SYPHILIS OTEZ LES NOUVEAU-NES
La syphilis se communique quelquefois au iœtus dans la matrice, par l'intermédiaire du sang de la mère. On peut dire en conséquence que les effets du poison syphilitique développés ainsi, chez les nouveau-nés, sont des symptômes consécutifs, puisqu’ils proviennent de l’introduction du virus dans la circulation du fœtus, le poison n’ayant pas été appliqué directement aux parties affectées ; le fœtus doit donc naturellement recevoir l’infection par l’intermédiaire du sang. Un point douteux est de savoir si l’enfant est jamais affecté primitivement, c’est-à dire, si, à l’époque de la naissance, il contracte jamais la syphilis en conséquence de l’application directe du virus d’un chancre dont la mère se trouve affectée. Lorsque l’enfant naît avec la maladie , ce dernier mode de communication est naturellement hors de question. J’ai déjà fait observer que chez les adultes, à l’exception des parties génitales et du tissu muqueux, du globe de l’œil et des paupières, le virus vénérien n’agira pus sur la surface générale du corps, à moins qu’il n’y ait eu quelque excoriation ou blessure à l’époque de sou application. Mais, s’il est vrai qu’un enfant puisse contracter un chancre primitif sur une partie quelconque de la surface générale de son corps, au moyen du contact de cette parl:e avec la matière vénérienne au moment de la naissance, l’observation que j’ai faite, quoique vraie, quant aux adultes, ne peut alors s’étendre aux nouveau-nés.
Mais je crois que l’on cite peu ou même que 1 on ne cite point de cas non équivoques à I appui, de ce mode de communication de l’adulte à l’enfant. Le docteur Wallace déclare cependant, sur ce point, qu il n’est pas douteux que l'enfant puisse être inlecté par la mère, et dans dateras , et au moment de la varturition (l).
Les symptômes de la syphilis existant chez l’enfant nouveau-né ou se déve-
(lj Wallace, sur la Maladie vénérienne , p. 125.
loppant peu de temps après la naissance, sont dans la plupart des cas une des- (j uanimat ion universelle de l’épiderme , qui se détache en abondance el dans une grande étendue; des plaques cuivrées et des éruptions squammeuses sur une grande partie du corps; des rougeurs diverses et des ulcérations superficielles à 1 anus et aux fesses et quelquefois aux parties de la génération ; puis aussi , des ulcérations et des fissures aux coins de la bouche et à la membrane muqueuse de la gorge et parfois aux paupièr es. Indépendamment de ces symptômes, il existe souvent une obstruction des narines jointe à une sécrétion épaisse et jaune, de sorte que la respiration de l’enfant devient gênée et est accompagnée d’un bruit de ronflement. 11 y a aussi une émaciation extraordinaire , l'amaigrissement suit une marche progressive; et si on n’y porte pas un prompt remède, l’enfant périt au bout de peu de temps. Dans d’autres pays que le nôtre, on est dans l’usage, pour des cas de ce genre, d’administrer du mercure à la mère, afin d'agir sur 1 enfant par son intermédiaire; mais en Angleterre, on accomplit la guérison de la maladie avec tant de facilité , au moyen de certaines préparations hydrargyriques dondées à l’enfant , que cette dernière méthode est communément adoptée. Nous voyons la maladie céder promptement au calomel administré à la dose d’un demi grain ou à l’hydrargyre associé au carbonate de chaux à la dose de cinq grains. Cette dernière préparation est peut-être la meilleure des deux, comme étant la plus douce ; elle ne manque presque jamais son effet.
Une question intéressante s’élève à l’égard de l’influence de la syphilis : l’enfant qui a reçu l’infection de sa mère dans l’utérus, peut-il communiquer la maladie à d’autres individus? On cite beaucoup de cas où des nourrices auraient contracté des chancres vénériens sur le mamelon en allaitant des enfants atteints de la vérole; et si les documents sont exacts , le fait mérite d’être remarqué: car la vérole existe chez ces enfants, pour ainsi dire, sous la forme consécutive, et la circonstance de sa propagation prouverait donc que chez eux la syphilis, même sous cette forme, est capable de se communiquer, ce qui est en désaccord avec les doctrines hunlériennes et avec ce que l'on croit communément à l’égard de sa nature chez les adultes.
Lorsqu’une femme enceinte est alTfectée de chancres , on doit la soumettre à 1 influence d un traitement mercuriel doux , qui , non-seulement la guérira mais sauvera l’enfant de l’infection, ou, s il en est déjà atteint, le guérira aussi. Dépendant , on doit condamner comme cause probable d’avortement tout traitement provoquant une salivation violente (lj.
(1) Nous venons de voir que la syphilis se montre le plus ordinairement chez les enfants sous forme de syphilides papuleuses, et d'ulcérations superficielles vers les fesses, les parties génitales, les coins de la bouche, le voile du palais; mais il peut arriver que ces ulcérations superficielles deviennent profondes si l’enfant ne reçoit pas les soins convenables, et toutes les parties du corps peuvent devenir le siège de chancres comprenant toute l’épaisseur du derme, à bords droits et ayant tous les caractères assignés aux ulcères syphilitiques.
J’ai vu, il y a quelque temps, un enfant de quinze mois, qui présentait à la partie postérieure du col un ulcère vénérien profond et large. On suppose que la propagation de la maladie peut avoir lieu de deux manières : l’une, au moyen du sang de la mère infectée qui communique une vérole constitutionnelle au fœtus qu’elle porte dans son sein; l'autre, lors du passage de l’enfant qui, pendant l’accouchement , se trouve en contact avec les parties génitales affectées de symptômes primitifs. On devra conséquemment chercher à se mettre autant que possible à l’abri de cette dernière source d’infection; et quand le travail de l'accouchement commencera chez une femme qui a des chancres aux parties génitales, on devra cautériser ceux-ci et les recouvrir ensuite d’une grande quantité de corps gras. Lorsqu’on ne se sert pas du traitement de la mère pour agir sur l’enfant par l’allaitement, et que des causes quelconques l'empêchent de nourrir pendant qu’elle fait un traitement mercuriel, on peut donner à l’enfant, d’abord le soir seulement, et plus tard, quand il est plus fort, matin et soir, une cuillerée à café de sirop dans une livre duquel on a fait dissoudre un demi-grain de sublimé corrosif cl un demi-grain d’extrait gommeux d'opium; on pourra terminer le traitement parl'adminislralion d’une cuillerée de sirop de salsepareille par jour pendant trois semaines environ. L’enfant devra surtout être mis dans les meilleures conditions d'aé-
DIS PATHOLOGIE CHIIUMGICALB.