INFLAMMATION DES MEMBRANES SYNOVIALES
Elle peut provenir de la phlébite, de la goutte , du rhumatisme, d’un dérangement de la constitution causé par le mercure ou le virus vénérien. Nous devons avouer, avec sir Benjamin Brodie, qu’a l’exception des cas où elle est occasionnée parla phlébite, l’inflammation des membranes synoviales, venant de causes générales répandues dans l’économie, est ordinairement moins intense qu’elle ne l’est dans les autres variétés de cette maladie ; car, quoiqu’elle produise une sécréiion de synovie plus considérable, il n’y a ordinairement pas d'effusion de fibrine, ni aucun épaississement réel de la membrane synoviale elle-même. Quelquefois elle attaque plusieurs articulations à la fois et s’étend même jusqu’à la bourse muqueuse et aux gaines des tendons, tandis que dans d’autres cas elle attaque l’une après l’autre différentes articulations. Il arrive fréquemment que l’inflammation des membranes synoviales est une maladie entièrement locale, excitée par des lésions des articulations provenant de causes mécaniques, telles qu'entorses, contusions, blessures, luxations, ou fractures de la tête des os. Le danger d’une blessure à lu membrane synovialedépendipremièremenl, de l’importance de l’articulation; secondement, de l’étendue de la lacération ou déchirure de la membrane synoviale en même temps que des téguments; car , lorsque la première seule est déchirée , comme dans une simple luxation , ou lorsque les ouvertures qui lui ont été faites sont immédiatement recouvertes par les I é gumenls , les conséquences fâcheuses sont moins à redouter que dues les cas opposés; troisièmement, du degré de contusion cl de lacération de la membrane synoviale, indépendamment de j b> simple solution de continuité opérée dans cette même membrane, et établissant une communication entre la cavité de l’articulation et la blessure extérieure. Les blessures de l’articulation du genou
(1) A oyez les Observations pathologiques cl chirurgicales de sir Bcnj. Brodie, sur les Maladies des articulations, 3° éd., I»- 5, in-8°. Londres, 1834.
causées par les armes à feu portent avec elles la certitude d’être suivies d’une inflammation si dangereuse de la membrane synoviale et d’une perturbation de l’économie tellement profonde, que la seule règle à suivre dans un cas semblable est de procéder sans délai à l’amputation , avant de laisser se déclarer l'inflammation et scs conséquences, nonseulement dans la partie attaquée , mais dans tout l’organisme. Mais une blessure bien nette, produite par un instrument tranchant ou même une ponction adroitement pratiquée avec une lancette ou une aiguille à cataracte, et faite de manière à pouvoir être immédiatement recouverte par les téguments, peut n’êlrc suivie d’aucun symptôme grave, surtout si l’on prend soin de maintenir l’articulation dans le repos et d’employer les mesures antiphlogistiques. C’est la connaissance de ce fait qui encourage quelquefois les chirurgiens à faire des incisions pareilles à l’articulation du genou, soit dans le but d’évacuer un fluide ou d’extraire des corps cartilagineux flottants qui, agissant comme corps étrangers , excitent fréquemment de la douleur, du gonflement, et font boiter le malade.
L exposition au lroid est la cause la plus ordinaire de l’inflammation des membranes synoviales; et le genou étant couvert d'une moindre quantité de muscles, est plus sujet à subir l’influence atmosphérique que la hanche ou l’épaule.
Sir Benjamin Brodie observe que cette maladie attaque rarement les jeunes cntanls, devient moins rare à mesure qu’ils approchent de l’âge de la puberté, et a son maximum de iréquence dans l’âge adulte. L'affection commence par une douleur dans 1 articulation , elle est en général plus forte en un point et atteint son plus haut degré d’intensité en une semaine ou dix jours. Au bout d'un jour ou deux, à dater du momentoù commence la douleur , l’articulation présente du gonflement. Dabord ce gonflement provient d'une colleclion liquide que l’on peut sentir fluctuer dans les articulations superficielles. Cependant, au bout d’un Certain temps, la fluctuation devient moins manifeste, parce qu’alors la membrane synoviale est épaissie ou que de la lymphe est épanchée par sa surface interne et externe. Comme au début le gonflement provient surtout de la distension de la membrane synoviale, la forme des parties dépend beaucoup de la si-
tuation des ligaments et des tendons qui résistent dans certaines directions et permettent à ce gonflement de s'étendre dans d’autres. Ainsi, comme l’a fait observer sir Benjamin Brodie ; à l’articulation du genou, le gonflement se trouve surtout a la partie antérieure et inférieure de la cuisse, sous les muscles extenseurs , où il n’y a qu’une couche de tissu cellulaire qui cède facilement entre ces muscles et l’os. Il est encore considérable dans les espaces qui existent entre le ligament rotulien et les ligaments latéraux. Au coude le gonflement est surtout au-dessus de l’olécrane.
Quand, après l’absorption du liquide et la disparition de la plus grande partie du gonflement , la membrane synoviale demeure plus épaisse que dans l’état normal , il arrive quelquefois , ainsi que le fait remarquer sir Benjamin Brodie, que non-seulement il reste dans la partie une inflammation languissante, mais que l’ulcération peut s’emparer des cartilages , la suppuration survenir , et les surfaces articulaires être complètement délimites.
La remarque suivante, due à l’autorité que je viens de citer, mérite de fixer l’attention. Dans les cas où la maladie est due à la syphilis, il arrive rarement que plusd'uneou de deux articulations soient affectées en même temps. Au début de la syphilis l’inflammation dont il s’agit accompagne ordinairement une éruption papuleuse ou lichen. Il n’y a que peu de douleur ; le liquide est épanché en petite quantité, et quand celui-ci a été résorbé l’articulation est autant que possible rendue à sa condition primitive. A une époque plus avancée de la syphilis , nous voyons l’inflammation de la membrane synoviale coexister avec des nodosités ( uocles ) ; et alors elle produit beaucoup plus de souffrance et est plus difficile à guérir; enfin la membrane synoviale demeure épaissie et l’articulation plus volumineuse après la dispersion du liquide. D’autre part, dans le rhumatisme plusieurs articulations sont le plus souvent affectées, soit en même temps, soit successivement , elles bourses muqueuses et les gaines des tendons sont fréquemment compromises. Cette maladie est habituellement accompagnée de beaucoup de souffrance et d’enflure, et il arrive fréquemment que les articulations demeurent roides et volumineuses après une attaque. Quand l’inflammaion se joint 4 la goutte, les douleurs
sont généralement excessives si on les compare aux autres symptômes.
Le traitement de l’inflammation de la membrane synoviale varie suivant qu’elle est une affection aiguë ou chronique, locale ou générale.
Lorsque la maladie est aiguë et locale, on doit exiger un repos complet, avoir recours aux sangsues , aux saignées par la lancette, et répéter l’application de ces moyens suivant les circonstances; l’on doit aussi administrer les sels purgatifs et les diaphoréliques. Si la peau est trèstendue , les remèdes à appliquer de préférence sont les fomentations et les cataplasmes; dans les autres cas ce sont les lotions froides légèrement volatiles.
Dans les cas où la maladie est chronique, les mesures que l’on doit adopter de préférence dès le début sont : les émissions sanguines, soit à l’aide de sangsues, soit à l’aide de ventouses; le repos de l’articulation et les lolions froides légèrement volatiles. Ensuite, lorsqu’on est parvenu à réduire notablement l’inflammation, il devient utile d’employer les vésicatoires, soit en les appliquant d’une manière successive, soit en entretenant leur suppuration avec le cérat de Sabine. A une période encore plus avancée de la maladie, l’on doit mettre en usage les liniments stimulants, tels que la pommade slibiée, celle d’bydriodate dépotasse, ou l’onguent mercuriel camphré.
Quand les malades sont assez bien rétablis pour qu'on ne puisse leur interdire tout exercice, quoique l'articulation ne puisse encore en supporter beaucoup sans danger, on peut restreindre scs mouvements par l’application de bandelettes circulaires de diachylon simple ou de diachylon savonneux, et d’un bandage ; ou l’on peut encore la couvrir avec une espèce de calotte de cuir ou d’autres substances élastiques que l’on devra lacer ou boucler sur l’articulation.
Parmi les moyens mis en œuvre pour j faire disparaître la roideur et t’épaissis- I sement des parties molles que laisse après J elle l’inflammation de la membrane sy- j noviale, on doit mentionner : les fric- I lions faites à la main avec de la poudre à poudrer; l’eau froide ou chaude projetée d’une hauteur de plusieurs pieds à fl l’aide d’une pompe; les bains de vapeur, * i et le massage.
Quand l’inflammation de la membrane synoviale est causée par le rhumatisme,
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
et surtout quand plusieurs articulations sont attaquées, les moyens les plus puissants à employer sont : les saignées locales ou générales, suivies de l’administration de purgatifs; la poudre d’ipécucuanha composée, le vin , ou l’extrait acétique de colchique. Quand l'inflammation affecte seulement une ou deux articulations, le meilleur remède est le calomel associé à l’opium. Il y a aussi une variété de cette maladie qui commence par une inflammation aiguë du périoste du fémur, comprend la membrane synoviale du genou, et peut aller jusqu'à déterminer l’ulcération des cartilages. On regarde ce cas comme demandant particulièrement l’emploi d’un ou deux grains de calomel combiné avec un quart de grain ou un demi-grain d’opium que l’on doit administrer toutes les six heures; on peut aussi quelquefois ajouter à cette dose deux grains de poudre antimoniale (1). Dans d’autres cas, provenant de la syphilis, un traitement mercuriel est nécessaire; et lorsque la maladie a élé excitée par l’abus du mercure , ou lorsqu’elle est jointe à celle des os et du périoste, on peut prescrire l’iodure de potassium et la salsepareille.