QUALITÉS UU PUS
Le fluide qui s’écoule d’un abcès phli gmoneux , tl’une blessure ordinaire ou d'un ulcère qui marche vers la cicatrisation , reçoit le nom de pus de bonne nature-, il est d’une couleur légèrement jaunâtre , présentant souvent une teinle verte, et approchant de la consistance de la crème. Pins pesant que l’eau , il tombe au fond de ce fluide ; mais lorsqu’on les agite ensemble, l’eau demeure trouble.
Examiné au microscope, le pus présente des globules opaques, légèrement jaunâtres, et un fluide albumineux transparent et clair. Feu le docteur Pearson pensait que ces globules étaient les mêmes que ceux du sang privés seulement de leur couleur naturelle par l’effet d’un changement qu’ils auraient subi dans le travail même de la suppuration. Les recherches du docteur T. Young tendent aussi à confirmer cette doctrine , car elles le conduisirent à conclure que les globules du pus avaient le même volume que ceux du sang, et en présentaient toutes les dimensions, caractère que ne paraissent pas avoir les globules du lait et du chyle. M. Gendrin a pensé que c’étaient les globules du sang ayant subi une certaine augmentation de volume, et un peu altérés dans leur forme; mais le docteur Hodgkin dit que les globules du pus ne peuvent ressembler à ceux du sang , en ce que leur forme et leur grandeur sont variables (i ).
Après avoir remarqué le ralentissement du cours du sang lorsqu’il approche des capillaires dilatés , M. Gendrin, en décrivant le commencement de la suppuration , établit que les globules du sang perdent gruduellemcntieur couleur à mesure qu’ils avancent dans leur course et deviennent globules de pus; le sang
(1) Selon M. Gulliver , le globule du pus est composé de molécules centrales, liées entre elles par une substance qui les entoure, et est analogue à la fibrine. 11 trouve que les ' molécules elles-mêmes différent de tonies les parties constituantes du corpuscule du sang humain par leur forme, leur densité, leur peu de disposition à ia putréfaction, et leur compléta insolubilité dans l’acido acétique.
S, Coopcr.
ainsi changé dans sa nature lui paraît exsuder très-lentement sous la forme de matière purulente. Le pus de bonne nature est un fluide sans action , inodore , opaque, et dépourvu de toute propriété âcre et corrosive; son odeur est au contraire repoussante et ses qualités âcres, irritantes ou même contagieuses , quand il est le produit de plaies, d’abcès , de surfaces malades dans de mauvaises conditions, ou de parties atteintes de maladies spécifiques, ou bien lorsqu’il est mêlé avec de l’urine ou du sang extravasé , et quand il vient d’une partie qui contient un os malade ou frappé de mort. On peut deviner souvent la présence d’un os nécrosé par l’odeur particulière de la suppuration qui est mêlée avec une certaine quantité de phosphate et de muriate de chaux. L’odeur de l’écoulement blennorrhagique diffère de celle du pus produit dans toute aulre affection, et la suppuration du cancer est si différente de toute autre, et si horriblement dégoûtante par son odeur, que nous reconnaissons la présence d’un sujet cancéreux aussitôt que nous entrons dans sa salle. La partie fluide du pus est coagulable par la chaleur et par le muriate d’ammoniaque, en ce point elle diffère du sérum du sang; elle se coagule aussi par l’acool et les acides. Triturée avec la potasse ou la soude, elle forme un fluide savonneux, et avec l’ammoniaque une gelée transparente. Le galvanisme la coagule avec rapidité et y fait se déposer une matière analogue à l’albumine.
Le pus contient de l’albumine et de la fibrine ; ces deux circonstances et l’apparence de ses globules servent en grande partie à démontrer qu’il tire son origine du sang. Au premier coup-d’ceil ou ne peut distinguer des globules dans le fluide gélatineux transparent versé à la surface d’uné plaie ou d’une membrane séreuse enflammée; mais si l’on prive la partie du contact de l’air à l’aide d’un vase de verre , au bout d’un quart d’heure on commence à les apercevoir.
Les qualités du pus diffèrent suivant la nature de la maladie qui le produit. Celui d’un ulcère enflammé est clair et souvent chargé de particules sanguinolentes; une suppuration pareille est appelée sanie ou ichor. Son caractère particulier est de contenir plus de sels et d’albumine en dissolution que le pus ordinaire , et la partie fluide se trouble quand on y ajoute un acide qui neutralise la soude à l’aide de laquelle l'excès
d’albumine é'ail tenu en dissolution. La matière des abcès phlcgmoneux n’est pas analogue à celle des ulcères cancéreux , et celle des abcès scrofuleux a aussi ses caractères particuliers. Dans celte dernière les flocons de fibrine et d’a'bumine sont mêles à un fluide limpide qui contient une forte proportion de soude et de chlorhydrate de soude.
Dans quelques maladies de nature trèsdifférente, les caractères extérieurs du pus sont presque les mêmes: la matière d’un abcès phlegmoneux et celle d'un bubon vénérien ne se peuvent distinguer l'une de l’autre par le simple aspect ; mais elles offrent des différences bien sensibles par leurs effets sur l’économie. Le pus de la blennorrhagie, celui de la pustule variolique, celui delà varioloïde peuvent présenter les mêmes apparences à la simple vue; mais appliqués sur une membrane muqueuse ou sur la peau , les différences de leurs effets marqueront enlre eux une dissemblance que l’on ne saurait méconnaître.
L’inquiétude extrême avec laquelle on cherchait à découvrir autrefois si une sécrétion était purulenteou muqueuse, est loin de tourmenter autant nos esprits.
Les anciens pathologistes regardaient la présence du pus comme une preuve certaine d’ulcération , et lorsqu’on en expectorait, ils présumaient conséquemment que les poumons étaient ulcérés et le malade sans espoir. Aujourd’hui on sait parfaitement que le pus peut être formé au sein des lissus muqueux cutanés et séreux sans la moindre ulcération.