BUBONS
La matière ou poison syphilitique, en passant à travers les glandes inguinales, y produit souvent de l’inflammation et cause leur accroissement de volume , symptômes qui , dans beaucoup de cas, sont suivis de suppuration et d’ulcération. La tumeur, l’abcès ou l’ulcération produits de celte manière, constituent ce qu’on appelle bubon, nom dérivé d'un mot grec qui signifie Vainc, quoique le malade puisse , s'il est affecté d’un chancre vénérien primitif sur un doigt, avoir un bubon juste au-dessus du coude, près du bord interne du biceps ou dans l’aisselle ; de sorte que le bubon ne signifie pas toujours une affection de l’aine, comme le ferait croire l'étymologie du
(I) Ouvr. cité, p. 113.
mot. Mais le poison syphilitique peut pénétrer dans l’économie sans exciter la moindre inflammation dans les glandes absorbantes de 1 aine ou d’autres régions; il peut ne se développer aucun bubon entre l’apparition du chancre primitif et celle des symptômes consécutifs. En d’autres termes, ces derniers ne sont pas invariablement précédés par un bubon. Quoi qu’il en soit , les bubons se forment plus souvent après un chancre situé sur le prépuce qu’après un chancre situé sur le gland; d’ailleurs toute inflammation des glandes de l’aine ne doit pas être regardée comme vénérienne, car elles sont sujettes à des gonflements qui proviennent d’autres causes. Lorsqu’un bubon , résultant de la présence d’un chancre, se développe avant que le travail ulcératif de ce chancre ait cessé, le docteur Wallace pense qu’il est plus probable qu’un bubon de celte nature a élé produit par l’irritation que par l’absorption du virus.
Il considère ce fait comme tacitement admis par les praticiens qui ont acquis la plus grande expérience des maladies vénériennes; car il est reconnu que les bubons sont plus aptes à se développer lorsqu’un certain laps de temps s’est écoulé après la formation d’un chancre, et que, plus un chancre a duré, plus il est présumable qu'un bubon de ce gpnre sera l’avant-coureur des symptômes d’infection générale. Hunter a observé que, quand le poison syphilitique affecte une des glandes absorbantes, la glande enflammée est une des plus rapprochées de l’ulcère primitif. Tel est en vérité le fait, et nous ne voyons jamais que les glandes absorbantes situées sur le trajet de l’aorte ou des vaisseaux iliaques soient enflammées et viennent à suppurer par l’absorption du pus syphilitique. Les glandes de l’aine peuvent donc s’enflammer, suppurer et s’ulcérer; mais il n’en est pas de même de celles qui se trouvent à l’intérieur du tronc. Hunier supposait qu’un moyen de reconnaître la nature d’un bubon vénérien était d’observer qu’il ne comprenait qu’une seule glande, mais aujourd’hui on n’a pas une entière confiance dans ce signe. Souvent plusieurs glandes s’enflamment dans les cas de syphilis et quelquefois une seule glande est affectée dans les cas de tumeur glandulaire causée par l’irritation.
Dans les cas où il existe un bubon scrofuleux, il peut n’y avoir d’abord qu’une seule glande affectée; de sorte qu’on ne saurait, je crois, s’en rapporter à la dis-
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tinction faite par Hanter. Cependant , Wallace , Ricord et d’autres praticiens s’accordent tellement avec la doctrine de Hanter sur ce point qu’ils représentent le bubon vénérien comme ayant le plus souvent son siège dans une seule glande. « Quand l'absorption se fait dans un chancre des organes génitaux, » remarque M. Ricord , « le bubon a seulement pour siège les glandes superficielles , et le plus ordinairement une seule d’entre elles à la fois, bien que plusieurs, tant superficielles que profondes, puissent être affectées d’inflammation et de gonflement ; de sorte qu’une glande peut avoir actuellement tous les caractères d’un bubon virulent, tandis que d’autres situées près d'elles et dans lesquelles l'inflammation peut aussi aller jusqu’à la suppuration ainsi que dans le tissu cellulaire ambiant, présenteront seulement un bubon d’une espèce simple et tout à fait exempt de qualité virulente fl). » Un autre caractère attribué par Hunier à un bubon vénérien , c’est la rapidité avec laquelle s’y f.iil généralement le travail de suppuration et le court espace de temps que met la matière à se frayer un chemin jusqu’à la surface du corps. Je crains que ce signe ne soit pas non plus d une grande importance pratique; car à cet égard il y a de grandes variétés dans les bubons syphilitiques, dont quelques-uns sont beaucoup plus indolents que d’autres. Loin que ce soit le caractère invariable des bubons vénériens d’arriver rapidement à la suppuration , on en voit dont le caractère est chronique, fait qui souvent ne peut être attribué ni à l'influence des scrofules ni à celle du mercure, les deux causes aux quelles 11 -.inter croyait généralement devoir faire remonter celle circonstance; tandis que quelques autres bubons syphilitiques très - aigus se rapprochent plus ou moins de la description de limiter.
Le poison vénérien est beaucoup plus fréquemment^ cause d’inflammations et d abcès dans les glandes lymphatiques que dans les vaisseaux lymphatiques.
Les bubons que l’on suppose être produits parle poison vénérien, mais n’avoir été précédés par aucun chancre, sont appelés quelquefois bubons primitifs, et parles français bubons d'emblée. Mais quand un bubon se développe à la suite
(1) Ricord, Maladie vénérienne, p. 40.
d’un chancre on le nomme parfois bubon consécutif (1). Si la première apparition du bubon s’est manifestée dans la période dite des symptômes constitutionnels, M.
Ricord l’appelle bubon secondaire. Un bubon sympathique est celui qui n’est pas produit par l’action du poison syphilitique mais par l’irritation de l’urètre, du membre-inférieur, ou de quelque autre partie. Les bubons se divisent aussi en aigus et chroniques , inflammatoires et indolents , suppurants et ulcérés.
On sait parfaitement que le pus formé par un bubon vénérien est capable de communiquer la maladie par inoculation, quoique d’après des raisons qu’il est aisé de comprendre, si les observations de M. Ricord sont exactes, la matière sécrétée par le tissu cellulaire ambiant ou. par d’autres glandes simplement enflammées, simultanément, ne soit pas contagieuse, et, conséquemment, si l’on lente de l’inoculer, elle ne communiquera pas la maladie syphilitique.
La généralité des bubons qui ne sont pas vénériens sont précédés et accompagnés d’un désordre plus ou moins grand de la santé ; et si en pareille circonstance il n’y avait pas un chancre pour expliquer la présence du bubon , nous aurions des raisons de supposer que l’état de santé générale a déterminé le gonflement de la glande. Une règle à suivre , lorsque le malade déclare n’avoir pas de chancre ou que nous ne pouvons en découvrir aucune trace , est de nous enquérir toujours de l’état du membre inférieur correspondant, et de nous assurer s’il n’y a aucune inflammation , blessure, furoncle ou plaie au pied , à la jambe, à la cuisse ou aux fesses ; s’il n’y a pas d’oignons sur le gros orteil , de bourse muqueuse enflammée ou de cor douloureux , car chacune de ces causes peut
(1) Il me semblerait rationnel de nommer bubons consécutifs ceux qui se développent lorsqu’un chancre existe déjà, depuis long-temps ou est même cicatrisé, et d appeler bubons primitifs ceux qui surviennent sous l’influence d’un chancre cla)îs les premiers jours qui suivent le coït impur. Quant aux bubons d’emblée, c’est-à-dire qui se manifestent sans être accompagnés d’un chancre apparent sur les organes génitaux, et sans autre symptôme antécédent de syphilis, beaucoup de chirurgiens pensent qu’ils sont dus à la présence d'un chancre à l’intérieur de 1 urètre. (Note du Irad.)
produire l’inflammation et l’accroissement de volume des glandes inguinales.
•— RI. Ricord fait observer que la plupart des bubons qui se développent sans avoir élé précédés d’un chancre ( bubons d’emblée ) ou de toute autre cause à laquelle on puisse les attribuer , excepté le coït suspect , affectent les glandes profondément situées (1); leur marche est généralement chronique; ils ont peu de tendance à la suppuration ; et ce qui est surtout digne de remarque, le pus qui s’y forme ne communique jamais la maladie vénérienne par l’inoculation.
M. Ricord assure plus loin qu’il n’a jamais vu de bubons de cette espèce suivis de symptômes d’infection constitutionnelle (2J.
Nous devons nous guider dans le traitement d’un bubon vénérien d’après le même principe que dans le traitement d’un chancre primitif. La doctrine qui admet la possibilité de guérir les chancres vénériens primitifs sans mercure s’applique aussi aux abcès et bubons vénériens primitifs. Rien que Hunter rapportât l’efficacité du mercure à une action spécifique excitée par ce dernier dans l’économie , action de nature à réprimer les affections syphilitiques , il avait cependant une opinion particulière sur la manière dont opérait ce minéral dans le cas de bubons vénériens. Ainsi , il croyait fort utile de faire passer le mercure par la glande affectée, utilité réelle ou imaginaire qui devait en tout cas être en partie attribuée à l’influence directe du mercure sur la glande pendant qu’il la traverse. Il croyait que de cette manière les bubons étaient plus tôt guéris que quand le mercure était administré par une autre méthode ; il lui paraissait donc important de faire les frictions mercurielles sur une surface d’où les vaisseaux absorbants s’étendissent à la glande affectée. Ce mode de traitement n’est pas considéré peut-être aujourd’hui comme étant d’une aussi grande importance ; et
(1) Les bubons primitifs qui surviennentàlasuite de plaie ou d’ulcération des parties génitales siègent généralement dans les glandes lymphatiques superficielles; parce que celles-ci reçoivent les vaisseaux lymphatiques des parties de la génération, tandis que les glandes profondes reçoivent ceux du membre inférieur et de la partie interne de la fesse.
( Note du trad.)
(2) Ricord, Maladie vénérienne, p. 149.
quelques chirurgiens de grand talent pensent même que l’irritation produite par 1 hydrargyre peut quelquefois devenir la cause du gonflement des glandes absorbantes ou l’aggraver lorsqu’il existe.
Quoi qu il en soit , je puis établir ici que cette méthode n’est pas universellement approuvée, surtout lorsqu’il se développe une inflammation aiguë sur les glandes affeclées. Néanmoins, quand le gonflement est de nature plus indolente ou plus chronique , on adopte fréquemment la méthode de faire passer le mercure parla glande ou jusqu’à celle-ci, ou encore de l’appliquer sur l’aine elle-même; et on ne peut douter que celte pratique n’ait de l’influence pour résoudre la tumeur. Au contraire , si la glande est le siège d’une violente inflammation et d’une vive douleur, on peut mettre en question l’utilité de cette manière de faire.
Pendant combien de temps doit-on continuer l'usage du mercure dans le traitement des bubons? et quelle est la quantité que l’on en doit administrer ? Ce sont là des questions auxquelles on peut faire différentes réponses suivant les diverses écoles. Je me considère comme un partisan de la doclrine qui , tout en admettant la possibilité de guérir toutes les formes de syphilis sans hydrargyre, reconnaît pleinement l’utilité générale de ce minéral comme moyen d’arrêter et de déraciner la maladie , et j’avoue qu’il partage avec les sels d’iode la réputation de posséder plus que tout autre remède la propriété de diminuer les chances des symptômes consécutifs cl d’accélérer la guérison dans un grand nombre d’affections vénériennes. — Riais, je dois le dire, à peine exisle-t-il des cas où il soit jamais nécessaire de donner du mercure abondamment et pendant long-temps. Autrefois, quand las bubons disparaissaient assez rapidement , la règle générale était de continuer l’administration du mercure pendant environ six semaines, temps après lequel il était entièrement abandonné, et on donnait alors du quinquina, de la salsepareille et d’autres toniques.— Tel était généralement le mode de traitement quand les bubons se guérissaient après une durée médiocre.
D’autre pari, s’ils cédaient très-rapidement, on faisait usage de l’hydrargyre pendant au moins trois semaines ou un mois après la guérison du bubon. Mais nous voyons souvent les bubons ne pas se terminer après un traitement mercu-
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riel long-temps continué, et surtout quand la santé est fortement altérée par l'hydrargyre. Il est alors nécessaire d’interrompre l’emploi de oe minéral, et l’on doit donner d’autres remèdes de nature à produire de l’amélioration dans la santé, générale. Un usage trop prolongé du mercure retarde souvent la guérison d’un bubon , et même, quelquefois, occasionne de tels désordres dans l’économie que l’ulcération peut s’étendre par suite de cette seule cause et revêtir les caractères les plus graves.
Chez les individus scrofuleux l’influence du mercure ou le désordre de l’économie provenant des effets réunis de ce minéral et de la maladie , donne souvent naissance à des engorgements glandulaires scrofuleux. Quand l’hydrargyre est employé pour les chancres vénériens primitifs de manière à occasionner une saturation complète de l’économie , cet abus du mercure, s’il y a tendance aui scrofules, agit souvent comme une cause excitante de cette dernière maladie , et il est positif que si l’on continue à administrer ce minéral l’état du malade en deviendra plus fâcheux. En cas pareil l’interruption du traitement mercuriel semble toujours la condition sine qua non de toute amélioration , et au lieu de l’hydrargyre nous devrons recourir à des substances de tout autre nature ; telles que le quinquina , la quinine, la salsepareille, les acides nitrique ou sulfurique dilués et les narcotiques , comme la jusquiame, la ciguë, l’opium, l’acétate ou l’hydrochlorate de morphine, etc. Dans quelques cas aussi il sera nécessaire d’employer des substances que l’on croit avoir une influence particulière sur les scrofules, comme l’iode ou le carbonate de soude, et de conseiller au malade le changement d’air.
Uuc règle à observer est de ne point trop se hâter d ouvrir un bubon suppuré avant que la matière soit réunie en certaine quantité ou ait une tendance à s’étendre, cas auquel la tumeur doit être ouverte le plus tôt possible. Le pus ne se trouve pas toujours à l’intérieur des glandes elles mêmes , mais quelquefois il est dans le tissu cellulaire qui les entoure. Dans les cas ordinaires on doit laisser la peau s’amincir avant de faire nne ouverture qui consistera en une ponction pratiquée avec une lancette ou un bistouri; si la peau était fortement ttmée en dessous, et séparée des parties sous-jacentes , quelques chirurgiens pré-
féreraient ouvrir l’abcès avec un caustique. De cette manière une portion de la peau malade peut être détruite , et on obtient une large ouverture par laquelle le pus s’écoule librement ; ce qui prévient la formation de fistules et de sinus. Une considération en faveur de l’ouverture non prématurée des bubons est que, même après que la matière purulente s’est rassemblée en collection dans leur intérieur, elle peut être résorbée sous l’influence du mercure ou de l’iodure de potassium dont on aide l’action en noircissant la peau avec le nitrate d’argent , et en ce cas on n’a aucune ouverture à pratiquer. — Lorsqu’un bubon vénérien est fort enflammé le traitement antiphlogistique sera aussi nécessaire que le mercure ou l’iodure de potassium, car les inflammations spécifiques reçoivent comme les inflammations simples une influence marquée des remèdes antiphlogistiques ordinaires. Nous devrons appliquer des sangsues, des lotions froides légèrement volatiles, comme dans les inflammations simples, ou bien, si les applications froides ne réussissent pas , nous pourrons essayer celles chaudes et émollientes , comme les cataplasmes et les fomentations. Quand un bubon se convertit en ulcère , le traitement local doit être réglé d’après l’aspect, les caractères et la condition que la plaie peut présenter. Relativement à ce sujet j’ai déjà tracé des règles générales à suivre en parlant des ulcères. Quand toute action spécifique a cessé d'exister dans le bubon , la maladie se trouve naturellement réduite à une plaie ordinaire ou à une plaie d’une des espèces décrites dans ce volume à l’endroit dont je -viens de parler.
Quand un bubon se présente sous la forme d’un ulcère phngédénique profond on peut souvent produire une amélioration rapide par l’application d’une solution d’opium avec unecertaine proportion d'acide nitrique; et même l'acide nitrique concentré appliqué de la manière adoptée pour la pourriture d'hôpital, sera souvent le meilleur topique à mettre en usage. Le docteur Colles , dans des cas de celte nature , frotte les bords de l’ulcère avec le muriate d’antimoine; et il nous assure que quelle que soit l’étendue de la surface, elle commencera à se cicatriser lors même que les bords seuls auront été touchés (l).
(1) Abr. Colles, M. D., De la maladie vénérienne, p. 102.
Quelquefois, lorsqu’un bubon s’est ouvert , une des glandes engorgées vient à saillir au-dessus du niveau de la peau et retarde ainsi le travail de cicatrisation. En général l’accroissement de volume de cette glande disparaîtra sous l’influence du mercure comme, le dit le docteur Colles , mais j’ai vu d’autres cas dans lesquels cela n’a pas eu lieu, et où la maladie se prolongea si longtemps qu’il fut jugé convenable d’exciser la partie la plus élevée de la protubérance glanduleuse , ou de la détruire par des caustiques. J’ai vu un cas de celte nature à 1 hôpital du collège de l’Université, le printemps dernier ( 1 8-I9J. Cependant je ne veux pas dire que l’on doive adopter cette méthode si ce n’est quand on n’a pu faire résoudre la glande proéminente par des moyens plus doux.
Un bubon conduit parfois à la formation d’un sinus ou clapier qui commence du côté de l’ulcère correspondant au pubis et descend dans l’angle formé entre le scrotum et la cuisse. Si l’on ne peut guérir le sinus par la pression , ou s'il ne se cicatrise pas sous l’influence du traitement mis eu œuvre pour améliorer l’état de la santé générale, nous devons ou bien inciser le sinus dans toute son étendue ou bien faire une conlre-ouverture dans un point déclive et faire des injections stimulantes , comme l’a conseillé le docteur Colles. Un autre accident produit par les bubons, et qu’a décrit ce chirurgien, est une ulcération superficielle s’étendant le long du côté interne de la cuisse, quelquefois môme jusqu’à l’anus ou sur l’abdomen. D’un côté cet ulcère se creuse lentement tandis que le bord opposé est mince , et peut même être le siège d’un travail de cicatrisation. Ou lui a donné quelquefois (en Angleterre) le nom de horsc-shoe ulcer. Le mercure est généralement alors inutile et même nuisible.
La lotion noire est un topique convenable. Du reste si l’on essaie le mercure, on en devra donner de faibles doses (l).
Quand le malade a pris une grande quantité de mercure, le bubon peut, après avoir abcédé, laisser la peau décollée et les bords de la plaie calleux et irréguliers. Dans ces cas on est très-longtemps à obtenir la guérison , et la cicatrisation se fait quelquefois attendre pendant des mois entiers. Il est si dilli-
(1) Abr. Colles, M. D., De la maladie vénérienne, p. 105.
cile de rendre ces ulcères à des conditions favorables par les moyens ordinaires, qu il peut devenir nécessaire de retrancher les bords durs et calleux et d écarter ainsi la cause qui s’oppose à la cicatrisation. Au lieu de ce moyen une forte solution de nitrate d’argent ou une solution caustique d’iode, l'acide nitrique non dilué , le nitrate d’argent en substance , ou la potasse fondue , sont quelquefois appliqués sur les bords calleux de l’ulcère. Généralement, sous l’influence de ce traitement, leur induration cède et disparait graduellement; mais dans le cas où ces moyens demeurent sans succès, on ne doit point hésiter à retrancher avec le bistouri les bords indurés de l’ulcère. Quand un bubon se trouve dans ces conditions on emploiera avec avantage la liqueur arsenicale , la salsepareille dans l'eau de chaux ; la cascarille jointe à i’hydriodate de potasse; le quinquina associé aux acides nitrique et sulfurique administrés à l’intérieur ; le changement d’air et les bains de mer.
Quel traitement devons-nous adopter quand un bubon se manifeste sans avoir été précédé par un chancre? Les observations de.M. Ricord, que nous avons déjà signalées, nous porteraient naturellement à ne point recourir à l’emploi de l'hydrargyre , quelle que soit la manière d’envisager la question; cependant, si nous consultons d’autres autorités , nous voyons qu’on ne devrait point négliger le traitement mercuriel. « J’ai traité, dit le docteur Wallace , certains bubons qui n’étaient ni accompagnés ni précédés de symptômes primitifs , mais qui s’étaient développés à la suite d’un coït suspect , comme s'ils avaient été causés par l’absorption du virus vénérien ; et je n’ai jamais eu lieu de me repentir d’avoir mis celte pratique en usage. D’autre part , j’ai vu des bubons qui n’avaient été précédés d’aucuns symptômes primitifs être suivis de symptômes consécutifs quand l’hydrargyre n'avait pas été employé dans le traitement. »
Nous ferons observer ici un désaccord marqué entre M. Llicord et le docteur Wallace, sur la question de savoir si les symptômes consécutifs suivent jamais les bubons d’emblée. Le premier dit que cela n’a lieu en aucun cas , et il ajoute que l’inoculation faite avec la matière formée dans un bubon de celle nature ne peut communiquer la svplulis. A l’hôpital du collège de l’Université, nous ne soumettrions jamais un malade à la
salivation pour un bubon île ce genre; mais nous employons îles moyens simples pour le résoudre, et quand ce traitement ne réussit pas nous essayons de quelque autre en nous guidant sur l’état du bubon et de la santé générale. Si la tumeur suppure, je recommande qu’elle soit traitée comme un abcès ordinaire; et je conseille d’administrer ou de petites doses d’iodure de potassium avec de la salsepareille, ou, lorsqu’il existe quelque trouble fébrile, de donner des préparations antimoniales avec cinq grains de la pilule de calomel composée (l) que l’on fait prendre chaque soir ou de deux soirs 1 un suivant les cas. Si la tumeur persiste à l’état chronique, on doit exciter la peau qui la recouvre par des vésicatoires, la frotter avec de la pommade d’bydriodate de potasse ou de l’onguent mercuriel camphré, ou bien la noircir avec du nitrate d’argent. La compression est utile dans quelques circonstances. Par le moyen de ce traitement nous pouvons combiner l'usage interne de quatre ou cinq grains d’extrait de ciguë, une ou deux fois par jour, avec l’administration de dix à quinze gouttes de la solution alcoolique de deuloiodure de mercure ( Pharmacopée de Londres) une, deux ou trois fois par jour (2).
SYMrTÔJIES CONSÉCUTIFS.
(1) Préparation dans laquelle le calo-
mel est associé à des substances résinéuses. (Note du trad.)
(2) II reste peu de chose à ajouter sur ce sujet; je ferai cependant observer que l’époque à laquelle apparaissent les bubons doit inspirer des craintes différentes sur la nature plus ou moins profonde du mal. Quand un bubon apparaît a une époque éloignée du coït impur, on doit généralement le regarder comme dénotant une infection plus profonde que quand il se développe peu de temps après celui-ci. La nature et conséquemment le pronostic des bubons varient aussi suivant le degré d’inflammation qu’ils présentent. Un bubon chaud, douloureux, et dont la suppuration est analogue à celle du phlegmon, est infiniment moins fâcheux et plus facile à guérir qu’un bubon atonique, peu douloureux, à marche lente, et sans rénitence élastique. Cette dillérence dépend surtout de la constitution des sujets. 11 est un mode de terminaison des bubons quo certains chirurgiens redoutent parce qu’ils croient qu’il «pose beaucoup plus qu’un autre à une inlec.on profonde de l’économie; je veux rarlei de la délitescence. D’autresJ prati-
On peut observer que généralement il existe quelque désordre dans l’économie avant l’apparition des symptômes consécutifs ; il y a plus ou moins de fièvre jointe à l’accélération du pouls; des maux de tôle se déclarent; l’appétit se perd; des douleurs se font sentir dans les membres et le malade éprouve de l’insomnie. Presque tous les individus affectés sont complètement privés de repos pendant
ciens, nu contraire, ayant une opinion favorable de cette issue de la maladie, cherchent à la procurer à l’aide des irrigations froides. La terminaison des bubons par résolution est avantageuse ; quant à celle par suppuration , elle est favorable lorsque celte dernière est franche et que le pus se réunit en un foyer unique; mais on doit la craindre lorsque la matière purulente se forme lentement et en petites collections séparées. Il est quelques bubons qui finissent par induration . et l’on doit remarquer qu’ils ne dégénèrent jamais en cancers.
On vient de lire dans le chapitre ci-dessus que le pus formé dans les bubons d’emblée ne peut communiquer la maladie vénérienne lorsqu’on vient à l’inoculer, et dans les premières pages qui traitent de la syphilis il est souvent question des expériences faites au moyen de I inoculation. Bien que les chirurgiens qui se sont livrés à ces investigations aient expérimenté sur des individus déjà atteints de vérole et aient ordinairement procédé en introduisant dans les tissus d une partie saine la matière produite par les chancres ou les bubons dont ces mêmes sujets étaient affectés dans d’autres parties du corps, nous ne devons point approuver des recherches de cette nature. Les documents qu’elles nous ont tournis sont assurément précieux, mais il ne nous serait pas permis de renouxeler de semblables expériences; car nous avons lieu de penser que l’infection est plus profonde quand il existe un plus grand nombre de chancres, et il ne faut pas couvrir un individu de plaies dans espoir qu un même traitement mercuriel le guérira et des maux produits par la maladie qu’il a contractée et de ceux causés par l’inoculation. Les seules recherches permises sont celles qui n’exposent ni la vie ni la santé de ceux qui sont confiés à nos soins, car, comme le l it Laennec, pour interroger la nature il n est pas permis de mettre un malade a la question. (Note du trad.)
deux ou trois jours avant l’apparition d’aucun symptôme consécutif , c’est àdire avant qu’ils se plaignent d’ulcération de le gorge ou que l’on aperçoive sur eux aucune trace de maladie cutanée- Quand des symptômes consécutifs se déclarent , ce qui n’a pas toujours lieu quel que soit le traitement mis en usage et ce qu’aucune des méthodes employées jusqu’à présent ne peut empêcher d’une manière invariable , ils sont plus aptes à se développer dans certaines parties que dans d’autres. C’est pour celle raison que Hunier divise les parties affectées en deux classes : la première classe comprend celles dans lesquelles ordinairement les symptômes cousécutifs se déclarent d’abord, savoir, la gorge et la peau, auxquelles on doit aussi joindre l’iris et peut-êlre les articulations ; la seconde renferme les parties dans lesquelles la maladie fait sentir sou influence à une époque plus éloignée, tels sont : le périoste et les os ; auxquels on peut ajouter le nez, où l’on voit se développer trèssouvent une ulcération de la membrane muqueuse, l’ozène syphilitique avec ou sans la maladie des os. Dans la seconde classe sont probablement compris l’oreille, le larynx et le testicule, dans lesquels cependant les effets de la syphilis se manifestent moins fréquemment que dans les autres points indiqués plus haut. Je crois que les observations de Iiunter, sur la gorge et la peau, s’accordent assez avec l’expérience générale, et les chirurgiens modernes sont portés à admettre sa doctrine sur ce sujet , quoique les douleurs dans les membres et les articulations précèdent quelquefois les ulcérations de la gorge et l’ éruption cutanée. J’ai vu des exostoses suivre un chancre primitif comme premier symptôme consécutif, et ceci a été aussi remarqué par d’autres que moi. J’ai soigné un médecin qui n’avait ni ulcération de la gorge ni éruption cutanée, et qui pourtant était affecté d’exostoses. On considère généralement que l’intervalle entre les symptômes primitifs et consécutifs est, terme moyen, de six à douze semaines, mais il peut être de plusieurs mois, ou même, suivant quelques opinions, d’un ou deux ans. Les symptômes consécutifs qui se déclarent les premiers commencent généralement trois mois après la guérison du chancre primitif. Mais ils peuvent se développer beaucoup plus rapidement ou même avant la cicatrisation du chancre primitif. Presque tous les chirurgiens ont
eu occasion de voir des cas dans lesquels il y avait eu même temps un chancre, un bubon, une ulcération de la gorge, un iritis et d autres symptômes réunis à la lois. D après les observations du docteur Colles, quand les symptômes primitifs ont été traités par la méthode mercurielle, les
symptômes consécutifs apparaissent généralement à une époque plus éloignée et sont aussi précédés de moins de désordres dans l’économie ; mais quand on n’a fait usage de l’hydrargyre que pendant peu de temps, ou qu’on l’a interrompu aussitôt après la cicatrisation du chancre, l’apparition des symptômes consécutifs aura lieu dans une période plus rapprochée.
Il ajoute qu’il en sera de même si l’action fébrile est excitée par des causes ordinaires (1) (2).
(1) Observations pratiques sur la maladie vénérienne, p. 120.
(2) L’espace qui sépare l’apparition des symptômes consécutifs de celle des symptômes primitifs est très-variable; chez un grand nombre d’individus il est seulement de quelques mois , mais chez d’autres il dure un ou deux ans et même peut se prolonger bien au delà de ce terme. Il n’est pas rare de voir des symptômes consécutifs apparaître chez des sujets qui pendant plusieurs années, à la suite d’une vérole qu’ils croyaient bien guérie, avaient vécu dans une sécurité parfaite. J’ai vu un homme être atteint d’exostose syphilitique du tibia dix-neuf ans après la guérison des symptômes primitifs. Quant aux individus affectés de récidives successives à de longs intervalles, il arrive quelquefois que des symptômes de vérole se manifestent chez eux un assez grand nombre de fois pendant une partie de leur vie. Heureusement, le traitement de cette maladie étant aujourd’hui plus sagement dirigé, ces cas malheureux se rencontrent de moins en moins fréquemment.
Une autre question, digne de fixer tout noire intérêt , est celle-ci : un individu n’ayant jamais présenté de symptômes primitifs, peut-il être affecté de symptômes consécutifs et avoir conséquemment contracté la maladie vénérienne , sans qu’aucun signe ait révélé d’abord l’absorption du virus? Il arrive quelquefois que les malades cherchent à cacher la vérité et se refusent obstinément à avouer des affections antérieures, mais quelquefois aussi leur caractère et des circonstances toutes particulières forcent à admettre que les symptômes d’infeclion constitutionnelle n’ont dû
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