‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 56 sur 242 · SCROFULES OU AFFECTION STRÜMEUSÉ · texte numérisé non relu

SCROFULES OU AFFECTION STRÜMEUSÉ

Celte affection est communément appelée mal clu roi ( king's cvil) par suite de la croyance superstitieuse qui faisait penser autrefois que l’attouchement du roi pouvait la guérir. Elle se manifeste fréquemment par la tuméfaction des glandes sous cutanées , tumeurs dont les progrès sont en général remarquablement indolents, qui se ramollissent très-lentement et finissent souvent par suppurer et percer, après quoi elles demeurent Plus ou moins de temps à l’étal d’ulcères, et, après s’êlre cicatrisées (ce qu’elles sont fort long-temps à faire) , elles laissent fréquemment après elles des cicatrices calleuses irrégulières qui ne s’effacent jamais.

Quelquefois la maladie se rencontre dans Ja substance du tissu cutané qu’elle

défigure et altère de la manière la plus repoussante , et très-souvent elle attaque les oreilles, les yeux, les paupières, les narines et les lèvres qu’elle épaissit et déforme à un degré extraordinaire. Dans d’autres cas nous la voyons se fixer sur des parties plus profondément situées , comme les os et les arliculations , ou obstruer les organes destinés au transport de la lymphe et du chyle , ou donner lieu , dans les poumons, le péritoine et d’autres parties, «à ces maladies tuberculeuses qui dans ce climat , du moins, sont une des plus grandes causes de mortalité.

On ne peut donner une définition courte et satisfaisante des scrofules , malgré l’habitude que nous avons de les voir affecter certains endroits, d’avoir une marche et d’exercer des ravages qui se reproduisent dans tous les cas d’une manière semblable. Je puis cependant observer qu’elles sont caractérisées par une propension remarquable à l’inflammation chronique des glandes lymphatiques et mésentériques. Les glandes lymphatiques du cou, et d’autres situées au-dessous de la mâchoire , sont plus fréquemment attaquées de scrofules que celles d’aucune autre région du corps ; et peut-être pourrait— on trouver une explication de ce fait si l’on se rappelait qu’elles sont plus exposées aux vicissitudes de la température et à l’irritation occasionée par les maladies du cuir chevelu qui sont si communes chez les enfants. Après ces glandes ce sont peutêtre les glandes mésentériques qui sont le plus souvent désorganisées par celte maladie, et il n’est pas rare de la voir affecter les glandes de l’aine et même celles de l’aisselle et d’autres endroits encore. Les glandes absorbantes de toutes les parties du corps peuvent être atteintes de scrofules. ,

La maladie scrofuleuse produit toujours dans l’économie une tendance à la formation d’abcès chroniques non seulement dans les glandes absorbantes ellesmêmes et dans leurs environs , mais dans le tissu cellulaire général.

Comme je l’ai déjà dit elle paraît disposer au développement des tubercules dans les poumons, le foie, le cerveau , la rate et d’autres organes internes. Le siège le plus fréquent des tubercules scrofuleux chez les adultes est d abord le poumon, puis l’intestin grele ; mais chez les enfants les glandes bronchiques, les glandes mésentériques, la rate, les

reins et les intestins en sont affectés dans l’ordre de fréquence qui correspond à celui de leur présente énumération.

Si nous considérons la phthisie tuberculeuse comme une maladie scrofuleuse, celaétablira unediffércnce sensible entre l’estimation comparative de la fréquence des scrofules chez les enfants et chez les adultes.

Les scrofules sont accompagnées d’une tendance à de certains changements morbides dans le tissu spongieux et compacte des os ainsi que dans les membranes synoviales.

, Dans le langage ordinaire de la chirurgie nous dbons souvent qu’une personne est scrofuleuse bien qu’elle ne présente aucun signe visiblcde celte maladie, mais simplement certaines apparences que l’on regarde habituellement comme les emblèmes d’une constitution scrofuleuse ou d’une prédisposition aux scrofules.

Ainsi un beau teint , des cheveux peu colorés, une peau fine, délicate, présentant les plus petites ramifications des vaisseaux; des pupilles larges ou plutôt dilatées (I) , une blancheur remarqua-

it) La dilatation de la pupille se présente dans quelques cas tout à fait différents, et puisqu'il est ici question des dimensions de celte ouverture, je ferai observer qu’indépendamment de l’action de la lumière et de l’application de certaines substances narcotiques, comme la belladone, indépendamment aussi de certaines affections de l’œil qui ont pour effet constant d’altérer l’ouverture pupillaire, l’état pathologique d’un organe éloigné donne à la pupille une largeur plus grande que celle qu’elle a dans l’état normal. J’ai vu, et je ne sache pas qu’aucun médecin ait fait cette observation avant moi, j’ai vu, dis-je, sur un nombre considérable d’individus atteints de maladie organique du cœur, que la pupille était dilatée dans la grande majorité des cas; et plusieurs sujets qui avaient eu la pupille largement dilatée, et avaient du reste offert tous les signes stéthoscopiques et rationnels d’une affection du cœur, ont présenté à l’autopsie des dimensions considérables de cet organe. Que la dilatation prédomine sur ['hypertrophie ou que l’effet contraire ait lieu, il suffit que le cœur ail un volume considérable pour que la pupille soit dilatée. Cet étal de dilatation ne nuit point à la contractilité de la pupille par l’action de la lumière; seulement,, toute proportion gardée, elle est plus

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Me de la sclérotique, les bords des paupières délicats et faciles à rougir, la proéminence de la lèvre supérieure jointe à un peu d’épaississement des ailes et du bout du ntz sont reconnus comme des caractères d’une constitution scrofuleuse. Dans bien des cas les extrémités des doigts sont larges etépatées, suivant l'expression ordinaire, et le ventre est protubérant. Peut-être a-t-on porté trop loin la croyance qui fait considérer la beauté du teint et la couleur peu foncée des cheveux comme les indications d’une prédisposition aux scrofules, et j'aurais été porté à soupçonner que cette opinion exagérée est simplement due à ce que , dans ce pays-ci , le plus grand nombre des enfants sont blonds et ont les cheveux d’une couleur claire , si je n’avais vu qu’Alibert ef d’autres pathologistes français avaient le plus souvent rencontré cette maladie chez les enfants blonds en Fiance, où nous savons que prédominent les teints bruns et les yeux noirs (1). On ne doit pourtant pas supposer qu’un teint brun est une protection absolue, car beaucoup d’individus scrofuleux ont une peau et des cheveux bruns, et tons les chirurgiens expérimentés savent combien les nègres, et les autres individus de races de couleur, sont sujets aux scrofules dans notre climat humide, froid et variable.

Il est souvent difficile , peut-être quelquefois impossible , de tirer avec précision la ligne de démarcation entre la maladie scrofuleuse et quelques autres affections , car il y a une transition ou gradation insensible de l’une aux autres. Cependant on rencontre journellement certaines formes de maladie sur la na-

large qu’elle ne le sérail dans l’état sain. Comme loule règle générale, celle-ci peut offrir quelques exceptions, cl on renconlre parfois des individus alleints de maladie du cœur sans dilatation des pupilles. J’ai consigné pour la première lois cette observation dans ma thèse inaugurale, sans chercher à donner l’explication de ce phénomène, que je livre a l’examen des praticiens. (Note du Irad.)

(1) Je crois qu’on a beaucoup exagéré 1 importance de la couleur blonde comme indice de disposition aux scrofules. J’ai vu on I rance un grand nombre d’enfants bruns présenter les signes de la constitution scrofuleuse, ou même offrir des symptômes irrécusables de celte maladie.

(Note du trad.)

titre scrofuleuse desquelles on peut se prononcer sans aucune hésitation. Tels sont des tumeurs et des abcès indolents d’une espèce particulière formés dans les glandes lymphatiques du cou ; telles sont certaines maladies des articulations et de la colonne vertébrale ; telles sont encore diverses affections tuberculeuses.

Les enfants sont plus sujets aux scrofules que les adultes, car la période de la vie où l’homme est le plus exposé aux atteintes de cette maladie s’étend depuis l’enfance jusquà la puberté. Et même , si les tubercules doivent être considérés comme des effets non équivoques des scrofules , ainsi que le ptnse un grand nombre des meilleurs pathologistes , la maladie peut commencer clii z le fœtus.

Monami, ftj. Langstaff, possède dans son muséum des portions de poumons enlevées à un fœtus et contenant évidemment des tubercules complètement formés.

La disposition au'x scrofules sous toutes leurs formes , excepté celle des tubercules pulmonaires , diminue à mesure que la puberté approche, et ceux qui ont souffert de ces affections dans leur enfance en sont quelquefois délivrés à cette époque et demeurent complètement à l’abri de toutes atteintes ultérieures. On regarde les femmes comme étant généralement un peu plus sujettes aux scrofules que les hommes. On sait que cette maladie n’est ni épidémique ni contagieuse; elle ne peut être communiquée d’une personne à une autre par inoculation r.i par le moyen de l’atmosphère. On a maintenant universellement rejeté l’opinion qne des nourrices scrofuleuses puis? sent communiquer cette affection aux enfants qu’elles allaitent.

Il paraît donc que les scrofules peuvent se rencontrer dans presque tous les tissus, et ne sont pas, comme on le croit quelquefois, particulières aux glandes lymphatiques, quoique celles-ci y soient plus sujettes que toutes les autres parties. Cette remarque s'applique naturellement aux glandes du cou et à celles du mésentère; ef je puis dire que les poumons, les yeux, les oreilles et les parties spongieuses des os sont, après ces organes, ceux qui deviennent le plus souvent le siège île maladies scrofuleuses.

L inflammation scrofuleuse est généralement remarquable par son caractère d indolence et de lenteur. Ses atteintes sont loujours plus insidieuses et ses progrès beaucoup plus lents que l’invasion

et la marche de l'inflammation phlegmoneuse. On peut iliie que la douleur aiguë, les battements, la dureté de la tumeur qui est circonscrite, la couleur rouge-brillant , et la rapidité avec laquelle se succèdent les phénomènes qui accompagnent toute inflammation simple de bon caractère, n’existent pas dans l’inflammation scrofuleuse telle qu’elle se présente le [dus ordinairement. Ordinairement l’inflammation scrofuleuse, lorsqu’elle a son siège dans une glande lymphatique ou un tissu quelconque, ne produit pas non plus, d’abord, aucun désordre fébrile. Cependant, lorsque les scrofules font des progrès ou attaquent des organes d’une grande importance dans l’économie animale , ou étendent leurs ravages jusqu’aux grandes articulation , la perturbation de la santé générale et l’état hectique sont souvent tels, qu’ils constituent un danger grave et imminent.

L'inflammation scrofuleuse près de la surface du corps commence fréquemment par un gouflement mou de la partie affectée , qui est souvent une des glandes lymphatiques. Les tissus qui recouvrent la glande s’épaississent légèrement , et la glande elle-même paraît mollasse au toucher; elle devient plus élastique à mesure que le gonflement s’accroît, ou même elle offre une sensation de fluctuation. A cette période on remarque généralement une certaine induration au-dessous ou autour de la tumeur, et lu couleur de la peau devient plus ou moins rouge ou livide. Si alors on pratique une ponction dans la tumeur, on donne issue à un liquide clair mêlé à des flocons d’une substance concrète composée d’albumine, mais seulement dans une proportion légère , et rarement sous la forme de pus de bonne nature. Les bords de la ponction deviennent le siège de l’inflammation et , l’ouverture s’agrandissant par suite du travail ulcéralif, on peut voir au dedans de celle-ci une substance brun-jaune, ou ressemblant à une eschare brune ; on peut alors passer librement une sonde entre cette substance et la peau tout autour de la plaie. C’est en effet un des caractères des abcès scrofuleux, lorsqu’ils sont formés près de la surface du corps, de détacher la peau dans une grande étendue des parties sous-jacentes. Si la maladie est abandonnée à elle-même et suit son cours naturel sans qu il soit fait de ponction, une partie de la peau de-

vient h la fm très «'paisse cl d’une couleur légèrement pourprée; ensuite il s’y forme une ouverture par laquelle s’écoule un liquide clair ressemblant à du petit lait ; il s’y mêle des flocons d’albumine et quelquefois du pus. La rougeur continue d’exister, l’induration persiste autour de la plaie , le travail ulccratif fait des progrès , et la maladie se transforme alors en ulccrc scrofuleux qui offre généralement peu de disposition à se guérir. M. Wardrop remarque que la cavité et les côtés de beaucoup cl’ulcères et d’abcès profonds causés par les scrofules sont recouverts et entourés d’une substance pâteuse, molle et fibrineuse , qui forme obstacle à la production des bourgeons charnus; et il pense qu’une raison pour laisser ouverts les abcès scrofuleux , est que l’on favorise ainsi la séparation de la substance étrangère qui encroûte leur intérieur.

Les ulcères scrofuleux proviennent soit de ce que des tumeurs glanduleuses ont percé après s’être enflammées, soit de ce que, dans différents endroits, la peau s’enflamme et s’ulcère. Ils ne sont généralement pas très - douloureux , leurs bords sont durs , irréguliers et minés eu dessous. Leur circonférence et les ulcères eux-mêmes sont d’un rouge pâle ou de couleur pourpre ; leur fond est çà et là couvert d’une substance jaune analogue à du lait caillé , et la matière qu’ils secrétent est claire. Bien que les ulcères scrofuleux ne soient généralement pas très-douloureux, ils peuvent quelquefois se trouver dans cet état, et particulièrement lorsque la maladie scrofuleuse est excitée par un traitement mercuriel, ou que l’ulcère est compliqué de la présence d’un os mort ou carié. La cicatrice d une jdaie scrofuleuse présente généralement un aspect ridé avec de pet ites portions de peau saillantes , et même des anses de peau complètes sous lesquelles peut passer une sonde. La cicatrisation d’une plaie scrofuleuse est souvent suivie du passage d’autres tumeurs a l état de suppuration ou de la formation île tumeurs nouvelles. Ainsi des maux se succèdent les uns aux autres jusqu’à ce que la suppuration et l’irritation aient t simultanément aflaibli sérietisenunt le malade, ou que l’affection se soit fixée ' sur quelque organe de haute importance pour l’économie, et qu’il s’en soit su yi un désordre hectique, une extrême débilité, la perle de sommeil cl de 1 appétit, des sueurs colliqualives , de la diar—

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rliéc, et un danger plus ou moins imminent.

Un des effets ordinaires des scrofules est une tendance remarquable à la formation d 'abcès chroniques. J’ai déjà fait observer qu’ils se rencontrent fréquemment dans les glandes absorbantes. La même disposition sc remarque aussi dans l’écoulement fourni par les oreilles, le nez, le vagin et les voies lacrymales , si fréquent chez les enfants scrofuleux.

Cette même tendance se voit encore dans le tissu cellulaire de différentes régions. Ce que l’on nomme abcès du psoas ou abcès lombaires a été longtemps regardé avec raison comme de nature scrofuleuse. En effet , beaucoup de malades qui en sont affectés présentent ou ont présenté des signes de scrofules sous d’autres formes. Un grand nombre de ces collections de pus indolentes, que les Français appellent abcès froids , sont de véritables affections "scrofuleuses , et dans bien des cas proviennent de l’irritation que cause un os ou une articulation malades dans leur voisinage. Il est d’une grande importance pratique de se rappeler que beaucoup d’abcès scrofuleux ne commencent pas par la maladie des parties molles, mais par des altérations morbides dans les membranes synoviales , les cartilages , ou les parties spongieuses des os. Les abcès lombaires sont généralement liés à l’existence d’une maladie des vertèbres, et des suppurations dues aux scrofules dans la main ou le pied sont le plus souvent un effet consécutif de la maladie des phalanges des doigts ou des orteils, ou des os du carpe ou du métacarpe, ou du tarse ou du métatarse. Bien des abcès de l’oreille, chez les enfants scrofuleux, sont compliqués de nécrose du conduit auditif ou même des osselets de l’ouïe. Tandis que les glandes lymphatiques et mésentériques , la peau , les yeux , les oreilles et les articulations sont particulièrement sujets à l’affection scrofuleuse chez les enfants et les individus jeunes , les poumons deviennent, après l’arrivée de la puberté, également disposés aux tubercules que le plus grand nombre des pathologistes envisagent maintenant comme une forme de la maladie scrofuleuse (1).

(1) Suivant la remarque de M. Louis es d‘ vers organes peuvent présenter de '«hercules sans que les poumons en con

cor 'le"l ,ïhe7;,les s"jc,s qui n’ont pas en atteint 1 âge de quinze ans; mais

•S . Con j.

nrr.

Ceux qui niellent ni doute la vérité deeelte doctrine observent que le temps de la vie où les scrofules se développent habituellement est entre l’enfance et lu puberté, tandis que la phthisie tuberculeuse ne se montre ordinairement pas avant cette dernière époque, et a son maximum de fréquence entre vingt cinq et trente-cinq ans, c’est-à-dire dans la période de la vie où paraît se terminer la tendance aux scrofules. Ils remarquent que des individus arrivent souvent à 1 état de scrofules le plus prononcé sans montrer aucun symptôme de formation de tubercules, tandis qu’au contraire ces derniers se développent très fréquemment sans être accompagnés d’aucune affection scrofuleuse. On affirme qu’en Ecosse , en Belgique , dans le Dauphiné, le Valais et la Basse-Bretagne , et quelques autres parties du monde, il y a moins de plithisies que dans d’autres pays, où les scrofules sont beaucoup moins communes. Ces arguments, bien qu’ils semblent plausibles, ne me paraissent pas etre d’un grand poids, parce que l’on admet que la production des tubercules, regardés comme une forme de la maladie scrofuleuse , est soumise à l’influence de l’âge de l’individu , et sans doute aussi à celle de circonstances particulières, telles que le climat et la contrée dans laquelle il réside. C’est pourquoi les variétés tuberculeuses des scrofules peuvent exister dans une plus grande proportion , relativement à d’autres 'ormes de cette maladie, suivant la différence des pays, et se développent toujours entre vingt -cinq et trentecinq ans. Ainsi nous voyons que les tubercules et d autres maladies scrofuleuses se U-ouvcnt plus souvent réunis chez un même individu que l’on ne se 1 imagine quelquefois.

Lès tubercules ou formations tuberculeuses consistent en une substance grisâtre, demi transparente , caséeuse et inorganique ; les plus petits n’excèdent pas le volume d’un grain de millet, mais ils produisent souvent par leur agglomération des niasses beaucoup plus considérables. Ils sc ramollissent avec le temps, et ce changement est suivi de la suppuration. Comme ils sont souvent disséminés dans les poumons dans une

passé cel âge, on ne voit poini de tubercules dans d’autres organes que le poumon, sans que ce dernier en contienne :1USS1, (Noie (ht trad.)

grande étendue , ils détruisent le tissu primitif de ces organes , qui deviennent inhabiles à accomplir les fonctions de la respiration. La matière purulente formée dans le lieu occupé par les tubercules, et appelée vomique, se fraie un chemin dans les ramifications des bronches ; elle est rejetée de la trachée par la toux, et est parfois mêlée à du sang. La phthisie pu monaire est donc réellement une maladie scrofuleuse. Mais les poumous ne sont pas les seuls viscères dans lesquels on rencontre fréquemment des tuberculis scrofuleux, car ils se produisent dans la rate, le péritoine, les intestins, le cerveau et le foie.

Les tubercules , ainsi que je l’ai déjà dit, sont main'enant regardés comme des effets de l’affection scrofuleuse ; et quoique le docteur Abercrombie ait découvert quelques différences entre les parties constituantes des glandes scrofuleuses et des tubercules pulmonaires, le professeur Carswell nous dit dans son ouvrage intitulé : Illustrations of the elementary forms of clisease , qu’il a découvert de la déposition tuberculeuse en abondance et dans les glandes lymphatiques, et dans celles du mésentère, lorsque ces organes étaient le siège de maladies scrofuleuses. Cette même déposition peut exister dans les tissus à l’état d'infiltration, comme dans les os et autour des articulations ; et quoique le caractère de l’affection ne change pas, le nom de tubercule ne lui est plus appliqué (1).

Les glandes lymphatiques sont souvent frappées de scrofules consécutivement. Ainsi, chez les enfants attaqués du porrigo ( teigne), les glandes situées sous l'oreille et sous la mâchoire inférieure s’enflamment après un certain temps , et, lorsque la constitution est scrofuleuse , deviennent le siège de maladies strumeuses. Elles peuvent aussi subir un gonflement causé par l’irritation résultant de catarrhes et d’angines. Quand les glandes du mésentère deviennent malades, c’est souvent par suite d’une affection de la membrane muqueuse intestinale. Les glandes de l’aine et de l’aisselle se tuméfient souvent par suite de la maladie du membre voisin ; et lorsqu’il existe une tendance prononcée aux scrofules, la partie gonflée devient, sous l’influence de cette condi-

(1) Eager, dans le Journal des sciences médicales de Dublin, t, v, p. 545.

lion de l’économie , le siégé d’un abcès ou ulcère scrofuleux très- long à guérir.

11 est maintenant généralement reconnu que certaines dispositions particulières de l’économie , originelles ou acquises, doivent êlre <\es causes prédisposantes des scrofules , bien qu’il soit difficile de définir d’une manière précise quelle peut être la nature de ces dispositions. Suivant quelques pathologistes , il existe une prédominance vicieuse des tissus blancs sur les tissus rouges , ou , comme le supposait Portai , une quantité trop inférieure de sang rouge relativement à la grande quantité de liquide non coloré existant dans les vais-eaux. Baudeloque attribuait la maladie à quelque imperfection dans la préparation originelle du sang ; Bordeu , à un désordre dans la nutrition des différents tissus du corps. Un individu n’étant pas soumis, dans l’origine , à une diathèse scrofuleuse , mais exposé ensuite à certaines influences nuisibles , peut être atteint de scrofules , et, sous l’action de certaines circonstances, les scrofules peuvent peut-être affecter toute espèce de constitution.

Ce qu’on appelle une constitution scrofuleuse n’est pas invariablement accompagné des mêmes signes. Chez quelques individus, le teint est pâle; les vaisseaux remplis de sang rouge sont dans une proportion trop inférieure et les tissus blancs dominent ; l’abdomen est gonflé ; les muscles sont relâchés et mollasses ; la circulation est languissante et le manque de vigueur se fait sentir dans le moral du malade comme dans sa constitution. Chez d’autres sujets atteints de diathèse scrofuleuse , la coloration est très- prononcée ; la circulation est accélérée , et l’on remarque un développement précoce des facultés mentales et physiques. On ne peut dire qu’il y ait chez ces individus une quantité trop inférieure des vaisseaux contenant du sang rouge. Quanta la diathèse scrofuleuse, qui souvent paraît être congéniale, quoique sans aucun doute elle puisse résulter d’une disposition acquise après la naissance sous l’influence de diverses circonstances nuisibles à l’économie, on peut , dis-je , rapporter cette diathèse au fait signalé par M. Lawrence , qui dit que chaque individu a dans son organisation quelque chose qui lui est particulier , qu’il y a des variétés infinies?

dans les organisations naturelles de l’espèce humaine , et que des sujets chez

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lesquels Ces variétés se rencontrent sont plus ou moins susceptibles d'être atteints par certaines maladies. Cependant, cette manière d’envisager la question ne saurait me faire mettre en doute qu’une constitution parfaitement saine dans l’origine puisse subir de telles altérations <j»ar suite d'influences diverses qu’elle acquière à une époque subséquente de la disposition aux maladies scrofuleuses.

Pourtant, chez les individus disposés aux scrofules dès la naissance, cette maladie est mise en action par des causes qui ne la produiraient pas invariablement chez des sujets d’un tempérament différent.

Oa compte ordinairement au nombre des causes excitantes des scrofules diverses circonstances tendant à produire la débilité , ou du moins à introduire et laisser persister des désordres sérieux dans l’économie ; telles sont les fièvres contagieuses d’une espèce particulière , comme la rougeole , la fièvre scarlatine et la petite vérole. C’est pourquoi, avant l’introduction de la vaccine , les maladies scrofuleuses étaient encore plus répandues qu’elles ne le sont à présent.

Dansces dernièresannées, lesscrofules et bien d’autres maladies ont été assignées au désordre des fonctions digestives sans qu’on se soit occupé beaucoupde la question de savoir si ce désordre ne pourrait pas plutôt être l’effet ou un accident concomitant de ces maladies que leur cause. Dire que dans les scrofules il y a plus ou moins de désordre dans les fonctions digestives, et non d’aucune autre fonction importante primitivement , est une hypothèse qui ne peut s’accorder avec l’existence de l’affection scrofuleuse que l’on a quelquefois rencontrée chez le fœtus. L’air impur , une alimentation malsaine , une profession défavorable à la santé, la malpropreté, l’exposition à une atmosphère humide et froide , sont souvent, sans aucun doute, des causes excitantes des scrofules, et même donnent une disposition à celte maladie lors même qu’il n’y en avait aucune primitivement. Cependant, ces influences muisiblesn auront une action aussi mar- ]uée que sur un certain nombre de suels , car nous trouvons que, sur une

iuantitédonnée d’enfants vivanttous en-

■e ruble sous le même toit , respirant le même air, se nourrissant et dormant en- 'Cuible , et vêtus exactement de même , leux °u trois seulement deviennent scrouieiu Pour expliquer celle différence ,

1 ‘“ul ^courir k une prédisposition et

a une particularité de la constitution , dé l’organisation ou de la susceptibilité.

De toutes les causes des scrofules , l’action du climat est la plus puissante , ioc cm.Afnicc cp montrent au deirre le

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plus prononcé dans des pays remarquables parleur atmosphère,!-'..’!?1^6- fr°i^c et variable. Les habitants de~s.p*ys'cW!!< en sont plus rarement atteints- mais dès qu’ils viennent dans un climat hui nnde, froid et dont la température est variable , ils deviennent encore plus sujets aux scrofules que d’autres. Ceci peut s observer très-fréquemment chez les entants qui , transportés des Indesorientales et occidentales dans notre pays , se trouvent atteints de celle maladie. On fait la même remarque chez les nègres africains et les naturels des îles de la mer du Sud, dont un grand nombre succombent à la phthisie pulmonaire' Il en est de même du singe qui naît dans tes climats chauds.

Malgré la vérité générale des remarques précédentes au sujet de la rareté comparative des scrofules dans les pays chauds, et, je crois aussi, dans Jes pays excessivement froids , il est certain que la maladie , même quand elle a la forme la plus défavorable, ou tuberculeuse est une source de mortalité considérable en Italie , en Espagne , à Minorque , b Malte et plusieurs autres pays dont les rivages sont baignés par la mer Méditerranée.

Il est probable qu’en raison de l’influence de l’humidité et du froid pour développer les scrofules, les malades ‘ souffrent généralement plus de cette affection dans une saison de l’année que dans une autre. Leurs maux sont toujours plus intenses dans l’hiver et le printemps, et moindres dans le temps doux et sec de l été et de l’automne.

Indépendamment de l’influence atmosphérique, diverses autres influences méritent d’être regardées comme des causes productrices des scrofules , surtout quand l’organisation de l’individu ic rend pour ainsi dire prédisposé à ta maladie, et quand il habile un climat avorable a son développement : une alimentation mauvaise ou insuffisante, la négligence d’uu exercice régulier 1 allaitement d’une mauvaise nourrice' des vetements trop légers, la négligence des mesures de propreté, le séjour d’enlants dans des appartements encombrés et mal ventiles. De là vient la fréquence Uçs scrofules parmi les enfants qui Ua-

vaillent fous les jours un grand nombre d'heures entassés les uns avec les autres dans les manufactures de coton, souvent mal nourris et toujours privés de l’influence salutaire qu’un exercice convenable pris en plein air aurait sur leurs systèmes digestif, cutané, nerveux, sanguin et musculaire. L’âge a une influence considérable, non - seulement pour faciliter le développement des scrofules ou pour rendre l’individu moins susceptible d’être affecté de cette maladie, mais pour déterminer sur quels organes et quels tissus elle devra sévir si elle survient. L’espace qui sépare la terminaison de l’allaitement de l’arrivée de la puberté, est l’âge où la tendance aux scrofules est dans son maximum. Suivant l’observation de M. Lawrence , toute cette période de la vie est chez beaucoup d’individus occupée par une succession d’affections scrofuleuses dans les glandes absorbantes, la peau et les articulations, et très-souvent elles existent dans plusieurs de ces parties en même temps.

Chez les individus qui ont présenté les scrofules sous différentes formes sur toute la surface du corps, et qui, jusqu’à l’âge de la puberté, ont été pendant plusieurs années sujets aux plus sérieuses attaques de cette maladie; il n’est nullement rare de voir ces attaques aller alors en déclinant, et ces individus devenir sains et vigoureux. Cependant , à l’époque à laquelle ce changement particulier a lieu, et où la succession de cette maladie dans les yeux, les glandes, les oreilles, les articulations et la peau s’est arretée, il n’est pas rare que la maladie se développe dans d’autres organes plus importants, comme les poumons, la glande mammaire ou le testicule. Le sexe établit encore quelques différences, car, selon le calcul de M. Louis , la proportion des scrofuleux du sexe masculin est à ceux du sexe féminin comme soixante-dix à quatre-vingt-douze, ou, suivant l’estimation de Lepellelier, comme trois est à cinq. Ce fait est attribué par M. Jolly, le docteur Stokes, etc., à la plus grande abondance des tissus blancs chez les femmes que chez les hommes (I).

La maladie scrofuleuse n’est pas contagieuse. Kortum , Pinel, Alibert, Dupuylren, Lepellelier et d’autres ont essayé en vain de communiquer la maladie

(1 ) Je ne sais si une assertion aussi singulière peut être regardée comme une explication. ( Note du trad.)

soit en faisant coucher des enfants sains avec des enfants scrofuleux, soit en frottant la peau d’un enfant sain avec du pus de scrofuleux , soit en introduisant ce dernier sous l’épiderme, ou en le faisant pénétrer dans les veines ou l’estomac. Quant à la possibilité qu’une nourrice scrofuleuse puisse communiquer les scrofules à l’enfant qu’elle allaite, on soupçonne quelquefois que , comme son lait est imparfait et peu propre à la nutrition , elle peut communiquer à son enfant une prédisposition à la maladie, mais aujourd’hui on a universellement rejeté la croyance qui attribuerait cet effet à l’action d’aucun principe ou virus contagieux. Le soupçon même dont j’ai parlé est loin d’être fondé sur des données non équivoques.

Suivant M. Lepelletier, la privation de la lumière solaire prédispose puissamment aux scrofules; mais bien que ce soit incontestablement une cause de pâleur du teint, de flaccidité des fibres et de l’aspect bouffi des tissus , ces altérations peuvent ne pas aller jusqu’à constituer exactement l’état que l’on désigne sous le terme de scrofules. Indépendamment de l’excessive abondance des tissus et fluides blancs, que l’on suppose être un des principaux attributs d'une constitution scrofuleuse et en même temps un des principaux caractères anatomiques des scrofules, il n’est pas douteux que la composition des liquides chez les individusscrofuleux ne soitplusou moins altérée, d’autant plus que quelques-uns d’eux contiennent une proportion extraordinaire de phosphate et de carbonate de chaux et de chlorure de soude, et que ces mêmes principes entrent abondamment dans la composition des tubercules scrofuleux. M. Labillardière, chimiste à l’Ecole vétérinaire d’Alfort, assure que le lait d’une vache affectée de tubercules contient sept fois autant de phosphate de chaux que le lait d'une vache saine.

Le docteur Macartney pense que chez les individus scrofuleux le système vasculaire est faible; les vaisseaux sont petits, le sang en quantité inférieure et ne possédant pas au degré normal la faculté de produire de la lymphe coagulable. Les sécrétions qui indiquent la force lui semblent insuffisantes; le tissu graisseux des parties molles et la moelle des os lui paraissent ne point avoir la i quantité normale de substance huileuse, la partie calcaire des os ne point être eni proportion convenable , les sécrétions

DE PATHOLOGIE CHIRUEGICALK.

onctueuses de la peau se produire en trop minime quantité ; les sécrétions sébacées lui semblent albumineuses et inodores, susceptibles de se dessécher, et de faire naître l’irritation dans les parties quelles devraient protéger. Le docteur Macartncy pense que les sécrétions muqueuses et séreuses sont les seules qui soient parfaitement formées ; et il dit que le cerveau est pâle, et ne possède pas la quantité ordinaire de sang rouge (1) (2j.

(1) Toutes les causes des scrofules ont été énumérées dans ce chapitre. Il en est plusieurs auxquelles on porte généralement attention, telles que la mauvaise alimentation, l’absence d’exercice ou les grandes fatigues, l’usage de vêtements qui ne garantissent point du froid, etc.; mais il en est d’autres auxquelles beaucoup de personnes n’attachent point l’importance qu’elles méritent : je veux parler de la privation d’une lumière suffisante et, pour les enfants surtout, l’absence totale d’exercice aux rayons du soleil dans la saison où il n’est point ardent. Il est d’observation que les enfants élevés dans les endroits mal éclairés s’étiolent et deviennent souvent scrofuleux. On a fait des expériences sur des animaux, et on a vu que ceux que l’on nourrissait dans des caves devenaient pour la plupart promptement tuberculeux. Il est encore à observer que beaucoup de scrofuleux et de tuberculeux, dont on voit un si grand nombre dans les grandes villes, habitent ou ont habité long-temps des rez-de-chaussée obscurs et mal aérés ou des loges sombres. Indépendamment du logement qu’il occupe, l’homme reçoit une influence marquée de la localité où il vit habituellement. Ainsi j'ai vu des villages situés dans des lieux bas et entourés d’eau contenir un grand nombre de scrofuleux et de phthisiques; tandis que d’autres qui n’en étaient qu’à une ou deux lieues/et placés dans des endroits élevés et bien aérés, offraient très-peu de scrofuleux, et il était fort rare que quelqu’un y mourût de la phthisie pulmonaire. Les habitations qui bordent les rivières et les étangs sont aussi très-mauvaises pour les individus disposés à la maladie scrofuleuse. Quant à l’allaitement par une nourrice scrofuleuse , je crois que dans tous les cas il doit être prudent de chercher à l’éviter, car si cette maladie se transmet par ie Snng, 0(I autrement dit t '[crédité , pourquoi l'allaitement n’att-

ra‘/ô! £U<i“ne înnue"ce? (Note du trad.) v-v üe t inllamination, p. 82,

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