PE LA BLESSURE
1° Quand une porlion considérable de toute l'épaisseur d’un membre a été emportée par un boulet de canon ou l’explosion d’une bombe. Il faut en excepter les cas où le boulet a enlevé le bras jusqu'auprès de l’épaule ou dans l’articulation elle-même avec l’acromion ou l’apophyse coracoïde et l’épine de l’omoplate. Dans ce cas il ne resterait pas de parties sur lesquelles on pourrait faire l’opération. La même remarque s’applique aux cas dans lesquels la cuisse serait emportée au niveau de la hanche. En circonstances pareilles , nous devrions débarrasser la plaie de tous corps étrangers, comme esquilles ou autres substances, et arrêter l’écoulement du sang, s’il s’en échappe; ou, s’il ne s’en échappe pas, il nous faudrait imiter Dupuytren et lier l’orifice découvert de l’artère principale , afin de prévenir 1 hémorrhagie. Cependant il est impossible d’arracher le malade a bien des dangers sérieux , comme ceux résultant du choc d’une lésion pareille retentissant sur le système ; ou , s’il parvient à en triompher, il aura encore à supporter ceux d’une inflammation vioieule et d’une suppuration copieuse, des difficultés à obtenir la cicatrisalion du moignon et les risques d’une inflammation des organes internes , circonstance aussi formidable que commune.
2° Quand les os sont réduits en esquilles et les parties molles profondément contuses, déchirées et arrachées.
, un os était fracturé seulement dans un ou deux endroits, les esquilles ou
et nerf, PaS n0mbreux’ vaisseaux et nerfs principaux mêlant point touches, et les parties molles n’ayant point sou lert de lésion très-grave , on devrait tenter de sauver le membre ; mais, dans les circonstances contraires, l’ampulatmn devrait être pratiquée immédiatement. On doit regarder ces règles comme générales et fondées sur une statistique comparaiive des terminaisons de cas nombreux, mais ne résultant pas d’une impossibilité absolue de guérison ou une eu litude de retour à la santé pour ‘■'que espèce de blessure, dans des copies individueh, Lien des malades, portant des membres blessés et condamnes a i operation par la nature des blcs-
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sures , refusent de se soumettre h l'amputation et cependant se guérissent. Ils ne tirent pou tant pas ordinairement un grand avantage d’un pareil refus , car , après avoir traversé tous les dangers, les désordres hectiques prolongés , et avoir subi des opérations innombrables et douloureuses pour l’évacuation des abcès, et 1 extraction de fragments d’os brisés ou morls , ils reslent ordinairement avec une constitution appauvrie, un membre raccourci et mutilé, des cicatrices profondes et adhérentes, et leur membre n’est pour eux qu’un embarras.
3° Quand un boulet de canon emporte une grande masse de parties molles , laissant le resle fortement déchiré et conlus , l’artère ou les artères principales étant en même temps blessées , bien que l’os lui-même puisse n’être point fraefuré , l’amputation immédiate est nécessaire.
4° Une blessure de l’artère crurale avec fracture du fémur est un autre cas d ampulation immédiate. Cependant le baron Dupuytren n’admet la nécessité de l’opération, quand l’arlère est blessée, que si la fracture est d’une espèce grave. Si 1 hémorrhagie consécutive survenait , cet accident , joint a l’état fâcheux du membre arrivé à un degré pareil, demanderait généralement l’amputation.
5° Si l’artère et la veine principales d’un membre sont toutes deux blessées dans une plaie d’arme à feu, la pratique la plus sage est d’amputer sans délai pour prévenir la gangrène et son résultat fatal ordinaire.
6° Les fractures provenant de la mitraille, avec déchirement des muscles et d’un ou deux des principaux nerfs, sans blessure de l’artère principale, est un cas d amputation prompte. Nous en voyons un exemple quand un boulet atteint la cuisse et enlève les muscles de sa partie postérieure avec le grand nerf sciatique. Cependant la simple division de ce nerl , sans déchirement étendu des parties molles , ne réclamerait pas l’amputation. On rapporte des cas où une plaie d arme à feu ayant divisé un nerf, le renflement bulbeux du bout de ce nerf en a été la conséquence. Cet état produisait des souffrances douloureuses à i occasion de la plus légère action des muscles ou de la plus faible pression, e a réclamé l’ablation de la tumeur!
’ ; Alcock Clic un exemple dans lequel cette production se développa sur le
nerf tibial antérieur , et le malade fut soulagé par l’excision de la tumeur bulbeuse.
7° Certaines blessures, appelées autrefois contusions />nr le vent du projectile , et dans lesquelles les muscles , Jes os , les vaisseaux et les autres tissus sont écrasés, bien que cachés sous la peau restée entière. Alors on doit faire avant l'amputation une incision pour s’assurer de la réalité du désordre caché. Quand les os sont fracturés d’une manière coinminutive , les muscles désorganisés et les vaisseaux volumineux blessés, l’amputation est indispensable. Mais si les vaisseaux et les os ont échappé, et si les muscles sont les parties principalement lésées , l’amputation peut èlre différée.
8° Les plaies d’armes à feu des grandes articulations, particulièrement du genou , sont universellement reconnues comme cas d’amputation nécessaire.
L’amputation est indispensable quand une balle a traversé la partie spongieuse d’un os près d'une grande articulation , ou a traversé l’articulation elle-même , surtout quand la membrane synoviale est largement ouverte et la comminulion considérable. , Cependant , dans les fractures de la tête et du col de I humérus , sans lésion trop étendue des parties molles, l’extraction de la partie d'os brisée est préférable à l’amputation.
9' Les fractures des deux tiers supérieurs du fémur ou de son col par blessure d’arme à feu sont généralement regardées comme des cas d’amputation immédiate, ou, pour parler plus correctement , d’ampu'ation aussitôt que le sujet e-t revenu de l’état de syncope et de prostration souvent cause par un accident pareil. Dans les fractures du tiers inférieur, la nécessité de l’amputation est un point contesté , à moins que la fracture ne soit très-comminutive et les parties molles cruellement déchirées.
10° Une balle logée dans la têle articulaire d’un os ou placée dans une articulation de manière à ne pas permettre son extraction. Peut être dans quelques cas de la première espèce il serai' mieux d’enlever la têle de l’os. La résection de l’articulation du coude, quand il est réduit en esquilles, est une praii que justifiable et souvent couronnée de succès, quand elle est adoptée sans délai, et peut être le moyen de conserver le membre. Je regarde la résection du genou, dans quelque circonstance que ce soit,
comme un moyen qui ne doit inspirer aucune confiance.
1 1° Les fractures de la rotule admeflent que 1 on diffère l'amputation,’ à moins quelles ne soient accompagnées d’une comminution grave ou d’une large ouverture de la membrane synoviale.
12° Les blessures même graves faites k l’avant-bras par une balle défendent rarement île tenter la conservation du membre ; et si l’amputation devient nécessaire , elle peut être pratiquée quand nous n’avons plus de chance de le conserver. Ces remarques s'appliquent même aux fractures comminulives et graves du radius et du cubitus à la fois.
13° La dénudation et la contusion étendues d’un os par un biscaïen , une dragée de mitraille ou un éclat de bombe. Dans ce cas le ti>su médullaire a souffert une atteinte grave, les muscles sont contus et déchirés, le membre insensible, le pied froid. Alors la mortification s’ensuivra nécessairement , à moins qu’on ne la prévienne p,r l’opération.
C'est principalement à la jambe, où le tibia est superficiel , que ce cas se rencontre.
1 4° Quand deux membres sont blessés d’une manière grave et sans espoir de conservation, on doit les amputer tous les deux sans délai. Les convalescents, après les blessures d’armes à feu, doivent n’être ramenés que très-graduellement à une diète abondante, et à l’usage du vin et de la biere ; car, pendant un certiin temps après la guérison, il existe une tendance prononcée à l'inflammation des organes internes. Dupuytren nous offre des exemples remarquables de ce fait, dans ce qui se passa il y a quelques années à l'hôpital des convalescents établi à Saint Clond près Paris.
Les blessés convalescents y recevant d'abondantes provisions d’aliments délicats, de vin, etc., trop libéralement distribuées par des individus animés d’un zèle charitable et patriotique, un grand nombre d’entre eux, après avoir traversé heureusement les dangers résultant de plaies d'armes à feu graves, périrent victimes d’inflammations des viscères (I).
(1) Nous venons de voir l’énumération et la distinction des cas dans lesquels il convient d’amputer immédiatement, mais nous n’avons point discuté l’opportunité et les avantages des amputations immédiates sur celles différées.
Aujourd’hui tous les chirurgiens sont
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