MALADIES DES VAISSEAUX SANGUINS
Les maladies des artères et des veines constituent une des parties les plus intéressantes de la chirurgie. J’ai déjà abordé ce sujet à propos de l’hémorrhagie et des principes qui doivent nous guider dans le choix des moyens destinés à l’arrêter , mais plusieurs parties de ce sujet restent encore à expliquer.
I. maladies des artères. — La participation des artères à l’organisation générale de toutes les autres parties vivantes du corps doit les rendre susceptibles d'inflammation , de suppuration , d’ulcération et de sphacèle. Elles sont encore sujettes à une déposition de matière terreuse ( calcaire ) entre leur tunique interne et moyenne , à un épaississement stéatomaleux , à la dilalation , à l’oblitération et à plusieurs autres états qui s’écartent de leurs conditions normales.
Les deux grands troues artériels , l’aorte et 1 artère pulmonaire, diffèrent d’une manière remarquable à deux égards.
Les branches de l’aorte s’unissent et s’annslomosent abondamment avec les autres branches dérivées de ce vaisseau ou de ses continuations, mais les branches de l’artère pulmonaire restent séparées
un plus grand nombre d’heures, car, si on venait à les interrompre, il surviendrait une réaction dont l’effet serait trèsfàcheux. Si ce n’est point un courant continu dont l’on se sert , il faudra renouveler très-souvent la glace ou l’eau glacée, afin qu’elle ne soit jamais de niveau avec la température du corps. Il conviendra toufours do s'abstenir do tons réfrigérants chez les sujets à poitrine délicate ou qui ont actuellement une affection catarrhale, et chez, les femmes qui ont leurs règles.
(Note (tu trait.)
et isolées depuis leur origine jusqu’à leur terminaison. Une pellicule mince el transparaute tapisse l’intérieur de l’aorte et des artères qui en naissent. Extérieurement à celle-ci est un tissu dense, dur et fragile, qui ne peut se séparer que sous forme d’écailles, et formant en réalité une tunique distincte composée de plusieurs couches el située eutre les tuniques fibreuse et séreuse. Ce tissu , que M. Mulgaigne a nommé tunique scléreuse, est ce qui rend les branches aortiques plus fortes que celles dei'artère pulmonaire; de sorte que, si on coupait en travers des branches de diamètre égal, celles de l'aorte présenteraient une ouverture presque circulaire , tandis que celles de l’artère pulmonaire auraient une ouverture évidemment affaissée.
Lorsqu’une espèce quelconque de concrétion ou un point quelconque d'ossification se rencontre clans l’aorte , c’est presque toujours dans cette tunique ; et il est de remarque que, dans 1 arlère pulmonaire où l’on ne trouve pas cette tunique, on ne peut citer aucun cas d’ossification bien démontré.
Les tuniques de l’aorte sont souvent le siège de maladies , el les branches qui naissent des Ironcs qu’elle fournit sont souvent blessées, tandis que celles de l’artère pulmonaire subissent rarement aucun changement morbide, sont rarement blessées, et, quand elles le sont, laissent peu de chose à faire pour sauver le sujet. Ainsi donc, sous le point de vue chirurgical, le système artériel aortique est de beaucoup le plus intéressant.
La tunique interne d’une artère est plus sujette à l'inflammation que la tunique moyenne et la tunique externe.
Ceci est prouvé par l'effusion fréquente et abondante de lymphe sur la surface interne d’une arlère par suite de l’inflammation de parties contiguës, de l’application d’une ligature , delà compression exercée pur une tumeur ou de toute irritation dans le voisinage de l'artère affectée. Quelquefois l'inflammation excitée ainsi s'étend à une grande distance du point où elle a commencé; elle remonte quelquefois jusqu’au cœur luimême. Un cas de cette nature reçoit le nom d’artérile , maladie formidable qui.
amène rapidement une fièvre irritative violente, un pouls extrêmement rapide , . le collapsus, le délire complet et généralement la mort.
L'inflammation chronique des arlèrcs-
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
sc rencontre souvent, surtout comme cause ou effet des dépositions calcaires. Un aspect semblable à celui que produit l'inflammation se présente souvent sur la face interne des artères : c’est une rougeur vive ou une teinte écarlate. Ce n’est cependant pas toujours le résultat de l'inflammation , car elle peut n’clre pas toujours accompagnée d’une eüusion de fibrine ou. d’un épaississement du vaisseau. Les artères exposées à l’air pendant quelques jours dans les lieux de dissection , et chez lesquelles il y a déjà de la putréfaction, prennent invariablement la même couleur.
Bien que les artères volumineuses résistent b l’ulcération pendant long temps, elles sont quelquefois comprises par le travail irleèratif: lorsqu’elles sont saines et ne se trouvent point placées dans des circonstances défavorables à leur nutrition propre , elles paraissent capables de résister à ses effets destructifs plus puissamment que lorsque leur surface externe a été séparée de ses connexions environnantes , ou que leurs membranes sont le siège d’altérations morbides antécédentes.
Non -seulement les artères volumineuses traversent la généralité des tissus malades pendant long-temps sans être attaquées par l’ulcération , mais elles demeurent saines au milieu des tissus le plus profondément tuberculeux et cancéreux. Cette disposition des artères à ne pas souffrir dés ravages produits par des affections nées dans les tisstis environnants offre des exemples frappants dans les vastes cavernes qui se forment quelquefois au sommet des poumons dans la phthisie pulmonaire. Toutes ces brides ou ban les qui traversent ces cavités ne sont autre chose que des branches arté rielles qui ont échappé au travail de désorganisation. Quelquefois cependant les artères sont frappées d’ulcération par suite de certaines formes de maladies existant dans les environs. Nous savons que cela arrive souvent dans l’ulcération phagédéniqué , le cancer et la pourriture d’hôpital.
La membrane interne des artères peut aussi être frappée d’ulcération ayant son point de départ dans celle membrane.
Les ulcérations ont généralement une forme arrondie; quelquefois il n’en existe qu’une dans tout le système artériel , quelquefois l’aorleen est parsemée. Pour prouver que les artères sont susceptibles de supputer, je puis rappeler que M. Au-
dral a trouvé une fois la membrane interne de l'aorte soulevée par six abcès dont chacun avait le volume d’une noix et était situé entre les tuniques moyenne et interne. On voit encore quelquefois du pus dans l’intérieur de certaines artères , soit mêlé avec du sang , soit contenu seul à l’intérieur des vaisseaux. Le même pathologiste a vu la plupart des branches de l’artère pulmonaire offrir cette condition remarquable.
Cependant le pus ne se rencontre pas aussi souvent entre les tuniquesmoyenne et interne des artères qu’une matière particulière qui n’est précisément pareille à aucune autre production dans l’économie animale , et a long-temps été décrite sous le nom de substance pulta~ ce'e ou athéromateuse. Ou rencontre fréquemment des particules de matière terreuse mêlées avec elle et présentant au toucher de la ressemblance avec des grains de sable. Quand elles sont en abondance, elles forment au dedans du tissu du vaisseau des espèces de concrétions, se rapprochant plutôt de l’aspect du mortier que de la substance osseuse (1). Ces dépositions calcaires sont si
(1) Laennec considère les productions athéromateuses comme subséquentes à celles osseuses, dont la cliute aurait laissé une plaie qui se serait recouverte d’une matière particulière; voici d’ailleurs comment il s’exprime à cet égard ( Traitv de l’aüscûltation médiate, vol. ni, p. 405, 4e édit.) : « Assez souvent les incrustations osseuses se détachent dans leur circonférence par suite de la rupture de la tunique interne artérielle. Ce décollement, qui parait être une des causes les plus communes des anévrismes faux consécutifs, produit au-dessous de l’incrustation une petite cavité qui se remplit de librine décomposée à consistance do pâte friable, et quelquefois mèléedephospbatc calcaire, Celte matière a été désignée sous le nom de matière athéromateuse. » Laennec fait ensuite observer que la plaie résultant c!e la chute de la concrétion osseuse a quelquefois, mais pas toujours, les caractères d’un ulcère, et que dans les autres cas elle n'offre pas de signe d’inflammation, cl mériterait plutôt la dénomination do solution de continuité. Enfin il combat l’opinion des anciens, colle de Kreysig , de M. Bouillaud et de Broussais , qui ont toujours voulu reconnaître l'inflammation pour cause des incrustations et productions do toute nature ù 1 intérieur des artères;
traité élémentaire
communes chez les sujets âgés qu'on a évalué qu’elles existaient chez les sept dixièmes de tous les individus âgés de plus de soixante ans. Telle était l’observation de Bichat; laquelle s’accorde avec celle du docteur Baillie, qui considère l’altération morbide plus fréquente que l’état normal des artères chez les vieillards.
Cependant les jeunes sujets ne sont pas complètement exempts de semblables ossifications. On a trouvé l’artère temporale ossifiée chez un enfant de quinze mois; et feu M. Wilson rencontra une ossification de l’aorte chez un sujet de trois ans seulement. M. Andral a vu 1 aorte d’une petite fille de huit ans , et de quatre ou cinq autres jeunes sujets entre dix-huit et vingt-quatre uns, parsemée de concrétions calcaires; et chez une autre personne , âgée de moins de quarante ans , il y avait une ossification considérable de l’artère mésentérique supérieure.
Strictement parlant la tunique interne n’est jamais le siège de ces dépositions de matière terreuse , bien qu’elle soit souvent soulevée par elles, amincie, et même transpercée et plus ou moins ab-
ri termine en demandant ce que c’est qu’une inflammation qui ne présente ni les caractères anatomiques, ni l’orgasme pathologique de celle que personne ne conteste, d’un phlegmon par exemple, et qui de plus suppose une prédisposition particulière. Je ne crois pas non plus qu’avec ce prétexte de prédisposition différente, on puisse faire produire à une maladie absolument pareille des effets essentiellement opposés, savoir le ramollissement et la dissolution totale que nous voyons l’inflammation opérer tous les jours, et l’ossification, la pétrification, etc., qu’on veut aussi lui attribuer. Et d’ailleurs s’il est vrai que l’inflammation soit la compagne inséparable de l’ossification et autres altérations morbides des artères, puisqu’on reconnaît alors la présence nécessaire d’une prédisposition particulière, on ne fait que reculer la question d’un pas : cette prédisposition constitue la maladie qui peut déterminer l’inflammation. Ainsi que l’a dit Laennec, n’est-il pas bien plus simple et plus philosophique de reconnaître qu’on ne connaît point le mode de trouble de l’économie qui produit une ossification ou un cancer, mais que bien certainement ce n’est pas le même que celui qui produit du pus? (Note du trad.)
sorbée, de sorte qu’elles sont actuellement en contact immédiat avec le sang lui-même.
Pendant que ces concrétions calcaires se forment dans le tissu de l’artère , la tunique moyenne ou fibreuse subit un changement morbide, s’épaissit quelquefois et quelquefois se détruit, sa place se trouvant alors occupée par de la matière calcaire. L analyse de ces concrétions terreuses prouve qu’elles sont habituellement composées de phosphate de chaux et de matière animale , dans la proportion de soixante-cinq de la première et de trente-cinq de la seconde. Ces concrétions ne se rencontrent nulle part aussi fréquemment que dans l’aorte , et on en a vu dans chacune de ses branches. Il y a à cet égard quelque différence entre les branches abdominales; car tandis que l’artère splénique est souvent ossifiée, l’hépatique et la coronaire stomachique se trouvent rarement dans cette condition. On sait que les artères des membres sont fréquemment affectées de cette maladie, et tout homme qui a l’habitude de tâter le pouls doit avoir quelquefois senti l’artère radiale ossifiée. Cependant les membranes des artères des extrémités supérieures sont bien plus rarement le siège d’aucune altération morbide que celles des artères des membres inférieurs.
Quelquefois une artère est complètement incrustée de matière terreuse de manière à former un cylindre complet et rigide, et dans d’autres cas le phosphate de chaux est mêlé avec une subslnnee athéromateuse. Celte condition de l’artère est souvent le point de départ de 1 a maladie appelée anévrisme. Elle rend quelquefois aussi l’artère incapable de supporter une ligature qui fait se briser en une seule fois le vaisseau, ou détermine sou ulcération sans adhésion. M.
Langstaffeite dans lesTrans. méd. ctiir.
de Londres uu cas qui démontre i’ineflicacité d’une ligature sur les artères ossifiées d'un moignon, et dans le même ouvrage i\I. Lawrence en rapporte un autre qui prouve qu’une artère ossifiée peut quelquefois être liée avec succès ( l ).
(1) Ce qui vient d’èlre dit des incrustalions osseuses peut aussi s’appliquer aux incrustations cartilagineuses ; je ferai seulement observer que les inscrustalions cartilagineuses ne sont généralement qu’un état de transition vers l'ossification complète. Cependant celle-ci
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