‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 33 sur 242 · PLAIES EMPOISONNÉES · texte numérisé non relu

PLAIES EMPOISONNÉES

Comme les nations civilisées ne font point usage de dards empoisonnés, et comme les animaux venimeux ne sont point nombreux dans notre pays , nous n'avons que peu d’occasions de voir des plaies empoisonnées. Cependant , les morsures et les piqûres d'insectes , les piqûres et les coupures reçues en disséquant, les morsures de vipères et celles de chiens, de chats, de renards, et sur 'e continent de loups enragés, forment ensemble un sujet très intéressant.

Quant aux piqûres de guêpes, d’abeilles et do Irelnns . elles peuvent amener des conséquences graves quand l’économie se Louve dans un état défavorable.

Le professeur Gihson cite l’exemple d une dame âgée qui mourut dans un quart d’heure du désordre occasionné par une piqûre de guêpe. Si la piqûre

d’une seule abeille ou guêpe n’est généralement pas suivie de conséquences graves, on a souvent vu la mort résulter de l’attaque d’un essaim de ces animaux. On attribue encore a une piqûre de ce genre à l’œil, la possibilité d’amener une ophthalmie violente- On peut encore mourir pour avoir avalé une abeille ou une guêpe qui se trouvait dans de la bière ou un aulre liquide. Le docteur Gibson rapporte un cas de mort après avoir avalé accidentellement une abeille qui se trouvait dans un gâteau de miel. On lit dans le Dictionnaire clet sciences me ticales la guérison d’un individu qui, en pareil cas, prit immédiatement après l’accident une grande quantité d’eau contenant une forte proportion de sel commun en dissolution.

La morsure du mosquito (mousquite) produit quelquefois une ulcération douloureuse. Le docteur Dorsey cite un

d’accord sur la question; et ils sont d’avis qu’une amputation avant été jugée aciuellement convenable, il ne faut 'point la remeure. On a dressé des siatisliques, ainsi qu'il est dit plus haut, d’après les résultats oblenus en pratiquant immôdiatemen' les amputations ou en les différant, afin d’éclairer la question ; el j’ai entendu des chirurgiens du plus haut mérite el d une expétience consommée p ésenler les chiffres approximatifs suivants : sur 100 blessés dont on remet 1 amputation, il y en a bien 40 qui meurent non amputés du cinquième au trentième jour, par suite des accidents consécutifs; sur les 00 qui restent, il y en a *° ‘1U<J * on csl obligé d’amputer tardivement, et parmi ceux-ci il en meurt un grand nombre; les 10 autres conservent un mauvais membre, et se guérissent.

D autre part, en pratiquant l’amputa. ion immédiatement, sur 100 amputés 75 se guérissent et 25 meurent. L’avantage est donc du coté des amputations immédiates : cependant je ferai observer que ce II est pas toujours un mauvais membre que conserve le malade; et quand il garde une jambe qui peut lui aider à marcher mieux que ne le ferait une j.imhe de bois, ou un bras qui peut exécuter des mouvements ou même lui servir a continuer sa profession, on ne doit pomt mettre un cas pareil en parallèle avec mie guérison après l’amputation.

Les chiffres de la statistique exposée ici ne portent donc point sur des termes absolument semblables. J’ai rencontré deux exemples d’individus présentant

des blessures que l’on avait jugées devoir être des cas d’amputation et, les malades n y ayant point été soumis, ils guérirent parfaitement , l’un conservant une jambe à I aide de laquelle il marchait bien, et l’autre conservant un bras avec lequel il jouait de plusieurs instruments. On a dans la science un exemple de cette nature devenu célèbre par son originalité. Après avoir examiné un soldat qui avait eu les deux jambes gravement blessées par le même projectile dans un combat naval, un chirurgien de marine jugea l’amputai ion d’une des deux jambes nécessaire, et il espéra conserver l’autre. Pressé de donner ses soins a de nombreux blessés, il se bâta d’appliquer le tourniquet, et fit i’amputaiton; lorsqu’elle fut terminée il s’aperçut qu il avait coupé la jambe qu'il vouait conserver, et il n’osa plus amputer autre. Le malade guérit avec le membre qu il avait été condamné à perdre, et nous devons ù fortiori supposer qu’il aurait pu conserver l'autre pour lequel i! avait eu à subir une ampulation. tën résumé , tout en demeurant convaincus de avantage des amputations immédiates ms les circonstances exposées par le proiesseur S. Cooper, nous devons ceruinemenl ne pas en étendre l’application au delà des cas présentés dans cet ou- '■âge et, toutes les fois qu’un cas douteux se rencontre, nous devons plutôt incliner pour la tentative de conservation du membre, tout eu nous tenant prêts à amputer si les circonstances l'exigent, (Note du trad.)

traité ÉLÉMENTAIRE

exemple de gangrène mortelle provenant de celte ciius’e.

On a long temps regardé les araignées comme venimeuses, mais je pense que celte opinion n'est exacte qu’à l’égard de quelques-uns de ces animaux; et il n’en est d ailleurs pas un qui puisse produire les effets graves qu’on leur attribuait autrefois. La morsure de la tarentule eile-même, assez CQtnqjuue dans les environs de Naples, n’a pas les conséquences graves dont on donne souvent des descriptions. Moreau de Jonnes nous apprend qu’a la Martinique on trouve une énorme araignée qui détruit les petits oiseaux et rcptjles.

Le scorpion est un autre insecte venimeux des climats chauds. Le pins gros (scorpTo a fer) se trouve dans l’Inde, la Perse ef l’Afrique. Son vqnin est conta nu dans un réservoir près de la queue, et versé au-dehqrs par deux petites ouvertures situées à l’extrémité de son aiguillon. heu M. Allan eut l’occasion d’observer les effets de sa piqûre sur l’éqnipage d cia Diane, frrga'e française entrée au service de l'Angleterre. Elle était remplie i|e scorpions qui , bien qu’engourdis et inolTppsifs dans notre climat, devin eut fort actifs et très-incou) modes quand le vaisseau retourna dans les pays chauds. La piqûre était toujours suivie d'une inflammation violente et étendue, de gonflement et de douleur; tuais VL Allan ne vit jamais se développer de symptômes généraux graves.

Los substances qnhl convient le mieux d'appliquer sur les piqûres d’.-beilles et de guêpes, de cousins et de mosqnitos ou mousqujles, sont iipp solution d’hydrochlorale de soude ou de sous-carbonate d’ammoniaque, une solution d’acétate de plomb dans l’eau de roses ou la teinture d’opium. Si les piqûres étaient nombreuses, it sérail nécessaire de faire une saignée, de purger et de suivre un régime antj phlogisfique sévère.

A Maroc, où les scorpions sont en grande abondance, l’antidote le plus en vogue esl t’huile d’olives. Une ligature est d’abord appliquée au-dessus du point piqué, la piqûre esl alors cautérisée et lrollée avec de l’huile d’olives. Si je rencontrais un cas semblable, je serais disposé à y appliquer un verre de ventôu e; car, comme le prouvent les expériences de sir David llarry, quand la pn s >ii de I ’n I iiu>S|>!ière est ainsi i n 1er— ram ne l’absorption est immédiatement arrêtée.

Morsures des serpents venimeux. En Europe le reptile le plus venimeux est la vipère. Son poison est contenu dans des capsules situées à la racine de deux crochets mobiles qui se trouvent à la mâchoire supérieure, et se dirigent en bas quand l’animal mord ; le poison est ainsi exprimé au dehors de la vésicule par compression , et il s’écoule le long de rainures que présentent les crochets mobiles jusque dans la plaie. Dans ce pays il est rare qu’un adulte meure d’une morsure de vipère. D’après Fontana, le danger de la morsure est en général en raison de la petitesse de l’animal mordu.

Aussi les enfants souffrent-ils plus et mentent-ils plus souvent d’un pareil accident que les grandes personnes. Le venin des vipèpes agit aussi cl’une maqière bien plus dangereuse sur les animaux déjà affaiblis par la maladie. Il est plus actif dans le temps chaud, a un effet plus sensible quand la circulation est prompte ou quand la morsure se trouve faite à une veine ou à une partie voisine de la source de la circulation.

La gravité du cas dépendra aussi beaucoup de la quantité de venin actuellement contenu dans les capsules et de la profondeur à laquelle les crochets auront pénétré. La force du venin est particulièrement active dans la saison où le reptile se livre à la procréation.

Les effets résultant de la morsure de tous les serpents venimeux surviennent avec une grande rapidité. Une douleur aiguë et uûe sensation brûlante sont instantanément causées p.ir la morsure d’une vipère ordinaire, elles sont suivies par un gonflement rapide et une décolo-' ration livide de la partie. Ces effets s’étendent à une distance considérable et fréquemment à tout le membre, sur lequel se remarquent dis taches livides et une apparence d’ecchymose. Ce gonflement rapide est causé par l’effusion de séro-ité dans le tissu cellulaire, comme celle i] u i a lieu dans l’inflammation diffuse de ce tissu par d’autres causes. Les effets produits sur l’économie sont l’étourdissement, l’extrême prostration des forces, rabattement moral, le collapsus, la syncope, un pouls petit, fréquent, irrégulier, la difficulté de la respiration, des sueurs abondantes froides et visqueuses, la confusion de la vue, la céphalalgie, des vomissements de matières bilipùses, une teinte jaune générale de la peau , et une grande douleur vers le nombril. Quand la maladie se termine

DE PAÏHOL0G1É CHlRÜftétCA tï£ 185

d’une manière fatale, une affection gangréneuse du tissu cellulaire rapide et étendue se remarque ordinairement.

Deux indications se présentent dans le traitement applicable aux morsures des animaux venimeux.

1° Tâcher d’empêcher le poison de passer dans l’économie.

2° Résister à son action sur le système et la diminuer quand le virus est déjà entré dans |c torrent de la circulation.

Pour remplir la première indication, on propose les moyens suivants.

1» L’excision de la partie mordue ou sa destruction à l’aide d’un caustique.

Cependant la morsure d'une vipère produit rarement des effets assez graves pour justifier des procédés de ce genre et, à moins que l’excision n’allât au delà du point où ont pénétré les sommets des crochets mobiles de l’animal , on ne ferait vraisemblablement, comme le pense sir D. Barry, qu’augmenter le mal, en exposant des orifices de vaisseaux plus larges à la pression atmosphérique.

2° L’application d’une ligature ou d’un tourniquet.

3° La succion. Dans les expériences de sir D. Barry, plusieurs chiens et lapins furent mordus par des vipères. Il appliqua des verres à ventouses sur les morsures de quelques-uns, et ne fit rien aux morsures des autres. Bien que les animaux abandonnés a eux-mêmes n’aient définitivement point péri, cependant ils furent invariablement frappés de convulsions et de stupeur, et les chiens de vomissements; tandis que, quand la ventouse fut appliquée pendant une demiheure à ceux qui avaient été mordus par une ou meme deux ou trois vipères, aucun symptôme fâcheux de nature quelconque ue survint, et ils ne présentèrent aucun signe d empoisonnement général, oir D. Barry n est point partisan des Scarifications. Les seules précautions qu il approuve avant d’appliquer la ventouse , sont de placer une ligature, de laver simplement la pari e cl de la mettre à l’abri du contact de l'air; lors même qu’on ne pourrait jouir immédiatement des avantages de la succion ou de l’action de la ventouse, il conseille de se bornera ces moyens. Quand la ventouse a été appliquée une heure, les liquides contenus dans fous les vaisseaux ont pris une direction rétrograde; il en résultera une stagnation des fluides et une suspension de la faculté absorbante de la surface ventouséc. Ainsi, d’après sir

David Barry, en faisant précéder l’excision par une première application de la ventouse, nous pouvons enlever une partie du poison et diminuer les chances d'absorption du reste.

4° Le procédé suivant est l’excision , qui doit être suivie par une seconde application de ventouses. 11 peut certainement n’êlre nullement nécessaire de recourir à l’excision pour une morsure de vipère. Ce que j'explique maintenant se rapporte plutôt aux espèces de plaies empoisonnées de nature plus grave , et parlicuüèrmient au meilleur moyen de prévenir les conséquences fatales de la morsure d’on chien , d’un chat ou d’un renard enragés.

5° En pareil cas , la partie ayant été ventouséc , excisée et ventouséc une seconde fois, le cautère actuel ou un caustique puissant , qui fermeront hermétiquement les orifices des vaisseaux, pourront être employés, comme le conseille sir David Barry.

G0 On a attribué à certains topiques des eifels spécifiques pour rendre le poison inerte; on a, pour cette, raison , préconisé l’huile d’olives, l’ammoniaque liquide et l’eau de luce. Mais leur inefficacité a été complètement démontrée en France par Hunaud et Geolfroi.

Quant au traitement general , l’ammoniaque et l’arsenic ont , comme médicaments internes, les effets avantageux les plus évidents. L’eau de luce , regardée autrefois comme un spécifique, est de l’ammoniaque avec une petite proportion d’ambre, et conséquemment ressemble à l’esprit d’ammoniaque succiné. L'ammoniaque peut agir utilement en s’opposant à la syncope et à la dépression des forces vitales , niais elle n’est point un spécifique. Les personnes qui se trouvent sous l’influence du venin dfm serpent ou celles qui sont atteintes d hydrophobie ou de tétanos sont capables de supporter des doses extraordinaires de celte substance et d’autres médicaments très actils, comme l’opium et l’arsenic. Ce dernier est peut-être la substance la plus efficace de toutes comme antidote du venin introduit par la morsure des serpents. Les doses de liqueur arsénicale données toutes les demi-heures par IM . Trelund aux soldats mordus par le coluber carinatus , dans les Indes-Occidentales , contenaient un grain d'arsenic. A ce traitement il joignait l’administration de lavements purgatifs ; et dès que i’elïet purgatif et les

coliques commençaient , il discontinuait l’arsenic.

Dans l’Amérique du Sud , la plante nommée nnkania guaco jouit d’une grande réputation pour ses vertus dans celte circonstance ; mais probal) entent on se les est exagérées , et eu vérité il y a de nombreuses causes d'erreur. Les morsures de quelques serpents se terminent très-favorablement sans intervention d’aucun médicament. Les morsures de serpents produisent généralement des ellets très-inégaux , selon la saison de l’année, la température de l’air , l’état de vacuité ou de plénitude des ulricules dans lesquelles le venin est renfermé . et la force , la santé et le volume de l’an ini.il mordu. On rencontre chez les hommes de couleur et chez les bl ancs qui habitent les parties montagneuses et peu peuplées des états américains, des cas de mort presque instantanée par la morsure du ser| ent à sonnettes. Au contraire, un grand nombre d’autres individus n’éprouvent que des accidents peu graves a la suite de cette morsure. L’introduction du crochet mobile dans une veine est considérée comme inévitablement et promptement fatale. Il y a quelques années un homme entra à l'hôpital St-George pour une morsure de serpent à sonnettes. Il ne périt pas aussi promptement que quelques récits des effets dangereux du serpent à sonnettes nous conduiraient à le supposer.

Il y avait deux blessures sur la partie postérieure de la première phalange du pouce, et une autre sur l’index. Bientôt la main commença à se gonfler, et, en dix ou onze heures, tout le membre, l’aisselle et l’épaule furent très-froids et énormément enflés. Toute la surface du corps était remarquablement froide. A celte époque le malade avait toute sa tête, niais immédiatement après l’accident ses paroles offraient de l’incohérence. De l’aisselle le gonflement s'étendit sur le côté avec extravasation de sang le long des flancs, ce qui leur donnait un aspect marqueté.

La température du corps s'éleva alors, des syncopes répétées survinrent, des vésications apparurent en plusieurs endroits, un vaste abcès se forma au côté externe du coude, eL il s’en écoula une demi-pinte de matière rougeâtre. Survinrent alorsdes eschares gangréneuses dans l’aisselle, sur l'index et dans quelques autres points , et la mort survint le dixhuitième jour, quand les plaies formées

par la morsure elle-même se furent entièrement cicatrisées. L’autopsie ne présenta aucune antre altération morbide que la lésion du bras.

De'! piqûres et coupures reçues en disséquant. Les conséquences graves qui résultent de ces blessures doivent-elles être rapportées à l’introduction d'une matière vénéneuse dans la partie ou à l’effet de la simple blessure extérieure dans des états particuliers de l’économie, c’est une question non encore décidée.

On pense généralement que dans Ions les cas ces elfets dépendent quelquefois de l’introduction d’un principe vénéneux ou délétère dans la partie b essée, et je suis disposé a croire celte opinion juste pour les raisons suivantes.

Si les effets graves qui suivent parfois les co ipures et les piqûres reçues en disséquant pouvaient être rapportés à la simple blessure, d’où vient qu'on les remarque très- fréquemment quand les doigts et les mains sont blessés, et cela de la manière la plus légère, en examinant les cadavres d’individus morts de péritonite, et spécialement de péritonite puerpérale? Pourquoi ces effets sont-ils plus communs après les piqûres ou coupures reçues en ouvrant des cadavres appartenant à des individus morts récemment, qu’a près celles reçues en ouvrant des corps dans un état de décomposition plus avancé (I)? Ces fails sont généralement admis; et puisqu'ils sont mentionnés comine tels par ceux qui combattent la doctrine de l’infection vénéneuse, il est extraordinaire qu’ils ne se soient pas aperçus de leur lend.inee direcie à prouver dans tous leurs raisonnements sur ce sujet l'intervention active d'un virus. « Quel |ues suhsiauces animales privées de vie, observe e docteur Macarlney, sont plus disposées que d'autres à communiquer celle dangereuse maladie. Le simple attouchement

(1) En France, nous faisons la remarque tout opposée; savoir que les corps dont la putréfaction est avancée offrent dans ces circonstances beaucoup plus de chances au développement ries accidents.

Voici comment s’exprime à cet égard M. le professeur Sanson ainé (ouvr. cité, p. 148) : « Les piqûres que l'on se fait en disséquant ne provoquent guère d’accidents que lorsque l’instrument est imprégné de matières animales arrivées à un degré de putréfaction avancé. »

(IVote du trad.)

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE. 187

Je la substance cérébrale d’un individu mort récemment est capable au plus haut degré de la produire même sans qu’on sc soit fait aucune blessure. Le fluide séro • purulent trouvé dans les grandes cavités après la mort (si l’on n’emploie des moyens de s'y opposer), manque rarement son effet infectant; et le liquide animal le plus dangereux est celui qui est contenu dans l’abdomeiraprès la péritonite puerpérale, ou bien la sérosité trouvée dans les parties qui ont souffert une inflammation diffuse ou gangréneuse. Le cancer cérébriforme du foie et la substance des tumeurs ericéplialoïdes sont très-iri itantes , quand elles sont simplement appliquées aux mains sans aucune solution de continuité »

(onvr. cité, p. 1 0 6) .

D’autre part, nous voyons quelquefois des effets semblables en apparence se produire dans des étals particuliers de l’économie, par des coupures des piqûres ou d’autres lé.-uons mécaniques légères, qui ne peuvent en aucune manière avoir été compliquées de l’introduction ou de l’action d’une matière ■vénéneuse. Il est encore bien positif que malgré le nombre considérable de piqûres et écorchures des mains dans les dissections, la production d'effets sérieux sur la partie elle-même et sur l’économie est bornée à une très-petite proportion de ces cas. On pourrait aussi dire comme argument contre la doctrine de l’infection virulente, que le désordre général est toujours en proportion de l’étendue de la lésion locale, et que la maladie n'offre aucun caractère déterminé comme cçux qui marquent les effets produits par d autres poisons.

Le docteur Macarlney pense que le printemps prédispose à celte sorte d'inflammation , et que l’état de la constitution est pour beaucoup dans la tendance que l’on éprouve à être affecté par l'inoculation de la matière animale privée de vie. « Quand la santé générale est altérée par l’intempérance, l’inquiétude ou la fatigue, les blessures même ordinaires seront suivies de conséquences qui ne différeront guère de celles ducs a l’introduction des fluides du cadavre. L’observation de ce fait a conduit quelques Personnes à nier qu'il existât une qualité vénéneuse dans la matière animale morte, et elles ont assigné les effets des blessures reçues en disséquant à la nature de la plaie elle-même, qui souvent est de 1 espèce des piqûres et des déchire-

ments. Le docteur Macarfney observe qu’on trouve la preuve incontestable de l’erreur de celte opinion , quand on se rappelle que la même irritation se communique à une surface n’offrant aucune solution de continuité, et par la sécurité dans laquelle on se trouve après avoir lait usage de la dissolution d’alun , même quand il n’y a aucune plaie aux mains (1). »

Les effets graves qui résultent quelquefois des coupures ou des piqûres reçues en disséquant commencent par une sensation pénible et la suppuration de la partie blessée, une douleur et une irritation considérable dans le trajet des vaisseaux absorbants, un gonflement et une suppuration des glandes lymphatiques du côté interne du biceps ou dans l’aisselle, une fièvre et une perturbation générale plus ou moins furies. Dans quelques cas le pouls devient extrêmement accéléré mais faible, et on éprouve une sensation de détresse et d’anxiété inexprimable qui se peint sur les Iraits. Souvent il y a une exce-sive piostr.ilion des forces avec une langue chargée et un dérangement profond des fonctions de l’estomac , des intestins et du foie. Dans les cas les plus fâcheux le tissu cellulaire se distend d’une prodigieuse quantité de sérosité, et cela non-seulement dans le membre blessé mais depuis l’aisselle jusque sur une grande partie du côté de la poitrine et même de l’abdo-

(t) Je n’ai jamais vu d’accidents résulter de l'attouchement des matières animales quand il n’y avait point de solution de continuité à la peau. Le docteur Macarlney cite pourtant la substance cérébrale d’nn individu mort récemment, comme capable de produire au plus haut degré les accidents d’infoclion par le simple attouchement. Il m'est arrivé bien des fois de manier pendant long-temps des cerveaux provenant de sujets morts depuis cinq, quatre, trois deux jours, ou même ving’-quatre heures, sans en éprouver le moindre accident, bien que je me fusse servi d’eau simple ou d'eau de savon pour me laver les mains ensuite , et que j’eusse même lardé à faire cette ablution. Tous les anatomistes que j’ai vus dans les amphithéâtres sont dans le même cas, et je ne m explique pas la différence qui existe entre ce qu’a observé le docteur Macarlney et ce que nous voyons ici tous les jours dans les lieux destinés à la dissection. {Note du trad.)

mon ; les parties affectées offrent l'aspect général d’un érysipèle phlegmQneux, ou la peau est plus pâle et plus froide:

comme nous le voyons dans l'inflammation diffuse du (issu cellulaire. Quelquefois, comme la parfaitement décrit le docteur Macarlney, des inflammations najsi-ent les "nés après les autres dans des parties éloignées de la blessure primitive , et ne sont point liinilées par une effusion de fibrine. Du pus ne se forme pas toujours dans ces tumeurs; et si on les ouvre dans lu supposition qu'elles sont des abcès, on trouve souvent qu’elles contiennent une sérosité sanguinolente. Cependant chez la plupart des sujets que j ai soignés, de la matière purulente se forma et fut évacuée. Ces collections de fluide se rencontrent trèscommunément sous le muscle grand pectoral, et, comme le remarque le docteur TVIacarlney, en dehors du trajet des absorbants qui vont de la main à la veine sous-clavière. Dans quelques cas des vésicules ou pustules s’élèvent dans le voisinage de la plaie primitive Si le sujet échappe a lu mort, souvent sa sanlé demeure altérée-, et des indispositions étranges reviennent de temps en temps pendant plusieurs mois, et, comme je l’ai vu , pendant deux ou trois ans après (voyez Macartney sur l’inflammation ,

Les praticiens diffèrent complètement sur le choix du traitement convenable.

Les uns croyant à la présence d'une matière virulente conseillent l’applicaiion du nitrate d’argent, de la potasse caustique, de l'ammoniaque liquide, de l’acide nitrique ou du chlorure liquide d’antimoine sur la piqûre ou coupure dès qu’elle commence à êlre accompagnée de sensation pénible, et, au lieu du traitement anti phlogistique, recommandent une diète substantielle , des toniques, du vin et d’aulres cordiaux, les fonctions intestinales étant seulement entretenues par des purgatifs légers.

D’autres, doutant de l’existence et de l’action d’aucun poison dans la partie, mettent principalement leur confiance dans le traitement anli - plilogislique , évacuent la mat ère de bonne heure, appliquent des lotions froides ou des cataplasmes sur la partie elle-même, avec de nombreuses sangsues, et recourent à la saignée abondante et répétée, mouillent la tète avec des liquides froids, donnent des p irgalifsct quelquefois l’opium pour calmer l’excitation du système. Le con

scil que je donne habituellement aux élèves est de soumettre tout d’abord ht plaie à une lorle succion , d’y appliquer ensuite le nitrate d’argent, puis, la main étant couverte dune lolion légèrement volatile, de la porter en écharpe

Je crois qu’au début on fait généralement bien de préférer le traitement antiphlogistique ; mais quand un érysipèle phlegmoneux, ou une inflammation d ffuse du tissu cellulaire ou des abcès surviennent, l’on devra diriger le traitement d’après les principes exposés au chapitre de ces maladies.

Le docteur Macartney dit que dans ces quinze dernières années, pendant lesquelles il a occupé la chaire d’anatomie à l’université de Dublin, aucun accident grave ne suivit les blessures reçues en disséquant, quand les moyens préventifs convenables avaient été mis en usage, c’est-à-dire quand on avait immédiatement lavé la partie blessée , et qu’on l’avait ensuite maintenue mouillée d’une solution d’alun dans l’eau pendant quelques heures.

Morsure d’uu animal enragé ( rabies canina , hydrophobie). — La morsure d’un chien enragé ou de quelques autres animaux enragés est l’espèce de blessusure empoisonnée la plus dangereuse que l’on puisse rencontrer dans nos pays , parce qu’elle peut être suivie d’un des désordres les moins remédiables et les plus rapidement funestes que puisse avoir à souffrir l’économie humaine.

Les exemples d’hydrophobie peuvent être divisés en deux classes : — d’abord ceux qui ne peuvent être attribués à la morsure d’un animal enragé, ou à l’application de sa salive sur une blessure ou une surface excoriée ; et secondement tous les cas qui sont produits soit par l’introduction delà salive de l’animal enragé dans la plaie, soit par l’application de ce même liquide à une surface excoriée.

La première classe d’hydrophobies n'est pas, à strictement parler, de mon ressort. Je puis cependant dire qu’elle comprend les cas de rage symptomatique et de celle idiopathique ou spontanée. La première d vision, celle des cas de rage symptomatique, est constituée par une affection purement nerveuse accompagnant certains désordres inflammatoireset fébriles joints quelquefois à une peur extrême de l’eau. Quant à l’existence réelle de 1 hydrophobie spontanée et idiopathique, c'est un sujet de contestation; et je pense qu’il y a lieu de douter fortement de la justesse

DE PATHOLOGIE

de celte doctrine, puisqu’on ne saurait avoir grand confiance dans l'histoire des individus qu’on cite pour prouver l’existence de celte maladie. Ce sont en général des gens ivrognes et à habitudes irrégulières, couclianl souvent dans les rues pendant la nuit. Des gens de celle espèce pourraient avoir été mordus par des chiens enragés, ou quelque partie de leur peau dénudée de son épiderme avoir été léchée par des chiens atteints de la rage, mais non soupçonnés d’être malades, et par conséquent ils pourraient n’avoir conserve aucun souvenir de celte circonstance. Dans les premières périodes de la rage, on empêche rarement les chiens de courir au dehors comme de Coutume; ils sont souvent admis à l’intérieur de la maison, et caressés par les enfants et les autres personnes dont ou leur laisse lécher les mains et, le visage.

Si la peau présente un petit bouton ou line écorchure, celle habitude peut amener la communication de 1 hydrophobie.

Mais, laissant aux médecins le soin de juger la question de l’hydrophobie spontanée (1), je vais m’occuper du genre de désordre qui provient de l’introduction d’un poison spécifique dans une blessure ou de son application à une partie excoriée, poison contenu dans la salive d’un chien, d’un chat, d’un renard, ou, si c’est sur le continent, d’un loup enragé.

On assure quelquefois que l’hydrophobie se développe toujours originairement chez les animaux de l’espèce du chien et point chez d’autres, surtout jamais chez

(1) Je puis ci ter une observation en faveur de l’hydrophobie spontanée. En février 1837, 'uiie jèliHc fille fut admise dans le service de itl. Louis, à la Pitié. L'es particularités les plus importantes que j ai recueillies sont les suivantes : cette jeune tille âgée de quinze ans, non encore réglée, traînait une petite charrette avec laquelle elle eut le malheur de blesser un enfant dans la rue. Elle en manifesta un chagrin extrême et sembla profondément impressionnée : cependant elle parut s’en .consoler et même n’y plus penser; mais deux jours après, douleurs de gorge et dans les membres, point de toux; la nuit suivante, agitation; le lendemain, refus des boissons, sputation fréquente, coifslriciion de la gorge, grande anxiété, mouvements convulsifs.

On essaie d'administrer des opiacés, niais la malade ne vcui point les prendre, parce qu’ils sont sous forme liquide;

ceux de l’espèce du cliat, bien qu’elle puisse leur être communiquée par la morsure d’un chien enragé. Mais ceci esl un point obscur sur lequel il y a autant de dissensions que sur l’origine spontanée de l’hydrophobie chez l’espèce humaine. Cette maladie est cependant sûrement transmissible de ces animaux non - seulement à l’homme mais à quelques autres quadrupèdes, et même, diton, aux oiseaux, comme par exemple à la poule ordinaire. Bien que les animaux de l’espèce du chien et du chat puissent communiquer cette affection à d’autres animaux, on ne sait pas positivement si les herbivores ont la même faculté. Ashburner, dans son Ds-ai sur la rage, rapporte un cas dans lequel une poule devint enragée après avoir été inoculée avec la salive d’un bœuf enragé ; mais je ne sais si d’autres faits sont venus à l’appui de cette observation. Dans le journal de llufeland on voit un exemple d’hydrophobie occasionnée par la morsure d’un blaireau. On a fait des expériences pour savoir si un homme pourrait communiquer cette maladie à d’autres animaux, mais on n’a jamais pu montrer des exemples irrécusables de cette transmission jusqu’à l’année 1813, alors que MM. Magendie et Brescliet prirent de la salive d’un homme dans la dernière période de l’hydrophobie, et s’en servirent pour inoculer un chien qui devint enragé dix -huit jours après et mordit deux autres chiens dont l’un devint enragé et mourut au bout de trente jours. Ce fait paraît démontrer assez clairement que

elle demande une saignée, son médecin n’y. confient pas; on la transporte à la Pitié, on on la couché et on la lie dans son lit; on lui administre des lavements laudanisés, et on lui fait enfin avaler un peu de boisson; le corps no présente aucune trace de morsure, et l’on ne peut invoquer d’après les récils et les examens de la malade, que la vive impression qu’elle a éprouvée pour expliquer son hydrophobie. Lu mort étant survenue, l’autopsie est faite, et nous, trouvons la piemérc un peu injectée, la substance corticale du cerveau légèrement colorée, la substance blanche quelque peu injectée par places; un petit épanchement dans les ventricules; cervelet et moelle épinière sains; rien de remarquable au pharynx; estomac petit et ne contenant qu’une cuillerée d’un liquide épais.

(Note dit tiad.)

l’homme pourrait communiquer cette affection à d’autres animaux. Il n'y a jamais eu d’exemple d'homme enragé communiquant sa maladie à un autre homme, bien que quelques personnes hydrophobes deviennent parlois si difficiles à contenir qu’elles mordent ceux qui les entourent. Je me rappelle qu’à l’hôpital St- Bartholomew un médecin fut mordu par un malade atteint d'hydrophobie, mais il n’en résulta aucune conséquence fâcheuse.

La blessure produite par la morsure d’un animal enragé, n’est pas toujours suivie d’hydrophobie; ce fait mérite une attention particulière parce qu’on s’efforce souvent de convaincre le vulgaire que certains spécifi|ues et remèdes secrets peuvent s’opposer au développement de ('hydrophobie. Parmi le nombre considérable de personnes mordues par des chiens dont lu rage est bien positive, il n’y en a qu’une faible proportion chez lesquelles la rage se développe. Le docteur Jean limiter, qui a publié sur ce sujet un excellent mémoire , donne une liste de vingt personnes qui lurent mordues par le même chien enragé, cependant sur ce nombre une seule fut atteinte d’hydrophobie. D’après les calculs du docteur Hamiiton , il paraîtrait que la proportion d’individus atteints de rage, après avoir été mordus par des chiens certainement enragés, serait d’un sur soixante ou soixante - dix ; peut-être ce prorata est- il au-dessous de la vérité, et il en est certainement ainsi à l’égard de ceux qui sont mordus par des loups enragés. En France, vingt-trois personnes furent mordues par une louve enragée , et treize d’entre elles moururent hydrophobes. Dans un autre cas neuf sur dix eurent le même sort, et dans une troisième circonstance, sur vingt-quatre individus mordus par un loup près de La Rochelle, dix-huit succombèrent. 11 paraît donc que les morsures de loups enragés sont extrêmement dangereuses, fait dont on a une explication satisfaisante quand on se rappelle que leurs dents plus grandes pénètrent aussi plus profondément que celles de la généralité des chiens. La profondeur, l’étendue et la situation de la moi sure sont évidemment des circonstances qui doivent avoir de l’influence sur l’affection générale du système. Les morsures des mains ou de la face, qui sont des parties découverles, sont plus dangereuses que les morsures e des autres endroits que les vêlements «4 à la Jamaïque, dans quelques parties de

recouvrent, parce que dans ces derniers cas les dents se trouvent vraisemblablement nettoyées de la salive enveminée avant de pénétrer dans les chairs et par conséquent il y a moins de chances de pénétration du poison dans la blessure.

Les chiens paraissent plus susceptibles de cette maladie que l’espèce humaine.

Un chien enragé mordit quatre personnes et douze chiens; il n’y eut pas un seul individu atteint d hydrophobie, bien qu on ne leur fit aucun traitement particulier, et ils eurent seulement recours aux moyens dans lesquels l’expérience quotidienne nous apprend qu’il faut mettre noire confiance , tandis que tous les chiens devinrent enragés. Le mot hydrophobie est rarement applicable à la maladie telle qu elle se présente chez les chiens; car ils peuvent en général laper IVau sans difficulté et en sont quelquefois très-avides, ce que l’on regarde généralement comme une preuve suffisante qu’ils doivent être exempts de la maladie. C’est une erreur grave, car, comme je viens de le dire, ils sont laplupart très -avides d’eau, et la lapent avec une extrême activité. Quant aux loups enragés, lorsqu’ils sont poursuivis, ils n’hésitent pas à traverser à la nage les rivières les plus larges et les plus rapides sans avoir la moindre peur de l’eau. Il ne faut pas non plus s’imaginer que les chiens soient furieux au début de la maladie. Ils sont d’abord simplement irritables ; plus tard ils mordront d’autres chiens et même des hommes s’il s’en trouve sur leur passage, mais en général ils ne se détourneront pas de leur chemin pour le faire. Dans les premiers temps où la maladie fait sentir .--on influence, les habitudes du chien subissent des changements considérables ; on le voit ramasser avec avidité ies petits objets qui se trouvent à terre, et même dévorer ses propres excréments. Sa voix est altérée, le Ion de son aboiement est entièrement différent de ce qu’il est dans l étal de santé ; le changement est analogue à celui que subit la voix des cholériques. On observe la même circonstance chez les autres animaux enragés, ctsurtout chez lesmoiilons.C’cslfaire une supposition complètement erronée que de croire les chiens plus sujets à l’hydrophobie dans le temps chaud que dans un autre; et cela est si loin d'être la vérité que la chaleur n’a aucune influence sur le développement de celte maladie, car

la quelle la chaleur est fort intense, on n’a pas vu un seul chien enragé pendant le long espace de quarante ans. Comme on rencontre aussi quelquefois des chiens enragés pi ndant l’hiver, d'aulres personnes crédules ont mis en avant une autre hypothèse : savoir que les chiens deviennent enragés dans celle saison de l’année parce qu’ils ne peuvent pas toujours se procurer une quantité d’eau suftisaiile à cause de la congélation des mares ou étangs. Mais un fait suffit pour réfuter ces spéculations oiseuses. En Franceona tenu un compte de tous les chiens qui sont devenus enragés pendant un an, et on a trouvé que le plus petit nombre d’entre eux s’est rencontré en janvier et août, l’un le mois le [dus froid, et l’autre le mois le plus chaud de l’année. Je crois donc que nous ne pouvons attacher aucune importance aux explications de la cause de l’origine de la rage chez les chiens en les fondant sur l’inlluence de la chaleur ou du froid.

Dans l’espèce humaine , l’intervalle qui s'écoule entre la morsure et le développement de la rage est différent suivant les différents cas : la majorité des individus est frappée de rage entre le trentième et le quarantième jour; et plus une personne dépasse celte période sans ressentir aucune atteinte du mal, plus elle a de chance d’échapper complètement à la maladie. Sur un total de cent trente-un cas on trouve qu’il n’y eut pas un seul individu affecté avant le onzième jour après la morsure, et seulement trois furent atteints le dix-huitième. Les auteurs rapportent quelques cas où l’intervalle écoulé entre l’instant delà morsure et celui de l’apparition de l’hydrophobie a été de dix, douze, vingt, et même trente ans. Mais on ne peut croire aveuglément de telles assertions, et les p-ens sensés ne pourront guère ajouter foi à la relation d’un cas dans lequel cet intervalle serait représenté comme ayant duré plus d’un an et demi. La blessure qui résulte de la morsure d’un animal enragé se cicatrise en général aussi promptement que le font les autres plaies ordinaires, et celte cicatrisation est ordinairement achevée long - temps avant l’apparition des symptômes d’hydrophobie; ces derniers ne survenant guère avant cinq ou six semaines à dater de l’époque de la morsure. Avant la révolution de celte période, la blessure est aussi bien que possible; mais quand les symptômes généraux débutent avant la complèlc ci-

catrisation de la plaie , au lieu de présenter des bourgeons charnus de hou caractère et de sécréter un pus louable la partie mordue prend un aspect enflammé et gangréneux, et la matière purulente qu elle secrète est peu abondante , de mauvaise nalure, claire et sanieuse. A une époque plus ou moins éloignée de la réception de la morsure, et souvent longtemps après celle-ci, le malade ressent une douleur aiguë dans la partie mordue; que si la plaie se trouve à la main, cette douleur est telle qu’elle s’élend en particulier jusqu’au muscle trapèze ou au côté du cou. En même temps la cicatrice, si la plaie s’était refermée, se gonfle, s’enflamme et quelquefois suppure en laissant s’écouler un fluide ichoreux ; mais dans d’autres cas la partie peut ne point s’enflammer du tout, et la maladie peut survenir sans que le malade ait la plus petite sensation pénible dans le lieu de la morsure. Suivant les différentes constitutions, les autres symptômes varient aussi. Au début de la maladie, ou pendant sa première période, il y a en général un grand abattement moral et une anxiété inexprimable; quelquefois un froid ou frisson est un des symptômes qui apparaissent les premiers. Souvent le sommeil est troublé par des songes effrayants ou des soubresauts spasmodiques. Le pouls est plus fréquent et plus fort que dans l’état de santé, et le système nerveux est plus impressionnable. En un mot, tous les sens externes deviennent plus vifs : les yeux, dont les pupilles sont largement dilatées, ne peuvent supporter la lumière; le sujet recherche 1 ombre ou meme se cache dans un lieu obscur; les plus légers bruits l’agitent, et, dans cette première période, malgré l’augmentation de la soif, l’appé-j tit est perdu. Chez quelques malades l’augmentation de la sensibilité de la surface du corps est telle que l’on ne peut même toucher leurs cheveux sans produire une agitation convulsive générale. M. Magendie a vu un cas de cette nature. La durée de la première période est quelquefois très-courte, et sa forme de nalure à ne pas toujours faire soupçonner le commencement de celte affection terrible et fatale. Quelques individus ne sont malades qu’un ou deux jours, mais d’autres le sont cinq ou six jours avant la seconde période qui se manifeste par la crainte des liquides. La vue de l’eau, ou toute tentative de boire des liquides, amèue alors une agitation cou-

TIIAITÉ ÏLÉMENTAIKK

vulsive et violente du système musculaire et un tel sentiment de suffocation que ceux dont la force de résistance est la plus énergique ne peuvent la supporter. Ces paroxysmes de trouble convulsif violent des muscles et le sentiment de suffocation sont certainement les effets les plus patents d’efforts de déglutition ou même du regard des liquides , mais ils peuvent aussi être excités chez les hydrophobes par d’autres causes, telles que l’ouverture ou la fermeturfe d’une porte ou d’une fenêtre, un courant’ d’air, une lumière brillante ou le rellet d’une glace. Quelques malades , bien qu’incapables d'avaler des liquides , a\ a'eront cependant des fruits juteux si lorsqu’on les leur présente eur surface extérieure est parfaitement sèche. L’influence des différents sons sur les hydrophobes est très-curieuse. Quelques-uns de ces malheureux peuvent supporter un grand bruit sans trop en souffrir; mais si ce bruit est de nature à s’associer à l’idée des liquides, alors une excessive agitation et les paroxysmes des [dus vives Souffrances se produisent. Peu d’hydropliobes peuvent supporter le bruit d’une pompe ou le tintement des tasses et des soucoupes ou celui de la vaisselle..

Quand , par un effort extraordinaire , des malades parviennent à faire pénétrer du liquide dans leur estomac, il est promptement rejeté joint à une abondante quantité de mucus et de fluide grisâtre. Un aulre symptôme alarmant est la production de glaires filantes et épaisses dans la gorge et l’arrière - bouche ; celle matière est si tenace que le malade la compare à de la glu. Ses efforts conslanls pour délivrer sa bouche et sa gorge de celte sécrétion suffocante mettent sa mâchoire dans un mouvement perpétuel ; et aussitôt qu’il parvient à se débarrasser d’une certaine quantité de celte matière il s’en est reformé une autre, de sorte qu’il n'y a point de relâche dans les souffrances du patient. Dans la dernière période de la rage le pouls est précipité, la respiration laborieuse, l’anxiété peinte dans l’attitude du malade, et les traits horriblement contractés. Quelquefois le malade est réellement furieux et on ne peut le maintenir, mais le plus souvent il n’en est pas ainsi. Il peut être dans un élat d’exaspération telle qu’il se morde lui -même, on morde ci Ux qui l'entourent , mais le plus ordinairement il est tout-A-fai! raisonnable et facile à gouverner. En général, il y a vers l'épi-

gastre et la poitrine une douleur assez marquée; le malade fes t toujours constipé, mais l'urine est abondante et fortement colorée.

L époque a laquelle survient ordinairement la mort par suite d’hydrophobie est un point qui mérile une attention toute particulière, parce que l’époque de la maladie à laquelle la mort arrive est un moyen de distinguer l’hydrophobie de quelques autres affections avi-c lesquelles on la confond souvent. Le malade vit rarement au-delà de quaire ou six jours à dater du commencement des accidents d’hydiophobie, et alors il succombe soit dans une convulsion générale violente, soit dans un état de calme mais d’épuisement complet. L’époque de mort la plus ordinaire est du deuxième au troisième jour, à compter du moment oh se manifeste décidément l’horreur des liquides. J'ai eu connaissance d’un exemple de mort dans les vingt-quatre heures, niais le malade était un enfant.

Lps remarques suivantes serviront à distinguer l’hydrophobie du tétanos Le tétanos commence toujours par un spasme des muscles de la mâchoire, qui demeure fixée tl’une manière ferme ; dans l’hyitrophobie , au contraire, la mâchoire est perpétuellement en mouvement par suite des efforts incessants du malade pour rejeter cette sécrétion visqueuse et gluante dont j’ai déjà parlé.

Dans la rage les muscles ne sont pas constamment tendus et rigides, ils sont quelquefois relâchés; dans le tétanos ils son! condamment rigides et durs. Les spasmes, à la vérité, augmentent périodiquement de violence, niais les muscles affectés ne se relâchent jamais entièrement.

Bien que dans le tétanos il y ait de la difficulté de déglutition, il y a rarement aversion positive pour les liquides, ou crainte de ceux-ci; le malade restera long-temps dans un bain sans s’en Irouver incomntndé : il n’en est pas ainsi dans l’hydrophobie. Là seule idée d'être mis i dans un bain exciterait chez l’enragé une commotion qui le ferait probablemmt périr bientôt.

Les paroxysmes du tétanos ne sont ni excités ni augmentés par la lumière; ils ne sont point influencés par le bruit ou la vue de l’eau, mais ceux de l'hydro— phobie sonl violemment augmentés parr des causes de cette nature.

Le tétanos survient ordinairement peu après la réception de la blessure, c’est--

1)£ PATHOLOGIE CHTIUJKG1CALE.

à-dire dans l'espace Je peu de jours; l’hydropliobie ne commence généralement pas avant qu’un intervalle de temps considérable ne se soit écoulé depuis le moment de la morsure.

l e ict.inos vient à la suite de toute espèce de blessure, même après une opération chirurgicale: mais comme l’Ivydrophobie ne peut être produite que par l’application delà salive d’un animal enragé sur une partie excoriée ou dans une plaie, elle doit nécessairement avoir été précédée parla morsure d’un animal enragé, ou par l’application de sa salive sur une partie excoriée de la surface du corps (1).

I.’exunen cadavérique des individus qui ont succombé à la rage peut nous faire rencontrer souvent des traces d'inflammation dans quelque partie du canal alimentaire, dans la membrane muqueuse du pharynx, de l’œsophage, de l’estomac ou des intestins; le tissu muqueuxde ces organes peut non -seulement présenter des traces d’inflammation mais même de ce qu’on pourrait appeler de la gangrène. On découvre fréquemment aussi des marques d’inflammation dans les organes respiratoires, la membrane muqueuse du larynx, de la trachée ou des bronches. Dans quelques cas il y a une apparence d inflammation vers la moelle épinière, une vascularité plus grande , un état d’épaississement de ses membranes, et les veines qui suivent la direction de la moelle elle - même semblent élargies et tortueuses. On voit au Muséum du collège de l’Université l’estomac d'un individu mort hydrophobe. Il a élé retourné, la surface interne étant devenue extérieure, puis on l’a fait sécher cl mis dans

(1) A moins qu’on n’admelte l’existence de la rage sponianée ou hydrophobi : indienne dont j'ai cité un exemple quelques pages plus haut : les auteurs en citent encore d’autres. Pinel rapporte dans sa Nosographie philosophique, t. ut, p. 145, 4e éd . , l’histoire d’un militaire devenu spontanément hydrophobe à la suite d’une extrême frayeur; ce cas est absolument analogue à celui que j'ai consigné dans cet ouvrage. Ce n’est d'ailleurs point ici le lieu de discuter cette question, il vaut mieux renvoyer le lecteur aux auteurs qui ont écrit spécialement sur ce sujet cl en particulier à I.avirottè, Journal des savants, août 1757, p. 81, et à l’ouvrage de Saint-Martin.

(Note du irad.)

S. Coopcr.

l’ esprit-dé- vin ; il est aisé d’y remarquer une augmentation de vascularisation, et vers la petite courbure un chapelet ou cordon de glandes accrues en volume.

Le virus de la rage est, à ce que l’on croit, généralement contenu dans la salive d’un animal enragé; mais comme les glandes salivaires ne paraissent subir aucun changement de structure, M. Trolliet, qui a écrit un ouvrage remarquable sur cette maladie il y a quelques années, émit l’opinion que la sécrétion avec laquelle le virus de la rage est réellement mêlé est le mucus des organes respiratoires (l). Il crut cette opinion exacte, parce que les traces de l'inflammation existaient dans les poumons et la muqueuse des voies aériennes, tandis qu’on ne découvrait aucune altération du côté des glandes salivaires. Cependant les observations de Trolliet sur ce point se sont fait peu de partisans, cl bientôt on constata que les vestiges d’inflammation sur la membrane muqueuse des organes respiratoires chez les animaux enragés étaient loin d’être une circonstance constante , car RT. Alagcndie disséqua plusieurs moutons enragés chez lesquels on ne put découvrir aucune trace d’inflammation dans un point quelconque des organes de la respiration.

Les dissections ont été utiles en faisant cesser l’erreur que je viens de signaler, mais je suis avec peine obligé d’avouer qu’à d’antres égards elles n’ont jeté aucune lumière soit sur la nature , soit sur le traitement de la rage. En somme, bien que souvent on remarque des traces d’inflammation dans les organes mentionnés ci-dessus, on ne les observe que dans une certaine proportion des cas. Il n’y a rien de régulier ni de constant dans les traces d’inflammation qui se remarquent en des points ou organes particuliers, de sort ' que quand on la rencontre elle semble plutôt une circonstance accidentelle qu’essentielle. Quel-

ti; serait pem-etre ici le moment de parler des pustules ou vésicules do Marochclti ; mais comme il en est question plus loin , je ne crois point devoir entrer dans des détails, afin d’éviter des répétitions. On verra qu’en Angleterre on n’a point retrouvé ces vésicules sous la langue; mais en France., en Allemagne cl en Italie, on a constaté chez les enragés l’existence de petites vésicules sublinguales, contenant un peu de sanie jaunâtre ou verdâtre. (Noie du tvad.)

J 91 tRAlTK ÉLÉMENtAiRE

que fois les poumons sont emphysémateux; des vésicules se sont formées sous la plèvre pulmonaire; elles sont, à ce qu’on pense , dues à la rupture de quelques cellules aériennes dans les efforts convulsifs violents de respiration pendant le cours de la maladie.

La rage étant encore regardée comme un mal incurable, il doit toujours être de la plus haute importance de prévenir ses attaques ou le commencement des symptômes. Heureusement on peut toujours y réussir en enlevant lu partie blessée aussi promptement que possible.

Lors donc que nous sommes appelés pour une personne qui a été mordue par un animal enragé ou soupçonné tel, nous devons ne point perdre de temps , cl, si I operation est praticable, recourir immédialeinent à l'excision complète des parties mordues. Quelquefois on se trouve dans une grande perplexité au sujet de la situation ou du nombre des morsures ; ainsi nous pouvons rencontrer des cas où les parties dans lesquelles les dénis de l’animal ont pénétré sont très- nombreuses ; nous pouvons aussi être consultés par des personnes chez lest] ne: les les dents de l’animal enragé ont pénétré dans les petits os du carpe ou du tarse, ou immédiatement contre les parois d'une grande artère. Je me rappelle un cas dans lequel la morsure était située immédiatement contre l’artère radiale. Dans cette circonstance l’ampuiaiion a élé proposée, mais il serait peut être plus rationnel d’exciser complètement les parties mordues , ainsi que la portion de l’artère qui s’est trouvée touchée, et de poser alors une ligature sur les deux bouts du vaisseau.

L'excision de la partie mordue doit être adoptée de bonne heure, car c'est le moyen incontestablement le plusifficace d’empêcher les atteintes de 1 hydrophobie ; mais afin de remplir le but proposé, l’incision doit être assez profonde. 11 arrive fréquemment qu’il n’est point sûrement possible d exciser totalement la partie atteinte par les dents de J animal , et pour cette raison avant de commencer l’opération je recommande une précaution très-simple, mais certainement prudente, savoir : de laver soigneu-ement la partie blessée, et pour cela nous pouvons la s.-cr un courant d’eau tomber sur elle de quelque hauteur par le goulot d'une théière, ou lancer avec force de l’eau chaude contre la partie «à l’aide d’une seringue. JNous pouvons ainsi en-

lever par le lavage toufe particule de virus logée sur la surface de la plaie ou près de son orifice. Je recommande d’adopler la méthode conseillée par sir David Barry : l’ablution doit êire suivie de l’application d’une ventouse sur la partie; nous aurons ainsi la chance d’enlever une autre portion du virus, et dans tous les cas nous suspendrons l’action des absorbants dans la pai lie, action qui, comme le prouvent les expériences intéressantes de sir David Barry, ne peut continuer à s’exercer quand on supprime la pression atmosphérique.

A près avoir pris ces soins , nous devons pratiquer 1 excision de la manière la plus complète possible et appliquer de nouveau la ventouse. Enfin, pour obtenir une sécurité encore pms parfaite, nous pouvons ensuite cautériser lu partie. Tels sont les moyens les plus efficaces que je puisse conseiller pour empêcher l’absorption du virus de l’bydrophnbie ; et nul doute que si on y recourt dans l’ordre que j'ai spécifié, i.s manqueront rarement leur effet . Dans les cas de morsure de serpents, nous ne sommes pas, comme dans ceux de rage, à même de nous opposer à l’influence du poison sur l’économie, parce que .es effets du poison se produisent avec une rapidité surprenante, et, à moins d'être sur la place au moment de leur morsure, l’economie serait affectée avant que nous ne pussions ineltie les moyens préventifs en pratique; mais dans l’espèce de ble-sures empoisonnées qui nous occupe maintenant le virus e=t plus lent dans son opération. et par conséquent nos moy ens de détourner son action sur le système nous offriront plus de chances de succès L’intervalle qui sépare le moment de la morsure du désordre général étant de longue durée et l’admission du virus tardive, on soutient quelquefois l’opinion que, si l'excision n'a pas été faite de prime-abord, elle csl encore indiquée tout le temps que les accidents géneraui n’int pas encore commencé; à moins qu’il ne se soit écoulé plus de huit ou dix semaines depuis le moment de la morsure, car après la sixième semaine les chances de développement de l'hydrophobie diminuent de jour en jour.

Plus tôt nous excisons la partie, et plus, sans aucun doute, nous avons de chances : de prévenir la rage. On ne doit jamais mettre sa confiance dans l'emploi d'uni caustique seul, car on rapporte bien des cas où il a manqué d’efficacité.

DE PATltOLOCrfe CHinUItGICALE. 195

Ou a proposé d’autres traitements pour empêcher la rage. Autrefois une médecine en grande réputation était Yormskirk médecine , mais aujourd’hui elle s'est bien discréditée. On peut en dire autant de la submersion dans la mer. 11 y a quelques années un médecin russe, Marochetti, vanta l’administration du genista tincioria ou genestrolle , à haute dose, et recommanda de piquer avec une lancette certaines petites vésicules qui, d'après lui, se forment sous la tangue, entre le troisième et le neuvième jour après la morsure. On dit que ces vésicules ou pustules se forment près des orifices des conduits des glandes sous-maxillaires. On a fait de nombreuses recherches pour les découvrir, mais je crois qu’on ne les a jamais observées dans ce pays. En France on dit que M. M.igislal les a remarquées dans plusieurs cas et a essayé le traitement de Marochetti qui a échoué dans ses mains, et n’est pas maintenant pour nous le sujet d’un grand intérêt.

On appréciera dûment l’importance du traitement préventif si l’on se rappelle qu’après le commencement des symptômes constitutionnels la guérison de l’hydrophobie est si rare que la seule circonstance du retour à la santé fait naître l’idée que la maladie a bien pu ne pas être une véritable hydrophobie.

Dans quelques autres cas de blessures empoisonnées et surtout de morsures de serpents venimeux, les malades supporteront. sans danger d’être empoisonnés, des doses énormes des substances les plus actives. La liqueur arsenicale a été donnée toutes les deux heures à des doses renfermant non moins d’un grain d arsenic sans produire d’effets d‘Uétères ; ce fait a été observé dans l'hy Iropbobic et le tétanos. M. Magendie a di-so .s dix grains d’opium dans l’eau et injecte cette solution dans le système veineux sans produire aucun effet „arcoti |iie ni trouble dans l’économie par cette expérii nce. L’acide hydrocyaniuue lui-même a, dil-on, été injecté dans les Veines sans produire son effet délétère habituel. Ces faits font supposer que p ohtblemerit on ne découvrira jamais aucune substance capable de guérir l’hydrophobie.

M. Magendie ayant observé dans quelques expériences sur les animaux que injection Je I e<iu d.tus 1 r»s veines scm- ^ lait sur les nerfs un effet calmant,

lut conduit u essayer cette méthode dans

l’hydrophobie. Chez un malade il introduisit une quanlilé considérable d’eau dans le système veineux pendant les |>aroxysmes de manière à produire une pléthore artificielle , d’abord avec quelque apparence de succès, car le malade devint tranquille, parut pendant quelque temps soulagé , et vécut neuf jours, circonstance peu commune, puisque les malades meurent généralement en quarante ou cinquante heures, et il en est très-peu qui passent le sixième jour.

Aussitôt donc que les détails de ce fait furent publiés, ils firent espérer qu’u .e découverte très-importante avaitété faite; mais des tentatives subséquentes n’out pas confirmé sa valeur, et maintenant on la juge aussi peu utile que tous les autres moyens inventés pour guérir celle maladie.

Un autre moyen , qui s’est fait une grande réputation dans les Indes orientales, est de saigner le malade jusqu’à la syncope {ai delir/uium). On cile des exemples de succès par celle méthode, mais les essais que l’on en a faits en Europe n’ont point confirmé son efficacité. Je ne puis mentionner tous les modes de traitement le plus vivement recommandés, que pour établir comment ils ont été appliqués sans succès: ainsi on a administré des doses énormes d’opium sans en retirer aucun effet avantageux; il en est de même de l'acétate de morphine et de l’ammoniaque pure. La belladone a élé administrée par la bouche et injectée dans les veines sans aucun résultat utile. On a en vain recouru aux lavements au tabac. Dans d’autres cas on a lavé les parties avec de l’acide liydrochlorique que l’on a aussi donné à l’intérieur à la dose d’un gros dans l’espace de vingt-quatre heures, sous forme de pilules faites avec de la mie de pain. On a essayé le galvanisme avec un égal insuccès; et, parmi les moyens extraordinaires proposés, je puis encore noter les tentatives d arrêter l ac ion du virus rabié que sur l’économie par l'influence d un autre poison animal très-puissant, celui de la vipère. D’après cette vue un a fait mordre le malade par des xûjières; mais cet es>ai, qui fut fait en Italie, n’eu’t point un résultat efficace. Les prépurations arsenicales et la pilule de Tanjore qui a joui aux Indes d’une si grande réputation comme moyen d'empêcher les lunestes effets de la morsure des serpents, le nitrate de mercure, la térébenthine, et trente ou quarante autres

196 traité Elémentaire

substances qui pourraient être énumérées, ont tous été essayés et on a vu qu’ils ne jouissaient il aucun effet contre l’hydropliobie.

DE QUELQUES DÉSORDRES DES SYSTEMES MUS- CULAIRE ET NERVEUX PAR SUITE DE BLES- SURES.

J’ai déjà parlé des effets généraux ordinaires des blessures, tels que l’inflammation , la suppuration , les abcès et la fièvre; mais, indépendamment de ces résultats habituels , nous observons que les blessures conduisent quelquefois à un dé-ordre de l’économie qui porte manifestement sur les systèmes nerveux et musculaire d’une manière et à un degré extraordinaire. Ainsi, chez certains sujets une lésion locale simple, n’atteignant aucune partie importante, donnera lieu à un trouble violent du système nerveux. Quelques personnes tombent t mjours sans connaissance à propos d’une égr.i tiguure ou d’une piqûre d’aiguille , et d’autres sont saisies de c nvulsions et de vomissements pour une cause aussi légère. J’ai vu des malades mourir avant l’achèvement d’opérations qui n’auraient pas été dangercu-es du tout pour la généralité des hommes, ou pour ceux dont les conditions vitales étaient meilleures. J’ai vu des individus mourir sur la table d’opérations, quoiqu’ils n’eussent nullement été débilités et qu’ils n’eussent pas perdu beaucoup de. sang pendant l’opération. Si on prévoyait de semblables états idiosyncrasiques, le chirurgien ferait bien, je pense, d’administrer une dose d'opium ou de quelque cordial avant l’opération.

Une des affections les plus dangereuses de l’économie animale produite quelquefois par les blessures est le tétanos , maladie qui se rencontre beaucoup moins fréquemment dans ce pays et les autres parties du globe où le climat est tempéré, que dans les pays chauds où il est disposé à naître des blessures les plus légères. On peut définir le tétanos une contraction spasmodique avec rigidité des muscles volontaires. Dans quelques cas les muscles d’une ou de plusieurs régions sont seuls allectes , dans d autres le désordre étend son influence à tous les muscles de la vie volontaire. Leur contraction, rigidité et tension extraordinaires se maintiennent sans aucun relâche complet à aucune époque , et sous ce point de vue le tétanos diffère de

l’hydrophobie comme des spasmes et convulsions ordinaires. Quand les muscles de la partie postérieure du cou et du long du dos sont ainsi raidis et contractés et que le corps est tiré en arrière, la maladie est appelée opislhotonos ; mais quand l’action des muscles abdominaux se trouve prépondérante de manière à plier le corps en avant, la maladie reçoit le nom d ’eniprostholonos. Selon le baron Larrey, qui a eu de nombreuses occasions de voir la maladie quand il se trouvait en Égypte avec l’armée française, il paraît que quand la blessure existait au dos le télanos prenait ordinairement lu forme d ’opistholonos; mais s’il arrivait que la blessure fût à la partie antérieure du tronc et que le tétanos s’ensuivît, il revêtait généralement la forme de Vempvosthotonos. On a douté de la réalité de l’emprosiholonos; mais si nous consultons les Mémoires de chirurgie militaire de Larrey, nous trouverons que parmi les blessés de l’armée française en Égypte cette forme de télanos était alors la plus commune. Sir Gilbert Blane a publié deux cas de télanos qui s'accordent tout à fait avec les notions communiquées par M. Larrey, car on y voit l’affeclion tétanique frapper le côté du corps sur lequel se trouvait la blessure , autre variété nommée plearosihoionos.

Le télanos est dit complet quand les muscles du corps en général sont aflectés , c’est-à-dire quand le plus grand nombre des muscles volontaires sont contractés d’une manière spasmodique et rigide. Lorsqu’il en est ainsi les muscles se contrebalancent dans leur action par antagonisme , et le corps n’est pas > entraîné dans une direction plutôt que dans une autre. Lorsque la maladie « st bornée aux muscles de la déglutition et ài ceux de la mâchoire inférieure, elle reçoit le nom de trismus ou lockccl-jaw.

Bien que les muscles soient dans le tétanos en état de contraclion permanente sans relâchement complet, il y ai certainement dans leur rigidité <lps diminutions périodiques. En définitive,, puisque l'action spasmodique de ces organes à des paroxysmes d’augmentation i de violence, il y a nécessairement dèspériodes ou intervalles dans lesquels ilssont moins fortement affectés. Cependant ils continuent toujours à être rigides et durs; il n’y a point un relâchement complet de leurs fibres. Les mâchoires étant rapprochées d’une manière'

DE PATHOLOGIE

permanente, il y a souvent la plus grande difficulté à administrer des médicaments ou à introduire des aliments dans l’estomac.

Ou divise le tétanos en traumatique, c’est-à-dire provenant de blessures; et en idiopathique , sorte de tétanos qui

liait (l’anlPits rcmçpc 71 im nnrfp r\n *7ic

naît d’autres causes. Il importe de dis tinguer le tétanos aigu et le tétanos chronique.

Le tétanos aigu est excessivement dangereux, et souvent fatal; mais le tétanos chronique peut fréquemment être guéri, et est en tout cas curable dans une bien plus grande proportion d’exemples que l'aigu. Souvent le tétanos traumatique survient et avance vers sa terminaison avec une rapidité surprenante. On rapporte qu’un nègre des Indes occidentales s’étant légèrement écorché le pouce, mourut du tétanos en un quart d’heure.

Les chirurgiens de l’armée anglaise en Espagne virent un grand nombre de cas de tétanos et remarquèrent que si la maladie ne commençait pas le vingtdeuxième jour à dater de la réception de la blessure ou bien avant cette époque, il y avait peu de chances pour qu'elle survint à une période pl us avancée. C'est uni- circonstance importante à se rappeler. En Egypte le baron Larrey observa que l'époque la plus tardive à laquelle se déclarait la maladie, était le quinzième jour après la réception de la blessure. Le plus souvent le tétanos traumatique se termine par la mort le second , le troisième ou Je quatrième jour à dater de son commencement , niais quelquefois il dure jusqu’au dixseptieme. J ai donné des soins dans un des hôpitaux militaires en Hollande a un

f, al f,lul yfcut cil'il semaines après I apparition des symptômes tétaniques.

Célai un cas de tétanos chronique par suite de plaie d’arme à feu et d’amputation de la cuisse qui se rencontra à Bcmop-ZiOo m. Certes, on pouvait le regarder comme un exemple horrible des elL ts du tétanos; car les muscles étaient entièremenl retirés de la surface de l’os qu’i(s avaient laissé seul faisant saillie au loin m dehors des chairs , tandis que d’énormes abcès s’étaient formés dans la cavité lu moignon, et avaient filé si loin qu’ils intouraient complètement la presque loante du bassin.

A l’égard des symptômes du léfanos, a première chose que l’on remarque ba- Jilueilempnt est une sensation de raieur duiiS le cou, augmentant gruduelle-

CHI nu RG IC A LE. 197

ment et finissant par déterminer de la douleur quand la tôle fait des mouvements. Ce premier symptôme est suivi d’un sentiment de malaise à la base de la langue , avec une difficulté de mastication et de déglutition. Quand la maladie a fait des progrès, les tenlalives de déglutition sont accompagnées d’efforts convulsifs violents; surtout quand le malade essaie d’avaler des liquides il éprouve une difficulté extrême et par suite de la douleur et des paroxysmes terribles de spasme qui surviennent alors:

il manifestera une grande aversion pour les liquides, et sa maladie pourra ainsi ressembler à l’hydrophobie. C’est pour cette raison que j[ai signalé les caractères qui différencient ces deux affections. Le symptôme dont se plaint ensuite le malade est une douleur vers le cartilage xyphoïde, ou une douleuraiguë s’étendant de ce point vers l’épine en suivant la direction du diaphragme. Cette nouvelle souffrance amène une augmentation dans la violence des spasmes, et les muscles de la mâchoire inferieure se contractent alors avec une force extrême, de sorte que les mâchoires demeurent appliquées l’une contre l’autre de manière à ce qu’on ne peut les séparer. Comme la maladie continue, il y a un accroissement marqué dans les contractions spasmodiques du diaphragme , lesquelles arrivent toutes les dix ou quinze minutes et sont suivies d’un spa>me et d’uue rigidité extrêmes des muscles du dos, et aussi de ceux des extrémités inferieures. Enfin, les muscles abdominaux commencent a être affectés eux-mêmes el le ventre p irait dur comme une planche; leur action est si violente qu’on a vu les muscles droits de l’abdomen se déchirer. Les spasmes s’élendent ensuite aux muscles des extrémités inférieures et meme à ceux des bras, mais en général les muscles des doig's demeurent à l’abri du désordre jusqu’à la fin. Ceux de la langue ne sont point non plus affeclés jusqu’à une époque très-avancée de la ni iudie ; quand ils le deviennent le maai e ne peut gouverner les mouvements e cet organe , de sorte qu’il est souvent H. en' re les denls cl cruellement dénie. Les contractions musculaires sont accompagnées dans leurs paroxysmes dune douleur térébrapl.e ; le pouls est serre, précipité et irrégulier, ]a respiration est accélérée et difficile ; mais peu» dant les remissions le pouls et la respiralton peuvent ne présenter aucune al-

lération très-notable. Dans la généralité des cas la chaleur du corps n’est pas augmentée , l’urine est rendue en petite quantité et quelquefois avec difficulté, et i! y a invariablement une constipation opiniâtre. Quant aux troubles du cerveau , le malade n’en ressent point jusqu’à la dernière période de la maladie; et quand il meurt c’est en général dans un paroxysme de convulsions violentes. Le sang ne présente pas, dit -on, de couenne inflammatoire dans le tétanos, et le caillot des saignées est, dit-on aussi, détaché et flottant; mais ces points sont présentés d’une manière diiïérente par les divers auteurs f t).

Le baron l.arrey At à traiter un cas de tétanos déterminé par une cause d’irritation bien légère chez un soldat français en Égypte; celte irritation était déterminée par une arête logée dans la gorge. Dans les pays froids le tétanos est beaucoup moins fréquent , et lorsque nous le voyons en Angle' erre il est généralement une conséquence de blessures offrant des circonstances particulières, soit par leur situation, soit par leur nature ; ainsi ce sont le plus ordinairement des plaies déchirées contuses ou par instrument piquant dans des parties tendineuses, des plaies du pouce, (les orteils ou des doigts, ou des piqûres profondes dans la plante du pied , des fractures ou des luxations compliquées des articulations ging ymoïdales et surtout du pouce. Telles sont les causes excitantes les plus ordinaires du tétanos traumatique quand il a lieu dans ce pays. Bien que lis plaies contuses et déchirées des parties tendineuses soient de toules les plus a pies à produire ceite maladie, cependant toute espèce de blessure locale peut exciter son développement. Ainsi nous la voyons quelquefois déterminée par des blessures simples dans une partie quelconque, quelquefois par des plaies eu voie de bonne cicatrisation, quelquefois parties plaies gangréneuses et les formes les plus compliquées de blessures. Je l’ai vue suivre l’amputation, la castration et l’ablation d’un sein malade. On l’a vue venir à 1a suite d’une brûlure.

( I) . Dans le tétanos, et quand la mort survient à la suite de grands efforis musculaires, on trouve tout le sang presque aussi liquide que de l’eau. > Macartney, On inflammation, p. 124.

L’anatomie n’a point jeté de lumière sur la nature et le traitement de celle formidable maladie. Quelquefois les apparences morbides présentent une ressemblance complète avec celles observées sur les cadavres des individus morts hydrophobes. Nous pouvons rencontrer des traces d’inflammation dans le pharynx , l’œsophage et la niembr.,ne muqueuse intestinale. Dans un cas le baron Larrey remarqua une couche de lymphe coagulable tapissant le pharynx et l’œsophage qui étaient contractés a un degré extraordinaire. Dans un antre cas il trouva des plaques de matière osseuse déposées sur l’arachnoïde de la moelle épinière. Mais il n’est guères possible que ces productions puissent avoir été pour quelque choœ dans le développement de cette affection, parce qu’elles ont nécessairement du demander pour leur achèvement plus de temps que n’eu comporte la naissance soudaine et la course rapide de la maladie. Dans quelques cas on trouve les enveloppes de la moelle épinière enflammées, et dans d'autres la substance de la moelle ellemême est altérée. Ainsi, une fois Oupuytren. examinant les enveloppes de la moi lie épinière, y remarqua d,s traces d’inflamnii tion ; et une autre fois Brera observa des altérations dans le tissu même de la moelle. Cependant il n’y a pas un de ces caractères anatomo pathologiques qui soit assez constant pour justifier l’opinion qui le lierait essentiellement soit à l'origine, soit aux sympiômes du tétanos. Quand la membrane arachnoïde de la moelle épinière est enflammée, on a dit que lessj niptômes sont : ceux de l’opisthotonos , ou celte forme du tétanos, qui consiste dans une extension tellement forcée de l’épine, qu’elle est fortement courbée en arrière (t).

(1) 11 est vrai que les recherches anatomo-pathologiques, chez ceux qui oott succombé au tétanos, ne nous olltent aucun signe constant dont l’existeuee, retrouvée dans tous les cas, nous autorise à croire que le siège de cette formidable maladie est dans tel ou tel organe; cependant , dans un grand nombre d autopsies, nous voyons des altérations de la moelle ou de ses enveloppes. On peut consulter à cet égard les recherches de Fournicr-Pescay, de Ucclli , de M. Larrey. Il est vrai que ces altérations nonseulement ne se retrouvent pas constante ment, mais quand elles se retrouvai'

DE PATHOLOGIE OIIIRURGICALE.

La cause prochaine du tétanos est un sujet enveloppé de profondes ténèbres. Pourquoi , chez un individu, une blessure devra-t-elle produire le tétanos, tandis que, chez un autre, une blessure pareille, faite aux mêmes parties, ne sera suivie d’aucune conséquence «rave?

D’après la fréquence du tétanos dans les climats chauds, il est naturel de supposer que l'état de la constitution joue un rôle dans la production de cette affection , c’est-à-dire qu’il as?i t comme cause prédisposante, et je ne pense pas qu’il puisse y avoir de doute à cet égard. Nous devrons encore prendre en considération les circonstances locdes, car elles paraissent avoir leur part dans la production du tétanos. S’il n eu était pas ainsi, nous n’observerions pas que certaines espèces de blessures et des plaies dans des situations particulières donnent pl lis fréquemment naissance au tétanos que des blessures ordinaires. Nous devons donc présumer qu’il y a dans les parties blessées elles mêmes quelque chose <fe capable de faire naître le tétanos. S’il n’en était pas ainsi, nous ne verrions pas les plaies déchirées et contuses et les blessures des parties tendineuses le produire si fréquemment. Maintenant une autre question s’élève : la division partielle des nerfs est-elle la cause excitante du tétanos? Le baron Larrey rapporte quelques exemples en faveur de celte doctrine ; mais, que cette opinion soit juste ou non , le fait est que l'on ne peut pas toujours guérir les tétaniques par la section complète du nerf ( 1 ).

M. Liston rapporte un cas dans lequel le rameau du nerf médian qui se dis-

elles ne sont, ni par leur étendue ni par leui gravité , nullemeiii en rapport avec les symptômes observés pendant la vie.

(Note du trad.)

(I) Il paraît rationnel d’adinetire que la section incomplète des nerfs soit une cause excitante du tétanos, mais pas ta cause excitante du tétanos exclusivement parlant. Mlle doit être une cause de tétanos, puisque toute irritation dans les plaies est regardée comme capable de le déterminer; et que quelquefois la section du nerl ayant élé complétée, on a l'ait cesser la maladie : mais elle ne peut être la cause exclusive du tétanos; puisqu’il y a des tétanos idiopathiques, et certainement alors sans lésion d'aucun nerf.

(Note du trud.)

tribuc au pouce était partiellement divisé , et dans lequel l’amputation fut pratiquée dans l'espoir de faire cesser le-, symptômes télaniques, mais sans succi'. s. En examinant le membre, on trouva l’extrémité du nerf enflammée et épaissie. Dupuylren rapporte un autre cas dans lequel le tétanos survint parce que le nœud de la corde d'un fouet s’en étant détaché, il s’introduisit violemment dans le nerf cubital.

Le baron Larrey avait remarqué que, quand le tétanos survient , la sécrétion du pus à la surface de la plaie cesse ou bien sa qualité est considérablement altérée. Cela le conduisit à soupçonner que la maladie pouvait, jusqu à un certain point . devoir son origine à l’arrêt ou au trouble du travail de suppuration . Il fut donc conduit à essayer ce que produiraient d s tentatives pour rappeler la sécrétion du pus. Mais cet arrêt de la suppuration me paraît être plutôt l’effet que la cause du tétanos. Lorsque j’ai parlé de la suppuration , j’ai dit comment toules les grandes perturbations de l’organisme avaient une influence immense sur le travail de la suppuration aussi bien que sur les sécrétions en général. Il n’est donc nullement surprenant que, dans le tétanos traumatique , nous trouvions la suppuration arrêtée et le pus converti en une sécrétion peu abondante d’une couleur brunâtre et de mauvaise nature.

Quant au pronostic du tétanos traumatique aigu , je puis dire que la maladie a en général une issue f.tale. Le docteur Parry a pensé que l'on avait un moyen d’asseoir son jugement sur l’issue probable d’un cas de tétanos en tenant compte de la rapidité de la circulation , et il avait pour opinion que l’on pouvait espérer une terminaison favorable quand le pouls ne s élevait pas au-dessus de 100 ou 1 1 0 pulsations par minute avant le cinquième jour. Les hommes d’une grande expérience ont remarqué que, si le malade vivait au delà du neuvième jour, il avait beaucoup plus de chances de salut qu avant cette époque.

On sait que le tétanos idiopathique est moins dangereux que celui symptomatique ou traumatique. Bien des cas de la première espèce se terminent favorablement ; mais le tétanos traumatique, celui que les chirurgiens ont à combattre, est généralement fatal. Cette forme de la maladie offre beaucoup moins

tle ressources à la médecine et à la chirurgie (1).

Le traitement du tétanos traumatique comprend des mesures locales el des mesure s générales. Le traitement local semble naturellement indiqué de juimême , parce que, la maladie étant le résultat d’une blessure , nous devons soupçonner que quelque irritation existe dans la partie ou que quelque travail particulier se fait en elle et agit ainsi non-seulement pour produire la maladie, mais pour en entretenir et en aggraver les symptômes. Comme l’on soupçonnait que la maladie pouvait dépendre de la lésion partielle d’un nerf, on fuL conduit à tenter de délai lier la partie blessée de toute communication avec le centre de la sensibilité. On l’essaya de deux manières, d'abord par l’amputation du membre blessé. Le baron Larrey propose alors la question suivante : Dans le tétanos traumatique, u’est-il pas plus prudent

(1) Les symptômes du tétanos idiopathique ou spontané sont les mômes que ceux du tétanos traumatique. Il reconnaît alors en général pour cause, une grande chaleur ou une grande humidité atmosphériques, ou une impression morale vive. Aux Antilles, on le voit souvent frapper des enfants à la mamelle, mais dans nos climats le tétanos spontané se rencontre plutôt chez les individus sanguins, vigoureux et dans la force de l'âge. J’ai vu un cas de tétanos qui méritait par excellence le nom de spontané, il était survenu subitement chez un homme parfaitement sain, ne portant aucune blessure el n’ayant reçu aucune impression morale vive. Rien ne pouvait donner raison du développement de cette maladie qui était venue le saisir nu milieu de l’état de santé le plus parfait. Cet homme, âgé de trente-six ans et d’une constitution athlétique, avait presque tous les muscles dans un état de contraction permanente, cependant il y avait des rémissions, mais le moindre attouchement rappelait les paroxysmes; ses mâchoires étaient prodigieusement serrées, il avait la peau colorée et la sueur lui ruisselait abondamment sur le visage, probablement par suite des contractions violentes de ses muscles. I.e pouls battait de 120 à 150 fois par minute. Deux saignées copieuses lui lurent promptement pratiquées, et ii prit dos préparations de morphine; il succomba au bout de trente-six heures.

(1Y ote du tvad.)

d’amputer sans délai que de tenter d’autres moyens dont l’expérience montre presque constamment l’inefficacité? Ce chirurgien a publié des cas en f.iveur de l'amputation ; mais eu les analysant attentivement, il semble que tous ceux dans lesquels l’amputation a été suivie de succès étaient des cas de tétanos chronique , et nous savons aujourd’hui que cette maladie , dans sa forme chronique , peut souvent se guérir sans amputation et qu’elle offre beaucoup plus de ressources à la médecine et à la chirurgie que la forme aigue. M. Larrey lui-mème dit que l’amputation esL inutile dans le tétanos aigu ou quand le mal a fait des progrès considérables. Je crois qu’il ne conseille l'amputation que dans le commencement de ces cas qui semblent devoir être lents dans leur marche , et pour ceux-là je la regarde comme inutile. Les chirurgiens militaires désapprouvent en général l'amputation comme un moyeu d'arrêter le tétanos. On a vu aussi que cette pratique ne présentait point de succès dans les hôpitaux de la légion britannique en Espagne (1). Telle est aussi l'opinion de sir Astley Cooper, de M. Abernetliy et d’autres chirurgiens distingués. J’ai déjà parlé du cas rapporté par M. Liston, et dans lequel il a amputé le bras, espérant arrêter les symptômes tétaniques à la suite d'une division partielle et d’une inflammation du rameau du nerf médian qui se distribue au pouce. L’amputation sembla arrêter les spasmes pour un moment, mais bientôt ils reparurent a\ec une plus grande violence. Une circonstance curieuse se rencontra dans cet exemp e s dès que l’opération fut terminée, M. Liston voulut laisser saigner les artères un instant avant de les lier, mais il les trouva tellement rétractées qu’il put à peine obtenir du sang. En -un mot, il n’y eut point besoin de ligatures parce qu’il n’y avait point d'hémorrhagie.

Un autre traitement local moins terrible a été proposé : il agit d'après le même principe que l’amputation; il consiste à faire une incision profonde dans la blessure de manière à diviser complètement le nerf qui est intéressé* Celle pratique a quelquefois réussi , et je me rappelle un cas de tétanos produit par une blessure du nerf sus orbitaire,

(I) Voy. Alcool; , Med. Iiist. of the \cgion, t. vin. Lond., 1858.

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

et dans lequel la division complète de ce nerf, oblemie en incisant jusqu'à l’os , eut pour effet d'arrêter la maladie. Dans la Gazelle medicale , n° 27 1 , on voit le détail d’un cas oii le docteur Murray, au service de la compagnie des Indes, réussit a arrêter la marche du tétanos en divisant le nerf tibial postérieur derrière la malléole interne. La maladie était survenue rapidement après l’introduction d’un clou rouillé dans la plante du pied. Cette cessation des accidents fut certainement des plus remarquables. D’après le même principe, Je moxa , le cautère et les caustiques ont été employés pour détruire le siège de 1 irritation et couper les communications nerveuses entre la partie et le centre de la sensibilité. Dans l 'Histoire de la chirurgie militaire A u baron Larrey on voit des cas où le nerf médian avait été compris dans la ligature de l’artère brachiale et d’autres dans lesquels une ligature placée sur l’artère fémorale avait embrassé les branches du nerf crural. On soupçonna alors que le tétanos qui survint pouvait être le résultat de ce que les nçrfs avaient été maladroitement embrassés dans la ligature, et l’on proposa (l’inciser jusque sur l’artère et d’enlever la ligature. M. Larrey a mis une fois celte pratique en usage: il mit l’artère fémorale à dé-

couvert et enleva la ligature; mais le tétanos ne fut suspendu par ce procédé que pour peu de tetftps , cl il revint ensuite avec un surcroît de violence. Ce moven étant demeuré inefficace, il cautérisa toute la surface du moignon et administra de l’opium. Le malade guérit enfin , niais on ne saurait affirmer que la guérison fût absolument produite par l’enlèvement de lu hg dure. Certes, cette pratique était rationnelle ; cependant les nerfs sont si fréquemment liés sans que le tétanos en suit ta suite, qu’il est difficile de dire quelle influence la ligature d’un nerf a réellement sur le cas que nous a\ons devant les yeux.

Lu conséquence de l’arrêt de la suppuration dans la plaie au commencement des symptômes tétaniques , quelques chirurgiens lâchent de la rappeler au moyen de vésicatoires; niais, comme la suppression de la suppuration semble être plutôt un effet qu’une cause de la maladie, il ne semble pas qu’on doive tirer une grande utilité de celle pratique , et je ne pourrais guère montrer qu’elle soit profitable.

Lue autre pratique consiste à stimuler

la plaie avec des cataplasmes au tabac, de la térébenthine , du laudanum et d’autres topiques, Elle fut essayée sur une grande échelle dans notre armée en Espagne et dans l’armée française en Egypte ; mais les récits de ses effets ne sont point de nature à faire espérer dans son efficacité. 11 mt en vérité décourageant d’apprendre de sir James M‘ Grigor que , sur plusieurs centaines de cas qui se rencontrèrent chez nos troupes en Espagne et en Portugal , il y eut fort peu d’individus chez lesquels une substance ou une méthode quelconques produisirent des effets heureux quand la maladie avait fait quelques progrès et atteint la forme aiguë.

Le sang étant quelquefois couerneux et le pouls plein et accéléré au début, nous pourrions supposer que les émissions sanguines seraient utiles surtout chez les sujets robustes; mais, malgré ces apparences théoriques, l’expérience a produit peu de faits en laveur de celle méthode. Ce traitement a été essayé sur une grande échelle , et , autant que j’en puis juger, sans aucun avantage positif; et quelques chirurgiens d’une expérience consommée déclarent formellement qu’il bâte la terminaison fatale. J 'oserais donc difficilement recommander alors la phlébotomie , surtout après l’avoir vu manquer dans tous les cas où elle fut employée sous mes yeux. Dans le travail de M. Alcoek on voit un extrait de dix-sept cas de tétanos trauina'ique qui se rencontrèrent dans la légion britannique en Espagne. Les six premiers furent traités par la saignée , les opiacés cl le calomel ; ils succombèrent tous. Sur le* onze autres , un , chez lequel nu administra Je carbonate de fer , revint à la santé , tandis que chez les dix autres , qui furent traités par la saignée , l’acétate de morphine , le calomel , l’opium et le tartre slibié, un seul échappa aux attaques du tétanos, et ce malade périt ensuite victime d une fièvre d’irritation provenant de la blessure de l’articulation du genou. Quant à la question de la soustraction du sang dans le tétanos, je m’abstiendrais de 1 ouverture de la veine ; mais , si le malade était vigoureux et athlétique , avec un pouls fort et accéléré , je ne serais point effrayé lie recourir à la saignée locale , d'appliquer des ventouses le long de l’épine du dos, ou des sangsues à la gorge et au cou, car c’est dans ces régions que l’on observe le plus souvcul de l’iuüiuümaüoü quand il s’eu reu-

202 TRAITÉ ÉLÉMENIAIRE

contre. L’applicntion de la pommade slibiée ou d’une longue bande d’emplâ're vésicant ou même du cautère actuel a parfois été employée , dit-on , avec quelque succès.

Une constipation opiniâtre étant un symptôme constant de cette maladie, une des indications est de rétablir les fonctions intestinales et de procurer des évacuations; ce qui quelquefois présente des difficultés, car 1> s tétaniques ne sont pas aisément affectés par les purgatifs. Pour remplir ce but M. Abernetby avait l’habitude d’employer de préférence le calomel et le jalap associés à la thériaque ; niais nous possédons aujourd’hui une substance purgative plus convenable et plus sûre dans ses effeis, savoir I huile de croton. Elle est d’un effet plus sûr qu’aucun autre purgatif ; on en peut donner une ou deux gouttes mêlées avec un mucilage ou du gruau. Cette dose produira en général une évacuation copieuse, chose fort avantageuse parce que le plus ordinairement nous administrons en même temps une autre substance qui a un etfet contraire, savoir, l’opium. Si maintenant nous pouvons maintenir l'économie sous l’influence de l’opium et réussir à entretenir la régularité des fonctions intestinales, nous faisons, je pense, pour le malade à peu près tout ce que la médecine peut faire de mieux. La nature douloureuse des contractions musculaires conduisit à essayer les médicaments narcotiques comme une indication qui se présentait d’elle-même, et l’opium a été souvent et largement employé. On n’a point oublié non plus d'autres narcotiques; la jusqtiiame en particulier a souvent été donnée, et on a trouvé qu’elle diminuait les souffrances du malade bien qu elle fut insuffisante pour avoir produit une guérison. Les tétaniques ne reçoivent pas aussi facilement l’action des médicaments que les individus atteints d’autres maladies, il leur faut des dose énormes de médicaments et surtout d'opium. U n'est pas rare qu'on administre d’un demi-gros a un gros d’opinm tou'es les six heures, etd’un demi gros à un gros d’extrait de jusquiame. Certes nous pouvons administrer les médicaments h larges doses dans le tétanos , mais je ne recommanderais pas de prescrire des quantités aussi considérables que celles-là pour commencer le traitement. La conduite la plus sage est de donner d’abord de faibles doses et de les augmenter graducilemcut. Dans quelques cas l’estomac

ne paraît pas digérer les médicaments qu on y introduit. Ainsi une fois M.

Abernetby ayant ouvert un individu mort du tétanos, trouva trente gros d’opium dans sou estomac.

Quelquefois on donne l’opium en lavement, et assez souvent on recourt à des frictions avec des limments opiacés autour du cou et des mâchoires. Ou se sert dans ce but de laudanum seul ou de parties égales de laudanum et de Uniment sa'oneux. Peut-être les purgatifs, conjointement avec l’opium ou le mtiriate, l’acétate ou le sulfate de morphine, sont les médicaments les plus convenables dans le tétanos. On a quelquefois essayé le bain chaud , mais aujourd'hui ou n’a plus confiance en ce moyen. Dans les Indes occidentales quelques individus moururent presque aussitôt qu’on les sortit de l’eau ; et quant au bain froid, on a remarqué que dans le tétanos il était positivement nuisible. Entre autres choses on a largement essayé les frict'ons mercurielles. Je les ai vu employer dans cinq ou six cas mais toujours sans succès. Qu. lie confiance pourrions nous avoir en elles quand nous apprenons de sir James M'Gi igor, qu’un soldat qui en Espagne se servait de l’onguent mercuriel contre la gale fut frappé du tétanos pendant qu’il était sous i’influeuce du mercure ?

Ee docteur Elliolson pensa qu'il y avait quelque ressemblance entre le tétanos et la paralysie tremblante, et la chorée , dins lesquelles le sesquioxyde de fer a été donné avec grand succès ; il fut donc conduit à tenier le même médicament dans trois cas de tétanos traumatique, et il guérit deux malades. 11 en donna de deux gros à une demi -once toutes les deux heures, en s’opposant à la constipation avec de l’huile de ricin et de la térébenthine. Il paraît que les détails circonstanciés de plusieurs attires cas oit on oblint des succès de ce genre, lui ont été communiqués. J’ai prescrit le sesquioxyde de fer dans un cas de tétanos traumatique mais je n’ai point réussi. Le désordre était trop avancé, je pense, quand je commençai l’administration de ce médicament (i).

(t) Voici certainement une substance qui mérite de lixer toute l'attention des praticiens, et, bien que l’on ne poisse encore citer qu’un petit nombre de laits en sa faveur, il suffit que l’on ait obtenu

DE PATHOLOGIE

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