CORPS ÉTRANGERS, CARTILAGINEUX OU OSSEUX DANS LES ARTICULATIONS
Ils se rencontrent plus fréquemment dans le genou que dans aucune autre articulation ; mais ils se présentent parfois dans le coude , le coude-pied et les articulations de la mâchoire inférieure.
C’est seulement quand ils sont situés au genou qu’ils attirent l’attention du chirurgien. Quelquefois ils sont tout à fait détachés de la membrane synoviale; quelquefois ils y tiennent par un pédicule étroit. Ils ont le lustre et le brillant de la perle, et leur substance est en majeure partie cartilagineuse ; ils renferment de la matière osseuse au centre et une capsule solide recouvre leur surface extérieure. Quelquefois l’articulation ne contient qu’un seul corps de celte nature ; quelquefois elle en contient jusqu’à vingt ou trente. Ils sont habituellement convexes d’un côté et concaves de 1 ’p u tre , et plus ou moins oblongs. Dans quelques cas ils ne sont pas plus volumineux qu'un pois, dans d’autres ils ïont d’une dimension presque égale à celle de là rotule.
Ces formations c artilagineuses ne causent aucune incommodité tout le temps
qu’elles restent attachées à quelque point de la cavité articulaire et qu’elles sont ainsi maintenues dans une situation fixe; et lors même qu'elles sont détachées, elles n’occasionnent pas de gene, à moins qu’elles ne se trouvent pincées entre les surfaces articulaires des os. Quand ce cas se présente, le malade est soudainement atteint de douleurs horribles, et est immédiatement privé de l’usage du membre compromis.
Ces attaques sont fréquemment suivies d’une inflammation plus ou moins intense de la membrane synoviale et d’un épanchement de liquide dans l’articulation. Le malade e«t alors contraint de se confiner dans son lit pendant quelques jours, jusqu’à ce que la susceptibilité et le gonflement de la partie affectée soient réduits; apres ce repos, il retourne à ses occupations habituelles : mais son genou reste faible; et des attaques de même nature revenant de temps en temps, il lui est nécessaire de consulter un chirurgien.
L’explication que l’on peut donner de la manière dont ces cartilages mobiles sont produits, est qu’ils tirent leur origine de la membrane synoviale qui, par siu.tc de l'inflammation qui la frappe, sécrète de la fibrine, et celle ci devenant organisée est enfin convertie en cai tilage ou en os. Ce corps se détache cependant graduellement plus ou moins par le mouvement de l'articulation, et souvent arrive à être complètement flottant.
Quand cela a eu lieu, jamais la nouvelle formation cartilagineuse ne prend ensuite aucun accroissement de volume; mais lorsqu’elle change de place et passe entre les coudyles du fémur et la tète du tibia dans les mouvements de l'articulation , elle cause de vives douleurs, et détermine la claudication. L’opinion qui prévaut en France est que la substance nouvelle est d’abord formée dans le tissu cellulaire à l’extérieur de la membrane synoviale ou entre les fibres de la membrane synoviale elle-même; que, dans le premier cas, celte membrane est poussée en dedans, et qu’une partie de celle-ci constitue le pédicule qui, enfin, vient à se détacher, et laisse le corps de nouvelle formation complètement flottant dans la cavité articulaire. Il est possible cependant, comme le pense M. Cruvei- 1 hier, qu’elles ne se forment pas toujours d'une seule manière ; car il trouva une fois un de ces corps attaché d’une manière lâche. au tibia et sous la membrane
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
synoviale. On admet généralement aussi que des portions des cartilages articulaires naturels peuvent être brisées et détachées.
Dans la majorité des cas observés par sir Benjamin Brodie , aucun symptôme inflammatoire ne précéda leur formation, et il fut ainsi porté à penser qu'elles se produisent souvent comme d'autres tumeurs. Elles semblent, dit-il, être primitivement soit à la surface extérieure, soit dans la substance de la membrane synoviale, puisqu'avant qu’elles soient détachées on peut suivre sur ei les la trace d’une couche mince de cette membrane. Il rencontra deux cas dans lesquels, par suite de quelque action morbide, une saillie osseuse analogue à une exostose se forma autour du bord de la surface cartilagineuse de l'articulation ; et des portions de cette partie saillante se brisèrent dans les mouvements de l’articulation sur elle.
'1 nutement. Ces corps doivent être ou ne pas être enlevés, suivant deux cir-
constances : d’abord suivant le degré de gêne souffert par le malade, et secondement d après son désir de subir une operation quand on lui en a clairement et positivement expliqué le danger; car on ne saurait dissimuler que quelques individus qui s’etaient soumis à cette opération ont eu à sa suite une inflammation intense de l'articulation, et ont perdu la vie. Ils se sont donc sacrifiés à une expérience faite dans J’espoir d être délivrés de ce qui n’est ordinairement qu’un mal très supportable. Mais en supposant qu’elle empêche un individu de pourvoir aux moyens de soutenir son ex.stence, et qu il ne consente pas seulement à subir 1 operation , mais soit même désireux de s’y soumetlre, après lui en avoir expliqué clairement le danger et avoir essayé sans succès l’usage d un bandage ou d’une genouillère lacée on devra pratiquer l'opération. J'ai donné autrefois mes soins à un gentleman qui avait dans l’articulation du genou un corps cartilagineux , volumineux et flottant, qui l’empêchait de se livrer à scs affaires; il était habituellement attaqué d une inflammation de la membrane synoviale toutes les deux ou trois semaines. Je lui expliquai le danger de l'opération ; mais il préféra s’y soumetlre, et Heureusement elle réussit sans avoir détermine aucun symptôme fâcheux. Le
2;ACa:l,l,aCmeux élail GTos comme la e de la rotule, et avait un côté
convexe et un autre concave. En pratiquant l’opération, il est prudent de ne pas faire les incisions à la peau et à la membrane synoviale de manière qu’elles se trouvent l’une vis-à-vis l’autre. Les téguments doivent être attirés d’un côté it alors incisés; ainsi, quand les téguments et la membrane synoviale reprennent leur situation respective naturelle, l’ouverture faite à la membrane synoviale se trouvera occluse par la peau. La place qui paraîtra ordinairement la plus convenable pour faire l’opération se trouve au-dessus du condyle interne; c’est là que nous devons cheicher à fixer le corps étranger, et, après l’avoir mis à découvert, il nous faudra le saisir immédiatement avec des pinces, de peur qu’il ne glisse dans une autre partie de l’articulation , d’où nous ne pourrions le mouvoir, de manière à le faire sortir par la plaie. Comme l'inflammation est a redouter après l’opération, il est toujours prudent deux ou trois jours avant de la pratiquer, de faire garder le lit au malade, ou de l’astreindre à un repos complet dans sa chambre , le mettre à une dièle très-légère et lui faire prendre une mixture légèrement purgative. Ce qu’il faut surtout observer, c’est de ne jamais opérer pendant que l’articulation est le moins du monde chaude, douloureuse ou disposée à l'inflammation. Si 1 inflammation survient après l’opération, il faudra recourir aux saignées copieuses et répétées, aux sangsues, au mercure et aux applications froides. En supposant que le corps cartilagineux soit d un volume considérable, nous ne devons pas le forcer à passer par une ouverture insuffisante pratiquée à la membrane synoviale , car ce serait s’exposer à amener de l’inflammation bien plus que si on agrandissait la plaie. Celle-ci ne doit cependant pas être faite plus grande qu il n’est actuellement nécessaire, car le danger des plaies du genou est surtout en raison de leur étendue (l).
(1) Ainsi que nous le X'oyons ici, le point important est de fixer le corps étranger dans un lieu convenable, et de luire surtout porter ses incisions sur un point des téguments et de la capsule articulaire Ici que, ces tissus étant abandonnés à eux-mêmes, le parallélisme de 1 ouverture faite ù la peau et de celle faite a la capsule se trouve détruit. J’ai été
THAITJÛ ÉLÉMENTAIRE
épaississement pulpeux de la membrane
SYNOVIALE.
Il existe une autre affection de la membrane synoviale, appelée épaississement pulpeux , que l’on croit généralement être d'une nature scrofuleuse.
Beaucoup de maladies, trcs-différenles entre elles, étaient, il y a peu d’années, confondues toutes sous le nom de tumeurs blanches : ainsi l’inflammation de la membrane synoviale , une affection commençant par l’ulcération des cartilages , une maladie scrofuleuse prenant son point de départ dans la tête des os et cette affection pulpeuse de la membrane synoviale étaient toutes mêlées et réunies sous la dénomination de tumeurs blanches. La maladie que je veux décrire ici se produit surtout chez les jeunes sujets entre l’âge de seize ans et celui de vingt deux ou vingt-cinq, et a lieu seulement dans le genou. La douleur est d’abord peu forte, elle consiste simplement en une roideur accompagnée de gonflement léger et de rigidité. La maladie se développe donc lentement et insidieusement. Le gonflement s’accroît par degrés, et l’on éprouve en touchant la partie affectée une sensation d’élasticité et de mollesse considérable qui porte à croire qu’elle contient un liquide. 11 arrive une époque à laquelle l’articulation est presque détruite. La douleur n’est pourtant pas encore très-intense ; ces symptômes n’occasionnent véritablement pas de grandes souffrances jusqu’à ce qu’il se forme des abcès dans la membrane synoviale ou à l’extérieur de celle-ci. La maladie peut marcher pendant plusieurs années sans que l’amputation devienne nécessaire ; c’est une de ces affections lentes dans lesquelles le malade languit durant un long espace de temps sans se rétablir et sans être cependant réduit à un tel état qu’il soit absolument obligé de se soumettre à l'amputation. A la fin cependant, les symptômes hectiques deviennent pins graves, et l’amputation est alors inévitable. Suivant sir Benjamin Brodie, le premier qui ait distingué ce cas des autres maladies classées sous le nom de tumeurs blanches, l’affection décrite ici est incurable parce qu’elle consiste en une désorgani-
lémoin d’une opération de celle nature, et, grâce aux sages précautions qui furent prises, elle réussit sans le moindre accident. (Note itu trait.)
sation totale de la membrane synoviale, qui se convertit en substance pulpeuse et brunâtre variant quant à l’épaisseur de trois à six lignes. C’est alors une maladie organique, et l’on peut voir des lignes blanches traversant la substance pulpeuse dans différentes directions. A une période avancée de son développement, les cartilages, les ligaments et les os de l’articulation deviennent malades et se détruisent. En général , la membrane synoviale tout entière subit la transformation que nous avons décrite ; mais, dans quelques rares exemples, elle n’est attaquée que dans une partie de son étendue. Dans la majorité des cas, nous pouvons reconnaître cette affection aux progrès très lents avec lesquels l’articulation augmente de volume, à la roideur non accompagnée de souffrance, et à la scnsalion de mollesse et d’élasticité présentée par la tumeur : tels sont les signes caractéristiques de l’épaississement pulpeux de la membrane synoviale.
Traitement. M. Synte, qui ne considère pas la maladie comme tout à fait incurable, recommande de mettre l’articulation en repos , et de la maintenir ainsi à l’aide d’attelles et de pièces de carton. Ce principe s’applique à toutes les maladies chroniques des articulations. Il donne aussi au malade un régime propre à améliorer l’état de sa sauté générale ; s’il y a de l’inflammation dans la partie, il la poursuit à l’aide de sangsues, de ventouses, etc., et, dans le but de déterminer l’absorption de la substance pulpeuse en laquelle s’e3t convertie la membrane synoviale, il recommande de placer des vésicatoires sur la partie et d'employer des préparations d'iode, ou l’iode joint au mercure, et l’onguent d’ioduie de potassium.
M. Scott adopte un mode de pansement particulier pour les articulations malades : il entoure d’abord l’articulation d emplâtre savonneux mêlé avec de l’onguent mercuriel; par-dessus tout cela, il applique des bandes de toile craplaslique de p’omb, puis de l'emplâtre de savon étendu sur du cuir épais. Quelle que puisse être l’efficacité de celte méthode, je pense que ce n’est ni au mercure ni aux détails de placement des pièces de pansement qu’elle est due, niais bien à ce qu’elle* maintient l’articulation dans un repos absolu. Il n’est pas douteux que l’immobilité complète à laquelle on force celle-ci ne soit un des moyens les plus puissants dans le
DE rATHOLOGlE CHIRURGICALE. 315
traitement de cette maladie, et nous remplirons le même but, soit que nous adoptions la méthode de M. Scott, ou que nous fassions usage d’attelles ordinaires. Quand des abcès se sont formés, les pièces de carton ou les attelles semblent préférables à une masse de substances qui ne sont changées qu’une fois par semaine, et sous lesquelles s’accumulerait une grande quantité de suppuration viciée.
ulcération des cartilages.
On pense que quelques maladies des articulations prennent leur point de départ dans les cartilages. . -
L 'ulcération des cartilages se rencontre plus communément chez les adultes que l’épaississement pulpeux de la membrane synoviale. Il n’est pas trèsaiséde distinguer l’ulcération des cartilages à son début, de l’épaississement chronique de la membrane synoviale. Il n’y a généralement pas d’augmentation de volume de l’articulation dans la première période de la maladie ; mais lorsqu’elle a fait quelques progrès, la membrane synoviale commence à s’enflammer , et ce symptôme est alors accompagné de gonflement. Cependant, il n’y a généralement pas, ou il n’y a que peu d'enflure pendant les premières semaines; et le malade ne ressent aucune douleur vive au début de cette affection, à moins qu’il n’exerce l’articulation attaquée. II y a quelques maladies des arliculations dans lesquelles la souffrance est constante, que le membre soit ou ne soit pas mis en mouvement. L’affection que nous décrivons ici est néanmoins ordinairement accompagnée de quelques douleurs pendant la nuit, et après un certain temps la membrane synoviale est attaquée; alors se joint à l'ulcération des cartilages un épanchement de liquide dans l'articulation, qui ajoute considérablement au gonflement, et occasionne de la fluctuation. Celle dernière circonstance peut donc êlre considérée comme constituant quelquefois un des symptômes de la maladie. Presque toutes les affections chirurgicales des arliculations tendent à se terminer par la suppuration et des abcès qui se produisent à la lois • n dedans et en dehors de la membrane synoviale, et sont suivis de la formation 1 c tiilules et de sinus ainsi que de la c,*rie des os; de sorte qu’a moins que
nous n’examinions cetle affection au début, nous ne pouvons pas toujours nous prononcer exactement sur lu question de savoir dans quel tissu elle a commencé. Quand des abcès se forment durant la maladie dont nous traitons ici, la matière purulente se rassemble en collection dans la membrane synoviale, et aussi en dernier lieu dans le tissu cellulaire à l'extérieur de l’articulation ; elle s’étend fréquemment au loin sous les téguments épaissis, et se fraie enfin une voie par une ou plusieurs ulcérations fisluleuses.
Le professeur Cruveilhier (1) et M. Ivey pensent que l’inflammation de la membrane synoviale est la cause la plus fréquente de l’ulcération des cartilages. Quelques-uns des cas auxquels ce dernier fait allusion prouvent qu’une affection de la membrane synoviale avait existé long temps avant qu’aucune ulcération de la surface cartilagineuse pût avoir eu lieu, car dans ces cas le cartilage était complètement sain, à l’exception d’une légère perte de substance vers le bord de l’os, à l’endroit où la membrane synoviale se réfléchissait sur celui ci, bien que les symptômes d’une maladie de l’articulation eussent existé depuis plusieurs mois avec une douleur étendue sur une grande partie de la surface synoviale, et un gonflement général de 1 articulation. D’après les recherches de M. Key, la partie interne de l’articulation du genou présente ordinairement 1 ulcération la plus étendue, à cause de la manière oblique dont pèse le fémur et de sa pression inégale sur la partie interne du tibia.
Il s’ensuit que le cartilage semi-lunaire interne est plus souvent détruit que ne 1 est le cartilage externe ; quanta celui qui recouvre le condyle interne du fémur et la partie interne de la tête du tibia, il subit une destruction analogue. M. Key fait remarquer que la rotule et 1 extrémité du fémur sont les parties dans lesquelles on peut le plus aisément suivre la trace du travail ulcératif, la maladie y étant moins avancée qu’ailleurs. La partie de la rotule qui ordinairement s’ulcère la première, est le bord du cartilage dans le point où la membrane synoviale se réfléchit sur celui-ci. M. Key dit qu’il se forme dans ce point des sillons de différente profon-
(1) Anal, pathol., livraison (j.
31G traité Elémentaire
deur, que l’on ne peut pas toujours distinguer, à moins que le bord épaissi de la membrane synoviale ne se soit élevé. La surface ulcérée présente quelquefois des lignes vasculaires parallèles convergeant vers le centre, et prenant leur point de départ dans la membrane synoviale, qui, lorsque les vaisseaux sont parfaitement remplis d’une injection fine , semble éminemment vasculaire et frangée ou villeuse comme une membrane muqueuse.
Celle frange de membrane vasculaire, décrite aussi par M. Cru veillliier est un tissu nouvellement organisé, et, comme le pense M. Key, est quelquefois un tissu surajouté dans le but de produire l’ulcération du cartilage contigu. Quand il est récemment formé, quelques-unes de ses parties peuvent s’élever de la membrane synoviale, mais il adhère trèslégèrement à la partie du cartilage où se fait le travail ulcératif : suivant M, Key, cette adhésion ne pourra réellement cire aperçue , à moins que l’articulation ne soil ouverte avec soin. 11 semble cependant, d’après ces intéressantes recherches que la manière dont s'effectue ici l’ulcération des cartilages est analogue à celle dont se forme le séquestre dans la nécrose des os cylindriques. Le cartilage, peu disposé à l’ulcération par suite de son organisation inférieure , subit l’action de la surface synoviale nouvellement organisée, et qui, devenue éminemment vasculaire, forme un sillon dans le bord du cartilage au moyen de ses proéminences villeuses ( viltous processes ). Nous voyons aussi , grâce aux recherches de M. Key, que les bourgeons charnus qui s’élèvent quelquefois de la surface de l’os dénudé prennent part ainsi que la membrane au travail île l’absorption. La formation de la membrane vasculaire a fréquemment lieu sans suppuration , comme on peut le voir dans les articulations affectées de scrofules , qui pendant des années ont subi des inflammations chroniques sans qu’il s’y formât d’abcès , et l’inflammation est quelquefois bornée h un seul côté de l'articulation.
La seconde manière, signalée par M.
Key, est celle que la nature emploie pour effectuer l’ulcération des cartilages sans l’intervention de leurs propres vaisseaux, ce qui a lieu quand la suppuration succède à une inflammation aiguë , causée par une blessure de la membrane
synoviale, qui subit alors un changement par lequel elle est rendue capable de remplir sa nouvelle fonction. Sa surface devient éminemment vasculaire et est , en majeure partie , couverte d’une nouvelle déposition de matière adhérente , qui est, dans beaucoup de points, villeuse ou remplie de projections vasculaires et frangées. M. Key pense que lorsque la maladie d’une articulation arrive à une période aussi avancée, la seule manière d’arrêter la marche de l’affection ou de réparer les désordres occasionnés par l'inflammation est de donner lieu à la production d’une ankylosé.
La disparition du cartilage est un pas essentiel pour arriver à ce but; et il semblerait que c’est à la membrane synoviale affidée d’inflammation qu’est dévolu l’office de le faire disparaître. L’absence de toute action dans le car— tilace et le manque total de vascularité dans les parties oii l’ulcération paraît se développer avec le plus d’activité, sont les circonstances qui conduisirent M.
Key à chercher quelque agent dans le travail ulcératif. L’ulcération, ainsi qu’il le fait observer, prend son point de déliait, non pas dans le côlé adhérent à i’os , mais à la surface du cartilage qui est simplcmcut corrodée; il n’y a pas de désorganisation du lissa dans les parties qui doivent être soumises à l'absorption. Les sillons se trouvent seulement dans les parties du cartilage qui se trouvent opposées à la membrane synoviale frangée et vasculaire. La disparition du cartilage qui fait obslacle h la formation de l'ankvlose, dans beaucoup de maladies des articulations, e^l le but auquel la nature tend ordinairement. Dans les cas d’ulcérations scrofuleuses les plus chroniques, la disparition du cartilage s’accomplit, comme nous l’indiquent les observations faites par M. Key, à la faveur du développement et de l’organisation graduels de la membrane synoviale dans le point où elle se réfléchit sur le bord de ce même cartilage. Lorsqu’il est nécessaire que le travail se fasse plus rapidement, il se forme au bord de la membrane synoviale une fausse membrane qui s’étend graduellement sur toute lai surface du cartilage et, au moyen de l’augmentation de vascularité qu’elle a subie, ulcère celui-ci jusqu’à los, ettj forme souvent des anastomoses avec lesbourgeons charnus du tissu spongieux • dénudé.
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
Un nuire cas est celui dans lequel l’ulcération commence sur la surlace du cartilage adhérente à l’os. Dans les exemples de maladie chronique du tissu spongieux, M. Ivey trouve que quand le cartilage commence à offrir une solution de continuité on peut voir des vaisseaux se diriger vers lui et s’accumuler en nombre suffisant pour former un lissu vasculaire qui couvre la surface du cartilage adhérente à l’os. Plus tard, quand l’ulcération a perforé le cartilage ou a déterminé presque entièrement sa perforation jusque dans l’articulation , la membrane synoviale s’enflamme, et l’ulcération marche alors par un travail semblable, commençant au bord du cartilage au moyen de la membrane synoviale et d’un tissu vasculaire de nouvelle formation. M.Key dit que, dans l’inflammation aiguë des extrémités spongieuses des os, ta substance osseuse n’est pas ramollie , mais conserve sa fermeté de tissu et ne présente aucune trace de lésion si ce n’est dans une partie du tissu spongieux, point dans lequel on trouve une cavité contenant une ou plusieurs portions d’os détachées entourées de pus. Celte cavité communique avec l’articulation par une petite ouverture fistuleuse. Le travail ulcératif commence évidemment sur le côté externe de l’articulation, car le cartilage semble miné en dessous , et sa surface articulaire parfaitement saine; tandis que la membrane synoviale est atteinte d’une inflammation aiguë, et sa cavité communique avec une ou plusieurs collections purulentes étendues au-dessus et au-dessous de l’articulation. Ces recherches pathologiques de M. Key, qui se rapportent à celles de ül . Cruveilhier sur le même point, me semblent mériter toute notre attention, et devoir jeter de la lumière sur le sujet difficile et obscur de la théorie de l’ulcération en général. Je vois, d’après le : travail de sir Benjamin Brodie, qu’il y a quelques années il connaissait quelques faits relatifs à celle doctrine, que cependant il n’adopte pas.
Le cartilage qui recouvre la surface articulaire d’un os étant une fois détruit se reproduit très-difficilemenl. Lorsque les cartilages sont détruits et que la carie a attaqué 1 os sous-jacent, la maladie doit se terminer soit par l'ankylose qui est, en circonstances pareilles, la terminaison la plus favorable qui puisse arriver; soit par lu déposition d’une matière analogue à la porcelaine ou à l’ivoire sur la surface
de la partie dont le cartilage a disparu. Dans bien des cas où la maladie a pour siégele genou, le coude-pied ou le coude, les symptômes hectiques se montrent avant que la suppuration commence, surtout quand l'affection a pour siège le genou, bien que rarement l’ampuiation soit nécessitée dans celte circonstance par le désordre général de l’économie.
Dans le traitement de cette espèce de maladie des articulations, il est évidemment essentiel de leur faire garder le plus grand repos possible, car chaque mouvement occasionne du trouble dans les parties affectées ; et quand les cartilages sont ulcérés, leur frottement doit être particulièrement nuisible. Le traitement consiste donc à maintenir l’articulation immobile, non-seulement en faisant garder le décubilus au malade, mais aussi par 1 usage d’attelles ou de pièces de carlon, ou bien par l’usage des bandelettes et bandages recommandés parM. Scott. Une autre indication est de tâcher d’arrêter le travail morbide qui , par l’intermédiaire de l’action de la membrane synoviale et la nouvelle substance vasculaire développée au sein de celle-ci, occasionne l’ulccralion du cartilage. Pour arrivera ce but, l’expérience n’a à nous offrir aucun moyen plus efficace que la contre- irritation { révulsion ) au moyen de vésicatoires, de cautères, de moxas et de la pommade slibiée. Cependant il y a des bornes à mettre à cette pratique, car dans cette affection, comme dans beaucoup d’autres maladies des articulations, il y a souvent au début une inflammation aiguë, la partie étant douloureuse et plus chaude que dans l’état naturel, parce qu’elle n’a pas été mise dans l’immobilité. Dans ces circonstances, il conviendra d’employer les moyens antiphlogistiques ordinaires avant de recourir à la contre-irritation. Sur le continent et dans les écoles de chirurgie d’Edimbourg , le cautère est quelquefois recommandé comme un moyen de produire la contre-irritation dans le traitement des articulations malades; mais en Angleterre, les chirurgiens y ont rarement ou n’y ont jamais recours. INous n’aimons pas en ce cas 1 emploi des fers rougis, que l’on pourrait choisir comme instruments chirurgicaux, peut-être par suite d’un simple préjugé, car on ne saurait entretenir aucun doute sur leur efficacité. Ce remède est du nombre de ceux que les Français appellent remèdes héroïques.
TBAITÉ ÉLÉMENTAIRE
Après être parvenus à arrêter en partie l’action morbide, nous pouvons essayer d’autres moyens, tels que de pomper de l’eau froide ou chaude sur la partie en la faisant tomber d’une certaine hauteur, comme on le pratique dans quelques établissements spéciaux. Si la maladie est enrayée a temps, la guérison peut s’opérer sans aucune déperdition réelle de cartilage et sans la formation d’une ankylosé consécutive; puis, lorsqu’on est parvenu à poser des limites à la maladie, s’d rest'e encore quelque gêne ou quelque faiblesse dans l’articulation, nous pouvons essayer de pomper de l’eau sur la partie en la faisant tomber d’une certaine hauteur, ou de masser, ou de frictionner seulement avec la main ou de la poudre à poudrer. L’ankylose est cependant la terminaison la plus fréquente de cette maladie, et c’est dans ce but que la nature fait disparaître le cartilage.
L’application de la vapeur sur la partie est un moyen salutaire à employer* et par lequel on peut éviter l’ankylose, car il bâte le rétablissement des fonctions de l’articulation, et tendà prévenir la roideur qui peut se faire sentir long-temps après que la maladie a été arrêtée. Le docteur O' Beirnea publié le récit de plusieurs cas intéressants, afin de prouver la grande utilité du mercure dans le traitement de l’ulcération des cartilages des articulations. Il administre aux malades souffrant de maladies scrofuleuses une infusion de salsepareille dans de l’eau de chaux, comme étant le meilleur remède dont on puisse faire usage pour prévenir les effets dangereux du mercure sur leur constitution (I).