TRAITEMENT DES SCROFULES
Je ferai seulement ici quelques observations générales sur ce sujet, parce que le traitement relatif aux formes parliculières de celle maladie est examiné avec soin dans d’autres parties de cet ouvrage.
Un individu scrofuleux a généralement beaucoup plus à espérer du régime, de l’alimentation, de l’air pur, d’un exercice convenable, etc., que des remèdes, qui ne doivent cependant pas être négligés.
La guérison de certaines formes de l’affection scrofuleuse dépendra principalement de l’amélioration de la santé générale, ainsi que nous le voyons lorsqu’il s’agit d’ulcères scrofuleux. Mais il est d’autres cas dans lesquels le traitement local est plus efficace que le traitement interne: telles sont la maladie scrofuleuse des os et des articulations, une variélé de lupus, affection tuberculeuse de la peau du nez que l’on regarde souvent aujourd’hui comme de nature scrofuleuse.
Quand nous nous rappelons les circonstances qui agissent comme causes excitantes des scrofules, nous voyons immédiatement qu’un des principaux moyens de remédier à la condition morbide dans laquelle se trouve l’économie et qui accompagne les scrofules, est de soustraire le malade aux atteintes de différentes influences nuisibles. S’il habite un endroit humide , froid, mal aéré et encombré , il faut l’en retirer immédiatement. Si son alimentation est insuffisante, soit par sa qualité, soit par sa quantité, il faudra l’améliorer. Ses vêtements sont-ils trop légers pour le garantir efficacement de l'humidité et des variations soudaines de l’atmosphère, on devra les rendre plus chauds. Si le malade est un enfant maintenu dans un état sédentaire à travailler dans quelque manufacture encombrée pendant une grande partie du jour et de la nuit, il faudra l’enlever à une semblable occupation et à un pareil lieu pour le laisser jouir d’un air sain et d’un exercice salutaire.
U’après les doctrines de feu M. Abcrnelhy, la principale indication à remplir dans le traitement des scrofules consiste dans l’amélioration de l’état des fonctions digestives. Quoique je n’admette pas la vérité de la théorie qui attribue essen ticllement l’origine des scrofules au désordre des organes digestifs, je partage
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entièrement l’opinion d’après laquelle on doit toujours s’efforcer, lorsque ces importants viscères sont affectés d’une manière quelconque, de les rendre capables de remplir les fonctions naturelles qu’ils exercent dans l’état de santé. Celte indication, en effet , n’a pas été négligée par des praticiens qui vivaient il y a un demi-siccle. Lorsqu’on compare le traitement de M. Charles Wliite, qui administrait de petites doses de calomel , quelques purgatifs et la décoction simple ou composée de salsepareille; lorsqu on le compare, dis-je, aux pilules bleues, à la salsepareille et au traitement laxatif de M. Abernetliy, on ne voit pas entre eux de différence très-réelle, surtout lorsqu’on prend en considération l’importance que White attachait au régime, à la manière de se vêtir, au rfoin à prendre contre l’humiditc et le froid , et à l’utilité d’un bon air et d’un exercice régulier. La pratique de M. Abernelby consistait à administrer cinq grains de la pilule bleue chaque soir, une demipinte de décoction composée de salsepareille deux fois par jour ; et si à une certaine heure de la journée les intestins n’avaient pas fonctionné, quelque purgatif léger était administré. Ce traitement était suivi jusqu’à ce que l’action des intestins se fût régularisée ; et alors, dans le but de prévenir un retour des accidents , on donnait chaque soir cinq grains de la pilule de calomel composée, pendant un temps indéfini. Lorsqu’il y avait une acidité prononcée dans les voies digestives, il prescrivait de petites doses de° carbonate de soude; et quand l’estomac était faible et l’appétit perdu, le quinquina , les ferrugineux et les acides minéraux étaient recommandés.
Une nourriture substantielle et d’une digestion facile est généralement regardée comme la plus convenable pour les scrofuleux ; mais elle ne doit pas comprendre le vin et le porter, à moins qu’il n’y ait une suppuration abondante et une débilité hectique. Lorsque la langue est chargée, l’haleine mauvaise, et le ventre gonflé, il est sage de commencer le traitement par des purgatifs plus actifs comme le jalap , la scammonée , ou la poudre composée de scammonée, ou la poudre antimoniale avec le calomel. Ces médicaments pourront être donnés à doses convenables le soir, et leur action sera aidée par l’administration de la mixture de séné ou de l’huile de ricin le lendemain matin.
La liberté du Canal intestinal élant rétablie, nous pouvons employer des purgatifs plus doux et d’une espèce apéritivc et altérante , comme la rhubarbe ctle sous-carbonate de soude, auxquels on pourra ajouter une petite quantité de mercure et de carbonate de chaux. Au bout de peu de temps, on pourra joindre à ce traitement l’emploi de médicaments toniques, comme l’infusion de cascarille, le sulfate de quinine et d’autres préparations de quinquina , ou l’infusion de Colombo avec ou sans le vin chalybé; ou bien nous pouvons donner , soit l'infusion de gentiane composée, avec le sous-carbonate de soude, soit la décoction composée de salsepareille avec l’acide nitrique ou sulfurique dilué. Ceux qui considèrent la débilité comme une cause essentielle de l’origine des scrofules placent surtout leur confiance dans les toniques, et particulièrement le quinquina , la quinine, les ferrugineux, les bains de mer froids, les douches en pluie et la friction avec les brosses à peau. Si la peau est sèche, on donnera des antimoniaux. On a quelquefois accusé le mercure d’être ^profondément nuisible aux scrofuleux , mais ce n est qu’un préjugé qui semble tirer son origine des idées qu’on s’est formées sur l’existence de la débilité, ou de ce que les scrofules se développent souvent après un traitement mercuriel prescrit pour guérir la syphilis. Le mercure est souvent utile à de petites doses altérantes, et même dans l’ophllialraie scrofuleuse l’emploi plus abondant de ce médicament est un des meilleurs moyens de se débarrasser de la matière opaque qui est quelquefois épanchée dans la cornée.
Cependant on a presque renoncé maintenant aux préventions qui existaient contre l’emploi du mercure dans les maladies scrofuleuses, et les chirurgiensprescrivent souvent, outre les prépara-tions que j’ai indiquées, le bichlorure, dont on fait dissoudre un grain dans une. once de teinture de quinquina, et qu’on administre à la dose d’une cuillerée à=. café trois ou quatre fois par jour. Toutesles méthodes dont je viens de parler ont: pour but d’améliorer la santé en général, et n’impliquent pas l’idée de combattre les scrofules par aucun spécifique. Parmi les remèdes qui ont obtenu de la célébrité à cause de la vertu spécifique qu on leur supposait contre les maladies scrofuleuscs, je dois mentionner le coniur
CE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
otl ciguë , le chlorure (le chaux, le chlorure de baryte , le sesquicarbonatc de soude et les préparations d’iode. Quant à la ciguë, elle a perdu maintenant sa réputation de spécifique , quoiqu’on la prescrive quelquefois en proportion égale avec les pilules de calomel composées commeétant un altérant utile. Je crois que les chlorures de chaux et de baryte sont complètement tombés en désuétude. Le sesquicarbonule de soude est sans doute un remède utile; mais il ne doit pas être considéré comme possédant aucune action spécifique sur la maladie. On le joint parfois à la rhubarbe et à quelques grains de mercure avec de la craie ou à de la rhubarbe et de la cascarille; ces formules sont quelquefois avantageuses comme remèdes altérants, mais n’ont pas d’autre vertu. Quant à l’iode, il jouit maintenant d’une grande réputation, et paraît avoir une action très-forte sur quelques affections scrofuleuses, quand il est employé, comme le prescrit le docteur Lugol, pour usage interne, en petites doses, variant d'un demi-grain h deux grains en vingtquatre heures, dissous dans de l’eau distillée, aveeproportion double d’iodurede potassium. Le docteur Lugol emploie aussi l'iode pour bains et lotions en quantité beaucoup plus considérable qu’on no le fait dans ce pays. Les bains contiennent environ deux grains d’iode dans chaque pinte d’eau , et ses lotions pour ulcères, etc. , environ un grain et demi dissous avec l’iodure de potassium (1).
(1) La thérapeutique anglaise se rapproche beaucoup de la nôtre dans le traitement de 1 affection scrofuleuse. Nous employons aussi l'iode, les ferrugineux, les amers, mais fort peu de purgatifs, saufles cas de constipation. Dans l'immense majorité des cas, c’est aux amers que les praticiens français ont presque exclusivement recours; et parmi ces derniers médicaments il en est quelques-uns dont une ancienne coutume a consacré l’usage. Ainsi l’on prescrit souvent la tisane de houblon, dont l’effet est bien faible, à moins qu’on ne concentre beaucoup la décoction. Celle de gentiane ou de feuilles de noyer est bien plus efficace; dans tous les cas il convient toujours d’associer ces tisanes au vin, parce que celuici masque le mauvais goût qui les fait moins bien supporter par l’estomac. Les individus chez lesquels ce viscère est irritable ne se trouvent pas toujours bien du s,rop “"‘«scorbutique du Codex, qui ren-