DE LA FIÈVRE HECTIQUE
La fièvre hectique est essentiellement caractérisée par un pouls fréquent et faible , des rougeurs comme plaquées à la face , aux mains et aux pieds , des sueurs nocturnes abondantes et de la diarrhée.
L’irritation produite par une maladie locale , sur un corps du reste sain , amène cet état pathologique nommé fièvre inflammatoire symptomatique, qui est la conséquence immédiate de l’irritation locale. Quand le système est fatigué et débilité par la continuation perpétuelle d’une maladie qu’il ne peut vaincre , il perd à la longue la puissance de produire ces fortes réactions qui caractérisent la fièvre symptomatique des inflammations.
Cependant, tout épuisée qu’elle est, l'économie entière sympathise encore avec l’irritation locale. La cause déterminante est presque toujours une maladie locale, généralement dangereuse sinon incurable ; de sorte que cette fièvre hectique semble être un effort désespéré de l’économie prèle à succomber , sans aucune tendance apparente à la disparition de lu cause. Comparée à la fièvre inflammatoire sympathique ou symptomatique de l’inflammation, la fièvre hectique doit être regardée comme la conséquence éloignée de la maladie locale.
Les symptômes généraux qui accompagnent les suppurations longues et abondantes, ou qui proviennent de maladies locales incurables et opiniâtres , lors même qu’il ne se fait aucune suppuration, sont généralement compris sous le nom de fièvre hectique. Cependant, quelques auteurs pensent encore que la fièvre hectique est, dans tous les cas, liée, sinon à la résorption , du moins à la formation du pus(l). Mes propres observations ne me permettent pas de conserver cette opinion. Ne voyons-nous pas bien souvent des malades présentant les symptômes hectiques les pl us affreux , dans des cas de tumeurs blanches, de maladies de l’articulation coxo-fémorale , de phthisie pulmonaire, d’incurvation de l’épine, bien avant que la suppuration se manifeste ? Je dois donc dire que l’i rri talion produite par une maladie locale intense, étant long-temps prolongée sur la cons-
(1) Thomson, On inflammation, p. 320.
litution , amène généralement les symptômes hectiques, quelle soit accompagnée ou non de suppuration. Le docteur T. Young nous apprend qu’à l’âge de quinze ans, il a lui-même éprouvé des symptômes hectiques très-notables, et tous les autres signes habituels de la tuberculisation des poumons , bien que celle-ci ne soit jamais arrivée à la période de suppuration. Dans un autre lieu , il remarque avec raison , qu’il y a des cas dans lesquels un changement particulier dans l’état des fluides sécrétés par les parties malades semble amener les symptômes hectiques ; comme quand un abcès est ouvert, et que le pus est exposé à l’air. Mais, ajoute-t-il, cet état des fluides n’est pas la seule cause de 1 ’élisie (1) ; car elle arrive souvent, nonseulement sans qu’on ait ouvert d’abcès, mais encore sans qu’il y ait abcès.
D’une autre part, dans les maladies cancéreuses qui présentent une suppuration du plus mauvais caractère et de grandes douleurs, nous voyons la maladie arriver à une terminaison fatale, sans que des symptômes caractéristiques de l’élisie se soient manifestés (2). Il est vrai aussi que , dans la plupart des cas , la fièvre hectique est précédée de suppuration ; mais la raison de ce fait se trouve probablement dans le nombre considérable de maladies locales qui , pendant le traitement , sont , dans leur période avancée, accompagnées d’ulcérations et d’abcès.
Nous voyons certaines afleclions locales qui ne méritent point d'être classées parmi celles que l’on regarde comme graves, quoiqu’elles donnent lieu à une sécrétion longue et abondante, ne point amener
(1) Ordinairement on prend ce mot
étisie pour désigner une maigreur extrême; ici il signifie l’ensemble des symptômes dits hectiques, et correspond au substantif anglais hcctic. Je ne vois donc que celte traduction qui puisse lui convenir. L’orthographe de ce mot est du reste très-vicieuse, car il est la traduction exacte du mot grec éy.Tf/.v; , qui porte un esprit rude; on devrait donc dire hccliùc , ainsi que des auteurs anciens l’écrivaient; mais aujourd’hui, pour adoucir les sons, on défigure les mots, et la philologie sera bientôt impuissante à combattre ce vandalisme du langage. t Note du trad.)
(2) A praclical and historien! (réalisé on consuinptive diseascs, 8 vol., 1815.
de symptômes hectiques. Ou peut conserver des exutoires pendant une année, ou l’ urètre peut rendre, pendant un temps infiniment long- , des quantités prodigieuses de pus , dans ces cas de gonorrhées interminables, sans que l’un voie survenir une fièvre hectique. La suppuration seule ne doit pas être regardée comme la cause essentielle de l’étisie, à moins qu’elle ne soit excessivement abondante ; et encore dans ce dernier cas , elle doit toujours être l’effet d’une affection locale grave.
L'hypothèse qui attribue la cause de cette fièvre à l’absorption du pus ne parait pas mieux fondée. L’intérieur de tout abcès est une surface de sécrétion et d’absorption , et par l’action combinée des artères et des lymphatiques , la matière subit des changements incessants. Si donc l’absorption du pus était une cause de symptômes hectiques, on les verrait accompagner l’existence de tout abcès, sans exception. Mais l’expérience nous apprend que les choses ne se passent pas ainsi, et que les abcès durent pendant long-temps, sans que le malade devienne hectique. Nous remarquons encore que le pus de la plus mauvaise nature peut être absorbé , sans produire le moindre symptôme hectique ; car nous voyons tous les jours la matière des abcès plilegtnoneux , des dépôts scrofuleux et des bubons vénériens se dissiper et disparaître entièrement, par l’action des vaisseaux absorbants ; et pourtant des symptômes hectiques n’en sont point la conséquence.
La fièvre hectique survient à des époques très-différentes , dans le cours des affections locales graves. Ceci est probablement dû à des particularités de la constitution , ou à la structure et aux fonctions spéciales de la partie, dont la maladie agit comme cause. Plus le malade sera naturellement faible et délicat, sa maladie locale intense et incurable, cl plus tôt commenceront à se développer les symptômes hectiques, et plus leurs progrès seront rapides. Une maladie des poumons amènera une fièvre hectique bien avant l’époque à laquelle une maladie des articulations aurait ce résultat.
Quelquefois les premières atteintes de celte fièvre sont presque imperceptibles : un léger degré d'émaciation , un pouls un peu plus fréquent que d’habitude , avec une augmentation peu notable de la chaleur, particulièrement après le repas, constituent les premiers symptômes.
A mesure que la fièvre s’établit , les signes sont généralement les suivants : un pouls petit et fréquent , qui s’accélère vers le soir, mais offre toujours dix ou vingt pulsations de plus que dans l’état de santé, pendant l’espace d’une minute; une peau moite; des urines pâles, abondantes et avec sédiment ; une débilité marquée ; la langue rarement aussi chargée que dans les autres fièvres ; ses bords d’une couleur rouge brillante , et ses papilles élevées et proéminentes ; une coloration brusquement circonscrite des joues; la perte de l’appétit ; quelquefois la réjection île toute nourriture, de la part de l’estomac ; une extrême facilité à transpirer, et des sueurs nocturnes trèscopieuses ; des évacuations alvincs fréquentes; des frissons alternant avec des accès de chaleur ; des troubles dans le système nerveux ; la perle du sommeil ; des indigestions; des chaleurs d’estomac, et des flatuosités. Cependant les voies biliaires n’offrent quelquefois point de perturbation, et alors les forces digestives ne sont point notablement altérées ; le malade conserve son appétit jusqu’au dernier jour. Dans les dernières périodes , les cheveux tombent et les ongles se recourbent (1).
La fièvre hectique est plus ou moins rémittente, mais elle n’a jamais le caractère complètement intermittent. Le pouls bat en général de 100 à 1 40 fois par minute ; il descend rarement au-dessous de 100 , même dans les inslanls de rémission, et, dans certains cas, n’est jamais au-dessous de 120, tandis qu’il y a des sujets dont le pouls est si lent dans l’état de santé , que 90 pulsations par minute suffiraient pour indiquer une exacerbation. Les exacerbations intenses
(1) Hippocrate a signalé l'incurvation des ongles dans la phthisie pulmonaire.
Il y a des médecins qui nient la justesse de cette remarque parce qu’ils ont renconlré, disent-ils, des individus parfaitement sains et ayant les ongles incurvés. Cela prouve simplement que l'incurvation des ongles n’est point exclusivement réservée aux phthisiques; et, bien quo j’aie comme ces observateurs rencontré des individussains dont les ongles étaient courbes dans le sens de leur longueur, je puis affirmer que j’ai remarqué cette disposition chez un nombre bien plus considérable de phthisiques vers l'époque à laquelle ils sont dévorés par la lièvre hectique. (Note du irad.)
DE PATHOLOGIE
sc manifestent en général vers cinq heures d’après-midi , et une augmentation des symptômes lébriles suit toujours la prise d’un repas copieux, à quelque heure du jour que ce soit. Les redoublements précédés par des frissons intenses sont marqués par une sensation de chaleur brûlante dans la paume des mains , qui deviennent rouges et sugillées; il en arrive souvent de même pour la plante des pieds. Une rougeur circonscrite se remarque sur les joues; et chez les sujets à la peau fine et au teint délicat , celte coloration a encore dans la rémission une terminaison plus brusque que dans l’état de santé. Quelle que puisse être la forme des exacerbations dans la journée , elles sont en général suivies de sueurs nocl urnes , jusqu’à la fin de la nuit. Lorsque la diarrhée survient dans les derniers temps de la maladie, en général les sueurs disparaissent. Un sédiment rougeâtre d’acide urique s’observe fréquemment dans l’urine, après les sueurs ; mais il n’y en a point pendant l’accès de chaleur : l’urine est ordinairement alors pâle et limpide.
La fièvre hectique est de deux espèces: dans l’une, elle vient del’absolue incurabilité de la maladie locale; dans l’autre, elle dépend d’une maladie qui est curable si les forces du malade sont suffisantes (l).