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DES LUXATIONS EN GENERAL

Quand la tête ou surface articulaire d'un os est rejetée en dehors de la place qu’elle doit occuper eu égard à la cavité ou surface articulaire correspondante d’un autre os, dans ou sur laquelle il est naturellement situé, l’accident prend le nom de luxation.

Lors de certaines luxations la tête de l’os se trouve tout d’ahord et en uue seule fois portée dans le lieu où le chirurgien la trouve; lors de certaines autres luxations un déplacement consécutif se produit par l’action des muscles. De là les distinctions en luxations primitives et consécutives, ou, comme on devrait plutôt dire, en déplacements primitifs et consécutifs, résultant de ces accidents.

Les luxations sont simples ou compliquées (compound)-. simples, quand il n’y a pas île plaie extérieure pénétrant jusqu’à 1 intérieur de la membrane synoviale et communiquant avec la cavité de l’articulation; compliquées, quand elles sont accompagnées d'une plaie de celle nature.

Une autre différence entre les luxations vient de ce qu'elles sont complètes on incomplètes, suivant que les surfaces articulaires sont ou ne sont pas entièrement séparées. Les luxations sont encore divisées en anciennes et en récentes. Les premières après une certaine époque ne sont susceptibles d’aucun traitement, offrent des chances de succès, tandis que les secondes peuvent aisément être ramenées à l’état normal avec une facilité d’autant plus grande quelles sont

(1) Le chapitre que l’on vient, de liro ne .traitant que des fractures en général, 1 histoire de chaque fracture en particulier se trouvera décrite dans la partie de cet ouvrage qui offre la description des maladies des diverses régions.

(Noie du trad.)

plus récentes, ou qu’il s’est écoulé un plus court espace de temps depuis le moment de leur production. Quand une luxation survient par suite d’une maladie des os, ou bien de l’allongement ou de quelqu'aulre altération morbide des ligaments d’une articulation , on la dit spontanée.

Les luxations de la hanche appelées par Dupuytren luxations originelles, et, comme diraient d’autres auteurs, congéniales, ne sont la conséquence ni d’une maladie, ni d’une violence accidentelle, mais d’une imperfection originelle ou d’un défaut de conformation de la cavité articulaire. Dupuytren en avait rencontré environ vingt-six cas dans l’espace de vingt ans, et, à l’exception de trois ou quatre d’entre eux, tous étaient présensentés par des individus femelles. Ces luxations congéniales furent d’abord remarquées par Paletla , et plus tard par Dupuytren et Delpech. Ce sujet a depuis été poursuivi à l’égard des luxations du coude par M. Adam dans la neuvième partie de l’Encyclopédie de Told, et pour celles de l’épaule pas R. W. Smith dans le quinzième volume du Journal des sciences médicales de Dublin.

Les différences les plus importantes à établir entre les luxations dépendent:

1° De l’espèce de i’arliculation à laquelle l’accident est arrivé.

2° De l’étendue de la luxation.

3° De la direction suivant laquelle l’os est déplacé.

4“ De l’espace de temps qui s’est écoulé depuis que la luxation existe.

> ô° De l’absence ou de la présence d’une plaie qui rendent la luxation simple ou compliquée (compound).

6° De la coexistence d’une fracture avec la luxation.

7° Des causes qui ont amené la séparation des surfaces articulaires.

I. A l’égard de Y espèce de l'articulation, nous ne devons pas toujours juger de la gravité d’une luxation par la grandeur de 1 articulation , comme nous le faisons lorsqu’il s’agit de fractures et de maladies des articulations en général. Dans une luxation simple ceci n’est pas toujours le moyen de juger de la difficulté de la réduction et c’est seulement lorsque une plaie communique avec la cavité de l’articulation que la grandeur de cette dernière devient une considération de première importance. En effet quelques luxations du pouce sont infiniment plus difficiles à réduire que des

luxations de la tète du fémur ou de l’épaule.

Toutes les espèces d’articulations ne son t pas également susceptibles de luxation.

Dans la colonne vertébrale, si nous en exceptons les luxations qui se produisent entre l’atlas et l’apophyse odontoïde, elles sont à peine possibles. Les pièces qui composent la colonne vertébrale sont articulées entre elles par des surfaces étendues, nombreuses et si variées dans leur forme, et leur direction , et si puissamment unies ensemble par des substances ligamenteuses et élastiques, que le mouvement entre deux vertèbres est peu étendu et simple. Dans tous les cas, nous ne pouvons avoir de luxation sans fracture excepté dans la portion cervicale de la colonne épinière. La force des articulations des os du bassin ne leur permet guère de céder de manière à amener une luxation ou séparation des surfaces articulaires, à moins que la force appliquée ne soit d'une nature irrésistible qui cause aussi en même temps une fracture de celte partie solide et épaisse du squelette, forte par sa forme et sa structure et protégée par de larges masses musculaires disposées sur une portion considérable de sa surface extérieure.

Les articulations qui sont destinées à l’exécution de mouvements très-divers et très-étendus, sont généralement les plus exposées aux luxations. Ainsi, les articulations orbiculaires fournissent des exemples de luxation incomparablement plus nombreux que toutes les autres.

Les articulations ginglymoïdales exécutent des mouvements analogues à ceux d’une charnière, tandis que celles orbiculaires sont susceptibles de mouvements en toutes directions ; dans cette vue, les os qui entrent dans leur composition présentent une forme de tête arrondie et de cavité orbiculaire. Leurs ligaments doivent nécessairement encore être lâches , afin de permettre tous ces mouvements.

11 en résulte que leurs luxations sont plus fréquentes que celles des articulations ginglymoïdales, qui permettent des mouvements dans deux directions seulement, et sont plus fortes, par leurs ligaments plus nombreux et par la conformation des os eux-mêmes. En elîet, par suite de la largeur des surfaces articulaires de plusieurs articulations ginglymoïdales, de la correspondance mutuelle de leurs éminences et de leurs dépressions, du nombre et de la force des ligaments qui les unissent entre elles, ces articulations ne peuvent

pas être si aisément luxées que celles orbiculaires; etquand l'accident survient, les surlaces articulaires ne sont généralement pas totalement séparées : ce cas constituant ce que l’on nomme une luxation incomplète.

Dans les articulations orbiculaires ou celles qui offrent une tète reçue dans une cavité arrondie, les luxations sont non-seulement plus fréquentes que dans les articulations ginglymoïdales, mais elles présentent une autre différence, savoir qu’elles sont presque toujours complètes.

A l’exception des luxations partielles ou incomplètes de l’astragale sur le scaphoïde, de deux os du tarse, et d'un déplacement partiel rare de la tête de l'humérus, nous ne rencontrons guère de luxations incomplètes dans des articulations autres que celles ginglymoïdales.

Cependant les luxations incomplètes du cou-de-pied, du genou et du coude, sont assez communes. Par exemple au cou depied, l’extrémité inférieure du tibia est quelquefois partiellement luxée, une portion île cet os demeurant sur l’astragale, tandis qu’une autre portion s’appuie sur le scaphoïde.

Tandis que les luxations des articulations orbiculaires sont généralement produites par une force appliquée à une autre partie du membre, celles des articulations ginglymoïdales sont souvent mais pas invariablement causées par une violence directe appliquée aux articulations qui souffrent cette luxation. Les luxations desginglymes ou articulations analogues à des charnières , sont conséquemment souvent accompagnées de contusion grave et suivies d'une inflammation et d’un gonflement considérables des parties molles; ce qui jette quelquefois une grande obscurité sur la nature du cas actuel, surtout pour une personne qui n’a pas une connaissance exacte de l’anatomie de l’articulation lésée.

2. Quant à l 'étendue de la luxation-, l’étendue du déplacement, comme je l’ai dit, rend le cas complet ou incomplet:

cette dernière expression indique que les surfaces articulaires sout partiellement en contact. J’ai peu de chose à dire de plus sur cette partie du sujet. Bien que les luxations des articulations orbiculaires soient presque toujours complètes, et celles des ginglymes incomplètes, nous rencontrons les exceptions que j'ai déjà spécifiées. La tète de l'humérus appuie quelquefois sur le bord de la cavité

glénoïde; de cetle position, elle glisse promptement en arrière dans sa situation normale: quelquefois aussi l'articulation de l’astragale et du scaphoïde est partiellement luxée. Je puis prendre ici occasion de faire remarquer que ce que l’on a décrit comme des luxations partielles de la tète de l’humérus est considéré dans un grand nombre de cas par M. R. W. Smith , comme des luxations congéniales de l’épaule par suite de la formation imparfaite de la cavité glénoïde de l’omoplate ( voy. Journal des sciences méd. de Dublin , volume xv, p. Î57)%

La mâchoire inférieure est sujette à ce qu’on appelle quelquefois une luxation partielle ou incomplète, dans un sens différent de celui qu’on donne généralement à ce terme ; c’est une luxation d’un des condyles, tandis que l’autre demeure à sa place.

3. Direction dans laquelle la tête de l’os est déplacée. Dans les articulations orbiculaires, la tête de l’os peut être luxée dans un point quelconque de leur circonférence et, suivant le cas, la luxation est dite en haut, en bas , en avant ou en arrière. Dans les articulations ginglymoïdales, la luxation peut se produire soit en arrière, soit en avant.

4. Le temps qui s' est écoulé depuis ï accident fait du cas actuel, ainsi que je l’ai expliqué, nue luxation récente ou ancienne, considération importante pour le pronostic. Les luxations simples, lorsqu’elles sont récentes, sont en général faciles à réduire. Mais quand la tête de l’os a été hors de sa place pendant plusieursjours, la réduction devient difficile; et dans les cas plus anciens, fort souvent impossible. Les muscles se sont maintenant adaptés à la longueur altérée du membre et au changement de position de l’os, la tête de l’os est fixée dans sa nouvelle situation, et la cavité originellement destinée à la recevoir devient plus ou moins oblitérée.

5. L’ absence ou la présence d'une plaie qui rendent la luxation simple ou compliquée (compnund). Le danger diffère suivant que l'accident est simple ou compliqué de plaie. Les luxations simples, lorsqu’elles sont récentes, peuvent généralement être réduites avec facilité et guéries sans danger; mais les luxations des grandes articulations, compliquées de plaie, sont souvent une source d’inflammation et de suppuration graves et étendues des parties, et d’un désordre de

l’économie qui met la vie en danger. La gravité de ce danger dépendra beaucoup de la grandeur de l’articulation , de l’étendue du déchirement fait à la membrane synoviale, de l’exposition à l’air directe et libre ou indirecte et limitée de la cavité articulaire , du degré de contusion , de déchirement ou d’autre désordre souffert par les parties molles , de la grande ou faible chance d'obtenir la cicatrisation de la plaie par première intention, de l’état de santé du sujet , de son genre de constitution, et de sou âge jeune ou avancé.

La mêmeprécision dans lejugement est aussi nécessaire quand il s’agit de décider si l’on tentera de conserver un membre atteint de luxation avec plaie pénétrante de l’articulation, que dans le cas de fracture compliquée de plaie.

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