‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 55 sur 242 · TRAITÉ EL · texte numérisé non relu

TRAITÉ EL

procurer, ou que dans tous les cas elle ne peut obtenir aussi promptement quelle le désire , ou peut-être quand elle est violemment effrayée à la vue d’une araignée, d’une souvis, ou de quelque autre animal. Après de semblables circonstances, toute marque cutanée que l'enfant apportera en naissant sera imputée à ce malencontreux accident; et pour prouver qu’il existe un rapport entre les nævi et ces désirs extrêmes ou ces frayeurs, on imagine des ressemblances frappantes entre ces taches congéniales et les objets désirés ou qui ont causé de l’effroi. Ainsi quelques nævi à surface granuleuse sont comparés à des fraises], à des mûres ou à des framboises, et on suppose qu’ils deviennent plus rouges et plus apparents dans la saison où ces fruits arrivent à leur maturité. D’autres ont un aspect réticulé dû aux ramifications des petits vaisseaux distribués à leur surface; et, comme on trouve qu’ils ressemblent à des toiles d’araignée, on les appelle (en Angleterre) spiders nævi; d’autres taches ou plaques congéniales de la peau ont reçu le nom de taches de vin à cause de leur couleur rouge particulière. Il est encore une espèce de nævus que l’on désigne vulgairement (en Angleterre) sous le nom de mole (taupe), à cause de sa couleur brune et des longs poils qui poussent sur lui. Des objets de celte nature présentent toujours des occasions de fournir des sujets à l’imagination et d’inventer des comparaisons et des noms.

Ces nævi superficiels restent souvent stationnaires pendant toute la vie et n’augmentent point de volume ni ne causent aucune incommodité, mais quelquefois, en raison de leur situation à la face ou au col, ils défigurent considérablement, et, si on désire les faire disparaître ou les amoindrir, on peut recourir à l’excision ou à la destruction du signe avec le caustique ou la vaccine.

Cependant on voit des exemples dans lesquels ces signes offrent après la naissance une disposition à s’accroître et même à acquérir un volume considérable. Dans celte circonstance il est prudent de les enlever avec le bistouri , le nitrate d’argent, la ligature ou la potasse caustique, suivant les cas. Celles qui sont très-superficielles sont faciles à guérir avec le nitrate d’argent et la compression, ou en y introduisant de la vaccine, ou en les touchant avec de l’acide nitrique ou une forte solution de nitrate d ar-

gent , ou bien en les frottant avec cette substance (1).

Des nævi sous-cutanés et de l’anévrisme par anastomose. — Ces tumeurs diffèrent probablement des nævi cutanés plus superficiels, en ce qu’elles sont des produits de nouvelle formation et non pas simplement des altérations de tissu. Je ne puis discerner une différence essentielle entre les anévrismes par anastomose et les nævi sous-cutanés. Leur nature et leur tissu sont semblables ; et quoique le nævus sous-cutané ne soit pas comme l’anévrisme par anastomose accompagné de pulsations appréciables au toucher, on doit attribuer ce caractère particulier à ce que l’anévrisme par anastomose forme une tumeur extérieure, une excroissance au-dessus du niveau de la peau , tandis que le nævus sous cutané est plus plat et plus caché. Quant à la distinction qu’on veut établir entre l’a-

(1) Il est à remarquer que les nævi se développent principalement au col et ài la face; dans la majorité des cas ils demeurent stationnaires, et on peut les con- ■ server tout le temps qu’ils restent dans? cet étal; mais pour peu qu’ils augmentent de volume, ou qu’ils soient le siège de quelque démangeaison ou picotement, .

il est prudent de les enlever, car il n’est pas rare de voir de semblables productions augmenter de volume au point de?former uiie tumeur érectile, ou dégénérer en cancer. Toutes les fois qu un signe ou* nævus donne quelque inquiétude, il faut le faire disparaître sans délai , et celte ablation doit être telle qu’il ne demeure aucun vestige de la maladie. Bien qu oi ail proposé des caustiques et la ligature je préfère de beaucoup l’excision avec 1< bistouri ou les ciseaux courbés sur b plat, toutes les fois qu’elle est praticable on est plus sûr d’enlever tout le tissi morbide, et d’avoir une plaie régulière suivie d’une cicatrice moins visible. Lorsque l’on excise un nævus, il faut se teni en garde contre l'hémorrhagie , car ce parties sont abondamment fournies d vaisseaux. L’ablation d’un signe dont 1 volume n’excédait guère celui d’un noya de cerise, et m’avait semblé ne devoi donner lieu à aucune hémorrhagie ne table, nécessita la ligature de deux arlt rioles. J’ai entendu rapporter 1 histok d’un homme qui , après 1 extirpatio d’une tumeur pareille, eut une hômo rhagie : elle ne fut point arrêtée au.

soin , se reproduisit pendant son s0**!

meil, et il périt exsangue. (Noie du traM

DE PATHOLOGIE

névrisme par anastomose et le nævus, et qu’on fonde sur la supposition que la première de ces maladies consiste en un accroissement ou augmentation de volume des artères de petit calibre, tandis que la seconde consiste en des altérations semblables produites dans les capillaires veineux, celle distinction, dis je, doit être abandonnée : en premier lieu, parce qu’il n’existe pas de preuves à l’appui des circonstances alléguées plus haut; et en second lieu parce que le sang, qui, lorsque les nævi reçoivent quelque blessure, jaillit avec abondance, est d’un rouge-écarlate brillant et manifestement artériel. L’anévrismeparanastomose, qui est plus ou moins élevé au-dessus du niveau de la peau, est réellement une production morbide de nouvelle formation.

Sa couleur est généralement bleuâtre ou livide, et, par un examen attentif, on y peut sentir une pulsation correspondant aux battements du cœur, ou du moins un frémissement. Quelquefois la peau conserve sa couleur naturelle. J’ai pratiqué une ponction exploratrice dans une tumeur de cette nature que portait au dos un enfant de Sunbury ; la couleur des téguments n’était nullement altérée, et aucun frémissement n’était perceptible jusqu’au moment où l’enfant sentit la douleur de l'incision : l'hémorrhagie rapide qui suivit m’apprit quelle était la nature de la maladie, et je fermai immédiatement la plaie, qui se cicatrisa par première intention. Cette tumeur diminue par la compression , mais toutes les causes qui accélèrent la circulation la rendent toujours plus saillante et plus turgescente. Cette maladie est souvent congéniale , la tumeur est petite et à peine visible au moment de la naissance et reste stationnaire jusqu’à l’époque de la puberté où elle peut commencer à prendre un accroissement rapide. On a vu de ces affections être le résultat de violences extérieures , et le professeur Warren cite un cas où la maladie fut la suite d’une coupure, causée par le choc Id’une pierre sur le côté droit de la région occipitale. Lorsque la tumeur a atteint une certaine dimension, elle s’ouvre quelquefois et saigne alors d’une manière inquiétante. Chez les femmes hémorrhagie a lieu le plus souvent aux Périodes menstruelles et même elle rem- P ace alors l’évacuation utérine.

Les partes gu corps dans lesquelles se nnm ntre .le 1>lus fréquemment ‘affection nommée improprement anévrisme par

anastomose sont, lcpéricrâne, la face, la partie supérieure du tronc, et quelquefois les mains et les pieds.

John Bell décrit celle maladie comme une tumeur consistant en un amas de vaisseaux doués d’une extrême activité , et il dit que le tissu cellulaire dans lequel ces vaisseaux se distribuent présente des caractères de ressemblance avec la structure celluleuse du pénis , du jabot du dindon , ou de la substance du placenta, de la rate ou de la matrice. En un mot sa comparaison est presque la même que celle de Dupuytren qui assimilait ce tissu aux tissus érectiles. On représente quelquefois les anévrismes par anastomose et nævi sous -cutanés volumineux comme contenant des cellules remplies de sang, et avec lesquelles les vaisseaux sanguins communiqueraient directement. Ce point n’est pas encore invariablement fixé, car ce qui semble à quelques-uns être des cellules , est regardé par d’autres comme les orifices de vaisseaux sanguins, et les partisans de cette opinion pensent naturellement que cette maladie résulte de l'agrégation de vaisseaux de cette nature, se ramifiant et se combinant de manière à former une tumeur. Quoi qu’il en soit, c’est une production accidentelle de nouvelle formation remplie de vaisseaux contenant du sang en abondance, et présentant, lorsqu'elle reçoit quelque coupure, une disposition à saigner largement et violemment, qui ne se rencontre peut-être à uq égal degré dans aucune autre maladie.

La tumeur et le tissu érectile sont quelquefois confondus avec le cancer encé— phaloïde et le squirrbe.

Quelque traitement que l’on choisisse pour les nævi sous -cutanés et l’anéviisme par anastomose, il doit toujours etre dirigé de manière à ne point exposer la vie du sujet.

En supposant donc que l'on soit déterminé a pratiquer l’excision d’un nævus, on doit se conformer à la règle posée par M. John Bell , « ne pas inciser dans la tumeur, mais à l’extérieur de celle-ci. »

01 1 on faisait porter l’incision sur la partie altectée, il en résulterait quelquefois une hémorrhagie si abondante que le malade succomberait dans les mains de l'opérateur. Le sang pourrait jaillir par torrents, de manière à causer la mort d’un enfant dans l’espace de deux à trois minutes.

L) ailleurs, comme il est absolument nécessaire d’exciser tout le tissu malade, et de n’en laisser subsister aucune partie

TRAIT li ÉLÉMENTAIRE

après l’opération , nous n’aurions aucun avantage à ouvrir la tumeur elle-même.

On doit enlever toute la partie attaquée; ou sinon ce qu'on aura laissé continuera à prendre de l’accroissement. La règle pratique, lorsqu’on enlève les nævi, est donc de faire les incisions dans les parties saines environnantes à quelque distance de la circonférence de l’endroit malade, et de leur donner une certaine profondeur sous sa base. Mais quand un nævus a une étendue considérable, l’excision, fût-elle même pratiquée avec ces précautions, n’est point sans danger à cause de l’hémorrhagie quelle occasionne. On rapporte plusieurs cas dans lesquels l’opération fut suivie d’un flot de sang qui se [Vi’écipita avec une abondance cl une rapidité telles que la mort survint en quelques minutes. Un accident de cette espèce arriva dans la pratique de M. Wardrop, qui, avec sa bonne foi ordinaire, rapporte le fait lui-même. Le malade était un enfant, et le nævus avait un volume considérable. L’aulopsie fit voir qu’un vaisseau d'un diamètre égal à celui d'une plume avait été divisé. On peut se former une idée de la disposition que celte maladie présente à l’hémorrhagie , si on se rappelle que j’ai vu M. Lawrence, qui, dans le but de guérir un nævus développé sur un des doigls , divisa tous les tissus de ce doigt excepté le périoste et l’os, et cependant les vaisseaux de la plaie du côté opposé au cœur saignèrent abondamment et cela malgré la ligature des artères radiale et cubitale qu'avait pratiquée antérieurement mon ami H. Hodgson.

On a proposé d’autres moyens que l’instrument tranchant pour la guérison des nævi. L’un d’eux consiste à passer deux ligatures doubles à travers le centre de la base de la tumeur et à l’angle droit l’une de l’autre , puis à lier la partie par quarts pour ainsi dire, de manière a ren- /ermer la totalité de lu base dans les huit fils. Afin de faire porter plus loin l'action des ligatures de manière à embrasser les tumeurs qui ont une base large , on passe quelquefois de longues épingles sous la tumeur, et on applique les ligatures en les tournant sur les bouts de ces aiguilles, comme l’a pratiquée pour la première fois , je crois, mon ami M. Keate. Quelquefois, dans le but de diminuer la difformité et de rendre l'action des ligatures plus efficace , M. Liston soulève d’abord la peau qui recouvre la tumeur pour lu conserver , et applique

alors les longues épingles et les ligatures.

Une autre méthode consiste à lier l'artère principale ou les artères qui conduisent à l'endroit malade. Cette méthode réussit quelquefois, mais le plus ordinairement elle ne produit qu’un soulagement partiel et temporaire. La ligature de la carotide pour l’anévrisme par anastomose situé dans l’orbite ou d’autres parties de la face et de la tête, a parfaitement réussi entre les mains de Travers, de Dulrymple el de Warren ; mais dans celles de Ditpuylren elle ne guérit point la maladie, bien qu’elle ait arrêté son développement ultérieur.

Une quatrième méthode consiste à détruire la tumeur avec de la potasse caustique, et une cinquième est fondée sur ce principe qu’il faut produire un changement total dans le lissu de la tumeur en y excitant l’inflammation parla compression, ou à l’aide de caustiques, d'applications stimulantes, ou par i’introduction d’une légère quantité de solution de nitrate d'argent dans le tissu morbide.

C’est d’après ce principe que la vaccine est utile pour guérir les nævi superhciels. On a encore réussi en détruisant leur tissu avec une petite aiguille à cataracte, ou en y excitant l’inflammation adhésive à l’aide d’épingles dont on traversait la tumeur. Le professeur Gibson rapporte un cas de guérison spontanée produite par une inflammation accidentelle, résultat d’une lièvre (1).

(1) Nous donnons le nom de tumeurs érectiles à l’affection dont on vient de lire la description. L’analogie qui existe entre les tumeurs de celle espèce et les parties qui dans l’état normal offrent les qualités de turgescence et d’érection temporaire, justifie celte dénomination que les pathologistes français préfèrent à celle de nævus sous-cutané et d’anévrisme par anastomose. Du reste , ce n’est point seulement dans l’épaisseur do la peau et au-dessous de cette membrane que sc développe le tissu érectile; il prend quelquefois naissance dans le tissu osseux, et perçant celui-ci peut venir saillir sous la peau. Les tumeurs érectiles bien faciles à cerner et congéniales sont moins sujettes à récidiver après leur ablation; mais les tumeurs érectiles profondes, et surtout quand elles sont accidentelles, sont très-sujettes à la récidive, ,1 même après une ablation complète suivie de la cautérisation avec le fer rouge.. Les tumeurs érectiles ou nævi sous-cu-

UE PATHOLOGIE

Les polypes constituent une autre classe île tumeurs; ils prennent naissance dans les membranes muqueuses, ou s’ils ne proviennent point de celles-ci ils sont du moins recouverts par elles. Il n'est nécessaire ici que d'indiquer leurs caractères généraux et les principes du traitement. Ils sont de deux espèces , c’est-à-dire le polype gélatineux mou , et le polype charnu ou fibreux. Quanta ceux que l’on nomme polypes de mauvaise nature, ils ne devraientaucunement être considérés comme des polypes, car ils tiennent véritablement de la nature des cancers encéphaloïdes , et quelquefois peut-être des cancers squirrheux.

Le polype ordinaire mou, que l'on voit le plus souvent prendre naissance dans la membrane muqueuse du nez est d’une couleur légèrement jaunâtre ou grise; il est peu disposé à saigner abondamment et est doué d’une faible sensibilité. Il n’a point de tendance à subir de dégénérescence pernicieuse, et les inconvénients qu’il détermine résultent de la compression qu’il exerce et de son volume. Il a généralement un col étroit, et sa forme se rapproche souvent de celle de la poire, bien que, quand la tumeur est volumineuse , sa configuration soit surtout déterminée par celle de la cavité dans laquelle elle est placée.

Les polypes charnus, qui sont plus consistants que les précédents et d’une structure fibreuse, se développent plus communément soit dans la substance même de l’utérus, soit sous la membrane qui en tapisse l’intérieur, que dans la membrane muqueuse du nez.

Le traitement des polypes mous et des polypes charnus consiste dans l’extraction qu’on pratique avec des pinces ainsi que cela se fait habituellement pour ceux du nez, ou bien en serrant leur col avec une ligature, ou bien en le coupant avec des ciseaux comme on le pratique plus fréquemment pour ceux qui se développent dans l’utérus. Les polypes de mauvaise nature ne doivent point être opérés (i).

tanés dégénèrent souvent en fongus cancéreux quand on les attaque avec le caustique; on cite du moins un nombre suffisant d observations de celte naturo pour sc tenir sur la réserve à l’égard d’un pareil moyen. (Note du liait.)

(1) le crois devoir ajouter quelques «mis à ces réilexions générales sur les

Les verrues sont des excroissances qui se développent à la peau et sont quelquefois couvertes pur l’épiderme. Elles subissent généralement de l’expansion ou

polypes. Nous reconnaissons, comme les pathologistes anglais , les polypes muqueux ou vésiculaires; puis nous admettons deux autres classes au lieu d’une, savoir les polypes charnus et les polypes fibreux. Les polypes muqueux semblent être formés d’un tissu cellulaire très- fin infiltré de sérosité, et sont pour cette raison grisâtres, demi-transparents et mollasses. Les polypes charnus sont aussi composés d’un tissu cellulaire, mais il paraît plus dense et plus abondamment fourni de vaisseaux sanguins; ils sont conséquemment plus fermes et plus rouges. Les polypes fibreux ont une consistance plus grande et assez variable, ils sont composés de fibres blanches enroulées par couches ou en lacis inextricable, présentant souvent une matière analogue à de la graisse ou de la gélatine, qui sépare la tumeur en lobules ou en stratum. Tous les polypes sont fournis de vaisseaux, et, suivant la remarque deM. Blandin, les polypes muqueux n’en contiennent que de fort petits et incapables de donner lieu à une hémorrhagie grave lors de leur extirpation. Les polypes charnus renferment de gros vaisseaux qui traversent le pédicule de la tumeur, se répandent à la fois dans son centre et à sa périphérie, et peuvent être la source d'hémorrhagies fatales lorsqu’on pratique des opérations pour les extraire, tandis que les polypes fibreux n’ont de vaisseaux volumineux qu’à leur surface, et ceux du centre sont peu nombreux et fort petits. Les polypes charnus sont trèsdisposés à repulluler après les opérations pratiquées pour leur ablation , et ils sont aussi susceptibles de dégénérer en cancer. Les polypes muqueux, ou vésiculaires, ne sont point capables de subir cette dégénérescence, mais ils repullulent avec une excessive facilité, surtout dans les fosses nasales. J’ai vu Dupuylren opérer pour la dix -neuvième fois un jeune homme atteint de cette maladie.

Quant aux polypes fibreux, ils ne se reproduisent point après leur ablation; ils se développent plus lentement que les autres, mais arrivent graduellement à un volume considérable; ils dégénèrent facilement en cancer cérébri forme. L’ablation des polypes, quelquefois assez facile, oftre souvent des embarras sérieux. Les polypes des fosses nasales sont généralement arrachés avec des pinces; mais

s’irradient de leur base à leur surface qui a généralement un aspect granuleux.

Après qu'elles se sont élevées au-dessus du niveau de la peau, leur base demeure souvent stationnaire, mais leur partie la plus élevée continue à s’étendre et à devenir de plus en plus rugueuse. Leur substance est compacte et ferme, et quelquefois très — sensible et disposée à saigner abondamment quand on l’incise. A cet égard pourtant les verrues offrent parfois des différences, car quelques-unes

paraissent inorganisées et insensibles (l).

Lorsqu’elles sont très-excitées, elles diminuent en général, et disparaissent ou tombent. Pour arriver à ce but les moyens topiques les plus efficaces sont: le nitrate d’argent, l’acide acétique, la teinture de scsquichlorure de fer, ou une poudre composées de sous-acétate de cuivre et de Sabine à parties égales. Quand le col de la verrue est étroit, l’excision est la meilleure méthode à suivre.

Les téguments minces situés près de

comme on reviendra sur ce point dans une autre partie de cet ouvrage, je crois ne devoir point entrer dans des détails sur ce sujet. Les polypes utérins peuvent être de toute nature, mais les polypes fibreux sont plus communs dans la matrice que les autres; on ne fait que soupçonner leur existence par les hémorrhagies qu’ils déterminent, ainsi que par une légère dilatation du col de l’utérus, jusqu’à ce que leur volume détermine une telle dilatation de ce col, qu’ils viennent à l’extérieur de l’organe, où ils peuvent être sentis par le toucher; quelquefois même ils finissent par sortir du vagin : dans ce dernier cas, les deux procédés habituellement mis en usage, la ligature ou l’excision, se pratiquent aisément; mais lorsqu’ils sont contenus à l’intérieur des parties, ainsi que cela a lieu le plus souvent, leur ablation est plus difficile. Quand on recourt à la ligature, elle s’exécute en général à l’aide de deux porte-nœuds chargés d’un fil auquel on fait faire le tour du pédicule du polype, en faisant passer l’un des porte-nœuds circulaircment autour de la tumeur, tandis qu’un aide abaisse ou fixe celle-ci à l’aide de pinces de Museux; la ligature une fois placée est serrée et laissée à demeure. L’excision des polypes se pratique avec des ciseaux forts. Lorsqu’on excise des polypes utérins, on commence par appliquer un large spéculum à charnière mobile, qui écarte les parois du vagin et isole la tumeur; on attire celle-ci avec des pinces de Museux, on retire le spéculum; le col do la matrice abaissée apparaît, et laisse voir le pédicule du polype; on le coupe avec des ciseaux courbes ou le bistouri, et on laisso remonter la matrice après cette ablation.

Lorsque les polypes pédiculés ont un volume et une configuration tels qu’ils s’adaptent à peu près à la cavité qui les renferme, et qu’ils peuvent y exécuter des mouvements de rotation , on leur imprime quelquefois des mouvements do cette espèce , graduellement , chaque

jour, et toujours dans le même sens , do manière à tordre leur pédicule qui se rompt par suite de cette torsion. Je ne parlerai point ici de la dessiccation et du broiement , qui sont presque inusités.

Quant à la cautérisation, je crois qu’il ne faut l’employer qu’avec une grande réserve et, si l’on en fait usage, ce ne devra être que pour des polypes petits et muqueux; elle ne convient jamais pour les polypes du conduit auditif externe, bien que Marchettis cite des observations où il se servit avec succès du fer rouge. Le voisinage du cerveau et des méninges devrait nous faire craindre d’y amener de l’inflammation; il convient alors de recourir à l’excision ou à l’arrachement.

Relativement à la dernière proposition émise par le savant pathologiste qui dit qu’on ne doit point opérer les polypes de mauvaise nature (malignant polypi) , je demanderai la permission de ne point partager son opinion, car si les polypes sont d’une mauvaise nature, c’est-à-dire s’ils tendent à dégénérer, ou si cette dégénérescence est déjà accomplie, il faut sc hâter d’en débarrasser le malade. Il arrive heureusement dans certains cas que la maladie cancéreuse ne se reproduit point après l’opération, et l’on a encore quelques chances de salut en la pratiquant ; tandis qu’en abandonnant ces tumeurs dégénérées on peut être sûr que la perte du sujet est inévitable.

(1) Les verrues prennent quelquefois un accroissement assez considérable , et si un certain nombre d’entre elles disparaissent par suite de causes d’excitation assez fortes, il en est que ces mêmes causes irritent et font augmenter de volume. Souvent des moyens trop faibles employés pour les détruire ont ce résultat, et certaines verrues finissent par acquérir un volume incommode, et constituent une véritable difformité. Il y a quelque temps j’en enlevai une qui avait un volume et une forme extraordinaires.

DE PATHOLOGIE

l’anus présentent souvent des excroissances d’une nature intermédiaire entre les polypes et les verrues. Leur dimension varie depuis la grosseur d’un pois jusqu’à celle d’un œuf ou d’une orange. Elles tiennent le milieu par leur consistance et leur vascularité entre les verrues et les polypes. Lorsqu’elles sont petites, elles peuvent être guéries par des stimulants locaux; lorsqu’elles sont volumineuses, le meilleur parti à prendre est de les enlever avec l’instrument tranchant.

Les tumeurs enkystées ou loupes sont composées de kystes dont le tissu, l'épaisseur et le contenu offrent des différences nombreuses. Les kystes eux -mêmes sont organisés, mais la matière qu’ils contiennent ne l’est pas. Ils sont généralement d’une forme globuleuse etne sont pas accompagnés de douleur. On les divise en trois espèces principales dont les noms sont analogues à la nature de la substance donl les kystes sont remplis.

Quand cette substance est liquide et se rapproche de la nature du miel, la tumeur reçoit le nom de méliceris; quand elle est d’une consistance molle ou pultacée, la tumeur s’appelle athérome ; on la nomme ste'atome lorsque la matière qu’elle contient est d’une nature graisseuse. Les kystes des tumeurs athéromateuses qui se forment sur la tête et sur la partie postérieure du tronc, sont habituellement épais et denses; tandis que les kystes de tumeurs semblables sur la

elle ressemblait à une petite corne; elle était dure, allongée, saignante au sommet, et, grâce à sa situation au côté palmaire et interne de l'index de la main droite, elle avait lin i par gêner beaucoup le sujet dans l’exercice des travaux de cabinet. J’excisai la tumeur en la soulevant, à sa base, et cautérisai ensuite avec le nitrate d'argent. En examinant le tissu dont elle se composait, je trouvai qu’il consistait en un tissu fibreux très-dense et dont les fibres longitudinales parfaitement parallèles se réunissaient en faisceau. Chez un autre sujet qui portait plusieurs verrues de mauvais aspect à la face, je recourus à l’excision suivie d’une légère cautérisation avec le nitrate acide liquide de mercure. Dans tous les cas où j’ai employé ce double moyen, la repullulation n’a pas eu lieu ; et je crois qu’on doit y avoir recours, sauf contre-indication, dans ceux où la nature des petites tumeurs de celte espèce paraît équivoque.

(Note (lu tracl<)

face sont généralement minces. Les kystes s’ossifient quelquefois. Dans les cas ordinaires le kyste na qu une cavité ; mais parfois il est divisé en compartiments à l’intérieur et renferme des cellules séparées et de dimensions différentes. La surface externe du kyste est presque toujours polie et a un peu de ressemblance d’aspect avec un épiderme fin.

Dans quelques cas le kyste est joint d’une manière lâche aux parties environnantes ; dans d’autres il leur est attaché avec solidité et est complètement immobile.

Certaines espèces de tumeurs enkystées atteignent un volume considérable, et je pourrais même dire énorme; mais les tumeurs ordinaires connues sous le nom de loupes varient depuis la grosseur d’un pois jusqu’à celle d’une noix ou d’une orange. Celles qui contiennent de la graisse deviennent quelquefois aussi volumineuses qu’une noix de coco ; inai3 les tumeurs connues sous le nom de kystes hydalides et kystes de Yovaire sont souvent d’une dimension énorme.

Les noms méliceris, athérome et sléatome, comme exprimant trois espèces de tumeurs enkystées , ne sont nullement propres à donner une idée de la nature d’un grand nombre de tumeurs de ce genre. Les kystes peuvent sécréter des matières de consistance et d’aspect trèsdivers ; ainsi quelques-uns sont remplis d’un liquide clair, fétide et brun, mêlé de flocons formés par la partie fibrineuse du sang; quelques autres contiennent un liquide séreux; ceux-ci une matière de consistance gélatineuse; ceux-là une matière calcaire; les uns un liquide mélanique; et d’autres enfin des poils, des dents , des hydatides ou des dépositions diverses de substances plus ou moins solides disposées en couches concentriques.

Les tumeurs enkystées se rencontrent en plus grand nombre immédiatement sous la peau que dans tout autre point; mais il y a peu de tissus, de parties ou de régions dans lesquels elles ne puissent se produire.

Il paraît, d’après les recherches de sir Astley Cooper, que dans les premiers temps du développement d’une loupe ordinaire on peut souvent voir une tache de couleur brune sur la peau au centre de la tumeur, tache que ce chirurgien attribue à l’obstruction de l’orifice d’une des glandes sébacées de la peau.

Il adopte donc l’opinion, maintenant généralement admise, que quelques tumeurs

enkystées sont dues uniquement à une augmentation de volume des follicules cutanés résultant de l'olistruction de leurs orifices. On comprend que cette explication ne pourrait s’appliquer à un grand nombre de kystes situés profondément et qui doivent incontestablement être considérés comme des productions entièrement accidentelles.

Les enfants naissent quelquefois avec des tumeurs enkystées. Lorsqu'elles sont formées près du sourcil elles adhèrent généralement à l’os, et sont recouvertes par le muscle orbiculaire des paupières ou le muscle occipito-frontal.

On a observé chez quelques individus une disposition remarquable aux développements des tumeurs enkystées, et à un tel degré qu’on en a vu plus de vingt répandues sur différentes parties du corps. Un des cas les plus curieux en ce genre est celui d’une femme qui se présenta, il y a quatre ans environ, à l’hôpital de l’Université : elle portait soixante-dix ou quatre-vingts tumeurs enkystées sur divers points du corps. Quelques-unes obstruaient le conduit auditif, ce qui la rendait sourde d’une oreille. Les plus volumineuses étaient d’une dimension qui n’excédait pas celle d’une noix, et la plupart d’entre elles n’étaient pas plus grosses que des pois. On lui en avait extirpé quarante ou cinquante avant qu’elle entrât à l’hôpital, mais leur nombre s’accrut tellement qu’elle ne voulut plus se soumetire à d’autres essais pour l’en débarrasser. J’appris qu’aux époques menstruelles ces tumeurs devenaient plus proéminentes, plus turgescentes et même douloureuses; symptôme que l’on rencontre plus souvent dans les nævi que dans les loupes.

Peut-être les tumeurs enkystées ordinaires se produisent-elles plus fréquemment sur la tête que dans tout autre point; lorsqu'elles se forment en cet endroit chez les adultes elles sont presque toujours athéromateuses. Chez les enfants Palhéroine est aussi très commun sur la face. Beaucoup de tumeurs enkystées des paupières sont pareillement athéromateuses.

Dans les tumeurs enkystées de la nature dustéatome on rencontre quelquefois des poils mêlés à de la matière graisseuse, et qui diffèrent de ceux qui croissent naturellement sur la surface du corps en ce qu'ils n'ont ni canal ni bulbe.

Quelques kystes ont non seulement le pouvoir de produire des poils , mais en-

core celui de former une substance cornée, ce qui a lieu quelquefois lorsque la tumeur s ulcère de manière h rejeter la matière qu elle contient et à exposer à t air 1 intérieur du kyste. La cavité se desseche alors et continue à sécréter une substance epidermique ou cornée qui graduellement se projette en dehors. Un voit au British-IVIuséum un exemple de ce genre où cette substance est remarquable par sa ressemblance avec une corne de bélier. J’enlevai, il y a peu d’années, une espèce de corne de cette nature qu’un médecin âgé de mon voisinage portait à la fesse. Quelquefois on rencontre des kystes qui contiennent des dents : M. Barnes d’Exeter a rencontré un cas de ce genre (t).

Les petites tumeurs enkystées du tissu de la peau, qui présentent un petit point noir à leur centre, ont une petite ouverture que l’on pourra désobstruer de temps en temps et leur contenu sera évacué par la pression que l’on exercera. De celle manière on pourra les maintenir dans un état stationnaire elles rendre exemptes de tout inconvénient pendant long temps.

Les tumeurs enkystées disparaissent rarement par absorption, bien que ce résultat puisse quelquefois se produire en raison d’altérations apportées chez elles par des coups accidentels ou par l’inflammation excitée dans leurs kystes.

C’est d’après ce principe qu’elles sont quelquefois mais rarement guéries par l’application de stimulants locaux comme une dissolution de sel commun ou des lotions contenant de l’hydrochlorale d'ammoniaque.

La méthode de pratiquer une ponction dans les tumeurs enkystées ordinaires, de les presser de manière à faire sortir la matière qu’elles contiennent, et d’appliquer des stimulants ou des caustiques sur leurs kystes, a non-seulement l’inconvc-

(1) Il existe deux théories sur la formation des kystes: les uns croient, avec Bichat, que le kyste préexiste toujours à la matière qu'il renferme cl sécrète; les autres pensent que cette matière, une fois déposée dans les tissus, excite une irritation des couches du tissu cellulaire les plus voisines, qui s'organisent pour constituer une enveloppe. Quoiqu’il en soit, il n’a été question dans ce chapitre que des loupes enkystées; et le stéatome.

loupe non enkystée, a été décrit plus liant sous le titre de sarcome adipeux, ou tumeur graisseuse. (JVolc du trad .)

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

Jîient de ne pas produire dans beaucoup de cas la guérison qu’on en espère, mais encore celui de pouvoir donner naissance à la formation d’excroissances fongueuses qui sont bien pires que la maladie primitive.

Quelquefois les tumeurs enkystées se forment dans des parties d’où on ne peut les extraire complètement, et alors, si le kyste est mince, la ponction de celui-ci peut cire un moyen de guérison. Par cette méthode on guérit parfois des tumeurs enkystées situées profondément dans l’orbite. Une tumeur enkystée s’enflamme quelquefois, et la partie la plus superficielle se détruisant par l'ulcération ou par sa conversion en eschare, la matière contenue dans la tumeur s’échappe, et le kyste lui-même tombe en eschares, laissant un ulcère qui sè cicatrise, et la guérison s’accomplit. J’ai plus d’une fois été appelé dans des cas où la peau qui recouvrait des tumeurs athéromateuses s’était enflammée et perforée en formant une petite ouverture ulcérée, par laquelle on pouvait distinguer la matière molle et d’une odeur piquante. Au lieu de pratiquer l’excision, j’ai quelquefois fait sortir simplement la substance athéromateuse en la pressant, et j’ai appliqué ensuite un petit cataplasme, après quoi le kyste est graduellement tombé en fragments et la guérison s’est accomplie. Dernièrement j’ai soigné, conjointement avec sir Astley Cooper, une dame qui avait une tumeur de ce genre violemment enflammée j on fit une incision; la substance contenue dans la tumeur fut évacuée par la pression ; il en fut dans la suite de même du kyste, et la cicatrisation s'accomplit en peu de jours.

Il y a deux méthodes opératoires pour enlever les tumeurs enkystées : l'une est de diviser la peau et le tissu graisseux qui recouvrent le kyste, et, après avoir séparé ce dernier des tissus environnants, de le saisir avec une petite érigne et lé disséquer entièrement. Dans quelques parties du corps, la dissection peut avoir lieu sans l’aide de l’érigne qui , lorsque la matière que contient le kyste est trèsfluide, la laisse échapper en partie, de sorte que le kyste s'affaisse, et on éprouve plus de difficulté à l’enlever parfaitement. L’autre méthode est de séparer , un seul coup de bistouri le kyste en «eux moitiés, et ensuite d’extraire sépament chacune de ces moitiés , comme

doitPï!-,qu6 si!' AstleJ Cooper. On ne laisser subsister aucune partie du

kyste après l’opération. S’il en était autrement, le malade pourrait continuer à soufl'rir de la suppuration qui s’écoulerait par une ouverture fisluleuse, ou l’on aurait peut-être à redouter la formation d’un fongus accompagné de gêne et de souffrance , ét qui nécessiterait , pour sa guérison , une opération plus douloureuse que la première.

Les kystes congéniaux situés près du sourcil adhèrent à l'os d’une manière intime , et nécessitent une incision assez large pour qu’ils puissent être enlevés dans leur intégrité.

SQUIRRIl E ET CANCER.

La maladie spécifique et pernicieuse connue sous le nom de cancer peut commencer soit par une déposition moléculaire dans le tissu affecté par suite d’une altération de sa nutrition, soit par une déposition de la substance cancéreuse sur ce que le professeur Carsxveli appelle une surface libre, telle, par exemple, que celle d’une membrane séreuse : cette déposition existe alors sous la forme de matière sécrétée. Le cancer a généralement deux périodes, c’est-à-dire celle de Y induration ou squirrhe , qui est la première forme sous laquelle se présente habituellement la maladie ; et celle de 1 ulcération , qui est le dernier état par lequel elle passe.

La maladie à l’état de squirrhe reçoit quelquefois la dénomination de cancer occulte, et, à l’état d’ulcération, celle de cancer ouvert ou carcinome. Je pense qu en employant ce dernier mot la généralité des chirurgiens entend plus particulièrement l’état d’ulcération de la maladie. Il n’y a pas cependant de coutume uniforme sur ce point , et quelquefois le mot sarcome est seulement synonyme de cancer, J

Dans l’ouvrage du professeur Carsxveli inlituie : Elcmeritary forms of diseuse,

' et 3e livraisons , le mot carcinome comprend le cancer et le sarcome encéphaloide comme deux espèces sous les noms de sc.rrhome et de céphalome , chacune d’elles présentant des variétés déterminées , surtout par la quantité relative de déposition morbide qu’elles renferment , par la manière dont cette matière se distribue, et par les différences existant dans leur couleur et leur consistance. Ul

Le squirrhe à son début, occupe un

espace rclrcct et limité. Ainsi, il peut

être restreint à un des lobules ^lu foie , comme l’a vu le professeur Carswell.

Lorsqu’il se forme au sein , il est ordinairement d’une forme globuleuse; il est irrégulier et pour ainsi dire raboteux à sa surface. Il prend ensuite de l’accroissement, mais pas à un degré aussi considérable ni avec la même rapidité que cela a lieu dans beaucoup de tumeurs de natures différentes ; il conserve aussi de la mobilité pendant un certain temps; mais il tend à contracter des adhérences avec les tissus environnants à une époque moins avancée que celle a laquelle on voit ce résultat se produire pour la plupart des autres tumeurs.

Le squirrhe est aussi remarquable par son excessive résistance, sa dureté cartilagineuse, ou, comme on le dit quelquefois , dureté de pierre, ba substance cependant ne consiste pas en une masse uniforme et homogène , mais elle est divisée par des cloisons ou bandes dont les interstices sont remplis d’une substance inorganique jaune, grise, ou légèrement bleue et demi-transparente. Ces bandes ou cloisons divergent souvent, car elles procèdent du centre de la maladie, s’irradiant quelquefois, comme les pathologistes aiment à le dire, à une distance considérable dans les tissus environnants, de manière à étendre à ceux-ci la même action morbide. Les cloisons dont je parle ici ont une consistance dure , et sont tout à fait pareilles au tissu ligamenteux.

Lorsqu’on fait la section d’un squirrhe , on peut apercevoir un point central ou noyau, d’où ces bandes ligamenteuses denses procèdent pour se rendre à la circonférence. Quelquefois les plus larges de ces bandes se subdivisent en d’autres plus petites qui suivent une direction pareille à celle de leur tronc, et se ramifient très-régulièrement ; ou ces bandes peuvent, dès l’origine, suivre des directions irrégulières et inextricables, s unissant et se croisant les unes les autres, de manière à présenter à un observateur attentif une apparence réticulée.

Souvent la matière grisâtre ou bleuâtre interposée entre les cloisons résistantes et dures paraît brisée ou paraît avoir disparu , et sa place semble occupée par un fluide glaireux ou trouble , par une substance semi-liquide pulpeuse , trèsmolle, ou par du sang lui-même (1).

(1) L’état variqueux des capillaires, que l'on suppose lié à la production du

Laënnec a le premier remarqué que le squirrhe et le sarcome médullaire (la matière cérébriforme), aussi bien que les autres productions accidenlellesqui n’ont aucun analogue dans les tissus normaux du corps humain, présentent dans leur marche deux états différents ; le premier, qu’il a nommé état de crudité : le second , celui de ramollissement. Cependant celte manière de voir ne paraît pas exacte , car , suivant les recherches du docteur Carswell, le degré de consistance des formations cancéreuses n’est pas un caractère invariable d’une époque particulière de leur développement; car, dès le moment où elles commencent à devenir perceptibles, elles peuvent avoir la dureté du cartilage , la mollesse du cerveau ou la fluidité de la crème, ou bien elles peuvent devenir molles ou fluides après être restées dans un état de dureté pendant un temps plus ou moins long.

Le squirrhe commence le plus ordinairement dans des organes glanduleux ou sécréteurs , comme le sein chez la femme, la peau, les tissus muqueux, la langue, les portions cardiaque et pylorique de l’estomac , le col de l’utérus , le rectum , les lèvres , surtout l’inférieure, et le gland de la verge. Le testicule et les ovaires sont aussi sujets à la maladie cancéreuse. Les parties que je viens de spécifier sont de celles sur lesquelles la maladie cancéreuse apparaît primitivement. Mais beaucoup d’autres tissus et organes peuvent en devenir consécutivement le siège, comme, par exemple, les poumons , le foie et même les os. Il ne faut pourtant pas supposer que les glandes lymphatiques ne soient pas quelquefois le siège primitif du cancer. En effet, quelquefois le squirrhe, et, dans d’au! res cas, le fongus ou le cancer encéphaloïde commencent chez elles (1). Dans quelques remarques curieuses jointes à une observation de cette espèce, M. R.-W.

Smith dit qu’il pense que, quand le cancer commence dans les glandes de 1 aisselle et que le sein est affecté consécutivement , le mal est plus rapide dans ses progrès, et plus généralement fatal dans

cancer, est un sujet que je ne veux pas aborder ici, parce qu’il demande encore de plus amples recherches.

(1) Voyez pour observations Warren, Sur les tumeurs, p. 108, ainsi que Iv.-\\ . Smith, dans le Journal des Sciences médicales de Dublin, l. xn, p. 05.

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

sa terminaison que quand la maladie des friandes lymphatiques suit celle du sein. Chez les sujets qui ont été long-temps affectés de cancer, des portions de leur tissu osseux sont fréquemment absorbées, et une substance squirrheuse est déposée à leur place. On en voit quelquefois des exemples dans les côtes et dans le sternum, et nous avons au muséum du collège de l’Université la partie supérieure du crâne d'un individu mort du cancer de la mamelle, et offrant sur le pariétal les effets secondaires de la maladie. Si l’on avait examiné avec soin les viscères du même sujet , on y aurait probablement aussi pu trouver les traces de l’affection cancéreuse. J’ai soigné un cocher dans Mon tague-Street, Russell Square, pour un cancer de la vessie; et les effets de cette maladie sur le squelette furent tels que l’une des côtes et le fémur gauche se fracturèrent spontanément ayant la mort du malade. J’ai placé cette côte et ce fémur dans le même muséum.

On a signalé des formations squirrheuses dans les parois du cœur lui-même comme effets consécutifs de l’affection cancéreuse. A l’appui de ce fait, nous citerons un cas qui s’est présenté à l’hôpital de Saint- Bartliolomew, et dont les particularités ont été insérées dans la Gazette médicale par M. W.-M. Cortès. L’affection cancéreuse primitive existait à la lèvre inférieure, maladie qu’il n’est pas rare de voir considérer comme enlièreinent locale.

Si le cancer est considéré comme un genre comprenant dans ses variétés le squirrhe, le sarcome vasculaire ordinaire, le sarcome pancréatique, encéphaloïde et mammaire, et le fongus hématode (suivant le système du professeur Carswell), on peut citer comme très-sujettes au sarcome beaucoup d’autres parties que celles que j’ai énumérées. Ces maladies sont considérées par lui comme appartenant à la même famille : premièrement, parce qu’elles présentent souvent dans la première période de leur formation certains caractères communs à elles toutes , quelles que soient les différences qui peuvent exister entre chacune déliés dans leur période subséquente; secondement parce qu’elles se terminent toutes par la destruction ou la transformation graduelle des tissus quelles affectent; troisièmement, parce qu’elles tendent toutes à attaquer plusieurs organes chez le même individu; quatrièmement , parce qu’elles offrent toutes

quoique à des degrés différents, la même disposition à se reproduire. Le docteur Carswell assigne deux états à la déposition accidentelle de nouvelle formation dans laquelle ces maladies consistent :

dans l’un , elle a peu ou point de tendance à s’organiser; sa forme et son arrangement paraissant principalement déterminés par des circonstances extérieures , et sa formation ainsi que son accroissement subséquent dépendant de la fonction nutritive de l’organe dans lequel elle est contenue. Dans le second état, cette déposition montre au contraire une plus ou moins grande tendance à s’organiser. Elle a en elle-même des propriétés au moyen desquelles son arrangement et son développement ultérieurs s’effectuent indépendamment de la fonction de nutrition de l’organe dans lequel elle est contenue, excepté en ce qui concerne les matériaux de son accroissement qui peuvent provenir de cette source. Le professeur Carswell nomme la première variété sein-home , et la seconde cephalome. Cependant quand je parle ici du squirrhe et du cancer, je n’entends que les maladies auxquelles on applique ordinairement ces dénominations; on s’occupera des autres plus tard. Dans l’ouvrage du docteur Carswell, intitulé : Illustrations of the clcmcntary forrns oj' disease, il y a sur le cancer et le fongus hématode des observations intéressantes qui présentent le sujet sous un point de vue complètement nouveau. Ainsi, une circonstance sur laquelle il fixe l’attention et qui est nouvelle, je pense, pour la généralité des pathologistes de ce pays cest le nombre considérable de cas oiî e squirrhe, le sarcome encéphaloïde et le fongus hématode , ainsi qu’on les nomme ordinairement, prennent naissance sous l’influence du même état pathologique et se succèdent l’un après 1 autre dans l’ordre que je viens d’énumtrer. Il dit que nous rencontrons souvent toutes les variétés de ce qu’il nomme scirrhome et céphalome nonseulement dans différents organes chez e meme individu , mais même dans un seul et même organe. Ce fait a paru telement important à établir au professeur Carswell, que les planches coloriées de sa seconde livraison sont principalement consacrées à le démontrer. Sir Asllev Looper me communiqua un jour l'observation d’unc dame à laquelle il enleva le sein; la tumeur ayant él£ exami-

née, il trouva qu’elle était véritablement squirrheuse : mais une récidive eut lieu, et la seconde affection existant à la même place était une tumeur ou sarcome cncéphaloïde. J’ai vu à l’hôpital du collège de l’Université plusieurs malades chez lesquels on trouva après la mort les deux formes de cancer soit dans différentes parties du corps , soit réunies dans le même organe.

Le squirrhe se rencontre rarement chez les sujets âgés de moins de trente ans, et peu souvent chez ceux qui n’ont point atteint celui de quarante ou quarante-cinq. Feu sir Everard Home a cependant rencontré un cas de véritable cancer chez une jeune femme qui n avait pas encore vingt ans: ce cas élait rare eu égard au siège de la maladie qui affectait le sein, et à la nature squirrheuse de celle-ci en l’examinant sous le point de vue général. Je puis cependant affirmer qu'il n’est pas très-rare de rencontrer le squirrhe à l’utérus chez des malades au-dessous de trente ans.

Nous avons eu quelques tristes exemples de ce fait parmi les malades du dispensaire de Bloomsb ury (1).

En raison de la fréquence avec laquelle le squirrhe attaque plus particulièrement le sein et l’utérus, cette maladie est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes ; et je puis remarquer qu’il existe une autre raison de cette plus grande aptitude des femmes à celte funeste affection , e’est le changement qui se produit dans leur constitution à l’époque de la cessation des menstrues. Voilà pourquoi elles commencent souvent à souffrir des affections cancéreuses et squirrheuses entre l’âge de quarante et celui de cinquante ans.

On croit généralement que les diverses tumeurs ordinaires , les ulcères et boutons peuvent dégénérer et revêtii le caractère cancéreux sous 1 influence d é-

(1) Les affections cancéreuses sont encore irès-rares dans le lube digestif avant l'âge de quarante ans; c’est en général de quarante-cinq a soixante ans que le cancer de l'estomac est le plus commun. J’ai pourtant rencontré un cancer du pylore s’étendant à loulc la moitié supérieure du duodénum chez un jeune homme

de vingt et un ans qui pendant plusieurs iours avant sa mort avait eu d’abondants vomissements de bile, et avait offert du reste les symptômes d’une affection cancéreuse. {Note du Oad .)

tais particuliers de l'économie. Ainsi, quand une femme a au sein une tumeur qui primitivement n’est point de mauvaise nature, nue autre action morbide peut être excitée dans cette partie à l’époque de la vie où cessent les règles, et la maladie peut prendre alors le caractère du squirrhe ou carcinome. Une tumeur du sein déterminée par un coup et commençant avec tonies les apparences de l’inflammation ordinaire chez une femme qui paraît saine long temps avant celte époque critique de la vie, laissera quelquefois une induration qui alors se changera en squirrhe et en cancer. Je soupçonne cependant que les tumeurs graisseuses ordinaires dégénèrent moins fréquemment en cancer qu’aucune autre tumeur, cependant sir Benjamin Brodie atteste la possibilité de cette altération.

La tuméfaction n’est souvent point regardée comme un caractère essentiel de l’affection cancéreuse et squirrheuse.

Je crois que Charles Bell a donné sur ce point les documents les plus exacts. Dans ies maladies cancéreuses du sein il n’y a pas toujours augmentation des dimensions de cet organe , mais souvent diminution actuelle de son volume total. Mais , ce qui est vrai pour le sein ou la mamelle ne l’est point pour la maladie considérée d’une manière plus générale, car souvent le tissu propre de la glande mammaire ou bien se retire sur luimême, ou est comprimé par la déposition squirrheuse; quelquefois la quantité de graisse qui l’entoure est diminuée par absorption, et il en resuite que la masse totale est moindre que celle du sein dans son état naturel, ou est du moins inférieure au volume de celui-ci antérieurement au développement de la maladie. Cependant la maladie réside en effet dans une tumeur, une production anormale et de nouvelle formation.

La différence de sensation que les squirrhes présentent à la main dépend de la quanti lé de graisse qui les entoure. Si une grande abondance de la substance adipeuse est absorbée, on pourra sentir la forme noueuse de la partie malade; mais quand il reste beaucoup de graisse, le sein paraît volumineux, pleim et lisse, parfois marbré de veines bleuesdilatées, et ayant dans certains cas «ne ouverture ulcérée à son centre.

Cependant après qu’un squirrhe du sein a existé un certain temps, son ea-j raclère se dénote généralement par 1 é-tut ridé et la coloration brunâlre et

plombée des téguments, la sensation noueuse cl inégale que la pa.ilie malade fournit au toucher, la douleur lancinante qu’on y ressent par intervalles, l'adhérence qu’elle présente avec la peau qui la recouvre et avec le muscle pectoral qui est au-dessous d’elle, et la rétraction hâtive du mamelon , circonstance qui dépend de l’extension de quelques unes des bandes squirrheuses entre les conduits gaTaclophorcs , ce qui détruit sa texture spongieuse.

Un praticien expérimenté reconnaît une véritable tumeur squirrheuse disposée à l’ulcération cancéreuse, par la dureté remarquable qu’elle présente, par sa pesanteur considérable relativement à son volume, par les douleurs lancinantes qu’on y sent par intervalles, et par sa connexion intime avec la glande du sein qui fait que celle-ci suit tous les mouvements imprimés à la tumeur. La connaissance de l’âge du malade sera aussi d’un grand secours pour le diagnostic. A l’exception du cancer encépbaloïde , il existe peu de maladies qui enveloppent aussi complètement- dans leurs ravages que la tumeur squirrheuse tous les genres de tissus, la peau, les muscles , les membranes muqueuses , le tissu cellulaire, les glandes lymphatiques, etc. Dans les tumeurs ordinaires, la peau ne participe pas habituellement à la lésion jusqu’à ce qu’elles aient atteint une dimension considérable; mais dans le squirrhe véritable, près de la surface du corps, la peau devient généralement, au bout de peu de temps*, adhérente à la masse morbide et à la fois décolorée et ridée.

Quoiqu’un squirrhe du sein puisse demeurer pendant des mois et même pendant des années dans un étal stationnaire et sans marcher jusqu’à l’ulcération , cependant la partie affectée s’uleere dans la plupart des cas avant que le produit nouveau ait acquis un volume [très-considérable. Une large fissure se produit ordinairement alors due en partie à la formation d’une eschare cl en partie au travail ulcératif: et le squirrhe ejetle un ichor d’une fétidité excessive :t assez corrosif pour déterminer des îxcoriations en une telle abondance ]u une personne non accoutumée à voir -elle funeste maladie en serait surprise, sa mauvaise odeur est si différente et

DE PATHOLOGIE CUIHURGICA LE. 353

une fois i! ne l'oublie jamais , et recon—

oi iiiiurrenic ci

elle ment plus pénétrante que celle aucune u, re espèce de suppuration, 1 l«and le chirurgien l’a rencontrée •S • Cooper.

naîtrait la présence d’un malade cancéreux bien qu’il lût hors de sa vue.

Quand les eschares se sont détachées , la nature fait des tentatives partielles , mais infructueuses de réparation. Il se forme même des bourgeons charnus, mais ils sont grisâtres, durs, verruqueux, et doués de peu de vitalité; ne couvrant jamais la Iota I i ( é de la surface , mais s’élevant seulement dans de certains points et sc changeant bientôt en produclions fongueuses d’une dureté extraordinaire. Cependant l’ulcération cancéreuse s’arrête quelquefois réellement la cicatrisation même a lieu dans de certains points et une amélioration se fait sentir; mais la partie ne se cicatrice jamais dans une grande étendue, et ne revient jamais à l’état sain. Les bords de l’ulcère deviennent indurés , irréguliers et contournés de diverses manières; dans quelques endroits tournés en dehors’ dans d’autres tournés en dedans, ou en bas et en dedans.

La maladie s’élend à d’autres parties souvent éloignées du mal primitif. Les glandes absorbantes ou lymphatiques deviennent particulièrement le siège de l’affection. La maladie se propage d’une glande à une autre, de manière qu’après que toutes les glandes de l’aisselle sont malades , celles qui se trouvent sous la clavicule, dans le col ou dans la partie supérieure de la poitrine , sous le sternum , dans le trajet des vaisseaux mammaires internes, deviennent affeclées à leur tour.

Les glandes lymphatiques sont fréquemment atteintes au début ; elles deviennent fort indurées et ont presque la densité du cartilage, mais quelquefois elles se ramollissent et s’ouvrent en divers points et contiennent un fluide purulent ou sanguinolent. Les vaisseaux lymphatiques qui arrivent à ces glandes ou en viennent sont aussi quelquefois durs et tendus comme des cordes. A une époque avancée du cancer dé la mamelle , les fonctions des absorbants cl c.cs veines du bras voisin sont quelquclois tellement compromises, que ce membre est dans un état constant d'eedeme douloureux , et il devienl complètement impossible de s’en servir. Dans le Cancer ulcéré , des hémorrhagies fréquentes ont lieu par les bourgeons cliarnus( fongueux, et ces perles d,; sam; répétées, jointes à la douleur cl à l’jrt.; talion constantes de l’endroit malade”

354 îuAiïÉ élémentaire

au manque de sommeil, et a 1 extension du désordre dans d’antres points de l’économie, conduiront bientôt le sujet à l’ctat de débilité le plus profond. Des nausées et des troubles dans la digestion surviennent alors et sont suivis d’une toux accablante et perpétuelle. De jour en jour les douleurs de poitrine et l'oppression augmentent; le malade devient d’un pâle jaune, et émacié; le pouls est rapide , inégal , et la mort que précède souvent l’anasarque vient enfin mettre un terme à cette scène déplorable.

Un fâcheux effet du cancer, lorsqu’il est invétéré, est de rendre extraordinairement fragiles les os qui peuvent être fracturés par les causes les plus simples cl même par l’action naturelle des muscles qui s’y attachent. Dans quelques cas de cette espèce des masses de matière squirrheuse se déposent dans les vertèbres , le crâne y le sternum ou les os longs cylindriquts, pour remplacer leur propre tissu.

Quand le cancer attaque la peau ou une membrane 'muqueuse , une induration ou une excroissance verruqueuse se produit d’abord et s’ulcère plus tard , la plaie présente au fond une dureté particulière. L’ulcération prend graduellement l’aspect cancéreux, et ne peut bientôt plus être distinguée d’une plaie qui a été le résultat d’un squirrhe dans d’autres tissus.

A l’égard des causes du cancer, une importante question est de savoir si la maladie est locale ou générale. Son origine est fréquemment attribuée à des coups-, des pressions, et des violences extérieures. Mais je pense que toute l’histoire du cancer tend à prouver que bien qu’il puisse venir à la suite d’une légère contusion , de l’écorchure ou de l’irritation d’une petite verrue, ou excroissance qui est restée stationnaire et sans inconvénient pendant plusieurs années, ou à la suite d’une inflammation simple ou d’un abcès de la mamelle, ces circonstances peuvent seulement être regardées comme des causes excitantes ou occasionnelles qui n’auraient point produit la maladie s’il n’avait pas existé un certain état de l’économie qui la rendît capable de produire le tissu particulier d’une tumeur cancéreuse et les aciions morbides spéciales qui distinguent la nature du canctr.

Je ne partage pas l’opinion de quel-' ques chirurgiens qui tranchent celle qucsl'on en disant que le cancer est

d’abord une maladie locale , et plus tard une maladie générale. Si le cancer ne dépendait pas de causes générales, pourquoi serait il si rare chez les individus âgés de moins de trente ans ? Pourquoi serait-il si commun chez les femmes à l’époque critique qui ébranle tout le système vers l’âge de quarante- cinq ans? Pourquoi la maladie serait - elle aussi tellement fréquente dans certaines familles qu’on la soupçonne héréditaire?

Dans tous les cas, nous devons penser que cette affection est l’effet d’une action spéciale dans la partie, précédée par un état particulier de l’économie sans lequel une semblable action spéciale n’aurait pas eu lieu. 11 est vrai que quelquefois, bien que rarement , nous rencontrons du véritable tissu cancéreux chez de jeunes sujets, et que nous ne pouvons pas toujours découvrir chez eux une altération de l’économie ; mais parce que nous ne pouvons pas la découvrir, nous ne sommes pas autorisés à dire que certainement elle n’existe pas; et autant que nous pouvons en juger d’après d’autres exemples de la maladie, nous devons penser que quand une maladie squirrheuse ou cancéreuse se forme, soit chez de jeunes sujets , soit chez des sujets âgés , il doit y avoir daus leur économie des circonstances particulières sans lesquelles une semblable affection n'aurait point pris naissance. Comme le professeur Carswell l’observe avec raison, des centaines et des milliers d’individus sont tous les jours atteints d’inflammation sans que celle maladie locale soit suivie d’aucun autre effet que celui i qu’elle a ordinairement , circonstance qui démontre de la manière la plus évidente la nécessité de l’existence d’une modification antérieure de l’économie,, comme condition immédiate et essentielle (1e la spécificité des productionsaccidentelles quand clics se rencontrent', conjointement avec l’inflammation.

Dans son excellent ouvrage Illustrations of lhe elementary Jbrms oj discase , ce savant pathologiste attire l’attention sur un autre fait très-intéressant qui se rattache à cette partie du.

sujet. Je veux parler de la formation ducarcinome dans te sang. D’après celte manière de voir, le cancer est divisé en scirrhome et céphaloine, et chacun de ceux ci est subdivisé en variétés auxquelles on applique habituellement les termes île sarcome vasculaire, pancréatique, cncépbaloïde, de fongus héma—

BE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

tode, etc. Il dit que la substance hétérogène qui constitue les deux espèces de carcinome se trouve dans les vaisseaux qui se ramifient dans les tumeurs carcinomateuses ou dans leur voisinage immédiat, et qu’on peut la suivre des troncs dans les brandies ou dans les capillaires ; il dit encore qu’on la trouve dans des vaisseaux qui n’ont aucune communication directe avec une parlie cancéreuse, comme quand elle est renfermée dans une petite portion de la veine porle , et qu’on la trouve enfin dans du sang qui a été épanché dans le tissu cellulaire et sur la surface des organes,

Il observe que les parties du système vasculaire dans lesquelles on rencontre la substance carcinomateuse , sont les veines et les vaisseaux capillaires. On ne peut, dit-il , mettre en doiite la formation du carcinome dans le sang ; et il adopte l’opinion d’après laquelle la présence d’un produit organisé dans le sang pourrait n’avoir d’autre source que le sang lui même, et ne pourrait être introduit dans ce fluide par absorption. Il s’ensuit de celte manière d’envisager l’origine du carcinome, dit le professeur Carsxvell, que la formation de celte maladie dans le tissu intime et sur la surface libre des organes, est une question hors de doute. L’élément matériel de la maladie est séparé du sang et déposé sous l’influence de diverses circonstances qui modifient à un degré plus ou moins considérable la forme, le volume, la couleur et la consistance qu’elle présente ensuite dans les périodes successives de son développement. Le docteur Carsxvell ne s’accorde donc pas avec plusieurs pathologistes qui limitent le siège du cancer a un. tissu quelconque, et il n’attribue pas non plus son origine à aucune modification de tissu ou à 'une organisation spéciale. Nous rappellerons cependant ici , que le docteur Carsxvell, d’après son mode d’envisager le carcinome, comprend parmi les variétés de cetle maladie plusieurs étals que l’on en sépare ordinairement.

Le cancer squirrheux est commun à tous les âges, entre trente ans et soixante-dix. Sir Evcrard Home a rencontré un seul exemple du véritable tissu squirrheux chez un sujet seulement âgé de quinze ans; et sir Aslley Cooper, dans tout le cours de sa longue pratique , n’a jamais connu que deux individus chez ,<I'U le cancer s’était développé avant

l’âge de trente ans. Un autre fait curieux h constater relativement à l'influence du l’âge sur le cancer, c’est que, lorsque la maladie a lieu chez des individus d’un âge très-avancé, elle est lenle dans ses progrès , et en général ne raccourcit pas réellement leur vie.

Le cancer est universellement reconnu comme une des maladies les plus rebelles qui puissent attaquer l’espèce humaine. Quand nous le considérons comme un produit de nouvelle formation déposé accidentellement, et présentant le tissu et l’organisation particuliers que j'ai décrits, et accompagné aussi par quelque état spécial ou modification de l’économie, nous devons voir que la médecine ne peut avoir que peu ou point d’influence sur celte maladie. Cependant nous n’aurions pas le droit de dire que le squirrhe et le cancer sont absolument incurables. J’ai dernièrement soigné dans Great Ormond-Yard Queen-Square une jeune femme âgée de moins de trente ans, qui mourut d’un cancer de la matrice, ainsi qu’on put s’en assurer par la dissection, les parties ayant été enlevées et conservées par le docteur Miller. Sa mère, qui vivait dans la même maison et était fort âgée, avait eu les deux seins entièrement détruits par la maladie cancéreuse qui s’était terminée par la formation d’eschares volumineuses. Ici nul doute que toute la masse squirrheuse de chaque mamelle ne se fût séparée au moyen du travail établi par la nature pour la séparation des eschares , et je présume qu avec elles les bandes squirrheuses qui s irradient de la tumeur dans les parties contiguës sé détachèrent aussi; ensuite les ulcères qui en résultèrent se cicatrisèrent comme des plaies simples. La parlie antérieure de la poitrine présente de chaque côté l’aspect de la mutilation la plus irrégulière ; cette femme ne peut avoir maintenant moins de quatre-vingts ans (l).

(1) On lit dans quelques auteurs modernes des exemples analogues, où la lorce médicatrice a pu débarrasser l’économie de la production morbide par une séparation pareille à celle des eschares gangréneuses. Ce sont sans doute nés exemples de ce genre, et d’autre part 1 observation de récidives très-fréquentes apres les opérations, qui ont décidé quelques chirurgiens à abandonner les cancers du sein aux efforts de la nature.

(Note du trad .)

Cependant, comme ce mode de terminaison du cancer se rapporte au principe de l’extirpation que la nature produit accidentellement, à proprement parler ceci n’infirme en rien la vérité de celle observation générale, que le cancer, soit à l’état de squirrhe , soit à l’état d’ulcération carcinomateuse, est véritablement incurable par tout autre moyen que l’ablation ou la destruction de toutes les parties affectées. Et même , quand on a rempli cette indication, la 'Atinuation de l’influence de ces causes '«•stitulionneUes amènera dans une certjine proportion de cas traités de cette manière une récidive de la maladie , soit dans la même partie, soit dans d’autres.

Une circonstance qui prouve le rapport qui existe entre le cancer et des causes générales répandues dans l’économie, c’est la plus grande fréquence de celle affection chez les femmes qui n’ont point d’enfants que chez celles qui ont mis des enfants au monde. Ceci est un fait universellement reconnu et admis ; cependant une femme peut avoir eu des enfants, même en grand nombre, sans se trouver à l’abri de celte maladie. Sir Astley Cooper cite l’exemple d’une femme qui périt victime- d’une affection cancéreuse, bien qu’elle eût été féconde dix-sept fois. J’ai soigné plusieurs femmes qui sont mortes du cancer de l’utérus, quoiqu’elles eussent été mères.

Un autre fait favorable à l’opinion d’après laquelle le cancer serait une maladie générale est la présence de la substance cancéreuse dans le sang, soit à l’intérieur des vaisseaux qui se ramifient dans la tumeur carcinomateuse , soit dans son voisinage immédiat, soit dans les vaisseaux d’une portion ou de la totalité d’un organe ; vaisseaux dans lesquels cette substance est exclusivement renfermée et dont on peut suivre les traces, des troncs dans les branches et les capillaires ou dans les vaisseaux qui n’ont point de communication directe avec un organe affecté de cette même maladie (l ).

A l’égard du pronostic et du traitement du squirrhe et du cancer, on peut observer qu’ils sont au nombre des maladies organiques les plus réfractaires et les

(I) Voyez Dr Carswell’s Illustrations of the elemenlary forms of disease, fasçiculus 2.

plus fatales auxquelles l’économie soit sujette. Lorsque nous considérons le squirrhe comme une formation nouvelle, comme une production ou déposition accidentelle présentant le tissu particulier que j’ai essayé de décrire, nous devons naturellement être portés à penser que la chirurgie a peu de moyens médicaux efficaces à lui opposer. Les observateurs les plus expérimentés et les plus attentifs croient tous que le cancer, soit sous forme de squirrhe, soit sous celle d’ulcération carcinomateuse, est absolument incurable par des moyens autres que ceux qui ont pour effet l’ablation ou destruction totale des parties affectées. Et même quand celle indication est remplie, une récidive de la maladie dans les tissus environnants , ou dans des parties ou organes éloignés, aura lieu dans une proportion considérable de cas traités de la sorte; autre fait qui confirme la vérité de la doctrine qui attribue le cancer à des causes générales. Quand un squirrhe ou cancer est situé de manière à permettre qu’on l’enlève entièrement avec l’instrument tranchant, je pense qu’on ne doit point perdre de temps à tenter de résoudre l’induration, ou de guérir l’ulcère par d’autres moyens. C’est seulement lorsqu’il existe du doute sur le véritable caractère du mal, ou qu’on se trouve à son début, qu’il est bon d’essayer des moyens qui ont pour but de résoudre l’induration ou de faire cicatriser la plaie par des moyens externes ou internes. La raison pour laquelle je donne ce conseil est que tous les médicaments et tous les topiques énumérés dans les pharmacopées du monde entier ont déjà été employés pour la guérison du cancer dans des milliers de cas sans avoir produit le plus petit avantage ; et dans un grand nombre de circonstances, le temps consacré à ces essais a permis à celle maladie de s’étendre de la partie primitivement affectée et qu’on aurait pu aisément enlever , à d autres parties dont l'ablation était impossible , et les malades sont morts sans avoir eu la chance de salut que leur présentait une opération laite dans un temps convenable.

Nous entendons dire et lisons quelquefois que des affections cancéreuses ont été guéries par l’emploi de différents médicaments ou topiques. Mais la question est de savoir si on avait réellement eu affaire à de véritables productions de tissu cancéreux, ou à de vraies ulcéra-

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

tions carcinomateuses. Des tumeurs , des indurations et des ulcères nombreux ont dans leurs caractères extérieurs plus ou moins de ressemblance avec le squirrhe et le cancer, et on obtient quelquefois la résolution des unes et la cicatrisation des autres; mais dire qu’une maladie caractérisée par l’existence de tissu cancéreux, de cette substance hétérogène qui en fait le caractère distinctif , peut être guérie par des médicaments ou des moyens locaux qui n’agissent point de manière à détruire la partie affectée comme le ferait un caustique, est une proposition contre laquelle s’élève hautement la voix de l’expérience.

Partageant moi-même celte opinion , je serai bref dans l’énumération de quelques-uns des principaux remèdes dont on a vanté à différentes reprises l’ellicacité daus les affections squirrheuses et cancéreuses; car, suivait* ma manière d’envisager cette question , ils ont été préconisés sans motifs suffisants ; et lorsqu’on a essayé leur emploi, d’autres maladies ont généralement été confondues à tort avec celles dont nous nous occupons ici. Le conium maculalum ou ciguë a été dans un temps porté aux nues comme un remède héroïque contre le cancer et les scrofules. M. Récamier croit encore à son efficacité ; il l’administre en permettant au malade un tiers seulement delà quantité d’aliments qu’il prend ordinairement, et lui donne comme boisson habituel le une faible infusion de quinquina. L’extrait de belladone ne peut être administré qu’en très-petites doses ; ce médicament n’a pas pour effet d’arrêter ou de guérir le squirrhe ou le cancer, mais de diminuer les souffrances causées par ces maladies. Quant à l 'arsenic sous forme de liqueur arsenicale, j’en ai souvent essayé dans les cas de squirrhe ou de cancer , où ce remède semblait devoir être employé avec le plus d’avantage ; et je suis sûr qu’il n’a aucune action contre ces ailections, quoique certaines ulcérations pénibles et invétérées, et certains tubercules sur le nez , les lèvres et sur <1 autres parties de la face , et aussi sur la langue, cèdent quelquefois à ce traitement. Certaines plaies de mauvais aspect sur la face, réputées de nalure cancéreuse , furent guéries par M. Car- Baich.iel à I aide du sesquioxyde ou P msph.ite de fer joint à l’emploi de pur- <ir,e i adminisll’cs par intervalles. La ae cus préparations de fer varie dc- 1 un scrupule jusqu’à un gros, et sc

prend deux fois par jour. Il est maintenant généralement reconnu qu’elles ne possèdent aucune vertu spécifique contre de véritables squirrhes et cancers.

Quant au mercure, quoiqu’il ait le pouvoir de déterminer l’absorption d’indurations de diverses natures, et de guérir différentes sortes d’ulcérations les plus rebelles, aucun chirurgien moderne n’a de confiance dans son efficacité comme remède contre le cancer. Quand il existe du désordre dans les organes digestifs d’un malade souffrant d’une affection squirrheuse, l’emploi des pilules bleues à faibles doses , ou de pilules de calomel composées , jointes à des sangsues sur l’épigastre ou les hypochondres , et des purgatifs légers pris de temps en temps , améliorent parfois la santé générale et placent le malade dans un état plus favorable à l’opération; mais ni ces moyens ni aucun autre que la médecine proprement dite a à sa disposition ne serviront à dissoudre un véritable squirrhe. On a essayé le muriale de baryte; mais aujourd’hui on y a renoncé, comme à un moyen dans lequel on ne peut placer sa confiance. Une des méthodes de traitement que l’on a employées consiste à nourrir le malade de lait et de végétaux, ou à lui donner une alimentation tout juste suffisante pour entretenir la vie et le maintenir dans un état tel qu’il soit presque affamé. Nous lisons dans les nouveaux ouvrages périodiques des cas de guérison de maladie cancéreuse par l’iode. Je l’ai souvent employé pour des maladies de ce genre au sein , à l’utérus et aux lèvres , mais sans succès.

Parmi les applications topiques qui sont le plus en faveur, on doit ranger la liqueur arsenicale convenablement étendue , et la poudre de Dupuylren, composée de quatre-vingt-seize parties de calomel et de quatre parties d’oxyde d arsenic. Les pales arsenicales à forte proportion d’arsenic sont des topiques dangereux. Je me rappelle qu’elles empoisonnèrent un malade; il avait un ulceie cancéreux a la face: le chirurgien le couvrit avec de la pâte, et il mourut en peu d heures par suite de l’absorption de l’arsenic et de ses effets délétères sur l’économie. Si des chirurgiens sont assez hardis pour attaquer les maladies cancéreuses avec des caustiques (chose que je desapprouve), qu’ils s’abstiennent d’arsenic dans tous les cas , et qu’ils cm ploient lapolasse pure, bien que souvent

même avec celte dernière substance je pense qu’ils tueront le malade.

Les narcotiques sont quelquefois employés sous forme emplasliqtie, particulièrement l’opium, la ciguë, la jusquiarae et la belladone , mêlées en differentes proportions avec l’emplâtre de savon brun ordinaire. La solution aqueuse d’opium et la liqueur sédative d’opium sont les applications habituelles pour toute espèce d’ulcération de nature cancéreuse, indépendamment de ces substances , je menlionnerai seulement les cataplasmes de carottes, les cataplasmes fermentescibles, une solution d’une once de sullate de fer dans une livre d’eau distillée, une pâ'e composée de sesquioxyde de 1er mêlé d’eau ou la même substance pulvérisée dont on saupoudre l’ulcère , les solutions de chlorure de chaux et de soude ; on couvre encore la partie squirrheuse avec un morceau de peau de lièvre ou de peau de mouton, de manière à la proléger contre les vicissitudes de l’atmosphère et le choc des corps extérieurs.

La compression a été recommandée par Young comme un moyen de guérison du cancer ; mais les expériences faites dans l’hôpilal de Middlesex et les conclusions de NI. Breschet sont décidément défavorables à celte pratique. Je l’ai employée sans succès dans trois ou quatre cas. Cependant, M. Récamier en es! encore parlisan en France. D’après le docteur Carswell, l’influence que peut avoir la compression pour favoriser ou retarder le développement des tumeurs carcinomateuses se voit aisément sur celles qui sont situées à la surface du corps. Comme aucun de ces moyens et aucune de ces substances ne peuvent guérir le cancer, nous devons examiner quel bénéfice nous pouvons obtenir de l’extirpation de la partie malade.

Si l’opération est pratiquée de bonne heure, et d’après ce principe qu’il faut enlever non-seulement ce qui est évidemment malade, mais une assez grande étendue de tissus qui entourent le squirrhe ou cancer, le résultat sera souvent une guérison durable quant a ce qui ^regarde cette partie. Mais la guérison n’est point une chose certaine ; cai apres qu’une tumeur cancéreuse a été extirpée, que la maladie ait été indolente ou douloureuse, peu étendue ou récente, il n’y a pas de certitude que la maladie ne reparaîtra pas. D’autre part, il n est pas certain que la maladie reparaîtra, même

quand elle a fait des progrès considérables antérieurement à l’opération. Cependant il n’est pas douteux que plus la maladie est récente, moins il y a de chance pour la récidive.

Conséquemment, comme nous n’avons à notre disposition aucuns moyens médicaux pour la guérison du squirrhe et du cancer, nous devons pratiquer une opération pour les enlever dès qu’il n’existe aucun doute sur leur nature.

Quand l’ablation de la totalité des parties malades est impraticable, il est de règle en chirurgie de ne recourir à aucune opération. L’enlèvement partiel d’un véritable squirrhe soit par le caustique , soit par l’instrument tranchant, convertira sûrement la maladie en un ulcère cancéreux douloureux et fatal.

Une autre maxime en chirurgie est de ne jamais pratiquer l’ablation d une tumeur cancéreuse quand on a des raisons de croire que la maladie n’est pas bornée à la partie , mais s’est déjà étendue aux glandes intérieures et aux autres tissus plus ou moins éloignés du siège primitif de la maladie. Mon expérience personnelle m'a appris que si on fait une opération dans les cas où les téguments qui couvrent un sein cancéreux sont fortement parsemés de tubercules pâles et durs, le malade est presque sur d’avoir une récidive de la maladie dans le tissu de la peau , bien que lotîtes les parties visiblement malades aient été enlevées.

Quel bien peut-on attehdre de l’ablation d’une mamelle cancéreuse quand peut être toutes les glandes absorbantes de l’aisselle du col, et sous le sternum sont affectées d’une semblable manière?

La prudence pourrait-elle jamais conseiller d’enlever un squirrhe extérieur quand il y a de *la mattere cancéreuse dans les poumons, le foie, les os, ou d’autres tissus profondément situés?

Les chirurgiens ne reculent pas devant l’opération quand les glandes de laisselle sont malades en même temps que le sein; et pourvu que dans ces deux, endroits toute la maladie puisse être enlevée de cette manière, cette pratique nCul être convenable: mais il est sur que l’extension de l’affection à ces glandes* diminue les chances de guérison durable. Cela montre que l’action morbide s’est propagée à des organes plus oui moins éloignés de l’affection primitive,, et que peut-être son influence invéléiccc sc fait sentir sur l’économie. Campera pensait qu’un signe certain de l’incura-

DE PATHOLOGIE CIIIRUUGICA LE

bililé d'un cancer du sein consistait clans une douleur s’étendant entre la deuxième et la troisième côte. Il était convaincu que cette douleur dénotait l’extension de la maladie aux glandes lymphatiques situées sous le sternum.

Doit-on pratiquer l’opération quand la maladie est h l’état d’ulcération? La réponse à celte question doit dépendre des circonstances. Si l’on peut enlever en entier les parties affectées, si les viscères du thorax et de l’abdomen ne paraissent pas avoir souffert , et si les glandes lymphatiques ne sont pas attaquées dans une grande étendue, on estaulorisé à faire l’opération , quoique ses chances de succès soient bien moindres que dans le cas où la maladie consiste seulement en un squirrhe dans des conditions .semblables. On a cependant enlevé les lèvres à l’époque ou l’ulcération existait sans que la maladie se soit ensuiteélendue aux glandes sous-maxillaires, et sans qu’aucune récidive ait eu lieu. Le même fait a été observé après l’extirpation de portions de langue frappées de cancer.

Quand le temps opportun pour l’opération est passé , tout ce que l’on peut tenter est le traitement palliatif. Apaiser la douleur par la solution aqueuse d’opium , ou panser l’ulcère avec la liqueur sédative d’opium ou avec un onguent contenant un gros d’opium en poudre par once daxonge, sont des moyens convenables à employer. J’ai eu dernièrement une malade affectée d’une horrible ulcération carcinomateuse du sein et dont les douleurs ne se trouvaient apaisées par aucun pansement, comme elles l’étaient par l’onguent de blanc de baleine ordinaire. La fétidité peut être diminuée par 1 application de solutions chlorurées , mais elles ne procurent pas le soulagement que donnent les pansements dont nous venons de parler. Quand nous ne jugeons pas convenable d’enlever un squirrhe, nous pouvons y appliquer un emplâtre de savon contenant une proportion d’extrait de belladone ou de jusquiame , ou nous pouvons simplement couvrir la partie avec un morceau d emplâtre de savon ou de fourrure molle. On peut encore prescrire l'acétate ou I bydrocliloratedc morphine pour calmer la douleur. Cette pratique est particulièrement mise en us.ge dans les cas oe cancer ulcéré. Lorsque la souffrance 1 “home , et que la partie malade ne po u être enlevée par l'instrument tranciMiu, tout ce qu’on peu! faire est de

rendre moins affreux le temps qui sépare le malade du tombeau.

La réussite d’une opéralion dépend réellement de l’extirpation complète de toute la partie malade, dont on ne doit pas laisser subsister le moindre vestige. En conséquence, nous devons toujours enlever largement la peau et le tissu cellulaire qui entourent une tumeur squirrheuse , puisque les bandes fibreuses s'étendent fréquemment à une distance considérable autour de l’induration et de la tumeur que l’on aperçoit. Dans un assez grand nombre de cas, cependant, il arrive malheureusement que la récidive a lieu, quelles que soient les précautions que l’on prenne en pratiquant l’opération. Néanmoins on a plus de raison d’espérer une guérison radicale et durable lorsque l’opération a été faite convenablement etqu’on survcillecnsuile la santé générale du malade avec une attention rigoureuse. Quand nous enlevons un squirrhe nous ne devons donc pas penser que nous avons lait tout ce que nous pouvons pour le malade; nous devons encore lui prescrire des médicaments et un régime qui modifieront avantageusement les conditions de sa constitution.

Lorsque la maladie ne s’étend qu’à une ou deux des glandes axillaires, et que le sujet paraît exempt de toute affection organique dans la poitrine et Pabdomen , nous pouvons pratiquer l’opération , mais la glande ou les glandes devront êtreenlevées avec l’instrument tranchant immédiatement après l’ablation de la mamelle squirrheuse (1).

(t) Dans le chapitre qu’on vient de lire, il n’est question du cancer que quand il est a 1 état squirrheux, les chapitres suivants étant consacrés à l’étude du cancer médullaire ou cncéplialoule , du fongus liémaiode cl de la inélanose. Je n’ajouterai que quelques mots pour compléter I histoire du squirrhe. Nous avons vu quels étaient les caractères anatomiques du squirrhe a l’étal de crudité , mais celle substance, comme beaucoupd’auiresproduciions anormales, est susceptible de passer a un autre élat , celui de ramollissement. Alors ses caractères anatomiques •sont difïerenls. La matière qui le cornpose a ta consistance et l’aspect d’une gelée plus ou moins claire, et dont la transparence est parfois troublée par une temio grise ou par un peu de sam* Ce changement dans les qualiiés physiques de la matière squirrheuse s’accomplit

tuait É élémentaire

CANCER MÉDULLAIRE , TUMEUR ENCKPIIA- LOÏDE OU EONGUS IIÉMATQDG.

Celle dernière dénomination a été adoptée par Hey à cause de la tendance que présente cetle maladie à la production rapide d’une substance qui saigne abondamment après que l’ulcération’dc la peau a eu lieu. On la nomme quelquefois cancer mou ou ramolli , et Abernethy l'a appelée sarcome médullaire à cause de sa ressemblance avec la substance médullaire ou substance blanche du cerveau. Elle a en effet une grande similitude avec la substance cérébrale relativement à toutes les propriétés chimiques et physiques. Elle se présente le plus souvent en masses contenues entre des cloisons membraneuses fines ; on en

sous l’influence de circonstances inappréciables. C’esi à l’immortel Laënnec que nous devons les dislinctions si judicieuses entre les diverses espèces de cancer, suivant leurs caractères anatomo-pathologiques, et entre les divers étals que ces produits anormaux, présentent aux différentes époques de leur existence.

Cn a donnécomme signecaraclérislique tlq la nature cancéreuse d’une tumeur les douleurs vives, aiguës, rapides, dites lancinantes, qu’y éprouve le malade; cependant des praticiens du plus haut mérite ont récusé ce caractère, parce qu'ils ont rencontré un grand nombre de tumeurs cancéreuses sans douleurs lancinantes.

La raison de ces différences n’ésL peutêtre pas difficile à saisir : parmi les malades qui ont été soumis à mon observation, ceux qui étaient alï'ectés de tumeur cancéreuse de la peau, du tissu cellulaire, des glandes, et en un mot des parties animées par l’appareil cérébro-spinal, ont presque toujours présenté des douleurs lancinantes marquées; tandis que ceux qui avaient succombé à un cancer du foie, de l’estomac, du poumon, et entin d’un viscère principalement animé par le grand sympathique, avaient généralement présenté des douleurs faibles, ou seulement fortes pendant un court espace de temps avant la mort; quelquefois même ce résultat funeste était arrivé sans qu’aucune douleur se fût fait sentir. Il ne s’ensuit pas que les douleurs soient toujours nulle* dans un cas et violentes dans l’autre; je fais seulement observer leur disproportion dans différentes parties du corps, suivant que la vie animale prédomine sur la vie organique, et vice versa.

rencontre trois variétés qui ont été signalées, pour la première fois, par Laënnec. La première est la tumeur cncépha loïde enkystée qui varie pour le volume de celui d une noisette à celui d'une pomme. Vient ensuite celle non enkystée qui peut être très-petite, mais dans d’autres cas égale le volume de la tête d’un enfant. A l’extérieur elle n’offre pas les irrégularités aussi marquées que celle qui est enkystée, bien qu’elle soit divisée en lobules séparés par des fissures. Le cancer encéphaloïdc infiltre ou diffus consiste en masses qui 11e sont pas circonscrites, et la substance médullaire ou cérébriforme présente un aspect varié parce qu’elle est mêlée cn différentes proportions avec les tissus au milieu desquels elle se produit. Elle a généralement la même consistance que la sub-

Relativemenl à la coexistence du cancer cl de l’état d’ulcération , je forai remarquer que tantôt l’ulcération se manifeste d’abord, et plus lard son fond et ses bords revêtent le caractère cancéreux; tantôt la tumeur cancéreuse existe d’abord et s'ulcère ensuite : on désigne le premier cas sous le nom d’ulcère cancéreux , et le second sous celui de cancer ulcéré.

Quelques auteurs, au nombre desquels sc trouvent flayleet 51, Cayol, ont déclaré le cancer incurable, et celle opinion les a conduits, ainsi que les médecins qui sont aujourd’hui leurs partisans, à 11e point pratiquer d’opérations, convaincus qu’ils sont île la repuilulation certaine de la maladie; mais si l’on a un grand nombre de trop malheureux exemples de récidive de cancer après l’ablation, on possède heureusement aussi des exemples de guérison en assez grand nombre pour encourager les chirurgiens à pratiquer des opérations, qui sont le seul secours réellement efficace qu’ils puissent offrir aux malheureux frappés de cancer. Ainsi que l’a déjà observé le célèbre professeur anglais, cette 'opération doit être pratiquée de bonne heure, dès que la nature carcinomateuse de la maladie est avérée, et ne doit point l’être dans tous les cas où on pense ne pouvoir pas enlever toutes les parties de l’économie dans lesquelles s’est déposée la matière cancéreuse. Parmi les médicaments auxquels oh peut recourir de préférence quand on 11c pratique pas l’opération, on doit citer la ciguë sous forme d’cmplà're, et à l’intérieur sous forme d’extrait.

{Note du trad.)

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

stance blanche cérébrale , niais quelquefois elle est beaucoup plus molle. Elle varie aussi de couleur : dans quelques cas elle c.vt tout à fait blanche ; dans d’autres cas elle est légèrement rouge, et quelquefois elle offre une couleur rougefoncé. Une section de la tumeur présente des points nombreux piqués de sang. Ou y remarque une organisation vasculaire; et comme les parois des vaisseaux que reçoit la tumeur sont remarquablement délicates, la circulation du sang dans leur intérieur est facilement interrompue. L’hémorrhagie survient par suite de rupture due à la congestion , et le sang épanché se mêle à la matière cérébriforme ( 1). Quand le cancer médullaire est superficiel, il commence par présenter les caractères d'une tumeur incolore, molle et élastique au toucher, à moins qu’elle ne soit restreinte et limitée à sa base par une aponévrose , cas dans lequel elle offre une sensation de résistance et de tension. Quand il est immédiatement sous-cutané il est élastique , et conséquemment il peut être pris pour une tumeur qui contient un fluide. Lorsqu’il se. rencontre dans le testicule, on suppose fréquemment de prime abord qu on a aflaire a une hydrocèle.

U a , comme le cancer squirrheux, de la tendance a s’étendre aux glandes absorbantes qui se convertissent en une substance de la même nature. C’est dans toute l’étendue du mot une nouvelle formation , une production accidentelle qu’elle soit située dans Je tissu cellulaire, dans celui des muscles, dans celui des viscères, dans l’orbite, dans une cavité ou sur une surface quelconque. Quand il se produit dans les parties profondément situées, il tend invariablement à se frayer un chemin jusqu’à la surface: quand cela a lieu , une tumeur considérable se forme ; la peau devient à la fin mince et décolorée , cl ne demeure pas unie comme elle l’était primitivement mais présente des saillies irrégulièresdes ouvertures s’établissent dans ces mêmes saillies, et alors se développe une production eucéphaloïde qui parfois saigne abondamment. C’est seulement à celte période de la maladie que le nom de fongus hématode est applicable, et môme alors il n’est pas très-exact puisque c corps dont il s'agit n’est pas un

thfilmn3’? CarSr,,-l'S ,,luSlralio"S

1 e CJtr‘l- forijns of discase, Case. ‘2.

fongus , mais une subslance de consistance analogue à celle du cerveau. Le cancer médullaire paraît être une maladie générale de l’économie qui est rarement restreinte à un organe. On l’a observé dans l’œil, le cerveau, les poumons, le cœur, le foie, la rate, les reins, la vessie, l’utérus, les ovaires, les mamelles, les glandes du mésentère, la dure-mère, les os et la glande thyroïde ainsi qu’on en voit un specimen remarquable dans le muséum de M. Langstaff.

Il peut prendre naissance dans presque tous les tissus ou sur toutes les surfaces. Quelquefois il commence dans le sinus maxillaire d’où il peut s’étendre dans le cerveau à travers l’orbite ou extérieurement en traversant la joue ; il peut aussi s’étendre dans la bouche ou le nez.

Un des premiers symptômes de celte maladie terrible , et malheureusement trop commune , est la pâleur du teint qui devient jaune-paille, indice remarquable de ce que nous pouvons regarder comme une affection organique fatale. En général, le malade meurt dans un état hectique. Une des différences existant entre le cancer squirrheux et celui-ci provient de ce que le dernier ne contient dans sa substance ni bandes ligamenteuses, ni noyau central dur, mais consiste en une matière molle et pulpeuse renfermée dans des cloisons composées d’une membrane fine et délicate. Afin d examiner avec soin son tissu, nous devons le soumettre à la macération ou à 1 action des alcalis. Une tumeur squirrheuse est en général résistante, dure et incompressible de prime abord ; tandis que le fongus hématode a une mollesse et une élasticité qui constituent un caractère tout à fait différent. Dans celte dernière maladie les parties ne sont pas détruites par l'ulcération comme dans le cancer; mais après que la peau s’est ulcérée, une subslance eucéphaloïde saignante se projette vers l’extérieur : tandis que dans le cancer squirrheux la matière nouvellement déposée a peu ou point de tendance à s’organiser, cette même matime a, dans le cancer médullaire, une disposition plus ou moins grande à l’organisation. Le fongus hématode attaque souvent le foie, la rate, les reins et les poumons primitivement ; quoique quelques pathologistes prétendent que le cancer squirrheux n’attaque ces organes que consécutivement: dernier point qui mente de nouvelles recherches. Le cancer médullaire ou cnccphaloïdc n’esl pas

rare chez les sujets jeunes et chez ceux qui n’ont pas encore atteint 1 âge moyen de la vie, tandis que le cancer squirrheux attaque surtout les individus de quarante cinq à cinquante ans, ou plus âgés. A l’égard du traitement , nous ne connaissonsaucun médicament qui puisse rectifier l’état général dont cette maladie dépend. La seule chance de guévison se trouve dans l’ablation de la tumeur à une époque peu avancée de sa formation, avant que les glandes lymphatiques et d'autres parties soient devenues malades. Si donc 1’affection s’est étendue jusqu’au cordon spermatique ou aux glandes lombaires , la castration ne devra plus être pratiquée. Lorsque des tumeurs encéphaloïdes sont situées à l’extérieur du corps , je crois que les viscères deviennent malades beaucoup plus lot qu’on ne le suppose généralement.

Je veux parler du cas où le chirurgien rencontre celte maladie sur la surface du corps ou des membres Ce fait nous explique pourquoi les opérations sont ordinairement inutiles , et il conduit beaucoup de chirurgiens instruits à les proscrire.

- Quoiqu’il y ait tout lieu de croire que le cancer médullaire est une maladie générale, et que nous trouvions qu’après une opération il y a ordinairement une plus grande disposition à la récidive que l’on n’en voit dans les cas de squirrhe et de cancer, l’expérience fournit quelquefois des exceptions à cette règle. J’ai enlevé à un homme de Newton Street LIolborn , un testicule affecté de fongus hémutode; il guérit et vécut parfaitement sain pendant long-temps. Nous ententendons quelquefois parler de cas dans lesquels les yeux, le sein et les membres atteints de celle maladie ayant été enlevés par une opération, la récidive n’a pas eu lieu. Malheureusement le contraire arrive plus généralement , de sorte qu’en portant le pronostic cette circonstance importante devra être prise en considération (I ).

(1) 11 y a une différence quelquefois assez marquée cnlre les symptômes du cancer encéphutoïde et ceux du squirrhe. Dans le premier le mouvement fébrile est souvent faible ou même nul pendant long temps, ainsi que l’a remarqué Laënnec; et s’il se développe d’une manière un peu marquée par suite d’une inflammation locale, c’est à la situation et a la

MÉLAX03E.

Le cancer noir de Dupuytren , le mélanome du professeur Carswell , a pour caractère la formation d’une matière brunâtre , d’un bleu foncé ou noir, inorganique, dans différents tissus cl cavités du corps, et en particulier dans celles que tapisse une membrane séreuse. Les nuances qu’elle présente varient dans les différents cas : quelquefois sa couleur est jaunâtre ou légèrement brune , quelquefois elle est d'un brun foncé , et le plus souvent elle est très-noire.

La classification scientifique des affections mélaniqucsqttc nous devons à Bayle et à Laënnec, et sur laquelle les travaux de M. Breschet et deCurswell ont jeté de nouvelles lumières me semble offrir l’idée la plus exacte de leurs variétés principales. Ainsi la mélanose est divisée par ce dernier pathologiste en vraie ou fausse : la première comprenant les cas dans lesquels les formations ou productions dépendent d’une altération du travail de sécrétion d’où provient la couleur naturelle de certaines parties du corps; la seconde comprenant les cas dans lesquels , ou bien une matière charbonneuse a été introduite de l’extérieur, ou bien l’aspect que l’on observe est dû à l action d’agents chimiques sur le sang ou à la simple stagnation de ce dernier fluide.

Suivant le professeur Carswell le siège

pression delà tumeur sur d’autres parties qu’est dû ce résultat. Laënnec fait encore observer que les encéphaloïdes peuvent exister long-temps sans déterminer un amaigrissement sensible; ce n’est que vers la lin de la maladie qu’il se manifeste, et alors il suit une marche rapide. Des douleurs lancinantes se font souvent sentir aussi dans cette forme de cancer, et sauf certaines différences, ainsi que nous venons de le faire observer, les symptômes généraux de cette affection se rapprochent de ceux des autres variétés de la maladie cancéreuse. Certaines tumeurs encéphaloïdes développées sur la tête acquièrent un volume considérable; j’en ai rencontré une énorme, que portait une jeune fille que j'adressai à M. Lisfranc, à l’hôpital de la Pitié. Lors de la mort de la malade la tumeur avait une étendue antéro-postérieure de neuf pouces six lignes, une étendue verticale de dix pouces onze lignes, cl présentait à la base une circonférence de seize pouces. (Note du ira i.}

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le plus fréquent de la véritable mêlanosc est le tissu séreux , et plus particulièrement celui qui constitue l'élément cellulaire d'organes. Dans ce cas la matière mélanique est formée à la manière d’une sécrétion , s’accumule dans les cellules dont le tissu séreux se compose , et acquiert graduellement la forme de tumeurs de grandeur differente. Un semblable mode de formation de cette matière a lieu d’une, manière encore plus remarquable dans le tissu cellulaire d’enveloppe, et particulièrement sur les vastes surfaces séreuses , telles que celles de la plèvre et du péritoine (I). Un autre mode de formation signalé parle docteur Carswell, est celui où la matière mélanique se dépose dans la substance ou structure moléculaire des organes, à la manière dont s’accomplit la nutrition, et, ainsi qu’il l’a expliqué en dernier lieu , la matière mélanique comme celle du cancer ou du sarcome médullaire ou tumeur encéphaloïde se forme quelquefois dans le sang, particulièrement dans les capillaires veineux, et en des circonstances qui.monlrent qu’elle a nécessairement dû se former dans ces vaisseaux. Il y a quatre variétés de la mélanose vraie.

1 . La mélanose punctiforme , mélanose infiltrée de Laënnec , dans laquelle la matière colorante noire apparaît sous la forme de petits points ou petites taches soit groupées ensemble dans un petit espace, soit disséminées irrégulièrement sur une étendue considérable d’une surface. Ceci se voit plus fréquemment dans le foie , et , en faisant la section de cet organe, quand il est atteint d’une semblable maladie , la surface présentée par celle section semble avoir été saupoudrée de suie ou de poussière de charbon.

2, La mélanose tubéri forme , qui est infiniment plus commune que toutes les autres variétés , répond aux concrétions mélaniques des pathologistes français.

Quelquefois la tumeur n’est pas plus’volumincuse qu’un grain de millet , mais elle est dans quelques cas d’une dimension égale ou supérieure à celle de la tête d un enfant. Néanmoins , c'est surtout sur le cheval que l’on observe des tumeurs de ce volume; car dans l’espèce humaine on rencontre rarement un cas

0) Voyez Dr Carswell’s Illustrations C;oulus:3ernenl:,ry lon!ls °* discase, fas-

où leur grosseur excède celle d’un œuf ou d’une orange, et elles sont ordinairement beaucoup plus petites. C’est dans le tissu cellulaire lâche et graisseux que les tumeurs mélaniques sont disposées à atteindre une dimension extraordinaire.

Leur volume considérable semble provenir de l’agglomération d’un grand nombre de petites tumeurs. Suivant le professeur Carswell , lorsque la lu me ir est simple elle est toujours d’une forme globuleuse ou ovoïde ; mais dans le cas contraire elle est lobulée. Il a observé que dans les tissus composés la tumeur est le plus souvent simple; mais elle est, dans les tissus cellulaire et adipeux , le résultat de l’agrégation de tumeurs de même nature. Les tumeurs mélaniques simples de grande dimension sont plus communes dans le foie que dans tout autre organe de tissu composé.

Les tumeurs mélaniques peuvent être enkystées ou non-enkystées ; on rencontre surtout les premières dans les tissus cellulaire et adipeux. La mélanose tubéri) orme du professeur Carswell n’est cependant pas restreinte aux tissus cellulaire et adipeux ou aux parties dans lesquelles ces mêmes tissus sont abondants, mais elle peut se produire sur la surface du péritoine ou sur celle de la plèvre.

3. La mélanose strat forme ou mélanose membraniforme de Laënnec se produit seulement sur la surface des membranes séreuses. Dans la première période de celte affection la partie paraît simplement tachée de matière mélanique; dans la seconde une couche distincte de celte substance se dépose sur la surface de la membrane séreuse. Sa consistance est généralement celle de la gelée, et comme elle est renfermée soit dans un tissu cellulaire mou et spongieux, soit, dans une membrane séreuse fine et transparente de nouvelle formation, elle présente au toucher la sensation d'une matière pulpeuse, mais ne peut être enlevée en plissant dessus le doigt ou le scalpel, à moins d'employer une certaine force. Dans quelques cas elle forme un enduit noir ressemblant beaucoup par son aspect à ce que produit l’encre indienne.

é. La mélanose liqui forme (liquiform melanosis ) , la dernière espèce dé mélanose vraie du docteur Carswell, 1.»

mélanose liquide de lVL Breschel peut se rencontrer dans des cavités naturelles ou accidentelles cl aussi dans une tumeur

mélanique elle- même par suite de ce que les pathologistes français décrivent comme le travail de ramollissement dans le centre. Les cavités de la plèvre et du péritoine sont les principales cavités naturelles dans lesquelles la mélanose liquide se présente, et en cet endroit seulement, en petite quantité. Ce qui a été décrit comme appartenant à cette forme demélanose dans des cavités muqueuses , semble au docteur Carswell être dit à la couleur altérée du sang, soit épanché dans ces cavités, soit contenu dans scs vaisseaux propres et recevant l'action d’un agent chimique extérieur; conséquemment ces cas ne sont pas de véritables mélanoses. Les kystes de l’ovaire fournissent les meilleurs exemples de cavités accidentelles dans lesquelles se rencontre quelquefois la mélanose liquide. La consistance de la mélanose est très-variée. Dans les grandes cavités elle n’est jamais solide dans les tissus cellulaire et adipeux , une ou deux cellules peuvent contenir une matière liquide noire, mais dans le tissu dense de la peau la plus petite tumeur peut être aussi dure qu’un cartilage.

La fausse mélanose dépend soit de l’introduction de matière charbonneuse dans le tissu pulmonaire, pendant l’acte respiratoire , soit de l’action d’acides ou d’auLres agents chimiques sur le sang, qu’ils soient situés dans ou sur les parties , ou enfin de la simple stagnation de ce fluide.

La mélanose prend fréquemment naissance dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans le tissu cellulaire adipeux qui se trouve derrière le péritoine.

L’exemple le plus frappant de son existence à l’état circonscrit dans le tissu cellulaire est , comme le fait observer le docteur Carswell , le cas où la maladie se rencontre dans les appendices formés par les épiploons qui sont quelquefois convertis par elle en une masse solide homogène de matière mélanique.

La mélanose peut se développer dans différentes parties d’un même individu, comme l'œil , la peau, le foie, les poumons (1), le cœur, le pancréas et l’en-

(1) Indépendamment de la véritable mélanose du poumon, il en existe une autre qui à tous égards mérite l’épithète de fausse; elle est duo à la présence d’une matière noire dont sont pour ainsi dire farcis lespoumonsd’individus qui ont été expo-

veloppe péritonéale des viscères. Ceci peut faire penser qu’elle est liée à une cause générale répandue dans l’écono mie.

Les os ne sont pas souvent le siège de la mélanose. Dans un cas observé par le docteur Alison tout le sternum , la portion antérieure des côtes et une grande partie des os pariétaux et occipitaux étaient noirs, plus cassants, et d’une consistance plus molle que dans l’état normal, mais sans augmentation de volume et sans carie. Le périoste n’était que peu altéré , mais la dure-mère était tachetée de noir et la plèvre parsemée de tubercules d’une couleur très brune.

Un fait intéressant, dont le professeur Carswell donne l’explication , c’est que le fluide mélanique peut se rencontrer dans des cavités naturelles ou artificielles sans être le produit de leur sécrétion. Ceci arrive quand des tumeurs mélaniques perforent les parois des cavités et épanchent à l'intérieur de celles-ci les matières liquides que ces mêmes tumeurs contiennent. On a observé ce fait dans le thorax et l’abdomen et on a vu une fois une tumeur mélanique avoir perforé le ventricule latéral droit du cerveau ; ou y trouva une quantité considérable de liquide noir dont une partie avait passé dans le troisième et le quatrième ventricule, et de là dans la gaine formée par les enveloppes de la moelle vertébrale.

La mélanose du cerveau est rare. On voit au Muséum du collège de l’Universilé un spécimen d’une petite formation mélanique développée dans le cervelet d’un enfant qui ne vécut que trois jours. Il n’est pas douteux que dans ce cas la maladie n’ait commencé chez le fœtus.

La matière de la mélano. e vraie est inodore, ce qui peut toujours la faire reconnaître des effets produits par la gangrène.

Quant aux symptômes de la mélanose, pendant la vie la maladie peut d’abord occasionner peu ou point de douleur ; mais un teint très pâle, une excessive

sés par la nature de leur profession à respirer une atmosphère chargée de poussière de charbon. M. Christison a soumis celte matière à l’action des acides hvdrochloriquc et nitrique qui dissolvent toutes les substances organiques et, la dissolution ne s’étant pas opérée, il en a induit que cette matière n’était pas sécrétée, mais devait cire inorganique. (JYote du trait.)

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débilité et l’anasarque surviennent fréquemment avant sa terminaison. Dans quelques cas, cependant, un état maladif très-marqué et des douleurs excessives dans différentes parties du corps se font sentir dès le début, et quelquefois le malade périt dans le court espace de trois ou quatre semaines (1). Je pense que dans les cas ordinaires elle ne cause pas de douleurs violentes à moins que des nerfs ne se trouvent compris dans la partie malade ou ne soient comprimés par elle.

La matière de la mélanose est complètement insensible; c’cstseulement unesécrétion ou déposition inorganique quelquefois produite dans des tissus ou sur des surfaces qui, du reste, paraissentsains et dans l’état naturel ; quelquefois formée dans des parties affectées d’inflammation chronique, et quelquefois coexistant dans la meme masse avec de la matière squirrheuse ou encéphaloïde , point sur lequel les recherches du professeur Carsxvell coïncident avec celle de feu le docteur Armstrong. Ces faits expliquent pourquoi la mélanose est quelquefois décrite comme une maladie de nature pernicieuse ( malignant ) et quelquefois comme ayant ce caractère , mais trèsrarement (2).

La mélanose est plus commune chez les chevaux que dans l’espèce humaine , mais 'on la rencontre principalement chez ceux d une couleur blanche ou grise: fait qui corrobore la doctrine d’après laquelle elle dépendrait de quelque particularité de la constitution. Comme le remarque le professeur Carswell , celte circonstance est aussi favorable à la théorie qui attribue l’origine de la mélanose a ce qu’il s’accumulerait dans le sang du carbone cmploj é dans l’état normal à colorer différentes parties du corps comme

(1) En cas pareil, à moins que la maladie ne soit complètement extérieure ne serait-on pas autorisé à croire qu’elle existait déjà à l’instant où le premier soupçon du mal s’est élevé, car si jusqu’alors nul symptôme grave n’a donné l’éveil , c’est que peut-être la maladie était encore dans cet état où elle n’en produit aucun. Il est à remarquer que Je début 'les aireclions qui ont pour caractère la lormaiion d’un produit accidentel n’est ordinairement signalé par aucun sympiome clairement distinctif.

in\ -, . (Note du trad.)

) ’oyez Warren ; On lumours, p, 25,

les cheveux , le corps muqueux et la membrane choroïde de l’œil.

Il semblerait , d’après l’analyse chimique , que la substance de la mélanose se compose de fibrine, de matière colorante noire, d’une petite quantité d’albumine, de chlorure, de soude, d’oxyde de fer, d’eau, de sous-phosphate de chaux et de quelques autres sels en petites proportions; 1 opinion générale est que la matière mélanique est essentiellement composée des éléments constituants du sang. La matière colorante semble aussi être un principe riche en carbone.

On ne connaît aucun remède pour la mélanose. Ses causes sont aussi obscures que celle du cancer, du fongus liérnatode, des tubercules et d’autres formations nouvelles et accidentelles. La seule chance de salul dépend de l’ablation de la partie malade au début de l’affection lorsque la situation de cette meme partie malade permet de pratiquer l’opération.

On a extirpé un œil affecté de mélanose sans qu’aucune récidive ait suivi l’opération ; après l’espace de deux ou trois ans , des tumeurs mélaniques de la peau et du tissu cellulaire ont été enlevées et la guérison a aussi persisté. Des tumeurs mélaniques , situées sous la queue de certains chevaux , ont été fréquemment excisées avec succès, et la maladie ne s’est point reproduite. Ces faits prouvent que 1 ablation des tumeurs mélaniques, lorsqu’elles sont situées dans certaines régions, offre plus de chance de guérison durable que l’ablation des tumeurs encéphaloïdes.

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