et qui sont produites par des boulets, des balles ou de la mitraille, car la blessure faite par le choc d'un boulet de canon est accompagnée d un tel degré de contusion et de déchirement , qu’il s’écoule rarement beaucoup de sang. Nous observons ici ee qui se remarque quand un membre en arraché après s’être embarrassé dans des machines. Un membre peut cire emporté même jusqu’à l’épaule ou jusqu a la partie supérieure de la cuisse sans aucune hémorrhagie notable, et sans qu il soit nécessaire tl’appliquçr des
ligatures , soit au moment même de l’accident, soit pins lard , à moins que l'amputation ne soit pratiquée. Un soldat de la brigade des lirailleurseut le bras mis en pièces ju q i’n la hauteur de l'épaule, à la bataille de Waterloo , et aucune hémorrhagie ne survint. Un soldat hollandais, dont la jambe avait été emportée un peu au-dessous du genou , fut apporté à l’hôpital militaire, et je lus obligé de lui amputer la cuisse ; aucune hémorrhagie n’eut lieu avant l’opération. L’année précédente un autre exemple remarquable se présenta à British Field-Hospilal , à Merxem , près Anvers ; la majeure partie delà clavicule, le scipuluin avec tout le moignon de l’épaule d’un militaire avaient été emportés par un boulel lancé par une des batteries françaises , aucune hémorrhagie importante ne survint, et cet homme finit par se guérir.
Les circonstances particulières des plaies d’armes à feu sont nombreuses ; remarq u.ons entre autres celles de la perle graduelle du pouls dans le membre blessé, peu de jours après l’accident. Un côté de l’artère principale est lésé par la balle , mais au lien de se transformer en eseliarre il s'enflamme, et le vaisseau devient imperméable grâce à une sorle de bouchon formé par la lymphe coagulable.
Une plaie d’arme à feu peut avoir,une ou deux ouvertures , suivant que la halle s’est logée dans les parties ou qu’elle les a traversées d’outre eu outre. Quand une balie de fusil ou de pistolet a pénétré dans une partie charnue, on voit une ouverture un peu plus petite que la balle à laquelle elle a livré passage ; la couleur à sa circonférence est altérée par l’ecchymose , et sis bords sont légèrement enfoncés en dedans. Si la balle a totalement traversé les parties , une autre ouverture plus large , moins conluse que la première, se voit au point où elle est sot tie ; ses bords sont irréguliers et proéminents.
La di eclioti d’une balle en mouvement , quelque rapide que soit sa course, est promptement changée par la résistance qu’elle rencontre, et la balle est alors réfléchie. On doit aussi -e rappeler qu’une balle a toujours deux mouvements , l’un eu avant tendant à la courbe parabolique , et l’autre de rotation sur son axe lui-même. Si noos avions toutes ces circonstances présentes à l'esprit , la course extraordinaire en apparence que suit quelquefois une balle deviendrait
complètement explicable parles lois auxquelles sont soumis les projectiles. Dans quelques cas les points d’entrée etde sortie sont directement opposés l’un à l’autre, niais dan. d autres cas leurs positions relatives sont bien différentes. Le docteur lien tien cile un exemple dans lequel la balle, étant entrée en avant sur le larynx, lit tout le tour du cou, presque jusqu’au point opposé à celui où elle avait percé la peau. Lorsque les balles frappent obliquement les côtes, leur course subit souvent un changement tel qu’elles fout presque complètement le tour du corps.
Le même e lie t se produit quelquefois sur la tête , où une balle , après ê re entrée vers la tempe , peut suivre la circonférence du crâne jusqu’au côté opposé. Les faits de ce genre sont principalement dus à la force et à l’élasticité considérable de la peau. Pendant qu’un soldat montait à une échelle d’escalade, ayant le bras tendu en haut , une balle lui perça le centre du bras, fila )(/ long du côté postérieur de la poitrine, puis entre les muscles de l'abdomen, et ayant traversé les fessiers s'arrêta vers le milieu de la cuisse opposée sur la face antérieure de laquelle elle se présentait.
Les plaies d’armes à feu soûl plus souvent qu’aucunes autres compliquées de la présence de coiqts étrangers qui peuvent être des morceaux d'habits, la balle elle mè ne, des fragments d’os, des éclats d’obus, des éclats de bois , etc.
Quaml il n’y a qu'une ouverture, nous pouvons en inférer que la plaie contient un corps étranger. Il faut cependant eu excepter le cas dans lesquels la balle entraîne avec elle dans les chairs un godet formé avec les habits qui , lorsqu’on les relire, fait sorlir la ba'le avec lui. Une balle peut encore s’arrêter près de l'orifice de la pluie cl être rejelée par le mouvement élastique des côtes (Ij.
(1) 11 résulte de ces observations, qu'il ne faut pas se presser de conclure que la balle est restée dans la plaie parce que celle-ci ne présonie qu’une seule ouverture; on a vu des ch rurgicns faire ainsi des recherches longues et pénibles pour extraire des balles de plaies qui n’en contenaient pas; et bien que dans la pluralité des cas, une plaie d’arme à feu ne présentant qu’une seule ouverture doive être présumée renfermer encore la balle, ou devra se rappeler qu'elle peut ne plus y être dans deux circonstances diffère aies : celle duus laquelle la piaio
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
Un soldat français, blessé en 1S)4 sous les murs de Paris , fut porté à 1 ’ Hôtel-Dieu. En examinant la partie supérieure de la jambe ou vit que quelques morceaux de son habillement étaient engagés dans le tibia. On arriva a les extraire en employant quelque force ; ils étaient formés par un fragment de la guêtre du soldai :cc morceau d’étoffe renfermait la balle. Un cas analogue se présenta à l’hôpital de la Pitié, en juillet 1830 ; la balle avait pénétré dans l’abdomen entraînant devant elle un mor-
étant peu profonde, la balle est retombée par son propre poids et par l’élasticité des tissus ambiants, et l’autre clans laquelle ce projectile a poussé au-devant de lui les vêlements ou une portion de vêtement qui, lorsqu’on déshabille le blessé, sont attirés au dehors cl entraînent la balle. Dans le premier cas, la plaie étant ordinairement peu profonde, il est généralement aisé de s’assurer qu’elle ne contient pas de corps étranger. Quant au second, voici ce que remarque M. le professeur Sanson (ouvr. cil ., p.
Il est de la plus haute importance d’examiner avec soin les vête-
ments du blessé : si l’on n’y découvre aucune solution de continuité, il est évident que la balle ne peut pas être dans la plaie; si ou y trouve une déchirure simple, la balle (joui y être, mais seule; si, enfin, ilsou* 1 éprouvé une perte de substance, la balle peut y être, et avec elle les portions de vêtements, de boutons, etc., qu’elle a détachées. Nous disons que la balle peut y être : parce qu’il arrive quelquefois en effet que lorsqu’elle n a fait qu’une plaie peu profonde, elle en est ressortie par son poids ou par l’eflet des contractions musculaires. » Enfin 1 quelquefois que la balle se perd
dans les Itssus, et on ne peut que présumer son séjour dans les chairs par
I examen des vêlements, et la sensation
d un corps pesant éprouvée par le blessé jusqu’à ce que le projectile entraîné par son propre poids, ou par la suppuration xienne a changer de place pour se rupl procher de l’entrée par laquelle on l’extrait, ou de quelque point de la périphérie, et alors on favorise sa sortie par une contre-ouverture. Dans d’autres cas n balle s enkyste cl demeure dans les tissus, pour toujours, ou temporairement, ainsi que je l’ai vu dans un cxein- Ii i 11 'i^mtmjmiblc à plusieurs égards, et dom I observation sc trouve dans la »ote suivante, (lYof« du trad.)
ceatt de la chemise déchirée qui fut fort utile pour la retirer.
L'ouverture faite aux vêtements par la balle est toujours beaucoup pins petite que celle faite it la peau. C’est I ignorance de ce fait qui porta à soupçonner que Charles XII avait été assassiné, parce que 1 ouverture faite dans son chapeau par la halle ne semblait pas en rapport avec celle laite à la peau dtt front (I).
Lorsqu’on voit deux ouvertures, et qu elles ont été causées par le passage d’une balle enlière, il est manifeste que celle-ci ne peut être demeurée dans les tissus; mais d’autres corps, tels que des morceaux d’habits et des fragments d’os, peuvent s’y trouver. Bien qu’une balle puisse avoir produit deux ouvertures, une partie de ce projectile peut être restée en arrière, quand la balle a frappé contre le bord tranchant d’un os, de manière à se diviser en deux portions, dont l’une file au-debors, tandis que l’autre suit une autre direction et demeure dans les tissus. Les balles peuvent subir différents changements de forme en frappant les os ; elles peuvent s'aplatir ou se fendre en deux, de manière à produire des désordres dont on se rend difficilement raison (2). Une balle pénètre dans la
[ )) Voyez les Leçons orales de Dupuytren, etc., t. n, p. /(2q.
(-) On comprend en effet difficilement comment les os peuvent offrir une résistance telle qu ils déchirent, fendent, et aplatissent les bulles. Ce qui est le plus surprenant , c’est que les balles se fendent non-seulement sur des crêtes osseuses, mais aussi quelquefois sur des os plats. M. le professeur fllarjolin pense que cela peut provenir de la mauvaise confection de ces balles, qui contiennent sans doute quelque bulle d’air, et il dit qu il est impossible d’attribuer ce résultat a la charge d’un fusil avec deux moitiés de balle car deux moitiés de balle, ajoul-t-il, lancées par le même coup de fusil, n entreraient pas par le même trou circulaire et, si elles n’en faisaient qu’un ce trou serait du moins ovale, cl d’aileurs, lorsqu’on extrait les bulles’ ainsi tondues en deux, on voit leur contour crue comme le plomb exposé depuis long-temps à l’air, tandis que la surface piano médiane est polio cl brillante Au beu de se fendre, d’autres balles cuti rencontrent les os restent entières, mais subissent de singulières déformations J a. vu un cas de ce genre il y a environ cmq ans. Un Homme avait reçu, plusieurs
partie inférieure de la jambe droite, et frappe contre la crête ou bord tranchant du tibia sur lequel elle se ftnd en deux fragments. Ces fragments divergent alors un peu, traversent le mollet et vont se loger dans la partie charnue de l’autre jambe , qui par hasard se trouve en ce moment placée derrière la première.
Ainsi , cinq ouvertures se trouvaient faites par une*seule et même balle. Des balles peuvent, en frappant contre des barres de 1er , se fendre en deux fragments, qui alors pénètrent dans le corps du blessé. Dupuytren a vu plusieurs cas de cette espèce pendant les émeutes de juillet 1832 (l).
Autrefois, on n’était pas d’accord sur la question de savoir si les os cylindriques pouvaient être fracturés longitudinalement: aujourd’hui, celle question est complètement décidée. J’ai vu plusieurs exemples de ce genre de lésion parmi les blessés transportés de Berg-op- Zoom dans l’hôpital d’Oqderibosch. Ces fractures s’étendent souvent à une grande partie de la longueur du fémur ou du tibia, et quelquefois vont jusque dans l’articulation du genou , entraînant l’inflammation de la membrane synoviale et l’ulcération des cartilages. Quand cet accident ne survient pas , c’est une exception à la règle générale. Le muséum du collège de l’Université contient une pièce où l’on voit parfaitement une fracture du tibia s’étendant jusque dans l’articulation du genou , et la fracture toutà-fait réunie et consolidée. L’étendue, souvent considérable, des tissures longitudinales dans les os cylindriques par
années auparavant, une balle dans la partie supérieure de la cuisse; on n’avait pu l’extraire et, la plaie s’étant cical risée, le blessé avait repris scs occupations. Cependant au bout de ce long espace de temps, un gonflement considérable et accompagné de vives douleurs étant survenu , le malade réclama les secours de la chirurgie: la tumeur étant profondément incisée, une grande quantité de fluide séreux, qui était contenu dans le kysie d’enveloppe et l'avait considérablement distendu, s’échappa, et la balle put être extraite; elle présentait exactement la forme ci l’épaisseur d'une pièce de trenle sous. C’était en frappant contre le fémur, qu’elle avait subi celle transformation. L'os ne paraissait avoir souffert aucune altération, et le malade guérit parfaitement. (Note du Irad.) (1) Leçons, etc-, t. u, p. 429.
suite de la violence des coups de feu, devrait toujours être présente à l’esprit quand on est sur le point de faire une amputation ; car il peut être nécessaire , pour celte raison , de faire la section des parties molles, et de scier l’os plusieurs pouces au-dessus du point où la balle est entrée dans le membre. On cite un cas de fracture longitudinale du fémur occasionnée par le passage d’une balle dans l’intervalle ou creux poplité, la fissure s’étendant du condyle interne jusqu’au tiers supérieur de l'os, n’étant pas accompagnée de crépitation, et permettant au malade de se tenir debout après la réceplion de la blessure. La murt survint le cinquième jour ( l).
Quelques-unes des fractures compliquées et comminulives , les plus graves que l’on ait jamais rencontrées dans la pratique de la chirurgie, sont dues aux désordres produits par les projectiles de guerre. Won seulement elles sont fréquemment compliquées d’un déchirement étendu des parties molles, et de la blessure des troncs nerveux et artériels, mais elles s'accompagnent aussi de là comminution des os et de leur réduction en esquilles , à un degré que l’on rencontre rarement dans des cas de lésion extérieure ordinaires. Les blessures d’armes à l'eu ont encore pour caractère particulier de causer quelquefois une fracture compliquée et un déchirement terrible des articulations de la hanche ou de l’épaule, qui pourraient difficilement recevoir des atteintes aussi terribles par aucun autre moyen vulnérant. Qu’est-ce qui paraît en effet plus capable de causer une fracture compliquée de la tête de • l’humérus ou du fémur qu’une plaie d’arme à feu ?
Le pronostic des plaies d’armes à feui dépend principalement de l'étendue et!
de la profondeur de la blessure et de lai nature des parlies blessées. On peut regarder comme accidents de l’espèce la i pius dangereuse les blessures de la tête, des poumons, des intestins , des artères; volumineuses, des grandes articulations,, la contusion et le déchirement étendus; des parties molles , les lésions graves et! cachées résultant souvent de ce que l'on appelle à tort contusions parle vent dui projectile, et toutes les fractures commi— nutives et compliquées graves.
(I) Voyez Alcock dans Lond. med, gaz., n0 de juin Jü59, p. 320.
DE pathologie chirurgicale.* 175
Je n’ai fait qu’en passant allusion à la véritable manière dont se produit ce que l’on nomme contusion par le vent. Un boulet , particulièrement lorsqu’il est presque au bout de sa portée , frappe souvent la surface du corps ou d’un membre obliquement , et est réfléchi sans avoir rompu ni entamé la peau. Un soldat peut être tué de cette manière sans présenter aucune apparence de violence extérieure. Ses camarades supposentalors qu’il a été tué par le vent du boulet. Mais on s’aperçoit immédiatement que celte opinion est erronée quand on se rappelle que les boulets enlèvent souvent des parties de vêlements, sans faire le moindre mal à l’individu qui les porte. Je me rappelle un cas dans lequel un boulet passa entre les six jambes de trois officiers marchant ensemble en se donnant le bras. Les deux jambes de l'officier qui se trouvait au milieu ne furent point atteintes, tandis qu'une des deux jambes de chacun des officiers qui se trouvaient sur les côtés fut tellement brisée que l'amputation dut être pratiquée immédiatement. Quand un boulet de canon roule pour ainsi dire sur la surface du corps ou d’un membre, la flexibilité résistante et l’élasticité de la peau la maintiennent dans son intégrité , tandis que les muscles et même les os peuvent être écrasés et réduils en atomes, et les viscères et les vaisseaux intérieurs de la poitrine ou du ventre mortellement déchirés et désorganisés. Lors donc que ces contusions par le vent fou les accidents que l’on nomme ainsi; ne tuent pas immédiatement, comme elles le font souvent, si l’abdomen ou le thorax se trouvent compromis, elles doivent, dans tous les cas, être regardées comme des exemples de l'espèce la plus grave des plaies d armes a feu.
A Paris, en juillet 1 830 , une femme eut I humérus entièrement écrasé par un boulet de canon , bien q„e la peau fut resiée complètement entière* et en 1814 un soldat fut porté à l’IIôtel-Dieu ayant les reins réduits en bouillie , bien qu’exlérieuremerit la région des hyp0ebondres ne présentât rien de particulier, si ce n’est un gonflement considérable, les téguments ri’offrant aucune déchirure ni solution de continuité. La gangrène survint, et après la mort on découvrit l’écrasement des reins et de la partie postérieure de l'épine (1).
(1) Dupuytren, ouv. cil., t. n, p. 430.
La contusion et le fléchi renient violents des parties , les complications variées d’os fracturés, de présence de corps étrangers, d’artères blessées, de troncs nerveux déchirés , nous rendent facilement raison des conséquences graves d’un grand nombre de plaies d’armes à feu, déterminant une inflammation et une fièvre symptomatique dangereuses, des abcès énormes , In gangrène et fréquemment la perte d'un membre ou de la vie.
Quant aux effets généraux produits par une plaie d’arme à feu sur tout le système, ils varient chez les différents sujets , même lorsqu’ils résultent de blessures du même genre. Les ré.sultals des hémorrhagies abondantes seront naturellement à peu près les mêmes chez tous les individus , et souvent la mort sera la conséquence subite des hémorrhagies des gros vaisseaux contenus dans la poitrine ou l'abdomen. Quelques hommes ont les membres emportés par des boulets sans laisser voir d’abord le plus léger symplôme de trouble mental ou physique ; d’autres perdront immédiatement connaissance , auront des vomissements, des frissons, une pâleur mortelle et des syncopes à l’occasion de blessures d’une gravité très-médiocre. Quand ce cas se rencontre, la perturbation et la dépression du système pourront généralement cesser en donnant au malade un peu de vin, ou quelque autre cordial, ou quelques gouttes de laudanum, et en lui assurant que sa vie n’est point en danger.
Cependant la continuation long-temps prolongée des symptômes que je viens de signaler doit faire soupçonner une hémorrhagie interne, un épanchement dans une des grandes cavités du corps, la lésion de quelque viscère important ou quelque autre désordre sérieux.
Apres que le trouble fréquemment excité dans l’économie animale dès la réception d’une plaie d’arme à feu s’est apaisé , survient la réaction ou cet état de la constitution que l’on décrit sous le nom de lièvre inflammatoire sympathique. Celle-ci diminuera dans ia suite à mesure que les efl'els de l'inflammation u 1 ni mueront eux-mêmes on, si les choses prennent une marche défavorable, elle pourra se changer en fièvre hectique, de manière à faire périr le malade ou à rendre l’ablation des parties blessées nécessaire pour la conservation de la vie.
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