DE LA MALADIE VÉNÉRIENNE
VÉROLE — ■ SïriliLIS.
On entend ordinairement par malache vénérienne certaines altérations pathologiques produites dans divers tissus du corps humain par l’action d’un poison morbide spécifique. Quelques auteurs cependant étendent plus loin la signification du terme; car ils comprennent sous ce litre non-seulement la syphilis ou véritable maladie vénérienne , mais aussi la chaude pisse ou gonorrhée , des plaies de différente espèce sur les organes génitaux, et de nombreux effets ou symptômes des affections que je viens de citer. Ces auteurs ne parlent pas de la maladie vénérienne au singulier , mais au pluriel, et décrivent non pas une seule affection , mais plusieurs, sous le nom de maladies vénériennes , dont les variétés sont quelquefois attribuées à l’existence de différentes espèces de poisons vénériens, chacune de ces espèces étant capable de produire des effets distincts et particuliers sur la partie et sur toute l’économie.
Si l’on nous demande maintenant ce que nous savons sur le virus vénérien et quelle preuve nous avons de son existence, nous répondrons qu’il n’a jamais été aperçu sous une forme di-tinetc, et qu’on ne sait rien sur son aspect, sa couleur , sa consistance , ou aucune de ses
ferme de l’hydrochlorale d’ammoniaque; ci chez eux, celui qui ne contient que du cresson est préférable. Les estomacs sensibles et délicats supportent quelquefois mal les élixirs amers et alcalins; les sirops préparés à l’eau leur conviennent mieux. Quand on veut agir fort activement, on ajoute aux sirops ou élixirs des carbonates de soude et de potasse. Quelquefois l’ estomac se refuse à la digestion des substances qui sont le plus souvent administrées à jeun : il faut alors les faire prendre pendant les repas; elles se mêlent facilement au chyme et irritent alors moins 1 estomac. Il est inutile de revenir ici sur la nécessité de l’exercice, de 1 aération , des frictions, etc., tous ces conseils ayant été donnés dans le chapitre qu’on vient de lire. On est quelquefois embarrassé de la question de savoir si l’on peut employer les évacuations sanguines, dans les cas où les maladies locales de nature évidemment scrofu-
qualités générales ou chimiques. Le pus vénérien , considéré dans tous les différents cas , peut présenter des globules plus ou moins semblables à ceux d’autres espèces de pus ; il peut, suivant le point d’où il vient, se trouver mêlé avec d’autres sécrétions normales ou morbides , et surtout avec du mucus ; mais sa propriété distinctive est celle d’être apte à l’inoculation , dont les résultats sont caractéristiques et spécifiques (l).
La seule explication que l’on puisse encore donner à cet égard est peut-être celle que nous devons à M. Lawrence, qui dit que c’est cet état de la matière
leuso sont accompagnées d’inflammation. Je pense que quand celle inflammation est marquée, il convient de recourir à une petite saignée locale qui ne débilite pas beaucoup le sujet, comme le ferait la saignée du bras; et alors un petit nombre de sangsues a un effet doublement avantageux, d’abord comme antiphlogistique, et ensuite comme léger excitant local. Chez un grand nombre de scrofuleux, des engorgements ganglionnaires principalement situés au col donnent lieu à do la suppuration; dès qu’on y sent la moindre fluctuation, on devra y appliquer un vésicatoire volant, qui ne laisse aucune marque et réussit quelquefois à résoudre la tumeur. Quand cet heureux effet n’a point lieu, il faut donner issue à la matière en ponctionnant la tumeur avec un bistouri. Cette ponction ne doit point être faite avant que le pus soit rassemblé en collection, parce qu’avant cette époque il se pourrait qu'un gonflement difficile à résoudre persistât; et on ne doit point non plus attendre trop long-temps : car la peau se décolle quelquefois dans une certaine étendue , et, après avoir essayé pendant quelque temps de la faire reprendre sur la surface dont elle s’est séparée, on Huit par être obligé de la réséquer. Lorsqu’un sujet est lymphatique et que d’ailleurs ses ascendants ont présenté des signes de scrofules, c’est dans une bonne hygiène qu’il faut chercher des mesures préventives contre le développement de la maladie.
Le même conseil s’applique aux sujets qui ont à redouter la phthisie pulmonaire, à laquelle la médecine pourra peut-être un jour, grâce à de nouvelles recherches , trouver d’autres moyens à opposer que des mesures prophylactiques. (Note du trad.),
(1) Voyez Di. Ricord, Traité pratique des maladies vénériennes, p. 55, i n - 8° . Paris, 1850.
sécrétée par une plaie qui rend celle même matière capable de produire la maladie chez un autre individu; ou bien encore, cet état du sang de la mère qui le rend capable de communiquer lu maladie au fœtus dans la. matrice .- quel est cet état particulier, nous ne saurions le dire; nous ne pouvons qu’en observer les effets, et juger par eux de la présence d un virus ou poison quelconque.
Un chancre ou plaie vénérienne primitive produit du pus d’une espèce spécifique , mais seulement à une certaine époque ; et c’est, comme le croit M. ilicord, parce qu’on n’a pas accordé d’attention a ce fait simple en lui-même que les résultats de l'inoculation du pus des chancres vénériens ont été le sujet de discussions et ont offert de l’incertitude. Il est clair qu’un ulcère syphilitique primitif ne peut être le même à toutes les époques de son existence, et qu’il ne pourrait jamais se cicatriser s’il ne finissait pas par se convertir en une plaie simple. Si nous devons croire M. Ricord , c'est pendant les progrès ou l’état stationnaire d’un chancre, tandis qu’il ne se fait en lui aucun travail de cicatrisation, qu’il sécrète le virus vénérien, qui ne dépend nullement du plus ou moins d’inflammation présentée par le chancre (1). D’autre part , le docteur Wallace a avancé qu’un bubon était rarement ou n’était jamais tormé, c’est-à-dire que le poison n’était jamais absorbé de manière à affecter les glandes de l’aine, jusqu’à ce que quelque partie de l’ulcère eût produit des bourgeons charnus à l’aide desquels se fuit cette absorption. Si cette opinion est exacte et si le développement des bourgeons charnus constitue une partie du travail de cicatrisation , les deux doctrines dont je viens de parier sont en contradiction réciproque ; mais je ne suis pas sûr que M. Ricord étende son assertion à l’époque où existent des bourgeons charnus , car un chancre dans lequel il s’en est déjà développé peut dét enir stationnaire.
U ne semble pas dans la nature du virus vénérien d'exciter toujours et inévitablement l’inflammation , l’ulcération, ou la maladie de la partie à laquelle il se trouve appliqué sous une forme quelconque; il ne peut donc être un agent très-actif ni s’introduire avec rapidité dans l'économie ; et quoique la
(1) Ouvr. cité, p. 85.
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proportion des cas dans lesquels le poison produit son clTet soit considérable, l’expérience prouve que beaucoup d’individus qui s’exposent au danger le font avec impunité. Quand le contraire a lieu, le poison , après l’expiration d’un temps plus ou moins long, qui semble nécessaire pour qu’il agisse, produit des altérations non-seulement dans la partie à laquelle il est appliqué immédiatement , mais à une époque subséquente, dans un nombre d’exemples donné , produit des maladies dans d’autres points par suite de son absorption dans l’économie.
La syphilis ne peut se propager d’un sujtet à l’autre ni au moyen de l’haleine, ni par l'atmosphère, ni, suivant toutes les apparences, par aucune des sécrétions ordinaires et naturelles, ni certainement en aucun cas parce qu’un individu bien portant touchera simplement une partie saine de la peau d'un autre individu affecté de la maladie ainsi qu’on l’a cru autrefois (1 ). A l’exception de ce qui peut avoir lieu entre une femme enceinte atteinte de syphilis et l’enfant qu’elle porte dans son sein, on ne connaît positivement qu’une manière dont cette maladie puisse se communiquer, c’est-à-dire par le moyen du poison spécifique mêlé dans le temps de son application avec du pus ou quelque autre sécrétion morbide.
Cette matière infectante commence son action par exciter l’inflammation suivie de la formation d'un bouton ou d’une pustule qui se transforme graduellement en ulcère. Cet ulcère se trouve presque toujours sur les parties de la génération; mais si un individu se pique par hasard avec une lancette infectée de pus vénérien , ou si cette matière vient à être mise en contact avec une partie de la peau dénudée de son épiderme, la syphilis peut alors commencer dans d’autres régions (2).
(1) A l’époque où ces doctrines étaient en vogue, les médecins qui traitaient ce sujet ne trouvaient nullement inconvenant de publier les cas de syphilis qu’ils rencontraient chez de vertueux princes, de saints abbés et de pieux prélats. (Voy. Ph. Ricord, ouvr. cité, p. 94.)
(2) 11 en est de même des cas où lo pus des chancres se trouve appliqué sur
une membrane muqueuse comme celle
des lèvres, du nez, de l’anus, etc. Dans
les grandes villes, où existent des hom-
mes d’une immoralité repoussante, ou
Les symptômes ou effets de la maladie vénérienne sont divisés en primitifs et en consecutifs. Les primitifs sont ceux qui naissent de l’application directe du poison sur la partie et qui consistent dans l’ulcération de oette partie souvent suivie du gonflement des glandes absorbantes auxquelles se rendent directement les vaisseaux lymphatiques du tissu ulcéré ; la plaie recevant le nom de chancre , et le gonflement glandulaire celui de bubon. Ce dernier est regardé comme un des effets primitifs, parce qu’il n’est pas réellement excité par le poison à une époque postérieure à son enlrée dans la circulation (ainsi qu’on pense que cela arrive pour tous les symplômes consécutifs), mais par l’irritation directe qu’il exerce sur la glande ou les glandes lorsqu’il traverse cette portion du système absorbant pour se rendre dans le sang.
L’application du poison ne cause pas invariablement un chancre. Il semble que quelques individus sont moins susceptibles de contracter la maladie vénérienne que d’autres, et il n’est pas douteux que ceux qui ont l'altenlion de faire des ablutions après un coït suspect évitent bien plus souvent l’infection que ceux qui négligent celte précaution. Le poison, lorsqu’il donne naissance à un ulcère ou chancre primitif, ne devient pas constamment non plus la cause de la formation d’un bubon. Je puis dire que dans la majorité des cas cette dernière tumeur ne se produit pas, et cela quelquefois lors même que des symptômes consécutifs se développent par la suite et que le poison s’introduit dans l’économie.
Par symplômes consecutifs on doit entendre tous ces effets de la maladie qui ont lieu par suite de l’introiluclion du poison dans la circulation, tels que l’ulcération de la gorge, des éruptions cutanées, des ulcères ou des excroissances sur la surface du corps , l’inflammation de 1 iris, diverses affections du nez, des oreilles, du testicule, du larynx, ou des articulations; et, dans le système osseux, des douleurs intenses, des nodosités, la carie ou la nécrose. Ces symptômes consécutifs, qui donnent à la maladie la for-
rencontre quelques exemples d’inoculation de la maladie vénérienne par le contact do plaies syphilitiques avec des muqueuses autres que celles des organes S1 2 * * * 6™™*- {Note du (rad.)
cependant pas d’une maniéré régulière.
Dans bien des cas ils ne se montrent jamais, tandis que dans d’autres ils se développent avec la plus grande intensité; bien qu’il puisse n’y avoir dans les caractères des ulcères primitifs, on dans l’espèce de traitement aucunes différences remarquables pour rendre compte de la différence dans les résultats. Sur une quantité donnée d’individus qui présentent des symptômes primitifs, quel que soit le traitément mis en usage, des symptômes consécutifs ne surviendront que chez un nombre limité de ces mêmes individus.
M. Ricord a le mérite d’avoir, par le moyen d'inoculations avec du pus vénérien faites d’une manière répétée et sur Une grande échelle, éclairci peut-être quelques points lelatifs à la syphilis qui ont été jusqu’à ces derniers temps une source de discussions interminables. Ses expériences prouvent , entre autres, que la cessation de la maladie primitive, quel que soit le temps de sa durée, ne rend pas le malade incapable d’en contracter d’autres ; et ses recherches vérifiées par Fricke, Lallemand, Ruef et Blandin établissent clairement la doctrine soutenue dans l’origine par Hunier, qui dit que le nombre des symptômes secondaires n’est nullement en rapport avec celui des symptômes primitifs, et que des effets consécutifs constitutionnels ne surviennent pas plutôt après deux, trois, quatre ou cinq chancres contractes en meme temps que lorsqu’il n’en existe qu’un.
Je ne m’arrêterai pas dans cet ouvrage aux faits et aux arguments qui combattent l’opinion d’après laquelle la maladie vénérienne aurait commencé en Europe vers la fin du quinzième siècle, soit qu’elle eut été apportée de Saint-Domingue dans cette partie du monde par les compagnons de Colomb, ou que par des causes inconnues elle se fût déclarée subitement dans l’armée française qui alors assiégeait Naples. Toutes les recherches que j’ai été à même de faire sur ce sujet me portent à croire qu’elle a toujours existé , et qu’elle existera toujours dans tous les pays populeux où on s’entremêlera par le coït (l). Ceux qui font remonter l’o-
(t) Cette opinion est aujourd’hui celle de presque tous les médecins. En 1838, ayant été visiter l’hôpital SainL-Barlholomow à Londres, M, Lawrence, qui a
riginc de la syphilis à la dernière partie du quinzième siècle sont très-influencés dans leur opinion par un fait, savoir, que, jusqu à celte époque, les auteurs qut ont écrit sur la médecine n’ont parlé d aucune maladie correspondant exactement à ce que nous appelons syphilis et , quoique l’on eût décrit souvent des ulcérations sur les parties génitales et des bubons, il n’était nullement question des symptômes consécutifs ; on n’avait jamais découvert et on ne soupçonnait même pas qu’d existât de relation entre les effets primitifs, ainsi qu’on les appelle, et ceux que nous nommons consécutifs, c’est-àdire les ulcérations de la gorge, les affections cutanées, et les douleurs et le gonflement des os. Peut-être cependant est-il à peine admissible de conclure que, parce qu’il n’est point question des symptômes consécutifs de la maladie vénérienne dans les ouvrages anciens de médecine et de chirurgie, il n’existait point d’affections de ce genre avant la fin du quinzième siècle. La relation entre les symptômes primitifs et les sympfômes consécutifs pouvait n’avoir point été aperçue ; il était possible qu’on n’eût jamais soupçonné que , dans les cas ou il s’était développé un chancre sur la verge, celui-ci eût aucun rapport avec l’ulcération de la gorge , l’affection de la peau, ou les exostoses qui apparaissaient plus tard. Assurément ceci ne paraîtra
dans son service un assez grand nombre de vénériens, eut la bonté de nie faire part de sesobservations sur le développement de la syphilis. 11 pense qu’elle peut non-seulement se communiquer d'un individu malade à un individu sain, mais encore se développer spontanément chez des sujets sains s’entremêlant en se livrant entre eux tour â tour au coït. Il suffirait de douze individus s'adonnant à ce commerce impur pour que la vérole pût se développer spontanément chez l’un d’eux, qui ne tarderait pas à la communiquer à d’autres. Il me dit que cette opinion était le résultat de ses observations personnelles, et ajouta qu'il regardait la vérole comme la conséquence et le châtiment du libertinage, en me faisant remarquer que cette maladie, dont le développement spontané était possible dans les conditions dont je viens de parler, ne pouvait en aucun cas survenir chez deux individus sains se livrant exclusivement aux relations conjugales.
(iYote du trnd.)
me constitutionnelle , ne sc rencontrent
DE PATHOLOGIE
pas impossible à croire quand on se rappellera que c’est seulement depuis une époque rapprochée de nous que l’on a pu connaître certains effets particuliers de la maladie vénérienne, et que même aujourd’hui, malgré les avantages de systèmes pathologiques plus rationnels , nos connaissances sur un grand nombre de circonstances relatives à cette maladie extraordinaire nous laissent encore dans l’obscurité et l’incertitude. Ainsi quand dans les temps à venir on se rappellerait que pendant deux ou trois cents ans , et jusqu’à une époque aussi éloignée quo l’année 1 800, on n'a fuit aucune mention del’iritis syphilitique, et que le véritable caractère de l’ophlhalmie blennorrhagique n’a point été décrit, je pense qu’il ne serait’pas exact d’en conclure que ces maladies n’existaient pas avant l’époque où l’on a commencé à en parler dans les ouvrages de chirurgie. La non-existence et l’absence de toute description de ces maladies sont deux choses fort différentes.
Non-seulement on reconnaît que les maladies des organes génitaux ont existé depuis un temps immémorial, mais nous avons tout lieu de croire qu’elles étaient de nature contagieuse. Nous en trouvons des preuves dans les précautions prises par les différents gouvernements pour empêcher l'extension de ces maladies parmi la population. Ainsi dans le quartier de Southwark, qui existait avant le temps que l’on assigne quelquefois à l’origine de la syphilis, il y avait des endroits appelés stews où étaient renfermées des prostituées qui recevaient les soins des chirurgiens. Elles étaient prises et placées dans ces établissements, de gré ou de force , en vertu de certaines ordonnances faites dans le but exprès d’empêcher le reste des habitants de gagner leur maladie. A la même époque, ou même plus tôt, on forma des établissements semblables à Paris , à Edimbourg, à Avignon et même dans la sainte cité de Rome, sous les yeux du pape , prèsdrs murs du Vatican lui-même avec une abbesse pour supérieure (I).
(1) On ne doit point s’étonner quo de semblables établissements aient été fondés près de la demeure du pape et même d’après ses ordres. Toute grande ville contenant nécessairement dans son sein des lieux de prostitution cl des gens qui les fréquentent , le chef de l’état, quel
A l’égard de l’origine de la syphilis y une question intéressante se présente 1 devons-nous croire que cette maladie n a jamais eu qu’une seule source primitive? devons-nous penser que c’est à la concoction mystérieuse du virus spécifique, par un seul couple d’individus, que toutes les parties du monde et toutes les générations sont redevables du funeste présent de la maladie vénérienne? Sans doute la syphilis doit avoir eu un commencement comme toute autre chose ; mais probablement elle a eu de nombreux commencements ( numerous beginnings).
Diverses considérations nous conduisent naturellement à prévoir (et il en est réellement ainsi) que dans tous les pays dont la population est nombreuse et où existe une confusion abondante |des sexes paé le coït, la maladie vénérienne devra sévir avec force. M. Travers dit qu’il est convaincu que , si toute la syphilis qui existe dans le monde était détruite aujourd’hui, il resterait encore une source permanente de cette maladie dans l’action qu’aurait sur l’économie la matière produite par les ulcères superficiels ou gonorrhéiques de la verge. Si j’ai une idée exacte des opinions de ce chirurgien , il regarde le poison de la syphilis et celui de la gonorrhée comme identiques, et peut-être les conséquences que j’ai été conduit à tirer de ses remarques intéressantes sur la syphilis porteraientelles à tirer cette conclusion ; mais ce point est l’objet de contestations , et la plupart des médecins n’ont pas aujourd’hui sur ce sujet la même manière de voir que Jean Hunter. Les expériences de M. Ricord sembleraient prouver de la manière la plus claire et la plus évidente que, toutes les fois que l’inoculation faite avec ce qu’on appelle du pus blennorrhagique communique la maladie vénérienne , il existe des chancres dans le canal qui est la source de la prétendue blennorrhagie. Quelques personnes, comme le remarque le docteur Macartney , sont sujettes à l’inflammation du gland et du prépuce après la copulation avec des femmes saines. Une femme est quelquefois sujette après son mariage à une inflammation étendue des petites lèvres et du vagin, accompagnée d’écoulement
qu’il soit, doit prendre des mesures qui restreignent autant que possible les effets du désordre, et sont du ressort de l'hygiène publique. {Note du trad.)
purulent, bien qu’aucune maladie vénérienne n’ait été communiquée. Le docteur Macartney croit qu’il est possible que la transmission du pus produit de cette manière et mêlé à d'autres sécrétions ait été l’origine d’une inflammation de nature véritablement vénérienne (l) (2).
J’ai dit que l’on croit communément la maladie vénérienne transmissible seulement par le moyen du pus. Cependant feu M. Hev de Leeds fut conduit à ne pas partager cette opinion , et quelques cas soumis à son observation lui firent soupçonner que la maladie pouvait quelquefois être communiquée non -seulement après la cessation de toute ulcération eide toute suppuration, mais même quand 1 individu qui la communique à un autre offrait tous les caractères extérieurs d’une santé parfaite. Mais quiconque lit la relation des cas sur lesquels
(1) Voyez Macartney, De l’inflammation, p. 103.
(2) Si 1 on admettait que l’inflammation développée par le coït chez des femmes nouvellement mariées peut donner lieu à du pus capable de communiquer la maladie -vénérienne, on se trouverait en complète contradiction avec les doctrines du professeur Lawrence, que j’ai exposées dans la note précédente.
On voit d’ailleurs que le docteur Macartney n exprime qu’un simple soupçon, et ne cite aucune expérience ni aucun fait à son appui. Croire à la possibilité du développement spontané de la syphilis par suite du mélange d’un certain nombre d’individus se livrant au coït, et penser que du pus blennorrhagique est capable de communiquer la maladie vénérienne, sont deux choses tout a fait différentes. Si la blennorrhagie simple pouvait devenir la source do la syphilis, celte dernière se rencontrerait encore bien plus souvent qu’elle no se présente, et on ne voit pas pourquoi la blennorrhagie donnerait lieu dans certains cas à uu écoulement de même nature que celui qui l’a produit, et dans d autres deviendrait l’origine d’une affection toute différente d’elle -même- D'ailleurs les expériences de M. Ricord paraissent prouver que la blennorrhagie ou chaudepisso ne peut communiquer la maladie vénérienne; et que, si elle amène ce résultat, c’est seulement dans logeas où il existe un véritable symptôme de syphilis, c’est-à-dire un chancre à l’intérieur de l’urètre. {Note du trad.)
M. lley fonde celte opinion extraordin.ute, aperçoit combien il est possible quil ait été trompé par les malades qui lu. ont rapporté leur histoire. Quelques
circonstances intéressaient l’honneur des
individus eux-mêmes, et par conséquent ils peuvent avoir été honteux de dévoiler toutes les particularités secrètes relatives à leur maladie. Il est plus rationnel , je pense , de supposer que M. Hey a été trompe par les malades eux -mêmes que de croire à l’existence de sources mystérieuses d infection, ainsi qu’on peut en inférer d’après la manière dont il envisage ces cas particuliers. L’idée que la vérole puisse être communiquée par un individu dont l’état de santé est tel qu’il ne présente sur aucune partie de la surface de son corps du pus syphilitique ni meme aucune affection visible ou palpable quelle qu’elle soit, est un problème que tend à réfuter tout ce que nous connaissons jusqu’à présent touchant la nature de la maladie vénérienne. Beaucoup de chirurgiens ont été portés à soupçonner que puisque la syphilis peut se transmettre de la mère au fœtus par le moyen de la circulation du sang, elle pourrait sc communiquer aussi par l’intermédiaire des sécrétions naturelles , telles que la salive, le sperme, le lait, etc. Quant au fœtus, nous pouvons conclure qu’il reçoit l’infection au moyen de la circulation du sang, d’une manière analogue à celle dont la mère elle-même contracte les symptômes consécutifs; mais quant à la salive , au sperme et au lait, il n’est pas clairement prouvé que ces sécrétions naturelles servent à la transmission de la maladie. Je crois, avec M. Travers, qu’aucune des sécrétions naturelles d'un individu souillé ne peut communiquer l’affection à d’autres sujets. Le fait suivant, établi dans l’ouvrage de ce chirurgien , offre de l’intérêt. Un homme présentant les symptômes consécutifs de la syphilis, pourvu qu’il n’ait aucune lésion aux organes génitaux, ne communiquera point l’infection à sa progéniture ni à sa femme; mais une nourrice saine ayant gagné une ulcération du mamelon pour avoir allaité un enfant syphilitique, et ayant des symptômes consécutifs , communiquera la maladie au fœtus dout elle peut devenir enceinte. Cette circonstance est favorable à l’opinion habituellement reçue, qui veut que le sang communique l’infection à l’embryon , bien qu'il n’y ait aucune ulcération aux parties génitales, et que l'individu qui co-
DE PATHOLOGIE
habile avec la femme soit à l'abri clc l'influence de la maladie de celle-ci.
D'après l'état de nos connaissances actuelles, nous pouvons conclure que la maladie n’est transmissible que par le moyen du fluide purulent et non des sécrétions naturelles ordinaires, à l’exception du mode de transmission au fœtus qui reçoit le virus au moyen de la circulation, et peut être regardé comme se trouvant dans les mêmes circonstances que la mère elle -même à l’égard des symptômes consécutifs de l’aflection. On peut aussi admettre une exception au principe général quant à ce qui se passe entre l’enfant syphilitique et sa nourrice, pourvu que la maladie soit regardée chez le premier comme une modification constitutionnelle de celte affection transmise au moyen du sang de la mère (1).
Les effets de la maladie vénérienne sont différents chez les divers individus; deux hommes peuvent avoir des rapports avec la même femme , gagner tous deux la maladie qui, chez l’un, sévira avec intensité, et affectera l’autre légèrement et sous une forme bénigne. On a vu le même homme donner la maladie à plusieurs femmes, dont quelques-unes ont été atteintes d’une manière légère , tandis que les autres ont souffert profondément. Quelquefois le même individu aura deux ou un plus grand nombre de chancres de différente espèce en même temps. Dans certains cas on voit sur le gland des chancres de l’espèce (dite.) hunterienne, et auprès d’eux sont des chancres appartenant à d’autres variétés.
Il n est pas rare d’observer dans l’armée un des effets les plus curieux de la vérole. Quelquefois les soldats s’associent dans leurs amours; six ou huit soldats se livreront au coït l’un après l’autre avec la même femme. Plusieurs hommes contracteront de la sorte la maladie à la meme source et par la seule et même occasion, mais ils ne souffriront nullement
(1) Cependant on cite quelques cas qui tendraient à prouver que les sécrétions ordinaires des organes de la femme sont quelquefois le moyen de transmission ou véhicule de l’infection. M. Tticord est d avis que la maladie peut se communiquer par les sécrétions ordinaires, le mucus, le lait, etc. Il dit que * si la bouche de 1 enfant peut empoisonner sa nourrice, le sein de la nourrice peut empoisonner l’enfant, » Ouvr. cil., p. 95.
de la même manière. Quelques uns ont des chancres d’une espèce, quelques-uns en ont d’une autre; quelques autres encore ont des chancres de plusieurs espèces, tandis que d’autres contractent un écoulement de l’urètre. Cependant , d’après les recherches de M. Ricord, si cet écoulement est capable de communiquer un chancre au moyen de l’inoculation de cette matière , c’est que dans Je lieu d’où elle provient il y a toujours quelque ulcération syphilitique, et cette propriété n’appartient pas à toute gonorrhée ou écoulement urélral.
« Depuis que j’ai employé le spéculum uleri comme moyen d’investigation dans les maladies vénériennes (ditM. Ricord), un grand nombre de circonstances difliciles à expliquer autrefois sont devenues des faits simples et ordinaires. Avec cet instrument, je me suis assuré qu’une femme peut être simultanément affectée de blennorrhagie et de chancres profondément situés dans Je vagin et l’utérus; de sorte que , bien qu’on ne la croie affectée que de blennorrhagie , elle peut parfaitement communiquer des chancres et la blennorrhagie en même temps, ou simplement une de ces deux affections.»
M. Ricord déclare plus loin, comme résultat de nombreuses observations , que toutes les fois qu’il a eu l’occasion d’examiner des femmes qui avaient donné une semblable maladie , il n’a jamais trouvé qu’un chancre eût été communiqué par un écoulement non accompagné d’ulcération des organes génitaux de la femme qui avait transmis l'affection.
L’inoculation a confirmé plus lard ce que l’on avait pu observer avec le spéculum. Les ulcérations dans le vagin ou la matrice entretenant un écoulement ne peuvent pourtant pas , d’après M. Ricord .produire, dans quelque étal qu’elles soient , un chancre lorsqu’on inoculera la matière de cet écoulement; car si l’ulcération est à l’époque où elle se couvre de bourgeons charnus, elle ne pourra plus communiquer la maladie.
Cependant M. Ricord nous laisse sur ce point dans quelque incertitude; car, dans une autre partie de son ouvrage (p. 137), il admet que ce qu’il nomme période ulcercilive spécifique est indéfini , et il dit qu’il a inoculé en employant du pus provenant d’ulcérations qui existaient depuis dix-huit mois.
« Supposant qu’il est clairement prouvé , poursuit M. Ricord, que la sécrétion mucoso- purulente provenant des
m THAITÉ ÉLÉMENTAIRE
organes génitaux d'une femme ne peut jamais produire un chancre quand le spéculum démontre qu’aucune ulcération de cette nature n’existe dans ces parties , l’analogie et la logique les plus rigoureuses permettent de conclure , comme je l’ai fait, que quand un écoulement de l’urètre de l’homme a communiqué un chancre à une femme , il faut toujours que cet homme ail quelque chose de plus qu’une gonorrhée, et que, dans un point quelconque de son étendue , l’urètre ait été le siège d’un chancre. »
Quant à l’hypothèse de Hunier, qui suppose la cause de la gonorrhée et de la syphilis identique , et qui attribue la différence d’elfet à la différence du tissu affecté, le poison étant supposé donner lieu à un chancre quand il est appliqué à une surface qui ne produit point de sécrétion, et produire une gonorrhée quand il est appliqué à une surface muqueuse, M. Ricord dit que s’il en était ainsi la matière raucoso-purulente qui s’écoule de l’urètre devrait causer un chancre quand on l’applique sur la peau , et le pus d’un chancre devrait donner lieu à une gonorrhée quand on l’applique sur une membrane muqueuse. Mais M. Ricord affirme comme un fait parfaitement uvéré que la matière blennorrhagique ne produit jamais de chancre sur la peau ; et que quand son application sur une membrane muqueuse est suivie d'effet, elle donne seulement lieu à un écoulement. Il observe plus loin que le pus qui découle de l’urètre , appliqué à la membrane muqueuse de l’œil , n’a jamais causé de chancres sur ce tissu ni aux paupières ; et, d’une autre part, dit-il , la sécrétion mucoso-purulente de l’ophthalmie blennorrhagique n’a jamais donné lieu à des chancres par l'inoculation ou autrement , bien que les paupières soient capables d’ètre le siège d’ulcères semblables. Lorsqu’un bubon doit son origine à une blennorrhagie et qu’il a suppuré, M. Ricord a constamment trouvé qu’on ne pouvait communiquer aucune maladie par l’inoculation de ce pus. 11 a plusieurs fois obtenu le même résultat négatif avec la matière des abcès qui parfois surviennent après l'inflammation du testicule par suite de chaudepisse (chaudepissc tombée dans les bourses).
Un grand nombre des circonslances dont on a rendu compte sont contraires h l’opinion qui attribue la syphilis à une
pluralité de poisons : car beaucoup d’effets différents semblent produits par la même source. Des laits de cette nature entourent île grandes difficultés les recherches sur la syphilis, difficultés que l’on ne saurait résoudre en cherchant des explications dans des états particuliers de la constitution ou de la santé; car certainement aucune explication , d’après cette manière d’envisager la question, ne saurait nous démontrer pourquoi deux ou trois espèces différentes d’ulcérations se rencontrent chez le même individu, sur la même partie et toutes en même temps. On ne pourrait non plus attribuer ces circonstances aux différences de tissa qui existent entre le prépuce, le gland et la couronne du gland. Sans aucun doute, la différence du tissu modifie souvent les caractères extérieurs des ulcères, mais elle n’expliquera pas les particularités dont je viens de parler, parce que des ulcères d’espèce différente se rencontrent sur un seul et même tissu, comme, par exemple, sur le prépuce ou sur d’autres parties de la peau du pénis. Les recherches et les expériences de M. Ricord jetteront cependant de grandes lumières sur quelques-uns de ces points si elles ont donné des résultats qui ne laissent aucun doute. Je remarquerai aussi qu’avant de tirer aucune conclusion des observations faites sur des soldats débauchés il sera essentiel de soumettre les cas dont il s’agit à une analyse minutieuse, car il est difficile de croire que de pareils individus n’aient point l’habitude d’avoir des relations sexuelles avec un grand nombre de femmes dans un court espace de temps, et se bornent à la femme qui les reçoit quand ils s’associent pour la fréquenter.
On reconnaît universellement que les effets de la maladie vénérienne sont modifiés par le climat, le mode d’existence et l’état de la santé générale. Ainsi les affections syphilitiques se guérissent bien plus facilement dans les climats chauds , et les symptômes y sont beaucoup plus bénins que dans les pays froids. Les observations faites par le docteur Ferguson sur la maladie vénérienne, en Portugal et dans les Indes occidentales , ne laissent aucun doute sur ce point. Lorsque l’armée anglaise était en Portugal, nos soldats souffrirent beaucoup de cette maladie; cependant les naturels dont ils l'avaient gagnée la présentaient sous une forme très-bénigne , et tandis que, parmi nos troupes , elle faisait de terribles ra-
1)E PATHOLOGIE CHinUIUÙCALE.
vages, occasionnant chez beaucoup d’individus les plus horribles mutilations, les naturels souffraient très-peu, et se guérissaient à l’aide de moyens que l’on regarderait ici comme un traitement inerte. On a essayé d’expliquer ces faits par les plus grands excès dont nos soldais se rendaient coupables et leur habitude de boire plus de liqueurs et de vin que les Portugais; et il n’est pas douteux que ces circonstances n’aient dû contribuer à rendre la maladie plus intense chez eux que chez les naturels, qui s’abstenaient davantage. Une autre question est de savoir si la plus grande bénignité des symptômes de la vérole dans les climats chauds que dans les autres doit être attribuée à quelques modifications ou changements dans la nature du poison , produits par la température ou des causes atmosphériques. Je pense que ce qui a déjà été dit réfutera cette opinion , car il paraît qu’en Portugal les soldats anglais souffrirent cruellement de cette maladie; conséquemment le virus doit avoir eu une activité suffisante, pourvu que les ravages dont il a été question aient été véritablement occasionnés par l’action du virus, et non par des maladies phagédéniques indépendantes de celle cause. Une autre question est de savoir si la plus grande bénignité de la maladie dans les pays chauds est due aux effets de l’atmosphère , qui rendrait l’individu moins susceptible de l’influence morbide, ou si elle maintiendrait l’économie dans un état qui ferait que l’affection céderait plus promptement aux remèdes employés. Tous ces sujets sont des objets de contestation. L’opinion que la maladie va toujours en perdant de sa force , et finira par s’épuiser entièrement , date des temps les plus anciens et, quoi qu’il en puisse être, remonte presque au temps de sa prétendue origine jusqu’à la fin du quinzième siècle ; mais, au lieu d’admettre cette conjecture, tout esprit sage et judicieux concevra naturellement une manière plus rationnelle d’expl iquer comment la maladie est plus bénigne aujourd’hui , il l’attribuera à ce que maintenant on dirige le traitement de celte affection avec beaucoup plus de sagesse et de prudence qu’il y a quarante ou cinquante ans. Un grand nombre de ceux qui sont portés à penser que la maladie a débuté vers la fin du quinzième siècle insistent sur ce que la maladie change continuellement de nature et devient pus enigue; car s'ils ne liraient pas
des conclusions de cette sorte , ils seraient obligés de renoncer à leur autre doctrine sur le temps où la syphilis au rait apparu, parce que la maladie vénérienne, telle qu’elle est aujourd’hui , est totalement différente de l’affection virulente et rapidement fatale qui sévit sur l’armée française devant Naples. Ils doivent donc naturellement penser que la vérole a changé de nature et revêtu une forme plus bénigne. D’après mes souvenirs , celte maladie a été plus intense qu’elle ne l’est aujourd’hui; mais je pense trouver la cause de cet effet dans une autre raison : en effet, lorsque j’étais étudiant à l’hôpital Saint- Bartholomcw, le traitement de celte maladie était tel qu’on le considérerait aujourd’hui comme le plus irrationnel et le plus dangereux, car il consistait à administrer le mercure de la manière la plus aveugle et la plus impitoyable. La pratique suivie à celte époque était fondée sur une doctrine que l’on a maintenant rejetée, savoir: que le caractère invariable de la syphilis est de s’aggraver d’une manière constante, à moins qu’on ne la combatte par le mercure.
G était incontestablement une erreur très-dangereuse , et qui a causé la mort de beaucoup d’infortunés. Quand M.
Abernethy se livrait à des recherches sur la nature de la maladie vénérienne il alla trouver tous les chirurgiens les plus expérimentés des hôpitaux de Londi es et leur posa les questions suivantes • la syphilis est -elle susceptible d’une guérison spontanée, et peut-on faire disparaître les symptômes primitifs et obtenir la guérison durable de la maladie sans l’aide du mercure ? tous ces savants praticiens lui répondirent qu’une guérison , ou spontanée , ou même sans 1 aide de l’hydrargyre, était impossible.
A cette époque, l’opinion qui prévalait universellement était donc que la maladie devait prendre de l’extension, et qu’il n était pas possible d’y apporter de changemenls salutaires, à moins que le sujet affecté ne fût soumis à l’influence du mercure. Cependant, en l'année 1813 , dans une des premières éditions de cet ouvrage, je pris en considération quelques observations insérées par feu M 1 earson dans son traité sur les effets de certaines substances de la matière médicale dans le traitement de la maladie vcncr.eiine, et il me parut clairement établi que ces considérations équivalaient absolument à dire que quelquefois au
moins la syphilis se guérissait en administrant les médicaments les plus inertes. Bien que l'on puisse alléguer que ce chirurgien , qui avait acquis à l’hôpital Lock une expérience sans borne, a ajouté le poids de son autorité en faveur de toutes les principales doctrines de Hunter au sujet de la syphilis , tout homme impartial qui a étudié son livre ne pourra manquer d’y voir clairement qu’une amélioration notable dans l’état des malades atteints de syphilis était souvent obtenue sans l’administration du mercure. Depuis l’année 1813, l’exactitude de l’observation que je fis alors fut pleinement confirmée par des expériences et des observations subséquentes. Parmi les recherches dont je veux parler , les plus importantes sont celles que feu M. Rose a faites dans l’hôpital des Coldstream- Guards. Il a tout à fait décidé la question relative à la curabilité spontanée de la syphilis. Il fut prouvé que la maladie vénérienne pouvait se guérir non-seulement sans mercure, mais même sans aucun médicament. Quant à la guérison sans mercure, on peut dire que ce n’a pas été une nouvelle découverte : la cure spontanée était le point important signalé à l’observation. Beaucoup de praticiens du seizième et du dix-septième siècle , traitaient avec grand succès la maladie vénérienne sans mercure , c’està-dire en employant le gaïae, la salsepareille et l’antimoine, aidés quelquefois de la saignée et des purgatifs. Si le caractère de la maladie vénérienne était de suivre toujours une marche progressivement plus fâcheuse quand on n’emploie pas le mercure, aucun malade n’aurait jamais recouvré la santé avant l’époque à laquelle on commença à administrer ce médicament; or nous avons d’abondantes preuves du contraire.
M. Rose eut les occasions les plus favorables pour résoudre cette question d’une manière complètement décisive, car il pouvait non-seulement soumettre ses malades à un traitement particulier ; mais il avait en son pouvoir tout ce qui était capable d’en rendre l’adoption plus stricte , et il était à même de surveiller ses malades pendant la période de temps nécessaire. Il guérit sans mercure tous les ulcères et les plaies de toute espece qui se présentèrent en l’espace de deux à trois ans dans un régiment, ainsi que tous les symptômes consécutifs qui les suivirent. On ne doit pas comprendre par là qu’aucuns de ceux qui furent
guéris des ulcères primitifs sans mercure n’eurent de symptômes consécutifs, une certaine proportion de ceux qui furent traités de ta sorte en présentèrent ; mais on devra observer que M.
Rose guérit les symptômes primitifs, et ceux consécutifs de la même manière.
Quelques uns de ces cas n’étaient probablement pas réellement syphilitiques-, mais on devra admettre la nature vénérienne de certains autres ; car on ne peut imaginer qu’il n’y avait pas un grand nombre de cas de véritable syphilis dans un régiment de douze ou quinze cents hommes, qui avaient des rapports continuels avec les plus ignobles prostituées de la capitale. Dans le traitement suivi par M. Rose, celui-ci avait renoncé à toute idée d’employer des remèdes spécifiques ; sa pratique générale consistait à faire garder le lit : on avait recours à diverses applications locales suivant les circonstances, les purgatifs légers, les antimoniaux, le quinquina , l’acide sulfurique dilué et quelquefois la salsepareille étaient administrés; tels étaient les principaux moyens mis en usage.
D’après ces faits et d’autres encore qui viennent les corroborer, on ne peut douter que la maladie vénérienne ne puisse être guérie sans mercure, cl sous sa forme primitive, et sous sa forme consécutive. Mais ceci ne décide point la question de savoir si cette pratique constitue une méthode qu’il soit prudent ou imprudent de suivre, et j’ai seulement mentionné ces faits pour prouver que les idées anciennement reçues sur la nature progressive de la maladie vénérienne, jusqu’à ce qu’elle fut arrêtée par les prétendus effets spécifiques du mercure, étaient complètement erronées. Les faits établis par M. Rose sont surtout précieux sous deux points de vue : d’abord ils conduisent à des idées plus justes du diagnostic de la maladie en ce qu’ils abolissent l’opinion fausse que lous les ulcères qui se sont cicatrisés sans emploi du mercure ne sont nécessairement pas vénériens, c’était une maxime que l’on répétait habituellement dans les écoles quand j’étais élève; et, secondement , la connaissance des faits signalés par M. Rose est importante en ce qu’elle nous encourage à nous abstenir du mercure quand la santé du sujet n’est pas dans un étal assez satisfaisant et favorable à son administration. Il y a trente ou quarante ans , les chirurgiens, alors qu’ils donnaient du mercure, craignaient
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
que la maladie n’allàt progressivement de mal en pis et que le désordre ne finît par causer la mort du malade (1).
La syphilis se présente sous des formes très-variées et s’accompagne d’irrégularités d'une apparence très-bizarre dans scs symptômes primitifs et dans ceux consécutifs: ainsi nous verrons certains individus avoir seulement des ulcérations superficielles, sans induration autour et au-dessous d’elles, mais avec des bords élevés et saillants; tandis que d’autres auront des ulcères dont les caractères seront une circonférence dure, une base indurée , peu de disposition à produire des bourgeons charnus , et en un mot tout ce qui caractérise ce que l’on nomme (m Angleterre ) chancre hunlérien.
D’autres auront des ulcères pliagédéniques entièrement différents des deux autres espèces que je viens de décrire; et, tandis qu’un individu aura seulement un ulcère d’une des espèces signalées ici, un autre offrira non- seulement un chancre appartenant à une de ces variétés, mais encore un bubon; et un troisième sera affecté d’une gonorrhée avec
(1) On a fait de nombreuses expériences sur le traitement des affections syphilitiques dans ces dernières années. Beaucoup de praticiens ont traité des chancres primitifs et des bubons par les antiphlogistiques généraux et locaux, et ils ont obtenu leur guérison; ils en ont conclu qu’on pouvait parfaitement guérir les maladies vénériennes sans mercure. Cette conclusion serait exacte s’il ne s’agissait que d’une affection simple, comme une pure phlegmasie; mais quand il est question d’une maladie virulente dans laquelle une source d’infection peut rester au sein de l’économie et s’y manifester plus tard par les symptômes les plus graves, je crois que les mêmes raisonnements ne sont plus applicables. Ce n’est pas parce qu’un individu est guéri de ses symptômes primitifs et présente l’apparericc d’une santé générale satisfaisante qu'il faut le croire à l’abri de toute réapparition du mal sous une autre forme.
Je ferai remarquer en outre que les observations sur le traitement des maladies Vénériennes sans mercure ont dû être généralement faites sur des malades des hôpitaux, qu’on ne revoit jamais, ou même sur des malades de la ville que le chirurgien perd souvent de vue avant le temps voulu pour s’assurer de la nont’éapparition probable de la syphilis.
Amsi ]cs fyi's cités par le docteur Rose ne me paraissent pas parfaitement con-
S. Cvopcr.
chancre et bubon. Les symptômes consécutifs présentent aussi des variétés très-singulières. Les symptômes primitifs sont fréquemment suivis par d’autres consécutifs aussi variés et même plus encore que les premiers; ainsi, à l’égard des éruptions cutanées, les taches qui se développent sur la peau peuvent constituer une éruption de nature squammeuse, ou papuleuse, ou pustuleuse, ou tuberculeuse. L’ulcéralion de la gorge qui est un symptôme consécutif ordinaire se présente aussi sous des formes diverses* il peut y avoir une ulcération profonde sur les amygdales , ou seulement une ulcération superficielle de ces glandes ; ou il peut y avoir une ulcération s’étendant à la parlie supérieure du pharynx et du voile du palais , sans affecter les amygdales. Nous relrouvons dans les affections du système osseux la même disposition qu’à la maladie, à ne point se borner à une forme déterminée ; il peut y avoir seulement périostite, c’està-dire simple gonflement, ou inflammation du périoste ; ou bien il peut exister
cluanls, parce qu’ils ont été recueillis pendant un espace de temps qui, selon moi, ne suffit pas pour garantir la guérison radicale. 1 ai rencontré plusieurs exemples très-fâcheux où la négligence d’un traitement mercuriel bien lait et complet a été suivie des symptômes consécutifs les plus désastreux, bien qu entre la guérison des symptômes primitifs et l’apparition des symptômes consécutifs la santé générale ait paru parfaite. J'ai été obligé d’administrer le mercure à des individus que des chirurgiens très-connus et réputés spéciaux avaient laissés pendant longtemps sous 1 influence du virus syphilitique faute d’un bon traitement, et il en était résulté des récidives tout à fait déplorables. L’emploi des préparations hydrargyriques demande cependant des précautions minutieuses, et on ne peut pas toujours y recourir à toutes les époques de la maladie; il convient d’employer^ les antiphlogistiques quand les symptômes d’inflammation générale ou même locale dominent; mais aussitôt qu ils se sont calmés il convient de recourir au mercure, sauf des contre-indications toutes particulières qui constituent des cas tout à fait exceptionnels.
. un mot> Pour exprimer ici mon opinion la plus formelle, qui d’ailleurs est celle d'un bon nombre de praticiens, je dirai que je n’aurais aucune confiance dans la durée permanente d’une guérison obtenue sans mercure. (Note du trait .)
de véritables nodosités ou exostoses consistant dans une augmentation de volume du tissu osseux lui-même, un surcroît de déposition de matière osseuse; ou enfin il peut y avoir simplement des douleurs dans les os ou du gonflement et de la douleur dans les articulations. Ainsi nous ne vojons que variété et irrégularité dans les caractères extérieurs que présente celte singulière maladie, et nous ne pourrions sortir de nos incertitudes à l’aide des principes tracés par tous les auteurs les plus recommandables qui ont fait des recherches sur ceLlc affection protéiforme.
M. Carmichael a essayé d’expliquer quelques-unes des variétés de la syphilis en supposant une pluralité de poisons, par cette considération que ce n’est pas réellement une seule, mais plusieurs maladies dépendant chacune d’un poison spécifique d’une nature particulière. Sa doctrine est qu’excepté dans quelques cas anomaux, chaque chancre primitif a son éruption correspondante, de sorte que par l’aspect que présente le premier, nous pouvons dire d’avance ce que sera la seconde, si elle apparaît; ou si nous voyons seulement l’éruption, nous pourrons prononcer, d’après elle , quel a été le caractère du chancre primilif.Quand ces opinions furent publiées pour la première fois , elles firent naître l’espoir qu’on avait fait un grand pas dans l’étude des maladies vénériennes.
Mais on n’a pas vu la maladie présenter à Londres la constance et la régularité entre les rapports des symptômes primitifs et des symptômes consécutifs que M. Carmichael croyait avoir remarquées à Dublin. Un chancre primitif d’un caractère déterminé communiquera sou- -vent un chancre d’une espèce différente et, ce qui est encore plus difficile à expliquer, plusieurs chancres dont chacun sera d’une espèce différente. Certains faits rapportés par M. Evans prouvent que la copulation avec une fille publique chez laquelle il n’y a aucune ulcération donnera quelquefois lieu à désaffections vénériennes, et alors la maladie semble avoir été communiquée à l’aide des sécrétions ordinaires des organes génitaux avec lesquelles le poison était mêlé. La doctrine de M, Carmichael, qui va jusqu’à assigner l’origine des ulcères phagédéniques à un poison syphilitique particulier, ne paraît pas soutenable.
Nous avons vu que le caractère j hagéénique peut se rencontrer connue com-
plication de toute espèce d’ulcère, quelle qu ait^ pu être sa nature dans l’origine , et qu une altération de cette fâcheuse espèce dépend souvent de causes générales, de la mauvaise santé, d'un traitement irrationnel , de l’intempérance, de ce que l’on n’a pas laissé la partie dans le repos , et d’autres circonstances trèsmanifestes et appréciables. Il est vrai que nous voyons, dans la pourriture d’hôpital et les affections phagédéniques par suite de maladie vénérienne qui sont regardées comme identiques ou analogues à la pourriture d’hôpital, des lésions qui peuvent sûrement se propager par contagion ; mais ce dernier cas se rapporte à l’application accidentelle de la matière purulente au moyen d’une éponge, etc., sur une surface dénudée de son épiderme chez un autre individu. S’il ne s’élait point trouvé un endroit dénudé de son épiderme, aucune conséquence fâcheuse ne se fût produite. Mais combien il serait invraisemblable , et je dirai même impossible, qu’un individu atteint de maladie phagédénique des parties génitales se livrât aux relations sexuelles de manière à communiquer sa maladie à d’autres personnes ! Au contraire, nous avons des raisons de penser que quelques espèces d’ulcères phagédéniques les plus désastreuses sont communiquées par des femmes qui n’ont elles-mêmes que des affections peu intenses. Tout le monde a entendu parler de la séduisante danseuse de Lisbonne dont les charmes ont attiré tant d’officiers de l’armée anglaise. Si nous devons en croire les relations, plusieurs centaines de nos compatriotes eurent des relations avec elle, et sans doute les militaires lie furent pas les seuls à la fréquenter, et un grand nombre d’entre eux reçut, en récompense de ses adorations pour celte irrésistible déesse , un présent qui ne consista pas en une simple blenuorrhagie. Beaucoup de ceux qui avaieut eu des relations avec celte femme contractèrent des maladies vénériennes d’une espèce particulièrement opiniâtre et désastreuse, telle que celles que l’on désigne quelquefois plaisamment sous le nom de black lien ( lion noir), ulcération phagédénique s’étendant rapidement sur le pénis et à laquelle on a peu de moyens à opposer. Cependant, celle femme continua à danser tous les soirs pendant des mois entiers , comme si elle avait été dans le meilleur état de santé, tandis que ses iu fortunés amis souffraient toutes
les douleurs et tous les maux dont les avait affligés celte fascinante déesse, qui, semblable au serpent , n’éprouvait aucun mal du poison qu'elle portait. On ne pourrait supposer qu’elle avait une ulcération phagédéniquc des parties génitales pendant qu’elle s’acquittait si bien de ses fonc tions qui consistaient à danser pendant la première partie de la nuit, et à se livrer à une autre sorte d’amusement pendant la seconde; il est donc impossible de supposer que ces ulcérations pliagédtniques aient pu provenir d’une espèce particulière de poison qui eut été le produit d’une ulcération pkagédéuique (1 ).
La description de la maladie vénérienne donnée par M. Carmichael est excellente en tout ce qui regarde les symptômes; nous reconnaissons tous les jours dans la pratique les espèces et les formes de celle affection qu’il a si bien décrites. Cependant nous voyons diverses circonstances qui nous empêchent de nous accorder avec lui sur la pluralité des maladies vénériennes. Nous ne pouvons tracer aucune correspondance uniforme et mutuelle entre les symptômes primitifs et les symptômes consécutifs, car nous voyons que les effets différents qu’il rapporte à des poisons différents se rencontrent trop fréquemment confondus sur le même individu. Une série de symptômes n’est pas aussi séparée et restreinte à des cas particuliers que le porteraient à penser les doctrines de M. Carmichael; par exemple, nous rencontrons souvent une éruption sqnammeuse et une éruption pustuleuse sur le même individu. La manière dont il explique la cause du caractère phagédéniquc des plaies est tout à fait incompa-
(1) D’autres exemples semblables à ceux que nous fournit ici l’infâme courtisane dont parle le professeur S. Cooper, semblent aussi confirmer dans celle opinion, que la vérole se communique en devenant plus ou moins violente, sans égard à l’intensité ni même à la nature des symptômes chez l’individu qui est la source de l’infection. La syphilis ne semble pas être la seule affection qui présente ces différences remarquables; d autres maladies virulentes paraissent dans le même cas. A l’époque où l’on inoculait la petite vérole, ne voyait -on ims la variole la plus bénigne et la plus discrète, inoculée â un individu, donner lieu cliez celui-ci à une variole confluente et quelquefois mortelle? (lYote (lu trud.)
tilde avec les faits que nous révèle l’expérience. H n’est pas douteux que la danseuse d’Qpéia de Lisbonne avait un mal qui ne pouvait être très grave; probablement il y avait une altération de ses sécrétions naturelles, ou elle pouvait tout au plus avoir quelque affection purulente. Maintenant, rappelons-nous un autre fait qui s’accorde avec ce que je viens de dire en parlant de la danseuse d’Opéra. Dans les grandes villes de France on a la coutume de faire inspecter les filles publiques, une fois par semaine, par des médecins ad hoc. Telle était la mesure établie lorsque j’étais à l’étranger. M. Evans, qui stationnait à Valenciennes , procéda à plusieurs de ces visites faites sous la direction de la police. La garnison anglaise qui se trouvait à Valenciennes à cette époque était de quatre ou cinq mille hommes , et beaucoup d’entre eux souffrirent cruellement de la maladie vénérienne. Il y avait parmi eux le nombre au moins habituel de cas de syphilis; cependant M. Evans nous dit que dans les visites dont il est question ici, et où l’on examina avec soin plusieurs centaines de prostituées, on trouva fort peu de syphilis. M. Ricord, qui a été conduit par ses recherches à reconnaître une seule espèce de virus vénérien , après avoir signalé l’influence de la situation et du tissu, décrit les variétés et les formes particulières des chancres comme s’étant développées après et sous l’influence de conditions qui n’ont aucun rapport avec la cause spécifique : telles sont, par exemple, des particularités de la constitution, des maladies antécédentes ou concomitantes, l’hygiène elle traitement général ou local que l’on suit. « C’est pourquoi, dit-il, nous voyons des malades qui ont des chancres phagédéniques avoir contracte la maladie de personnes qui paraissaient n’avoir que des ulcérations légères (1). »
M. Travers indique un mode particulier de transmission de la maladie vénérienne : il suppose que dans quelques cas une femme peut être un intermédiaire passif d’infection, c’est-àdire lorsqu’elle a eu des relations avec un individu infecté et qu’ensuite elle se livre au coit avec un homme sain ; ce dernier pourra être infecté, bien que la femme puisse échapper à la maladie. Ceci
(1) Ouvr. cité, p. 13G.
semble possible , mais il est difficile de dire si les choses se passent souvent ainsi. « Il est incontestable, dit il. Ricord, que des femmes qui ont eu des rapports avec des hommes infectés , et ont ensuite cohabité avec d’autres hommes sains, ont infecté ces derniers bien qu’elles ne fussent pas malades elles-mêmes, mais ont été seulement le véhicule de la matière de l’infection. J’ai eu l’occasion de vérifier des faits pareils , et , s’ils n’étaient pas communs, on pourrait être porté à croire au développement spontané de la maladie vénérienne chez des sujets sains (l). » Quoi qu’il en soit, il y a des cas dans lesquels les sécrétions naturelles des organes de la femme sont chargées de matière infectante, bien qu’il n’existe aucune ulcération à ses parties génitales.
Le mercure facilite souvent la guérison de la maladie vénérienne-; c’est une mérité établie de la manière ,1a moins équivoque ; cependant , généralement parlant, on peut en obtenir la terminaison sans l’aide de mercure. Dans celte dernière phrase sont contenus le sommaire et le résumé de toutes les recherches intéressantes faites dans les temps modernes sur la possibilité de se passer du mercure dans le traitement des maladies syphilitiques.
Mais la question sur la nécessité d’employer le mercure ne se trouve pas jugée parce qu’on nous dit que ce médicament n’est pas essentiellement et absolument nécessaire à la guérison. La décision pour ou contre son emploi doit dépendre d’autres motifs; et d’abord il faut considérer non- seulement si le traitement sans mercure est le plus prompt à amener la guérison, mais s’il réussit d’une manière plus efficace à faire disparaître les symptômes primitifs et aussi à prévenir ou à guérir les symptômes consécutifs. Ceci change complètement la question. Il a été parfaitement prouvé que tous les symptômes primitifs et consécutifs de syphilis peuvent être guéris sans mercure, mais nous devons demander si c’est le moyen le plus prompt de les guérir et si cette pratique rend les symptômes consécutifs moins fréquents.
En ne consultant que certaines considérations sur ce point, nous pourrions être induits à penser que le mercure ne devrait jamais être administré, mais quand
(1) Ouvr. cité, p. 98.
on voit la plus grande rapidité comparative de la guérison des premières éruptions ou symptômes, dans la plupart des cas où on ne donne pas de mercure , se trouver contrebalancée par la plus grande fréquence comparative des symptômes consécutifs, dans les cas où on n’emploie pas ce médicament, on revient sur celle première impression.
D’après des documents précieux et importants consignés dans le A rmy medical Boavd office , il semblerait que sur 1,040 cas d’ulcérations vénériennes primitives guéries sans mercure, la moyenne proportionnelle du temps requis pour la guérison , quand il n'y avait pas de bubon, était seulement de trente et un jours, et quarante - cinq jours quand il y avait un bubon. D'autre part, quand le mercure a été employé, sur 2,827 chancres traités avec ce médicament, la moyenne proportionnelle du temps nécessaire à la guérison a été de trente-trois jours quand il n'y avait pas de bubon , et cinquante jours lorsqu’il y avait bubon ; de sorte qu’ici les choses sont en faveur du traitement non mercuriel, en n’ayant égard qu’aux symptômes primitifs et sans égard à ceux consécutifs. Ces résultats correspondentavec ceux qu’ont donnés desemblables recherches faites à l’hôpital desYénériens de Paris, et d’après lesquelles on voit que le traitement sans mercure fait disparaître les symptômes primitifs plus tôt que le traitement mercuriel. Mais comme nous ne sommes pas forcés de nous borner à l’une ou à l’autre de ces deux méthodes, je pense que l’entière exclusion du mercure, même dans le traitement des symptômes primitifs (et abslracti vement sous ce point de vue) , ne peut se justifier par aucun des systèmes qui ont été publiés jusqu’à ce jour. Ceci semble manifeste lorsqu’on reconnaît que dans un certaiu nombre de cas où on a guéri des symptômes primitifs sans mercure (ce nombre peut être peu considérable) le traitement a été de fort longue durée. Les résultats que je viens de donner sont pris sur le nombre total des cas, abstraction faite de ceux où la guérison s’est fait attendre pendant un espace de temps beaucoup plus long que de coutume; ainsi à l’égard de ceux-ci vouloir s’abstenir complètement du mercure était, à strictement parler, fout à fait irrationnel. Une question qui doit avoir à nos yeux plus d'importance que la lenteur ou la promptitude de la guérisQU des symptômes primitifs est celle
de savoir si les symplômes consécutifs sont plus fréquents après le traitement sans mercure qu’aprèsle traitement mercuriel.
.Nous recevons de diverses sources des renseignements différents sur ce sujet qui mérite de fixer toute notre attention; une statistique présente la proportion des cas dans lesquels les symplômes consécutils se sont développés après le traitement sans mercure comme un sur trois-, une seconde statistique comme un sur dix; une troisième comme un sur douze; une quatrième comme un sur cinq; et une cinquième comme seulement un sur vingt. Mais les cas où des symptômes consécutifs se sont développes quand on avait employé le mercure n étaient que d'un sur cinquanlecinq (1). Ce fait, s'il était d’accord avec l’expérience générale, serait une considération très- importante en faveur de l’usage du mercure. Il serait alors complètement prouvé queses propriétés pour empêcher le développement des symplô mes consécutifs sont plus efficaces que celles des autres modes de traitement que j’ai indiqués ici (excepté les effets des sels d iode qui n’avaient pas alors été mis en usage (2)). Il serait, en effet, prouvé que les symptômes consécutifs se
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
(I) Il est évident qu’îci l’ax'anfngc est incontestablement en faveur du mercure; et si l’on s’étonne des différences que présentent les chiffres offerts par les diverses statistiques, on devra se rappeler que les symplômes consécutifs ne se développant souvent que long-temps après ta guérison des symptômes primitifs, de sorte que dans le cas où l’on n’a eu qu’un exemple de développement des accidents consécutifs sur vingt, dans lesquels il avait existé des symptômes primitifs, on peut soupçonner que les sujets sur lesquels on a fait ces recherches n’ont pas été tenus .n observation pendant un temps suffisant, et que les accidents se seront peut-être développés après l’époque a laquelle on les a perdus de vue.
. . (Noie du trad.)
(j) Les praticiens français s’accordent généralement à reconnaître l 'iode comme un médicament beaucoup moins efficace que le mercure dans le traitement des maladies vénériennes; cependant il n’est pas complètement inusité chez nous, et quelques médecins préfèrent peut-être de '®dur!S mercure au deuio chlorure
l’iode ™ parc,e cIu’ils Posent que
j de possède quelque vcr|u an|isypi;il;.
1 ‘ ( Note du trad.)
développent plus souvent quand le mercure n’est pas employé que lorsqu’on y a recours. Mais il ne s’ensuit pas comme une conséquence naturelle que nous devions l’administrer. L’état d'un chancre peut-être tel qu’il doive plus probablement s exaspérer par le mercure qu’obtenir de 1 amélioration par son emploi.
La santé du malade peut offrir des motifs qui en fassent proscrire l’usage.
D ailleurs une circonstance qui devrait avoir quelque poids est le fait bien connu que, lorsque les symptômes consécutifs suivent le traitement non mercuriel, ils sont en général plus bénins et d’une guérison plus facile que ceux qui se développent après l’emploi du mercure.
Toute l’expérience que j’ai acquise, soit dans l’hôpital, soit ailleurs, vient à l’appui de ce fait. Je ne suis donc pas surpris que ce médicament soit presque abandonné non-seulement dans plusieurs hôpitaux du continent, mais, ainsi qu’on me 1 a dit, dans un des principaux hôpitaux des Etats-Unis.
Joules les fois que l'on administre le mercure, la méthode la plus sage pst de le faire avec modération et d’éviter pardessus toutes choses la coutume pernicieuse de soumettre le malade à un traitement dans lequel le mercure est donné abondamment dans un court espace de temps et où son emploi est prolongé d une manière immodérée. L’expérience ma pleinement convaincu que l’on ne doit, pour aucune variété de chancres ni a aucune époque de la maladie vénérienne, administrer le mercure aussi impitoyablement et pendant un laps de temps aussi considérable qu’on le faisait autrefois. Quoi qu’il en soit, on devrait le supprimer complètement lorsque son emplo, provoque des salivations longues et violentes. Cet ancien système, comme je puis le démontrer d’après mes propres observations faites dans les salles de vénériens de l’hôpital Saint-Bartholomew durant une période de douze ans, loin de réussir mieux que les méthodes ac-
uelles, asouventconduitaux mutilations
les plus terribles, et le nombre de ceux qui perdaient le palais et le nez était inlimment plus grand qu’il „e l'est h présent. Je suis porté à croire que pour un exemple de ce genre qui se présente aujonrd h u î il y en avait vingt dans ce temps. Lorsque nous considérons ces laits et que nous les rapprochons du traitement suivi il y a trente ou quarante ans, nous ne pouvons nous empêcher de
conclure que beaucoup de ces ravages doivent avoir étc produits non par la maladie elle-même, mais par la manière de la traiter. Maintenant tous les cliirurn-iens prudents et expérimentés ont renoncé au système de soumettre les malades à des traitements par le mercure à la fois longs cl immodérés. Les ulcérations ordinaires sont aussi distinguées avec plus de soin des ulcérations vénériennes; et lorsqu’on administre le mercure on le fait de manière à produire seulement unelégère affection des gencives et des glandes salivaires et non pas une perturbation profonde de toute l’économie.
Aujourd’hui, les chirurgiens ne sont plus aveuglés par la crainte funeste de voir la maiadie, lorsque le mercure n’est pas employé, continuer à faire des progrès jusqu’à ce que la mort du malade s’ensuive. Autrefois, dès qu’un individu infecté était amené à l’hôpital , on considérait nécessaire, quelque mauvaise que fût sa santé générale, de le bourrer (cram) immédiatement de mercure. Mais nous voyons maintenant que les craintes qui engagèrent les anciens chirurgiens à suivre ce système n’avaient aucun fondement et étaient puremeutchimériques.
Lorsque la santé du malade est sérieusement altérée , je conseille , comme règle générale, de remettre l’emploi du mercure jusqu’à ce que l’état général soit amélioré. Et même les praticiens qui accordent la plus grande confiance au mercure comme spécifique, et persistent à le nommer ainsi , restreignent leurs assertions puisqu’ils admettent que 1 on ne doit pas l’administrer dans toutes les conditions de l’économie ; ils avouent franchement que ni les parties, ni la constitution générale n’offrent dans tous les temps des conditions telles que le mercure puisse être douné impunément; ils avouent encore que son emploi imprudent et inconsidéré aggrave les symptômes; et ils spécifient deux cas dans lesquels l'u-age en est généralement mauvais, savoir : lorsqu’il existe une faiblesse extrême dans la constitution et lorsque la maladie est compliquée par une inflammation excessive. Dans ces deux cas les plus grands partisans du mercure admettent communément- que 1 on doit en remettre l’emploi à un temps plus éloigné. Mais ces circonstances ne sont pas les seules dans lesquelles ou doit ordinairement le prescrire. Un ne doit pas le donner lorsqu’il existe quelque désordre important dans l’économie Causé par la
diarrhée , la fièvre , ou ce qu’on appelle e'rclisnie , c’est à-dire un état particulier du système, état dans lequel le malade souffre d’une irritabilité excessive, de faiblesse , de palpitations de cœur et d’autres maux causés par l’emploi du mercure déjà administré. 11 y a quelques individus chez lesquels ccs effets peuvent être produits par une très -légère quantité d’hydrargyre, et, lorsque cela a lieu, le malade peut mourir subitement en se livrant au moindre exercice.
Quoique le mercure puisse n’être pas absolument essentiel pour la guérison de la maladie vénérienne, cependant il n’est pas probable que l’on cesse de l’employer tant que beaucoup de chirurgiens continueront à le considérer comme un remède plus puissant contre les symptômes consécutifs qu’aucun autre médicament connu , à l’exception peut-être des sels d’iode. On fait usage de fhydrurgyre, soit comme topique, c’est à-dire appliqué immédiatement sur les plaies , les exostoses et autres affections , soit comme remède gc/iereil , c’est-à-dire introduit dans l’économie par l’intermédiaire de l'estomac ou par celui de la peau (t).
Parmi les préparations mercurielles employées comine topiques , la lotion
(i) On continue généralement aujourd’hui à administrer le mercure, mais on le fait en observant de certaines précautions el en surveillant le malade. Lorsque les symptômes d’inflammation dominent ou quand le sujet est dans un état de santé générale qui donne des inquiétudes, on remet le traitement mercuriel à un autre moment. L’abus du mercure el son administration inconsidérée peuvent sans doute exaspérer, et dans certains cas même faire naître des symptômes alarmants, et rien ne ressemble plus aux u!cères vénériens que les ulcères qui proviennent de l’abus mercuriel; mais je le répète, un traitement mercuriel bien dirigé et fait dans toutes les conditions que la prudence exige, est la mesure la plus sage el à bien des égards la plus courte. Toutes les fois qu'un malade se présente à moi avec des symptômes primitifs, et que du reste il n’offre aucune indication particulière à remplir, je lui administre immédiatement le mercure, auquel j’associe plus lard les sudorifiques. J'entrerai plus tard dans d autres détails sur ce point en comparant le traitement des praticiens anglais avec le nôtre. (Hôte du irad.)
DE 'PATHOLOGIE
noire [blnck wasli) est fort usitée pour les ulcérations vénériennes , soit primitives, soit consécutives. Elle variera de concentration suivant les circonstances.
Quand j’étais élève, la proportion des substances qui en forment la composition était un gros de calomel pour une pinte d’eau de chaux, mais maintenant on la fait plus forte, et quelquefois on va jusqu’à dix ou quinze grains de calomel par once d’eau de chaux. Quant à la manière de s’en servir, si l’ulcération ou les ulcérations sont situées sur la partie externe du prépuce, on applique sur elles un peu de charpie trempée dans cette lotion ; mais si les ulcérations sont à l'intérieur du prépuce, l’introduction de la charpie en ce point occasionnerait trop d’irritation , et alors on peut, dans les cas où on l’emploie, l’injecter en dedans du prépuce avec une petite seringue. La lotion jaune (yellow wasli ) employée de la même manière contient deux grains de deutochlorure de mercure par once d’eau de chaux.
Les onguents ne sont généralement pas bons à appliquer sur les ulcérations vénériennes primitives de quelque espèce qu’elles soient. Quelquefois on emploie l’onguent de nitrate de mercure mêlé avec l'onguent de blanc de baleine ou avec celui de zinc, dans des proportions variées; et dernièrement l’onguent d’iodure de mercure, dont la proportion était de vingt grains d’iodure pour une once et demie d’axonge , a été recommandé pour le pansement des ulcères vénériens invétérés. Mais je ne puis dire s il est réellement utile par mon expérience personnelle.
Une autre manière d'employer le mercure comme topique est celle de la fumigation. Dans ce but, on se sert d’un appareil composé d’un fer chaud et d’un tube de cuivre, à l’aide duquel la fumée est commodément dirigée à la partie affeclée; et afin de procéder d'une manière plus parfaite, nous avons un tube droit et un tube courbe, ce dernier convenant particulièrement pour les ulcères dans la gorge. La préparation mercurielle habituellement employée est le cinabre ou sulfure rouge de mercure, qui, lorsqu’on le place sur un fer chaud, donne lieu à une poudre grise et subtile qui se sublime, et, venant se loger dans ulcération, produit dans beaucoup de cas sur elle un effet très-avantageux. J’ai J" des plaies de la gorge, des chancres 1 autres ulcérations qui avaient résisté
pendant des semaines et des mois à tous les moyens imaginables , prendre un aspect de bon caractère, et se cicatrisée rapidement après qu'on avait essayé un petit nombre de fumigations. U est trèsimportant de connaître ce fait, beaucoup plus que de pouvoir dire exactement jusqu’où allait dans ce cas la puissance spécifique du mercure à produire ce résultat avantageux. La fumigation d’un ulcère de dimension modérée ne doit pas avoir beaucoup d'effet, ou même un effet marqué sur la constitution; et je serais porté à croire qu’ordinairement cette méthode ne peut s’opérer d’après ce principe. Je puis dire, peut-être comme remarque générale, qu’à l'exception des fumigations, ces topiques mercuriels ne sont habituellement point considérés plus utiles que d’autres qui ne contiennent pas de mercure. On fait souvent usage de la lotion noire ou au calomel, mais je ne crois pas qu’elle possède des propriétés plus efficaces que plusieurs autres lotions astringentes dans la composition desquelles il n’entre pas une particule d’hydrargyre.
Quant à l’introduction du mercure dans l’économie par la surface du corps, on peut l’effectuer, soit en frictionnant ta peau avec de l’onguent mercuriel, soit en faisant des fumigations mercurielles sur une portion considérable de la surface du corps. La friction avec l’onguent, qui est la méthode ordinaire et la plus généralement adoptée, parce qu’elle ne réclame l’emploi d’aucun appareil, est pratiquée par le malade lui-même qui frotte un endroit quelconque, habituellement la partie interne de la cuisse, pendant un quart d’heure ou vingt minutes devant le feu avec un demi-gros ou un gros d’onguent , dans certains cas, une fois, et , dans d’autres , deux fois par jour. Cependant la quantité d’onguent employée varie dans différents cas, suivant les circonstances. Quelquefois, un scrupule; quelquefois, un demi-gros, et, dans d’autres occasions, le double de cette dernière quantité, ou même plus encore, peut être employé en une fois.
On appelle ceci (en anglais) rubbing in , parce qu il semble qu’on a pour ainsi dire fait entrer par la friction une partie de 1 onguent dans les porcs de la peau ; niais , a moins que le malade ne soit trèsaisément affecté par le médicament, ce qui reste à la surface de la peau ne devra point être essuyé , et il portera un caleçon de flanelle ou d’autre étoffe.
392 traité Elémentaire
dois pourtant dire que quelquefois la friction jointe à la rancidilé de 1 onguent (car nous rencontrons rarement de l’onguent mercuriel complètement dépourvu de rancidilé) donnera lieu au développement «le boutons nombreux, et même à une inflammation érysipélateuse, et alors nous devrons recommander au malade de faire les frictions subséquentes sur d’autres parties , et de ne laisser aucune particule d’onguent sur la peau. Il y a peu d’années, la friction avec l’onguent mercuriel était ordinairement préférée en Angleterre à toutes les autres manières de traiter la maladie vénérienne.
D’abord, parce qu’on croyait qu’elle était la plus efficace de toutes , et on donnait pour raison de ce dernier fait que le mercure était combiné dans l’onguent avec une très-petite proportion d’oxygène; secondement, parce qu’elle expose moins que les préparations internes au trouble de l’estomac et des intestins ; troisièmement, parce qu’elle est souvent considérée comme le seul moyen sûr de faire entrer une quantité suffisante de mercure dans l’économie. Les préparations mercurielles données par la bouche dérangent quelquefois l'estomac, et amènent la diarrhée. J’ai long-temps soupçonné que cette dernière était la principale cause de la préférence généralement accordée autrefois aux frictions mercurielles. Car pendaut le temps où l’on croyait nécessaire , pour guérir la syphilis , d’administrer abondamment du mercure au malade, de l’en saturer de la tête aux pieds, et de le faire saliver impitoyablement, l’estomac et les intestins se révoltaient souvent contre cette méthode, qui ne pouvait pas être mise à une exécution absolue dans tous les cas à 1 aide des préparations désignées pour l’administration interne. C’est surtout à l’aide des frictions mercurielles que les partisans intrépides de la salivation pouvaient autrefois faire pénétrer dans 1 économie tout le mercure qu’ils désiraient; non pas qu’ils n’adminislrassent aussi des préparations intérieures autant qu’ils le pouvaient. Je pense que l’opinion qui attribue une plus grande efficacité aux frictions mercurielles est fondée sur un préjugé , et qu’à moins que l’estomac et les intestins ne soient en mauvais état, et que l’économie ne puisse sentir 1 influence de doses modérées de pilules bleues (lj, il est rarement indispensable
de recourir à celte pratique dégoûtante. • Dans certains cas, nous sommes obligés de pre-crirc les frictions mercurielles comme quand l’estomac et les intestins ne pourraient supporter une quantité de mercure même légère, ce qui arrive quelquefois, ou quand il est nécessaire de recourir à plus d’une méthode pour placer l’économie sous l’influence de ce minéral. Dans ces circonstances et peutêtre quelques autres encore, nous pouvons être appelés à prescrire les frictions, ainsi que les préparations internes.
On ne considère plus maintenant les fumigations à la surface du corps comme étant une méthode aussi nécessaire et aussi convenable pour soumettre un malade à l’influence du mercure, que quelques-uns de ses admirateurs se sont autrefois efforcés de le persuader aux médecins. Ce traitement est fort gênant et fort incommode; il nécessite une machine particulière , ressemblant un peu à une chaise à porteurs , dans laquelle le malade s'assied nu, sa tète étant placée en dehors, grâce à une ouverture pratiquée au sommet de l’appareil. Au fond de celte machine est un fer chaud sur lequel on jette une préparation de mercure qui se sublime et couvre toute la surface du corps du malade. La préparation hydrargyrique employée dans ce cas est l'oxyde gris. M. Abernethy conseillait et administrait une autre poudre murcurielle; c’était du calomel mis dans l’ammoniaque liquide et ensuite desséché. Après avoir été soumis à cette operation, le malade se couvre de sa chemise ou de son gilet de flanelle et se met au lit. Les raisons sur lesquelles on insistait autrefois en faveur de celte méthode étaient quelle fatigue moins un sujet débilité que les frictions mercurielles, et que l’économie peut recevoir plus rapidement l’influence du mercure de celte manière que de toute autre. Celte opinion semble avoir été celle de M. Abernethy, qui fut pendant un temps partisan des fumigations , mais qui après les abandonna.
bleues dont les praticiens anglais font un fréquent usage comme purgatif doux et comme altérant, sont composées d'après la formule suivante : mercure, un gros; conserve de roses , un gros et demi ; broyer jusqu’à extinction complète du mercure, et ajouter : réglisse pulvérisée;, un demi-gros. Faire une masse pilulaire dont on donnera trois à six grains par jour, ce qui représente un ou deux grains de mercure métallique. (i\o!e du trad.)'
(1) On doit se rappeler que les pilules
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
Quant aux raisons alléguées en faveur des fumigations, et d’après lesquelles le mercure pourrait être employé de eetle manière , quand le malade est dans le plus grand état de faiblesse, d’après lesquelles encoreil pourraitsubir unlraitement mercuriel sans s’exposer à la fatigue des frictions ou au danger de troubler les fonctions digestives par des préparations administrées à l’intérieur, l’argument, quoique plausible, n’a réellement pas une grande valeur; parce que, quand la santé est sérieusement altérée, nous sommes rarement autorisés à donner du mercure de quelque manière que ce soit; et d'ailleurs on ne devrait jamais l'introduire si rapidement dans l’économie.
Mais si ce système mérite d’être adopté dansquelques cas particuliers, il peut être utile de savoir qu’il n’est nullement nécessaire pour le malade de se placer dans l’appareil ; il peut retourner son gilet et son caleçon de flanelle à l’envers, et les mettre dans la machine pour y recevoir la fumigation. Ils seront alors couverts de la poudre fine sublimée par le fer chaud, et lorsque le malade les revêtira ensuite , il éprouvera la même salivation que s’il s’était placé lui-même dans l’appareil (1).
Parmi les préparations administrées ci l intérieur , les pilules cl' hy drarpyre
(1) Beaucoup de praticiens ne niellent point de topiques mercuriels sur les plaies syphilitiques, ou n’en mettent que dans certains cas particuliers. Je suis habituellement cette conduite, et je panse les ulcérations vénériennes avec le cérat simple, ou l’eau blanche, ou le vin aromatique, suivant les indications dont je parlerai plus bas, à propos du traitement particulier des chancres. En agissant de la sorte, on est plus sûr de juger l’action du traitement mercuriel interne auquel on soumet le malade, et on suit ses effets en voyant ce qui arrive aux plaies dont on cherche à obtenir la cicatrisation.
Quant aux fumigations de cinabre, elles ont des avantages incontestables en ce qu’elles font cicatriser d’anciennes ulcérations qui avaient résisté à beaucoup d’autres moyens, et elles ne sont bonnes qu’en pareille circonstance, c’est-à-dire auand un traitement interne a été fait antérieurement; d’ailleurs elles ont l’intconvétiient d’amener promptement la salivation qui, dès qu’elle se montre, doit toujours faire suspendre ou, suivant le cas, cesser entièrement le traitement mercuriel. Le traitement par les frictions atigue moins les voies digestives,
ou pilules bleues ordinaires jouissent dans ce pays de la plus grande réputation : c’est une des plus douces de toutes les préparations internes; la dose ordinaire est de cinq grains , mais souvent nous devons en donner une plus considérable, et quelquefois une moins forte.
Dans les cas ordinaires, la quantité convenable varie de trois à dix grains dans les vingt-quatre heures. Nous pouvons, suivant les circonstances, l’associer à d’autres substances telles quele sulfate de quinine.l’iodure de potassium, l’extrait de ciguë et divers autres médicaments. On combine souvent les pilules bleues avec une petite quantité d’opium, afin de diminuer leur tendance à affecter les intestins.
Le prolochlorure de mercure ou calomel est peu employé en Angleterre contre les maladies syphilitiques, quoique ce médicament mis en usage dans ce casjouissed’unegrande faveur dans d’autres contrées, et surtout en Allemagne.
En Angleterre, on préfère ordinairement Je calomel dans un des effets de la maladie vénérienne , savoir : l’iritis syphilitique. Celte préparation , ainsi que la pilule bleue, peut être jointe à d’autres médicaments, tels que le gaïae et le sulfure d’antimoine, comme dans la pilule de chlorure de mercure composée, qu’il n’est pas rare de voir prescrire dans les affections vénériennes, et surtout dans celles qui ne nécessitent qu’un traitement légèrement altérant.
Le deutoclilnrure de mercure ou sublimé corrosif est un médicament trèspuissant, et s’il est administré iinpru-
mais il demande des précautions coûteuses, est fort dégoûtant et difficile à cacher. Il faut que le malade ne sorte point pondant toute la durée du traitement par les frictions, ne s’expose jamais à 1 humidité ni au froid , suive un régime doux, bannisse presque complètement le sel de son alimentation, et prenne des bains lièdes dans sa chambre deux fois par semaine. Afin d’éviter l’irritation que produisent les frictions sur la peau, il vaut mieux ne pas les faire toujours ù la même place; ainsi on devra frictionner un jour la cuisse, un autre jour la jambe, puis l’autre cuisse et l’autre jambe. La durée du traitement doit être au moins de quarante jours; on doit d’ailleurs s’arrêter dès que les gencives s’engorgent, faire prendre un dernier bain , ua purgatif, puis des sudorifiques.
( Note du trad.)
déminent, il peut empoisonner promptement l’individu. La dose est petite , la quantité donnée habituellement est d’un huitième de grain deux ou trois fois par jour. Lorsqu’on le mêle avec de l’eau distillée, il se dissout plus rapidement si on ajoute une petite proportion d’hydrochlorate d’ammoniaque. Il y a des cas dans lesquelson peutprescrire d’un demigrain à trois quarts de grain, en doses fractionnées, à prendre dans une journée (1). Quand on désire l'administrer avec du quinquina, on peut en faire dissoudre un grain dans une once de teinture de quinquina; on donne une cuillerée à café de ce liquide. Le deutoiodure de mercure ( Pharmac. de Lond.), sous la forme de solution alcoolique, est quelquefois considéré utile dans des cas de syphilis opiniâtre, qu’on rencontre parfois chez des sujets très-scrofuleux. Les proportions sont : alcool à 80°, une once et demie; deuloiodure de mercure, 20 grains. La dose est de 1 0, 1 5 ou 20 gouttes dans un verre d’eau distillée.
L ’hydrargyrc associé au carbonate de chaux est la préparation mercurielle la plus douce qu’on ait jamais employée dans ce pays , et , pour celte raison , est préférée lorsqu'on désire exercer une influence mercurielle légère sur la constitution. On la considère comme la meilleure préparation hydrargyrique poulies enfants attaqués de syphilis.
Il y a une précaution nécessaire à prendre quand on emploie le mercure, c'est de surveiller ses effets très-attentivement, car il agit diversement sur différents individus. Quelques-uns éprouveront une salivation violente pour avoir pris quelques grains de la pilule bleue ou un scrupule d’onguent gris; tandis que d’autres feront usage d’un à trois gros de cette substance quotidiennement pendant des mois de suite , sans en ressentir d’effet manifeste sur les fonctions des glandes salivaires, des intestins ni d’autres organes. Les doses des préparations mercurielles doivent donc être réglées d’après les circonstances ; il est en vérité totalement impossible de donner sur ce point aucune règle précise, à cause des différents effets de ce minéral sur divers sujets. Je puis dire cependant que la méthode la plus sûre est de commencer
(I) Celte dernière dose paraît énorme et devrait dans bien des cas déterminer de graves accidcnis. Nous ne dépassons jamais un quart de grain. ( Notedu trad.)
toujours par de petites quantités de mercure , de surveiller les effets du médicament, et de se laisser guider par eux.
L action du mercure sur l’économie animale est tres-puissante; le système nerveux, le système lymphatique et le système sanguin en sont tous fortement affectés; son emploi excite une irritabilité excessive; il amène de la fréquence dans le pouls et un état fiévreux de toute l’économie. Les sécrétions sont toutes augmentées, surtout celles de la peau, des reins et des glandes salivaires. La salivation ou augmentation de la sécrétion de la salive, et l’ulcération, et le gonflement des gencives et de la bouche, sont des effets que les chirurgiens ont observés depuis long-temps avec attention ; car on les regarde habituellement comme des moyens d apprécier si le remède a sur l’économie une influence suffisante pour guérir d’une manière effective la maladie pour laquelle on l’administre; car il ne s’agit pas simplement de guérir les symptômes primitifs, mais de donner au malade les moyens les plus efficaces d’échapper aux symptômes consécutifs. En effet, c’est là le but principal que l’on se propose en donnant du mercure ; nous savons que nous pouvons guérir les symptômes primitifs sans hydrargyre, et si l’on considérait abstractivement ces effets seuls, peut-être serionsnous rarement autorisés à causer la moindre salivation chez le malade. Mais le grand argument en faveur du traitement mercuriel est que, lorsqu’on ne l’emploie pas, le malade est plus exposé au développement des symptômes consécutifs.
Quoi qu’il en soit, même à cet égard, je doute que les symptômes consécutifs soient plus fréquents après le traitement des chancres primitifs par l’iodure de polasse et la salsepareille qu’a près le traitement mercuriel ; et d’ailleurs beaucoup de praticiens, qui suivent les résultats du premier mode de traitement adopté généralement dans l'hôpital du collège de l’Université, savent que les symptômes consécutifs, quand ils surviennent ensuite, ce qui n’est pas très-fréquent, sont légers si on les compare avec des cas présentés par des individus amenés dans cet hôpital après avoir été dans d’autres, où le culte du dieu Mercure est en plus grande faveur.
La première altération dont on s’aperçoive est un goût de cuivre dans la bouche ; l’haleine prend une odeur particulière et fétide, et quelquefois trahit un
DE TATIIOLOGIE CHIRURGICALE.
secret que l’individu ne désire pas toujours qu’on découvre, savoir qu’il est soumis à un traitement mercuriel. Ce fait n’est pas le seul dont on puisse tirer celte induction , car sa montre et l’argent qu’il porte sur lui sont tachés par le mercure, par suite de la transpiration de ce métal à la surface du corps. Quand le mercure est donné à doses ordinaires , il en résulte un gonflement mollasse des pcncivcs, accompagne d inflammation et de sensibilité de ces parties, puis de l’inquiétude, de la douleur, de l’ébranlement dans les dents, et une inflammation plus ou moins forte de la membrane muqueuse de la bouche. Quand la constitution est remarquablement susceptible d'èlre affectée par le mercure, il suffira quelquefois d’une très-petite quantité de ce métal pour produire chez le malade une salivation violente, accompagnée d’ulcération et même de la formation d’eschares dans la bouche. Les gencives et la membrane muqueuse de la bouche s’ulcèrent ; les bords de la langue sont affectés de la même manière; la langue elle-même peut acquérir par le gonflement une dimension énorme , et être pressée contre les dents, de manière à ce que celles-ci s’y enfonçant y forment leur empreinte, et ce point devient le siège d’ulcérations profondes. J’ai souvent vu l’ulcération être si destructive qu’elle s’étendait à travers la joue, et produisait même une mortification étendue des parties et la nécrose de la mâchoire. C’est ce danger qui devrait toujours nous engager à commencer par de petites doses de mercure et à surveiller leurs effets.
La quantité de salive que peut sécréter un malade lorsqu’il est dans un état de salivation complète est quelquefois trèsabondante : trois à quatre pintes pourront être rendues dans les vingt-quatre heures. Je ne vois jamais un malade en état de violente salivation sans en éprouver du dégoût, car je sais que c’est une pratique qui n’est nullement nécessaire; elle est même tout à fait préjudiciable, Car je dirai que ce mode cruel d’administrer le mercure ne peut se justifier par rien de ce que nous savons sur le véritable caractère de la maladie vénérienne. Je suis cependant heureux de pouvoir dire que celte pratique n’est pas aujourd’hui communément employée à Londres; mais quiconque a eu l’occasion de voir les traitements mercuriels que l’on aisail suivre, il y a quelques années ,
dans les salles de vénériens des hôpitaux, n’oubliera jamais les scènes horribles qu’on y observait. A cette époque, un grand nombre de morts était dû. à l’abus du mercure. S’il est introduit trop promptement ou trop abondamment dans l’économie, on ne pourra peut-être pendant long-temps arrêter la salivation. Ainsi, une pauvre femme que je soignais il y a quelque temps avait été suivie d’abord par un médecin qui la traita en lui faisant prendre dix grains de pilule bleue en doses fractionnées. Cette quantité produisit une violente salivation, suivie de la perte de toutes les dents, d’ulcération et de formation d’eschares gangréneuses. Ici, l’on ne saurait blâmer aucunement le praticien ; il avait nécessairement affaire à une idiosyncrasie particulière extraordinairement susceptible d’être affectée par le mercure , et dont on rencontrerait difficilement des exemples (I). Mais même chez les constitutions ordinaires, ces effets redoutables pourront survenir quelquefois avant que nous soyons capables de réprimer l'action du mercure, et je puis ajouter que nous ne connaissons point de moyens de réprimer une salivation a'ussi promptement que le mercure la détermine. Les moyens habituellement mis en usage pour remplir ce but, sont l’exposition à l’air froid , l’administration des purgatifs sa-
(1) J’avouerai ici franchement un insuccès de celle nature, afin que cet exemple soit ulile aux praticiens qui font un usage varié du calomel. Je me sers quelquefois de ce médicament comme purgatif; et, dans un cas où je n’avais nullement affaire à une maladie syphilitique, mais û un embarras gastrique long et prononcé, je prescrivis du calomel préparé à la vapeur, qui est plus faible que le calomel de la pharmacopée anglaise.
J’en ordonnai douze grains ; c’est la dose que marquent tous les formulaires français , et nous ne voyons ordinairement résulter aucun accident de l’administration de celte dose quand ce médicament est préparé à la vapeur. Afin de mitiger encore son action , je l’associai à un demi-grain d’cxlrait gommeux d’opium.
Sans doute celle dernière substance fit pour ainsi dire tolérer le calomel, qui, au lieu d’agir comme purgatif, fut absorbé en tolaliic et agit comme altérant : il en résulta une salivation très-pénible avec des ulcérations dans la bouche , et il me fallut plus de quinze jours pour dissiper tous ces accidents.
( Note du trnd.)
lins et l’usage île gargarismes, et particulièrement de ceux qui contiennent du chlorure de soude. Quand il y a ulcération , on peut se servir du même gargarisme ou d’un gargarisme contenant de l’acide hydrochlorique.
Deux questions intéressantes se rattachent à celte partie du sujet; l’une est celle de savoir jusqu’à quel point la salivation peut être un bon moyen de juger l'influence du mercure sur l’economie ; l’autre est de savoir jusqu’à quel point ce peut être un moyen de décider si cette influence est de nature à donner au malade le plus de chance de prévenir les symptômes consécutifs, et de guérir l’affection primitive de la manière la plus prompte et la plus favorable. Je puis dire comme règle générale que la salivation est une bonne pierre de touche pour arriver à ce double but. Mais cette remarque souffre des exceptions, car il y a quelques individus que l’on ne peut faire saliver à l’aide d’une quantité de mercure quelle qu’elle soit, et cependant leur affection vénérienne se guérit avec une assez grande facilité; tandis que d’autres peuvent saliver en n’employant que quelques grains de pilule bleue , et conséquemment longtemps avant que le mercure ait pu avoir aucune impression marquée sur la maladie. Mais en supposant que la salivation soit généralement un moyen de juger si le mercure a une influence convenable sur l’économie , la question est Celle-ci : — Jusqu’à quel point devonsnous comprendre qu’il faut porter cette salivation ? Certainement , ce ne devra pas être jusqu’à amener l’ulcération et la formation d’eschares dans la bouche, ou même jusqu’à produire une telle sécrétion de la salive que celle-ci s’écoule par flots hors de la bouche : ceci n’est nullement un moyen de juger de l’influence suffisante du mercure. Je dirai qu’un gonflement léger avec sensibilité des gencives, une saveur cuivrée distincte et un peu d’augmentation dans la sécrétion de la salive, sont les trois conditions que nous devons chercher à obtenir. Non-seulement une administration plus considérable de mercure n’est généralement pas nécessaire , mais elle est tout à fait nuisible. Nous ne devons pas non plus nous imaginer que le mercure doive être donné à la même dose pendant tout le temps que ce médicament est convenable. Il peut quelquefois devenir nécessaire de suspendre son usage,
parce que les gencives deviennent trop sensibles; et dans d’autres circonstances où l’économie est difficilement affectée par le mercure, nous pouvons être forces à augmenter sa quantité. Je ne puis offrir qu une règle générale posée par Hunier, c’est-à-dire que nous devons être guidés dans l’administration du mercure et par son influence sur la maladie, et par son influence sur l’économie elle-même.
Quant à la longueur du temps pendant lequel on doit entretenir la salivation, il est difficile de donner sur ce point aucune règle précise; quelquefois on fait disparaître tous les caractères spécifiques de l’ulcère long-temps avant qu’il soit guéri , et quelquefois un chancre se cicatrise si vite que nous n’avons guère occasion de donner le mercure avant sa guérison. Quand la maladie cède aussi rapidement, on continue ordinairement l’emploi du mercure pendant dix ou quinze jours , et on le fait pour diminuer les chances de la production des symptômes consécutifs. Dans d’autres cas, lorsque l’ulcération tarde beaucoup à se guérir, et, dans quelques-uns aussi , lorsqu’il existe un bubon , la maladie subsistera pendant des mois, quoique tous les caractères spécifiques de l’ulcération vénérienne puissent être détruits; alors, naturellement, nous ne devons pas penser à continuer le mercure jusqu’à ce que la cicatrisation ait eu lieu (1).
(I) La salivation, dès qu’elle est un peu marquée, c’est-à-dire dès qu’elle force ù cracher plusieurs fois dans la même heure, et à plus forte raison quand elle est portée au point d’amener un gonflement de la langue et des ulcérations dans la bouche, est toujours un inconvénient et ne saurait être, dans bien des cas, un bon moyen de juger l’action du mercure sur la maladie pour laquelle on l’administre, puisque dans de certaines circonstances la salivation commençant à se montrer, on est obligé de suspendre un traitement mercuriel au bout de quelques jours pour essayer de le reprendre quelque temps après. Mais continuer à administrer le mercure quand la salivation commence est une pratique irrationnelle et que les médecins français ne suivent point. Dès que les symptômes dont parle ici le savant professeur de Londres se montrent , savoir : un léger gonflement et un peu de sensibilité des gencives avec un goût de mercure dans la bouche, il faut s’arrêter, car la salivation est bien près de surve-
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
La dièle et le régime à observer pendant un traitement mercuriel sont des choses importantes, car si nous donnons de l’bydrargyre à un malade, et que nous lui laissions continuer sa diète ordinaire et suivre ses occupations habituelles, nous n’obtiendrons généralement pas de notre traitement l'effet que nous en attendons. Si nous permettons au malade de prendre du vin et son alimentation ordinaire, de marcher comme de coutume, de s’exposer à tous les temps, et même de montera cheval, comme beaucoup d’individus sont disposés à le fa ire, je pense que les symptômes consécutifs se développeront plus Vraisemblablement, et même que les affections du périoste et des os se produiront plus fréquemment.
J’ai toujours recommandé aux malades de se vêtir plus chaudement que de coutume, et de se confiner dans leur maison; mais il y en a beaucoup qui ne veulent pas se soumettre à ce traitement , ils se
nir. Souvent c’est à un écart de régime, à un refroidissement subit ou à l’omission des bains quand on suit un traitement par les frictions, qu’est due la salivation. Aussitôt que les moindres symptômes du côté de la bouche se manifestent, on fera suspendre le mercure, et, si le malade fait un traitement par les frictions, on lui prescrira un bain au sulfure de potasse, puis on lui donnera un purgalifdoux et des tisanes sudorifiques. Lorsque la salivation est prononcée, qu'il y a gonflement de la langue et ulcérations de la bouche, on mettra les sangsues aux apophyses mastoïdes, on couchera le malade de manière à lui faire rendre facilement cette salive infecte qu’il doit toujours éviter d’avaler, même la nuit, et on ordonnera des gargarismes émollients et hynoptiques ; quand I inflammation est passée, on recourra aux gargarismes et collutoires astringents, ct,°au besoin, à ceux fortement détersifs. Un autre accident se montre encore quelquefois c liez ceux qui ont pris abondamment du mercure : je veux parler du tremblement mercuriel qui affecte plus souvent les membres supérieursque les inférieurs.
Dans ce cas, il faut également s'abstenir du mercure et faire prendre à haute dose la tisane de salsepareille concentrée; °n prescrira en outre , deux fois la sc- «naine, un purgatif composé de follicules ( e séné dans une décoction sudorifique 61 d un sel neutre; de plus on recommandera les bains chauds, les bains sullurcux et l’exerciçe. (iYofc du trcul.)
disent obligés de vaquer à leurs occupations au dehors : je réponds alors que si tel est le cas , toutes les circonstances fâcheuses qui peuvent en résulter doivent être imputées, non pas à moi pour avoir négligé de leur donner des avis salutaires, mais à eux pour ne les avoir pas suivis.
Le mercure produit de la fréquence dans le pouls et un état fiévreux de l’cconomie ; on doit donc conseiller de ne pas permettre au malade une alimentation, animale abondante ; il vaut mieux qu’il se nourrisse de farineux légers : de lait, de sagou, d’arrow-root, etc. Ce système, d’un autre côté , est d’accord avec les doctrines médicales; car, dans beaucoup de syphilis, il existe une inflammation considérable : elle peut se développer avec intensité dans l’aine ; un semblable état peut aussi se produire dans la gorge. Dans ces circonstances , permettre au malade son régime ordinaire serait contraire a toutes les règles qui dirigent les médecins et les chirurgiens dans le traitement de la maladie en général. Quand l’individu affecté est dans un état de prostration et de faiblesse tel, qu’il soit nécessaire de lui accorder l'alimentation, animale d’une manière abondante, je di- rai que le mercure peut rarement lui faire aucun bien.
Il est surtout nécessaire pendant un traitement hydrargyrique de recommander aussi l’abstinence de toutes boissons et fruits acides; car le mercure a souvent de la tendance à produire la diarrhée, et les frictions mercurielles agissent quelquefois plus aelivement sur les intestins que sur ies glandes salivaires.
Quand la diarrhée a été provoquée par l’usage du mercure , le malade est dans les mêmes conditions que s’il avait la dysenterie , ses intestins sécrètent une matière glaireuse et souvent du sang.
Dans ce cas nous devons interrompre le mercure; car son administration prolongée non-seulement ne serait pas efficace contre 1 affection vénérienne, mais elle mettrait la santé du malade dans l’état le plus dangereux. Le mercure devrait être abandonné et on devrait avoir recours à l’opium et à la rhubarbe, ou à la mixture de carbonate de chaux.
Quelquefois le mercure a sur la peau un effet particulier qui donne lieu à une éruption spécifique nommée érytkèmet mercuriel ou eczéma.; elle est généralement précédée d’une augmentation de chaleur a la peau, d’accélération dans le
pouls, de difficulté de la respiration et d’une fièvre plus ou moins forte. C’est le premier ou le second jour après l’apparition de la fièvre que se développe l’affection érythémateuse qui quelquefois ressemble considérablement à l’urticaire, et lorsque le mal affecte cette forme il est toujours très-léger; mais dans d’autres cas on voit de larges plaques rouges sur lesquelles s’accumulent de nombreuses vésicules apparaissant sur la surface du corps, elles se réunissent ensemble et ainsi peuvent couvrir la plus grande partie de la peau.
Après un certain temps elles se rompent, forment des croules, et le malade, à cause de l’étendue de la surface affectée, est réellement dans un état fort triste. Celte maladie devient dangereuse lorsqu’elle est mal traitée, et jadis, quand on croyait celte affection d’une nature syphilitique, on avait coutume d'augmenter la quantité de mercure, et le malade succombait.
Les médecins d’autrefois pensaient que c’était une éruption syphilitique, et ce qui les confirmait dans leur croyance c’est que les éruptions sont rarement la conséquence du mercure mais très-souvent celle de la vérole; l’affection cutanée était donc attribuée à cette maladie et traitée comme telle, on poursuivait alors l’usage du mercure en plus grande quantité suivant de vieilles maximes et des préjugés fortement enracinés. Comme l’érythème mercuriel se développe quelquefois quand on a administré seulement une petite quantité d’hydrargyre, on suppose que ce cas ne peut se présenter que lorsqu’il existe chez l’individu une idiosyncrasie particulière. On assure que cela n’a jamais lieu que lorsque le malade s’est exposé à l’air froid et humide. Voici donc une autre raison pour que l’on suive le genre de régime que j’ai recommandé. Quelquefois l’éruption commence sur la partie que le malade a frottée avec du mercure, comme la cuisse ou la jambe; mais dans beaucoup de cas el e se déclare quoique le mercure n’ait été employé qu’inlérieurement, de sorte que la friction n’est pas essentielle à sa production. Le traitement consiste à bien fomenter les parties avec une décoction de têtes de pavots ou de fleurs de camomille ; il est inutile de dire que l’on interrompt le mercure , puis on administre de petites doses de poudre d’antimoine et des purgatifs salins ou de l’huile de ricin.
Quand l’inflammation a cédé, et qu’il n y a plus qu’un suintement purulent àla surface, ou peut donner de la salsepareille ou du quinquina avec de l’acide sulfurique dilué, et prescrire une diète légère mais substantielle. Les bains chauds sont aussi très-salutaires. Si ta partie est excoriée il sera nécessaire d’appliquée l’onguent de zinc.
L’hydrargyrc agit comme un poison sur quelques individus; ils sont saisis par des palpitations de cœur, des tremblements dans les membres, de l’oppression dans la respiration, et leur pouls devient irrégulier. Quand une indisposition de ce genre se manifeste chez un sujet faisant usage du mercure, nous pouvons en inférer que ce minéral produit une action délétère sur son économie. Feu M. Pearson a remarqué que chaque année, dans Lock hospital, à l’époque où l’on était dans la coutume de provoquer beaucoup à la salivation, un certain nombre d’individus traités ainsi mouraient subitement; l’affection commençait comme je l’ai décrit, et, lorsqu’ils se livraient au plus léger effort, ils tombaient frappés de mort. L’expérience a démontré à M. Pearson que ces morts étaient dues à l’action délétère de l’hy— drargyre sur leur constitution, et il proposa d’appeler crëlisme mercuriel ce désordre de l’économie. Il est à peine nécessaire de dire que le traitement consiste à suspendre totalement l’usage du mercure; à exposer le malade à une atmosphère pure, fraîche et sèche ; à lui administrer des toniques, particulièrement de la salsepareille, ou, comme le préfèrent quelques praticiens, de l’ammoniaque dans une mixture camphrée.
Quant aux autres remèdes donnés fréquemment à des époques quelconques de la maladie vénérienne, nous devons, tout en reconnaissant leurs propriétés antisyphilitiques, nous garder d’oublier celte vérité importante, savoir : que le mercure n’est pas nbsolumentnécessairepouc la guérison de la généralité des maladies syphilitiques; car M. Kose, dans les recherches qu’il fut à même de faire, n’a jamais rencontré un seul cas qu’il n’ait pu guérir sans mercure. L’hydrargyre est souvent utile pour accélérer la guérison et peut-êlre , à l’exception de l’iodure de potasse, peut-il rendre des services plus importants que tout autre remède connu pour diminuer la fréquence mais non, je crois, la gravité des symptômes consécutifs. Cependant , ces
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
avantages ne doivent pas nous aveugler sur ce fait que le mercure n’est pas absolument nécessaire pour la guérison de la syphilis, et nous ne devons jamais perdre de vue cette vérité quand nous considérons la vertu antisypbilitique d’un remède quelconque. Quetquefoisle mercure, loin d’êlre indispensable à la guérison, peut avoir l'effet, dans des états particuliers de la santé générale, de retarder ou même d’empêcher totalement le rétablissement du malade. La santé
générale s’altère souvent avant que la maladie vénérienne ait disparu, et alors, si l'on interrompt le mercure, la santé s amélioré et la guérison de la syphilis vient ensuite. Ceci arrive fréquemment et donne une sorte de crédit usurpé à tous les remèdes que l’on peut prescrire après la suspension de l’hydrargyre.
C’est peut être de celte manière que la salsepareille a acquis la réputation déposséder des propriétés anti -vénériennes :
le malade prend du mercure et sa santé en souffre; le mercure est abandonné et un changement favorable se manifeste dans l’économie, et les chancres, les bubons, les ulcères consécutifs, etc., disparaissent , que l’on donne de la salsepareille ou non. Cependant je ne veux nullement prétendre que la salsepareille soit complètement inutile; elle a probablement quelque effet salutaire pour accélérer la guérison indépendamment de l’avantage que nous trouvons à arrêter ou à modérer le traitement mercuriel.
Rien ne va- ie plus que les opinions émises sur l'efficacité réelle de la salsepareille. Le docteur Cullcu croyait qu elle n’avait aucune vertu; quand nous la donnons à un individu en santé , elle ne lait pas d’impression sensible sur l’économie; elle n’affecte pas le pouls, et n’augmente réellement aucune des sécrétions; ces faits ont donné a penser qu’elle possède une vertu faible ou nulle. Fordyce la croyait utile dans certains cas réfractaires au mercure; et l'eu M. Pearson en conclut que, bien que la salsepareille soit jusqu’à un certain point utile dans les maladies vénériennes, on ne pourrait les guérir sans liydrargyre. Rous savons que 1h dernière partie de cette opinion est erronée. Il dit aussi que la salsepareille est surtout salutaire comme moyen d obvier aux effets pernicieux produits sur l’économie par un traitement mercuriel; et de son temps, juand on administrait largement l'hyia)byie et que 1 on poursuivait son ac-
tion pendant un temps considérable, ses effets étaient souvent d’une nature grave. Aujourd’hui, on donne ordinairement la salsepareille à la fin d’un traitement mercuriel, et, autant que j’en puis juger, celle méthode est suivie d’heureux effets et rend le malade à la santé beaucoup plus vite que s’il ne prenait pas ce médicament. On s’en sert aussi comme d’un altérant dans diverses maladies réputées syphilitiques, quoiqu’elles ne possèdent pas exactement les caractères de l’affection désignée par Hunier, ni ceux de la maladie vénérienne squammeuse décrite par M. Carmichael. Beaucoup d’affections classées parmi celles de nature syphilitique cèdent, sans aucun doute, à l’action de la salsepareille et des traitements altérants plus facilement qu’à un traitement complètement mercuriel.Souvent on retire un avantage plus grand encore de l’emploi de la salsepareille administrée soit avec de petites doses de deutochlorure de mercure, soit avec de l’acide nitrique, soit avec de l’iodure de potasse, soit avec des préparations antimoniales; et l’on voit beaucoup de cas dans lesquels ce mode de traitement mis en usage dans le principe de la maladie réussit encore mieux que le- mercure, quoique à une époque subséquente l’administration de ce métal puisse produire des effets surprenants. Dans l’hôpital du college de l’Université, on guëiit promptement deux tiers au moins des cas syphilitiques sans le mercure, auquel on substitue de petites doses d’iodure de potassium avec de la salsepareille, et l’on sait que les cas traités par nous sont rarement suivis des symptômes consécutifs qui, lorsqu'ils se produisent, sont pour la plupart excessivement bénins et d’une guéiison facile. Au lieu de recourir aux frictions mercurielles et à une salivation violente, j adopte aussi quelquefois la méthode de donner quotidiennement quelques grains de la pilule bleue associée à I iodure de potassium; l’efficacité cl la bénignité de ce traitement, dans lequel ligure le mercure, m’en donne une opinion favorable. Quant à la décoction composée de salsepareille et aux acides minéraux, ils sont utiles à des époques particulières de la maladie où la santé n est pas dans des conditions propres à recevoir l’action du mercure ; mais quant a ta question de savoir si aucune de ces substances possède réellement ce qu’on entend quelquefois par vertu anlisyphilitique , on peut la résoudre en grande
partie par la considération , de savoir jusqu’à quel point la vérole peut être guérie sans mercure et jusqu’à quel point aussi l’on peut espérer une guérison spontanée. Certainement , on conçoit parfaitement que bien qu’on puisse quelquefois arriver à la guérison de la maladie par l’interruption du mercure , on peut encore la hâter d’une manière notable, quand à ce changement dans le traitement nousjoignons l’administration de la salsepareille ou d’autres substances altérantes. Une autre circonstance qu’on ne doit jamais oublier, c’est que les maladies vénériennes sont souvent compliquées par de l'inflammation de nature ordinaire ou spécifique, et que, par conséquent, elles nécessitent fréquemment un traitement antiphlogistique. L’inflammation qui accompagne les effets de la maladie syphilitique n’est pas entièrement spécifique : c’est en grande partie une inflammation ordinaire, et on peut y remédier par les mêmes moyens que ceux auxquels on a habituellement recours pour faire cesser l'inflammation en général, ce sont les saignées, les sangsues, les topiques froids, les cataplasmes, une alimentation faible, le repos, etc.
Je vais maintenant passer de ces observations générales sur la maladie vénérienne et son traitement à des considérations plus particulières sur chacun des symptômes primitifs et consécutifs (i).
(1) De tous les traitements anlisyphililiques dans les cas ordinaires, celui que nous préférons en France consiste à administrer le deutochlorure de mercure, ou sublimé corrosif. C’est la préparation mercurielle la plus facile à prendre, elle expose moins aux coliques que les iodures de mercure. Associé à l’opium, le sublimé fatigue infiniment moins les organes digestifs et respiratoires; mais il faut en surveiller l’action avec soin , car quelquefois il détermine des accidents assez violents, des pincements d’estomac, des vomissements et l’hémoptysie. C’est sous forme pilulaire qu’il est plus facile de le faire prendre à l’intérieur; la dose de chaque pilule est d’un huitième de grain de sublimé et d’un huitième de grain d’extrait gommeux d’opium. Je commence par une seule pilule par jour, et plus tard, quand l’estomac est accoutumé au médicament et que la santé générale du malade paraît bonne, je prescris une pilule le matin et une le soir. Pour peu qu’il y ait un peu de fatigue
CIIAXCRES.
Ce n’est pas précisément parce qu’un chancre a été contracté dans un coït suspect, ni à cause de sa situation, de l'induration plus ou moins grande de sa base, de sa couleur, de sa surface excavée, de ses bords calleux et minés en dessous, ni de son contour rouge foncé, qu’il faut nécessairement conclure toujours que c’est un chancre que l’on a sous les yeux; mais, d’après M. Ricord, on doit plutôt tirer scs renseignements de la nature du pus qu’il sécrète et de l’infection que ce pus est capable de communiquer. Toutes les autres conditions peuvent varier, la sécrétion seule et ses effets consécutifs généraux restent les mêmes (l).
des voies digestives, je supprime une des deux pilules et, quand cela ne suffit pas et que des accidents réels se montrent, je suspends complètement durant quelques jours et ne reprends qu’avec les plus grandes précautions. La dose de sublimécorrosif qu’il convient de prendre dans toute la durée du traitement est de vingt-quatre à trente grains. Il y a des maladies vénériennes que l’on ne parvient pas à guérir avec des préparations mercurielles et qui semblent au’ contraire s’exaspérer sous leur influence; on parvient quelquefois alors à les faire entièrement disparaître en supprimant tout médicament et en envoyant le malade dans un climat chaud. Les sudoriques, et en particulier la décoction de salsepareille, doivent être pris à l’époque précise à laquelle on termine le traitement mercuriel; comme indépendamment de leur vertu antisypbilitique , ils ont pour propriété de chasser hors de l’économie les particules mercurielles, il serait irrationnel de les administrer pendant le temps où l’on veut tenir le malade sous l’influence de l'hydrargyre.
Lorsque les traitements mercuriels ont échoué et que l’on ne peut envoyer le malade dans le Midi, il convient de faire prendre en l’espace de six semaines vingt bouteilles de tisane de Fellz ou de rob de LafFecteur, en mangeant peu et s’abstenant complètement de sel, d’acidcs, et de tout purgatif salin.
(Note du trad.)
(1) Bien que les signes présentés par les ulcérations soient bien loin d’être infaillibles, il ne faudrait pas inférer de ce qu’on vient de lire ici que l’on n’a point de bons renseignements à espérer de l’aspect des chancres; ainsi il est constant qu’en général les ulcérations
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Le terme chancre , emportant avec lui-même l’idée d’un ulcère qui a un aspect rongeant , n’est pas exactement celui qu’on devrait employer; peut-être l’expression d 'ulcération primitive est préférable. Ce n’est pas toute plaie provenant du coït que l’on doit considérer comme un chancre ; il y en a beaucoup que l’on suppose produits par l’action irritante de sécrétions plus ou moins altérées des organes génitaux. Les ulcérations qui ont celte origine sont assez communément classées avec celles de nature vénérienne, quoiqu’elles n’aient pas l’aspect que ferait supposer la signification du mot chancre ; pour cette raison et pour d’autres encore, l’expresion dWce rat ion primitive semble préférable.
Les ulcérations primitives sont le plus habituellement situées sur les parties extérieures des organes de la génération, et surtout sur celles de ces parties qui sont couvertes par une membrane line et délicate , comme la face interne du prépuce, le gland ou la couronne du gland chez l’homme , et sur les grandes et les petites lèvres , etc., chez la femme. On les rencontre quelquefois aussi sur d’autres endroits des organes génitaux, comme sur la peau de la verge ou sur celle des grandes lèvres, et quelquefois, comme tous les chirurgiens le croient aujourd’hui , en dedans de l’orifice de l’urètre ou du vagin , bien que moins fréquemment dans ces endroits que dans les autres que je viens de mentionner. La formation de chancres sur la partie externe des grandes lèvres, au périnée et sur la peau de la verge , semble prouver que la matière syphilitique peut produire l’ulcération même dans les points où un épiderme épais sépare cette matière de la peau proprement dite. Je ne sache pas qu’il existe aucune preuve positive qu’une ulcération vénérienne primitive ait jamais été produite sur une partie quelconque de la surface générale du corps dans un point distant des organes génitanx, à moins qu’il n’y aiteu uneblessure , un ulcère , un boulon ou une solution de continuité quelconque existant dans ce point à l'époque où celle matière a été appliquée.
La période qui sépare l’apparition de 1 ulcération , de l'instant oii le virus est
syphilitiques ont des bords de couleur rouge cuivrée et taillés à pic, et que leur ,0,lU est grisâtre. (Note du trad.)
S . C oo per.
appliqué, est d’une durée extrêmement variable. Hun ter rencontra des chancres qui avaient apparu dans les vingt-quatre heures qui suivirent le coït impur, mais il vit aussi des cas dans lesquels les ulcérations n’apparurent pas avant six ou huit semaines après la copulation. Une véritable ulcération vénérienne primitive ne se montre guère avant six ou sept jours à partir de l’application du virus. Le docteur Wallace il i t que sur un certain nombre de cas de syphilis primitive produits par l’inoculation artificielle, et dont j’ai les observations entre les mains, la phlogose ou ronoeur commença le second jour. La période d’ulcération dura sept jours, celle pendant laquelle existèrent des bourgeons charnus dura dix jours, et celle de cicatrisation six jours. 11 s’en écoula donc vingt-cinq depuis l’inoculation du virus jusqu’à la cicatrisation complète de l’ulcère (1).
Les ulcérations vénériennes primitives. sont de plusieurs espèces. La plus remarquable est celle qu’a si bien décrite Hunter, et qui est appelée pour celte raison chancre hunfcricn. Il est caractérisé par une tendance à prendre une forme circulaire, par sa surface excavée, la qualité tenace et adhérente de la matière qu il produit, et par sa base et sen bord cartilagineux. Généralement il commence comme un bouton ou par une petite vésicule qui s’agrandit bientôt et se rompt et s’ulcère. Dans la plupart des cas une ulcération vénérienne ne s’étend pas avec une grande rapidité, et le caractère habituel d’un chancre lnintérien est de ne pas faire de rapides progrès. Cependant on rencontre des exceptions a cette règle, et elles semblent dépendre de l’état particulier de la santé générale; car, quand celle-ci est dans une condition défavorable, ou qu’il existe une certaine perturbation ou irritabilité de l’économie, 1 ulcération s’étendra avec une plus grande rapidité que de coutume. Quand ulcération est situce sur le prépuce ou sur le frein, il y a habituellement plus d inflammation que quand elle existe sur le gland. Lorsque l’ulcère est sur le gland, il est moins douloureux mais plus disposé à donner lieu à l’hémorrhagie.
Ce que l’on nomme phimosis est une inflammation , un épaississement et une
0) Wallace, Des maladies vénériennes.
contraction de l’extrémité du prépuce rendant impossible de le tirer en arrière de manière à découvrir le gland. C’est une conséquence moins fréquente du cliancre Lunlérien que de quelques autres ulcérations primitives sur la verge. Mon expérience personnelle ne me porte pas «adopter l’opinion que la base dure, cartilagineuse du cliancre huntérien est un caractère essentiel d’une ulcération qui est capable de produire dans l’économie des effets ou des symptômes consécutifs qui sont exclusivement regardés comme syphilitiques. Elle ne m’a pas non plus fait adopter l’opinion dcM. Ricord, qui pense qu'un chancre présentant un tissu induré est plus souvent qu’un autre suivi de symptômes consécutifs. Tous les chirurgiens savent qu’un chancre huntérien peut être et est souvent suivi de symptômes consécutifs, mais il y a d’autres espèces de chancres primitifs qui produiront de semblables lésions , tellement semblables qu’on ne saurait les distinguer. Il est assez curieux de remarquer que la fréquence des chancres hunlériens «st bien diminuée à Londres, quoiqu’ils soient encore très-communs à Paris ; ainsi que me l’a appris mon ami M. Morton du college de l’Universitc , qui a suivi les hôpitaux de Paris pendant les deux étés derniers.
Une autre espèce d’ulcération primitive est celle que l’on appelle généralement ulccrc superficiel à bords élevés ; il n’est pas accompagné d’induration, mais ses bords sont très-élevés : on le voit souvent à l’extérieur du prépuce ; ordinairement il n’est pas seul mais il est accompagné par d’autres de même nature , quelquefois au nombre de deux , trois, quatre ou plus encore. Dans bien des cas nous les voyons entourer l’orilice du prépuce, produisant un épaississement de celui-ci, et donnant lieu au phimosis, qui peut durer long-temps après la guérison des ulcères. Quelquefois nous voyons quelques ulcérations superficielles de cette espèce sur la couronne du gland et d’autres sur le prépuce ou autour de son orifice , ou précisément sur l’extérieur de celui-ci. Ils sont ordinairement très- opiniâtres , et il peut se passer long temps avant qu’ils subissent une modification de la part du mercure, soit qa’on l’administre à doses considérables, ou qu’on le donne simplement à dose altérante. Quelquefois il se passe cinq ou six semaines sans qu’aucun changement marqué ait lieu en eux quoique
l’on fasse, et s’il s’est fait une modification cela a été pour empirer. J’en ai vu des milliers dans ma vie, mais j’ai observé qu’après cinq ou six semaines ils cèdent généralement au traitement ordinaire, c’est-à-dire à de petites doses d’iodure de potasse, au mercure, à. des purgatif légers, aux antimoniaux et quelquefois au quinquina , à la salsepareille et aux acides minéraux. Le chirurgien est d’abord découragé en les voyant résister à tous les modes de traitement. Un des sièges les plus habituels de ce genre de chancre est le côté du frein qui généralement est bientôt détruit. La lotion noire ou jaune , le nitrate d’argent, ou bien les lotions de cuivre ou de zinc, sont les meilleurs topiques.
Une autre espèce d’ulcération primitive est celle que l’on nomme phagédénique , ulcère rongeant, sans bourgeons charnus , et correspondant à la description que l’on donne des ulcérations phagédéniques en général. Elle ne présente point d’induration remarquable à sou pourtour, mais sa circonférence est d’un rouge livide. Elle empire invariablement parl’administration du mercure, fait que je regarde comme aussi bien établi que tout ce qui a pu être démontré à l’égard du traitement des maladies vénériennes.
Lorsque la vérole affecte cette forme, la totalité du pénis est souvent détruite en peu de temps si le traitement est conduit d’une manière imprudente. Quelquefois Il survient une hémorrhagie considérable, et elle produit un effet avantageux; car on observe ordinairement qu’après une perle de sang les ravages cessent de prendre de l’extension, ou sont suspendus pendant quelque temps: nous pouvons en inférer que la saignée sera souvent utile dans les premiers temps de l’affection ; c’est une vérité pleinement confirmée par l’expérience (1).
(1) Sans aborder ici la question de savoir jusqu’à quel point il peut cire ou ne pas être rationnel de faire un traitement mercuriel en pareille circonstance, traitement qui du reste n’aurait assurément pas l’inconvénient d’exaspérer l’ulcération si on attendait la cicatrisation de celle-ci pour le commencer, je me bornerai à faire observer que l'hémorrhagie qui peut amener une amélioration notable devrait cependant être arretée si son abondance compromettait l’état du malade, et après avoir essayé d’une compression douce il faudrait en venir à la
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Il y a encore Y ulcère gangreneux. Il se manifeste d'abord sous la forme d’une tache noire , qui s’agrandit, tombe ensuite , et laisse ainsi visible une surface corrodée et phagédénique. Lorsque l’eschare s’est séparée , il peut rester un ulcère douloureux dont le bord est d’un Lieu foncé ou d'un cramoisi livide. De celte manière , la maladie poursuivra sa marche en gangrenant et en ulcérant alternativement les tissus , et cela quelquefois jusqu’à ce que les parties externes de la génération soient presque totalement détruites. Quanta l’hypothèse d’après laquelle les chancres phagédéniques primitifs tireraient leur origine d’un poison spécifique particulier , diverses considérations s’opposent à son adoption.
Le chancre n'est pas toujours pbagédénique dès le principe, et nous supposerions naturellement qu’il eu devrait être ainsi s’il provenait d’un poison spécifique particulier. Les causes de l'ulcération phagédénique peuvent souvent remonter d’une manière non équivoque à l’état de santé de l'individu, à ce qu’il ne se sera point astreint au régime voulu, à ce qu’il se sera rendu coupable d’excès , enfin à ce qu’il aura négligé quelque chancre primitif d’un autre genre au commencement de son développement. Les opinions que j’ai émises sur les chancres phagédéniques primitifs -s’appuient en grande partie sur les observations de M. Travers. Un grand nombre d’individus affectés d’ulcères vénériens phagédéniques de nature particulièrement grave sont amenés à Saint- Thomas-Hospital ; ils sortent d’un certain endroit de Londres appelé Swan Allcy , près Sainle-Katharine’s Docks, -et c’est à cause de cela que la maladie est vulgairement connue dans les hôpitaux de la ville sous le nom de chancre de Swan Alley (Swan Alley sore). J’ai vu la même affection à Sainl-Bartholomew sur des individus venant, je crois •d’autres ruelles. Mon ami , M. Travers ’ a décrit cependant cette maladie sous sa forme véritable , telle qu’elle se rencontre habituellement chez de très jeunes
cautérisation avec le nitrate d’argent et même avec une petite lige métallique rougie que 1 on appliquerait légèrement et instantanément sur le point qui donne issue au sang dans le cas où on ne pourrau se rendre maître de l’hémorrhagie.
{Note du irad.)
fdles qui habitent près Saiute-Katharine’s Docks et se livrent souvent au coït avec des marins , des Lascars et d’autres hommes de couleur. Ce chancre se manifeste habituellement entre les fesses , dans l’aine ou sur une des grandes lèvres jusqu’au périnée; et, lorsqu’il prend de l’accroissement , la peau environnante devient d’une couleur cramoisie. Sa surface est généralement couverte d’une eschare profonde couleur de cendre. Il s’étend souvent avec une rapidité effrayante. Il produit de grands désordres dans l’économie et des douleurs intenses. L’appétit se perd, et la maladie est accompagnée, pendant la plus grande partie de sa durée, d’une prostration excessive. Ce genre de chancre est rarement ou n’est même jamais suivi de symptômes consécutifs; fait qui confirme l’opinion que je me suis formée , et d après laquelle ce chancre ne proviendrait pas d un poison spécifique particulier , mais serait en grande partie déterminé par l’état général de la santé à l’époque où il aurait été contracté.
■Nous voyons , d’après les faits établis par M. Travers, que la plupart des jeunes filles qui sortent de cet endroit suspect (Swan Alley) et qui sont affectées d’ulcération phagédénique s’étaient généralement nourries d’une manière malsaine. Elles sont habituellement entretenues par des juifs et des juives qui leur donnent de l’eau-de-vie de genièvre en abondance, mais peu de nourriture substantielle. Elles sont presque affamées et dans un état d excitation et d’ivresse plus ou moius profond, se livrant au coït avec des Lascars et d’autres marins étrangers d une excessive saleté à chaque heure du jour. De celte manière leur constitution doit s’altérer de façon à rendre très difficile la guérison d’une maladie quelconque ; et nous ne saurions nous etonner que la débilité de leur corps imparfaitement développé, leur genre de vie et leur malpropreté puissent déterminer l’ulcération phagédénique et lui donner un caractère plus dangereux que de coutume.
Si cependant on n’attend pas trop long temps pour employer le traitement convenable, on pourra généralement arrêter les progrès de la maladie ; mais si elle est négligée ou mal traitée dans le principe , 1 ulcération fera souvent de tels ravages qu’elle détruira les parties molles qui ferment l’ouverture inférieure du bassin. J ai vu des cas de celte
gravité , et il est inutile de dire que le résultat fut fatal. Bien que j'aie émis l’opinion que l’ulcération pliagédénique ne dépend pas nécessairement d’un poison spécifique particulier, je ne voudrais pas que l'on crût que des chancres déterminés dans l’origine par le virus vénérien ne peuvent se convertir en chancres phagédéniques ; je crois , au contraire , que toute espèce de chancre peut devenir pliagédénique dans des conditions particulières de la santé générale ou par suile d’un traitement irrationnel, mais que la plupart des chancres phagédéniques ne sont nullement produits par un poison spécifique particulier et que celui-ci ne peut jamais être leur cause essentielle.
Le docteur Wallace a essayé de former une classification des chancres phagédéniques et gangréneux. 1 1 les a divises principalement en chancres phagede'nicpies sans eschare, chancres phagc'de’niques avec eschare blanche , et chancres phagc'dé niques avec esc! Lare noire; il ne conseille pas pour ces derniers l’emploi du mercure, mais lorsque l’eschare est blanche, et aussi quand l'affection est pliagédénique sans eschare, il a fréquemment recours à ce minéral. Mais si l’on réfléchit avec soin aux mauvais effets que l’on sait provenir de l’emploi abondant de i’hydrargyre dans les maladies phagédéniq-ies, on ne sera pas tenté d’imiter celle méthode.
IS’ous devons avoirsoin de nepointconfondre les ulcérations vénériennes primitives avec plusieurs lésions ordinaires que l’on ne saurait même soupçonner avoir la moindre connexion avec un virus quelconque ou lui devoir leur origine ; telle est par exemple la maladie appelée herpès præputialis , qui commence par de la chaleur et de la démangeaison à la peau : symptômes qui, après un ou deux jours, sont suivis dffdéveloppement de plaques rouges aussi larges qu’un schcli/tg, et surchacunedosquelles on peut voir cinq ou six vésicules qui perdent leur transparence au bout de peu de jours et se remplissent de pus. Elles se rompent alors et le liquide qui en sort et se sèche forme des croûtes. Les excoriations de la couronne du gland et du prépuce sont communes aussi chez des individus malpropres et qui négligent de laver ces parties de temps en temps. En pareille circonstance il ne sera pas rare de voir se produire des excoriations fort gênantes dues à la présence du
mucus naturel qui devient alors acrimonieux et irritant. Ces maladies demandent seulement des soins de propreté pour se guérir. Les individus affectés de ces excoriations nous consultent souvent, et si nous leur administrons du mercure nouî le donnons sans que cela soit nécessaire ; il ne faut autre chose qu’une faible solution de sulfate de zinc ou une lotion d’eau de rose et de sous carbonate de potasse. Il y a aussi des cas dans lesquels le prépuce présente un aspect écailleux, une sorte de psoriasis que l’on ne doit pas confondre avec une affection syphilitique.
Quelquefois les anciens praticiens excisaient complètement les chancres; dans d’autres cas, ils les détruisaient au moyen des caustiques. On fait souvent usage aujourd’hui de cette dernière méthode, quand le chancre est récent et de petite dimension, afin de diminuer les chances du développement des symptôme consécutifs. Feu le docteur Wallace a insisté particulièrement sur l’utilité de ce mode de traitement, ses motifs sont fondés sur ce que, si l’on peut détruire la surface au début de l’affection et avant la formation de bourgeons charnus , les chances défavorables des symptômes consécutifs par l’absorption seront considérablement diminuées (1). «Si l’on parvient, dit le docteur Wallace, à détiuire les propriétés vénéneuses d'un ulcère produit par l’application directe du virus vénérien avant que le travail de l’ulcération ait cessé dans aucun point de l ulcère r on pourra empêcher l’infection constitutionnelle. » M. Ricord suit celte pratique : il remarque que les symptômes consécutifs qui ne peuvent se développer qu’après un chancre ne surviennent pas dans tous les cas, et, quand ils se montrent , ce n’est qu’au bout d’un certain temps. On doit être bien convaincu do l’importance qu’il y a à distinguer le commencement réel du commencement supposé d’un chancre, c’est-à-dire qu’on ne doit point compter à partir du jour où le malade s’aperçoit pour la première fois qu’il a une ulcération mais du jour où il l’a contractée. « On verra, » dit M. Ricord, « que si l’ulcération est détruite complètement par le caustique ou d’autres moyens avant que trois à cinq jours se soient écoulés à partir de l'application
(1) Wallace, De la maladie vénérienne»
p. 53, etc., in-8°. Lond., 1833.
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
de la cause, celte ulcération ne présentera point le danger d’une inflammation consécutive. C'est seulement le cinquième jour environ, » dit-il encore , « que commence l’induration d’un chancre, et c est ordinairement le chancre induré qui est suivi de symptômes consécutifs.» Il semble à M. Ricord qu’une induration de cette nature indique que le principe morbide (c’est-à-dire le principe actif de la maladie) a pénétré plus avant dans l’économie. Tant que l’induration n’existe pas , il considère possible de supposer que l'affection est encore superficielle.
Le docteur Wallace a donné , je crois, une meilleure explication qu’il appuie sur ce fait , savoir : que l’absorption n’a pas lieu habituellement jusqu'à ce que des bourgeons charnus se soient formés sur un point quelconque de l’ulcère.
Pendant les deux ou trois jours employés par le docteur Wallace à l’application du nitrate d’argent , il préparait son malade par une purgalion , et par la régularité dans sa manière de vivre, à un traitement général subséquent. En même temps il appliquait sur le chancre de la charpie trempée dans la solution d’acétate de plomb et recouverte de taffetas gomme. Dès que l’ulcération avait cessé et que le travail de réparation avait comiflEnce * il recourait au mercure, « pour hâter les progrès de la guérison et diminuer les chances du développement des symptômes consécutifs » (1). Bien que je ne croie pas, avec le docteur Wallace , qu il faut donner le mercure aussi abondamment qu’il le fait , ou même le donner a la moindre dose dans quelques cas oh il le recommande, je suis inlime-
(I) La cautérisation des chancres nais
sants a des avantages en ce quelle peu aireler 1 absorption du virus mais je m croirais pas prudent de se lier à un sem niable moyen pour ne pas faire de irai te ment mercuriel; car l'infection générale peut avoir déjà eu lieu, et en ce ca< on s exposerait aux chances désastreuse' des accidents consécutifs : on pourra donc recourir provisoirement à ce moyen
•fais quand on se décide à faire un traiement mercuriel, soit qu’on ait cautérisé ou non, cette cautérisation devient bien “°'ns «“Portante. Il faut observer enf ,C|"e .dan* un certain nombre de cas
lieu àUdtstalrn C CiS cliancrcs a donné ibodo d„£bul?0"s' de sorte lue cette mé-
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(bote du trad.)
ment convaincu de la vérité de la proposition qu’il a établie , ainsi que M. Ricord , savoir : que plus tôt un chancre primitif est cicatrisé, plus tôt cesse le danger qui peut résulter des accidents locaux et généraux (l). J'ai déjà fait observer que tous les chancres ne doivent pas être traités de la même manière.
Dans 1 ulcération phagédénique, l’emploi du nieicure est irrationnel ; on doit d’abord recourir à des traitements adoucissants; il convient de mettre en usage la méthode antiphlogistique; et si le malade n est pas ti op affaibli et qu’il existe des traces manifestes d’inflammation, le meilleur mode de traitement se composera de saignées, de préparations antimoniales, de salsepareille avec des acides minéraux, et de substances hypnotiques, telles que la ciguë, la jusquiame ou l’acétate ou hydrochlorate de morphine :
on doit aussi prescrire une alimentation légère, une grande aération et une propreté parfaite. Puis il sera utile d’appliquer sur l’ulcère lui-même des lotions contenant de 1 opium ou de la jusquiame avec une proportion d’acide nitrique. Il sera essentiel de garder le repos et de rester au lit. Mais, dans la plus grave des ulcérations phagédéniques , qui est celle dont je viens de parler et qui est accompagnée d’une grande faiblesse, l’alimentation ne doit pas être trop légère. JNous commençons par donner au malade une alimentation composée d'œufs et de ait; et quand l’estomac a acquis plus de lorce , on peut permettre une côtelette de mouton par jour et de dix à douze onces de vin. Quelquefois on peut employer l’acide nitrique non dilué; dans d autres cas une lotion consistant en une pinte d’eau distillée, trois gros de chlorure de soude, et un gros de potasse caustique, neltoiera la surface de la plaie et baiera ta formation de bourgeons charnus de bonne nature. On a conseillé de traiter les ulcères vénériens phagédéniques par la compresùon , mais je n’en pois parler d après ma propre expérience. 1
On croit que les chancres gangréneux sont suivis moins fréquemment que d’autres par des symptômes consécutifs. « Si, par suite de la violence de l’inflammation , dit le docteur Wallace, ua travail de formation d’eschare gangréneuse commence dans un chaucre avant que l’ac-
(1) Ouvr. cité, p. 113.
tion de l’ulcération
quelconque de sa surface, et si ce travail enveloppe la partie tout entière au delà du point infecté , il peut non-seulement opérer la guérison naturelle de l’affection locale , mais aussi empêcher l’infection constitutionnelle. « C’est ainsi qu’il explique comment beaucoup de malades sur les chancres desquels s’élaient formées des eschares au début de la maladie ont échappé au développement des symptômes consécutifs. Cependant on supposerait à tort qu’aucuns des malades atteints de chancres gangréneux ne sont affectés de symptômes consécutifs. On voit parfois le contraire dans l’hôpital du collège de l’Université; mais, sous l’influence du traitement adopté dans cet établissement, les symptômes consécutifs ont toujours été dénués de gravité et faciles à guérir.
Quant au traitement du chancre primitif caractérisé par un fond et des bords cartilagineux et durs que l’on appelle chancre hunlérien , on emploie habituellement le mercure ; mais les opinions diffèrent quant au degré plus ou moins considérable auquel on doit en faire usage. Quelques-uns des chirugiens fortement opposés à l’emploi abondant de l’hydrargyre pour d’autres chancres vénériens primitifs sont de chauds partisans du traitement par ce minéral dans le cas dont il est ici question. M. Carmichael est de ce nombre; et quoiqu’on ne puisse dire qu’il soit généralement favorable à l’administration du mercure en quantité considérable , il conseille un traitement mercuriel complet lorsqu’il s’agit d un chancre lnmtérien. Nous entendons souvent affirmer que la maladie se guérit plus vite, et que les chances défavorables des symptômes consécutifs sont diminuées d’une manière plus effective par celte méthode que par toute autre. Celte doctrine cependant trouve peu d’appui dans les faits cités par M. Rose ; et, à l’hôpital du collège de l’Université, j’ai traité le chancre lnmtérien avec autant de succès que les autres chancres par l’hydriodate de potasse et la salsepareille sans employer le mercure. Si l’on préfère l’hydrargyre, on doit le donner de manière à affecter les gencives et à produire une salivation légère ; mais j éviterais d’agir plus violemment sur 1 économie par ce minéral : car cela pourrait occasionner dans la santé générale de graves désordres, qui feraient que la guérison en serait plus probablement retardée
qu’accélérée. Du reste, je conseille d’essayer d’abord de l'effet produit par l’action modérée de l’hydrargyre, aidée d’un régime convenable, avant de soumettre le malade à une salivation pénible et abondante.
Lorsqu’une ulcération est située a l’intérieur du prépuce, et que ce dernier est tellement gonflé qu’on ne peut l’attirer en arrière et examiner la plaie , nous devrons toujours enlever avec soin par des ablutions la matière qui s’amasse sous celui-ci. Dans ce but, nous devrons d’abord nous servir d’eau chaude, ét puis d'une solution d’acétate de plomb ou desulfate de zinc. En cas pareil , la propreté aide beaucoup à la guérison. Maintenant que l’on aime mieux généralement donner des quantités modérées de mercure que de faire naître une salivation violente et abondante , nous ne pouvons faire un mal réel en suivant cette méthode, bien que la position du chancre qui est caché ne nous permette pas de juger exactement de sa nature. Dans un cas de ce genre, si l’on avait des objections à faire contre l’iodure de potassium, je penserais qu’on est parfaitement autorisé à faire usage de l’hydrargyrc, en observant la modération que je conseille dans son emploi. Autrefois, quand 1 ulcère était situé de manière à ne pouvoir s’apercevoir, et alors qu’on était dans l’habitude de provoquer chez le malade une salivation abondante, la question de savoir si le mercure devait ou non etre administré devenait extrêmement grave, elle équivalait h celle-ci : le malade doitil ou ne doit-il pas supporter une salivation longue et violente , sa constitution en sera-t-elle ou n’en sera-t-elle pas gravement altérée? Mais aujourd hui la decision de celte question n’implique pas une considération decetteimportance(l).
(t) L’accident dont il est ici question constitue ce que nous appelons phimosis accidentel; c’est toujours une complication fâcheuse, elle empêche de juger l’état du chancre et d’y appliquer aisément les topiques convenables. On devra pousser assez fortement des injections outre le prépuce et le gland, et quand l'inflammation sera forte mettre des sangsues aux aines et non pas à la verge. Pendant ce temps le traitement mercuriel à l’aide du sublimé et de I opium et suivi de l’administration des sudorili-ques, sera employé avec modération et d’après les principes émis dans mes notes-
TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE ait cessé sur un point
DE PATHOLOGIE CIIIRÜRGICALE.
Si un chancre se guérit rapidement sous l'influence du mercure, la règle générale est de continuer ce remède pendant dix ou quinze jours après la guérison du chancre. Une autre règle générale est de ne pas interrompre l’hydrargyre jusqu’à ce que l’on ait fait disparaître la dureté de la surface sur laquelle était situé le chancre, car il n’est pas rare de voir considérer ce fait comme le moyen de savoir si toute action morbide a cessé dans la partie affectée. U y a des exceptions cependant ; quelquefois un chancre laisse une cicatrice calleuse qui ne cède pas au mercure , et par conséquent, si l’on persévérait dans son administration au delà d’une certaine période , on ferait plus de mal que de bien (lj.
précédentes; ainsi on obtiendra en même temps la guérison de la syphilis et celui du phimosis. Si cependant celui-ci persis'e après la cicatrisation des chancres, il faudra l’opérer; mais si l’on faisait cette opération a l’époque où les chancres sont en pleine activité, on s’exposerait à voir les deux plaies du prépuce, résultat de 1 incision, se convertir en deux ulcérations syphilitiques ; néanmoins il faudrait bien- tendre le prépuce s’il survenait une hémorrhagie. Lorsque, par la négligence des injections, il est survenu des adhérences entre le gland et le prépuce, il faut attendre que la vérole soit guérie pour fendre le prépuce, et disséquer avec soin entre celui-ci et Je gland, en ayant la précaution de ne point entamer ce dernier. (Note du trad.)
(1) H y a des chancres qui laissent après eux une cicatrice fibro-cartilagineuse qui persiste, et dans ces cas les accidents consécutifs seront plutôt à redouter que dans ceux où la cicatrice est bien lisse et souple; je crois que cette diücrence doit toujours dépendre d'une cause générale, et la nature des pansements et des topiques paraît tout à fait élrangèteâ ce résultat. Quoi qu’il en soit, les topiques que nous préférons dans les cas ordinaires sont quelques brins do charpie ou un petit linge enduits de cérat lorsqu il y a de la douleur et des signes a inflammation; lorsqu’au contraire il n y en a pas on les trempera dans l’eau j Anche, et si les bords du chancre paraissent livides et tout à fait indolents on trempera la charpie ou le petit linge fi‘ns ® aron,iatiquc. L’interposition
soni n b',nS de charPie °" du petit linge sont mîe sage précaution pour éviter les
Il est une espèce de chancre siégeant à l’intérieur du prépuce, dans le point où il se réfléchit sur la couronne du gland , et qui quelquefois donne lieu à un .amas de pus entre la peau du dos dé la verge et les corps caverneux. Si on ne donne pas issue au pus réuni en cet endroit, il pourra s’étendre jusqu’au pubis, et une assez grande partie de la peau du pénis se trouvera ainsi détruite. Quelquefois plusieurs petites ouvertures se forment, mais elles sont insuffisantes pour empêcher le désordre. Ce qu’il y a de mieux à faire en cas pareil, est d’inciser largement ou de fendre le prépuce depuis son ouverture jusqu’à la couronne du gland.
Le docteur Wallace a souvent montré aux élèves qui suivaient son hôpital l’influence remarquable du nitrate d’argent pour arrêter les progrès d’un chancre sur le frein. Tout le monde sait combien les chancres situés sur cette partie ont de tendance à la perforer; et l’on croit aussi assez généralement que quand celte perforation est arrivée, l’ulcération ne pourra se cicatriser avant la complète destruction de tout le frein : de là vient l’habitude de diviser la partie perforée avec un bistouri. Le docteur Wallace nous affirme que dans dix-neuf cas sur vingt, si le malade recourt au chirurgien avant que l'ulcère ait perforé le frein, on pourra prévenir celte perloralion par Inapplication du nitrate d’argent et que, si le frein est déjà perforé, ce qui en reste pourra être conservé par cette pratique (l).
Beaucoup de chirurgiens ne sont pas convaincus de la vérité de la doctrine qui prétend que , par le seul aspect d’un chancre primitif , on peut reconnaître s il est ou non de nature vénérienne; et lorsqu'il y a doute sur cette question, la méthode la plus sage est peut-être toujours de donner du mercure ou de l’iodure de potassium en quantité modérée.
Le succès du traitement des chancres primitifs dépend réellement de la nature ^ régime observé par le malade; car s il néglige de garder le repos , s’il s'expose à tous les temps , et s’il se livre à des excès quelconques, il aura à redouter des dangers plus graves que d’autres
adhérences entre le gland et le prépuce. ... (Note du tiad.)
(1) Voyez Wallace, De la maladie vénérienne, p. 95.
individus affectes de la même maladie qui se conduiront d’une manière plus prudente. A l’égard des pansements, les lotions astringentes et surtout la lotion noire (un gros de calomel dans une pinte d’eau de chaux), et la lotion jaune (deux grains de deutochlorure de mercure par once d’eau de chaux), sont généralement préférables à l'application de corps gras ; lorsque l'inflammation est très-intense , nous devons prescrire le décubitus, qui a véritablement un effet marqué , pour hâter la guérison des chancres sur les parties génitales , quel que soit le caractère de ceux-ci.
Je terminerai ces observations sur les chancres en exposant ici des remarques faites par le docteur Wallace, et qui, venant d’un partisan déclaré du traitement mercuriel , méritent une grande attention. « Dans la pratique du dispensaire et dans les rangs inférieurs de la société, dit-il , on peut rarement conseiller en toute sécurité l’administration du mercure à l’intérieur, surtout dans les saisons rigoureuses. Les applications topiques ( le nitrate d’argent et les lotions mercurielles) sont d’un emploi très-utile pour des individus de celte classe et dans cette position. Dans des cas de ce genre, c’est là ordinairement le seul traitement que j’emploie, joint à l’usage de l'acide nitrique à l'intérieur; et, grâce à ces moyens , je réussis presque toujours à guérir la maladie avec rapidité. Les cas traites de celle manière sont aussi très - rarement suivis des symptômes consécutifs (1).