‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 60 sur 242 · AFFECTION DE LA PEAU · texte numérisé non relu

AFFECTION DE LA PEAU

L'éruption présente des variétés considérables. On croyait , il y a peu d’années, qu’une éruption n’était syphilitique que lorsqu'elle avait un aspect cuivré et était de nature squammeuse. limiter dit que la peau est d’abord tachetée, effet que l’on voit se produire et disparaître à diverses reprises d’une manière répétée. Celte observation a dû passer inaperçue pour les chirurgiens d’autrefois qui s’efforcaient de prouver que sans mercure les symptômes syphilitiques empirent invariablement; car nous voyons ici le praticien en l’autorité duquel ils avaient toute confiance, poser en fait:

que l’éruption spontanée disparaît et revient ensuite , et que la maladie subit des fluctuations; cependant les documents recueillis par Abernetliy, d’après tous les chirurgiens les plus expérimentés de Londres, le conduisirent à adopter la doctrine qui dit que les symptômes vénériens sont toujours progressifs et que, lorsqu’il existe un chancre ou éruption véritablement syphilitique, l’affection continue toujours à empirer jusqu’à ce que le mercure soit administré. Il existe une forme de l’éruption syphilitique qui est caractérisée par sa nature squammeuse et sa couleur cuivrée ou rouoe- Lrun ; on voit d’abord paraître de petites taches cuivrées, puis l’épiderme se soulève et tombe. Quelques-unes de ces mêmes taches se réunissent de manière à former de larges plaques; mais il en est d’autres d’une couleur semblable et de nature positivement vénérienne qu’en raison de leur petite dimension et de leur configuration particulière on appelle quelquefois lèpre syphilitique lenlicuculaire (lenlicular sypliililic lepra ) (l). L’éruption syphilitique consiste, suivant llunter, en taches cuivrées sur la peau, accompagnées de desquammalion qui laisse la couche épidermique sous jacentc de plus en plus épaisse à mesure que ce travail pathologique fuit des progrès, et de la même couleur que l’épi-

être précédés d’aucun symptôme primitif; on doit donc admettre que ces cas peuvent exister, mais doivent être fort rares- (Note du trad.)

(I) Les pathologistes français se scr- 7„en,* l,f“ !e,rme syphilide, auquel ils ajoutent t épithète papuleuse, pustuleuse, etc., suivant les cas. (iYote du trad.)

derme qui tombe. Si la maladie va plus loin, des croûtes se formeront, de la suppuration se produira au-dessous d’elles, et il en résultera un ulcère vénérien consécutif, qui , quand il se développe, affecte principalement les parties de la peau qui se trouvent en contact avec d’autres portions de celte membrane, comme le pli de la fesse, l’angle qui existe entre le scrotum et la cuisse ou l’aisselle. Dans ces points l’éruption a une surface saillante d’où suinte souvent une matière blanchâtre. Ces taches cuivrées squammeuses apparaissent p-énéralement d’abord sur la face, les mains, les poignets, et ensuite sur la poitrine et les èxtrémités inférieures, où elles sont remarquables par leur nombre et prennent la forme d’une lèpre ou psoriasis.

Une autre circonstance, qui mérite de fixer l’attention, c’est que quand la paume de la main ou la plante du pied où l’épiderme est très-épais sont affectées, il en résulte un aspect que l’on nomme souvent lèpre syphilitique ( syphilitic lepra) et psoriasis des mains et des pieds. M. Carmichael regardait , ainsi que Hunier, l’éruption écailleuse cuivrée comme caractéristique d’une vérilable syphilis ; et bien qu’il y ait, dit-il , d’auties éruptions qui sont vénériennes ou conséquences d’affections vénériennes , elles ne sont cependant pas véritablement syphilitiques. Il signale des éruptions pustuleuses , tuberculeuses et papuleuses, mais il ne les considère pas comme des conséquences d’un véritable chancre huntérien et les rapporte à d’aulres espèces d’ulcérations primitives. L’éruption syphylitique lui semble toul jours consister en taches écailleuses sous forme de lèpre ou de psoriasis dont la ptesence n est point accompagnée de fievre; je devrais plutôt dire que ces éruptions , pas plus que d’autres, savoir: celles papuleuses, tuberculeuses ou pustuleuses, ne sont accompagnées de fièvre Comme je l’ai déjà dit , M. Carmichaei attache une telle importance à la forme de l’éruption qu’il croit possible de dire, d’après l’inspection de la maladie cutanée , quel a été le caractère de l’ulcération primitive. En un mot, il divise la maladie vénérienne en quatre espèces ou variétés. La première est la maladie vénérienne squammeuse ou celle qui correspond à l’espèce huntérienne, le chancre ayant un bord et une base indurés • et quand les os sont affectés, leurs diaphyse et parties les plus consistantes

traité élémentaire

étant particulièrement atteintes, les exostoses bien caractérisées , et l’éruption écailleuse sous forme de lèpre ou psoriasis. La seconde est celle papuleuse , ainsi appelée d’après le caractère de sou éruption qui consiste en des boulons enflammés et peut venir à la suite d’une gonorrhée et de ce que quelques chirurgiens appellent l’ulcère blennorrbagique du prépuce et de la couronne du gland. La troisième est celle nommée tuberculeuse parce qu’elle est accompagnée d’une éruption de ce caractère. Et la quatrième est la variété pustuleuse de la maladie vénérienne, qui reçoit aussi ce nom à cause de l’aspect présenté par l’all'ection cutanée. Les croûtes saillantes qui sont coniques ou semblables par leur forme à des écailles de poisson constituent ce que l'on connaît sous Je nom de rupia syphilitique, qui peut venir à la suite d’une éruption primitivement tuberculeuse ou pustuleuse. Un fait important à se rappeler c’est que les éruptions papuleuses et pustuleuses, quand elles ont atteint une certaine période , peuvent avoir un aspect squammeux qui n’ist conséquemment pas un caractère exclusif de lèpre et de psoriasis. Celte circonstance peut expliquer peut-être quelques cas dans lesquels l’éruption semble consister en taches écailleuses, pustules et boutons plus ou moins confondus ensemble.

L’ulcération syphilitique consécutive siégeant à la peau est souvent précédée par une éruption dont quelque partie , après avoir plusieurs fois donné lieu à des squammes et des croûtes, se convertit en ulcères; mais dans d’autres cas il se déclare une inflammation chronique, indépendamment de toute éruption , et l’ulcération survient : parfois aussi il se produit de l'inflammation , de la suppuration et une ulcération syphilitique consécutive sur des exostoses. Les ulcères vénériens consécutifs n’ont pas des caractères réguliers et constants, ils ont souvent une forme ronde, sont plus ou moins chroniques et ont une surface sale et de couleur cendrée; tandis que d’autres présentent pour circonstance particulière de se cicatriser au cenlre et de s’étendre à la circonférence, la partie non cicatrisée étant d’une couleur brune avec des bords (aillés à pie et un fond sale. Un chirurgien expérimenté n’a pas plutôt vu un ulcère de celle espèce qu’il est porté à soupçonner son caractère vénérien. Son aspect brunâtre, sa forme, le

lieu qu’il occupe, lui donneront à penser qu’il a été précédé par d’autres affections syphilitiques ; mais nous ne devons jamais conclure qu’un ulcère est vénérien d après le seul aspect qu’il présente, et nous prendrons toujours en considération l’histoire de la maladie avant d'émettre une opinion positive.

Indépendamment de ces symptômes consécutifs qui se présentent comme des affections de la peau, je ne dois pas oublier de mentionner les fissures ulcérées et sillons que l’on voit sur les fesses ou aux environs de l’anus (rhagades de l’anus) et surtout au pli qui se trouve à la partiè inférieure des fesses et entre le périnée et la cuisse , ou quelquefois même près de la racine des ongles des doigts ou des orteils. Dans ce dernier cas, du pus se forme sous l’ongle , qui se détache, et la suppuration est remarquable par son odeur forte et d’une féti elité particulière. Cette affection reçoit quelquefois le nom d’onglade syphilitique (I).

Quelques excroissances se développent sur le corps des vénériens, principalement autour des organes de la génération , du périnée et de l’anus, et reçoivent, suivant leur forme et leur consistance diverses, différents noms, comme verrues, condylomes, végétations, etc. Elles sont souvent accompagnées d’ulcération ou d’écoulement purulent par l’urètre ou le vagin, et se développent fréquemment sur des surface9*qui ont été ulcérées et sur lesquelles cependant s’est formée une cicatrice.

Elles ne sont pas essentiellement liées a l’existence de la syphilis, car nous voyons des productions absolument pareilles sur des individus qui paraissent n’avoir jamais eu de maladie vénérienne. Elles sont très - communes chez les femmes, et quelques-unes ne me paraissent pas différer essentiellement de certaines espèces d’excroissances hémorrhoïdales.

(I) Les diverses éruptions syphilitiques qui se développent comme symptômes consécutifs, bien qu’elles se rapprochent par l’identité de la cause qui les produit, ont reçu des noms différents par suite de dissemblances dans leurs caractères extérieurs, et à cause du lieu qu’elles occupent ; ainsi on appelle rnroun Vcncris l’éruption papuleuse syphilitique du front et des tempes, etc.

( ISole du irad .)

DB PATHOLOGIE CHIRURGICALE

Autrefois on était dans l'usage de donner le mercure de manière à provoquer la salivation pour guérir ces végétations, et quelquefois même plus abondamment que quand il s’agissait d'une ulcération de la gorge ou d’un chancre ; et il faut reconnaître que lorsque l’économie était placée et maintenue long-temps sous l’influence de l’hydrargyre, ces excroissances diminuaient et finissaient même par disparaître. Cependant quelques praticiens intelligents savaient, il y a déjà un demi-siècle, que ces végétations pouvaient être guéries d’une manière sûre et durable à l’aide de l'instrument tranchant, de ligatures, d’escharotiques et d applications stimulantes aussi bien que par le mercure; et qui plus est, ils savaient que celte cure était radicale. D’après quel principe pouvait-on alors justifier celte pratique pénible qui consistait a taire , en pareil cas, saliver long-temps et abondamment le malade (Jj ?

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