AMAUROSE OU GOUTTE SEREINE
Cette maladie consiste dans l’obscurcissement ou la perle de la vue provenant d’une insensibilité plus ou 'moins prononcée de la rétine. La rétine, les nerfs optiques, ou le cerveau, peuvent chacun être la partie premièrement et principalement affectée. L’expression de goutte sereine ne s’applique que dans les cas de cécité totale ; ce nom a été donné uniquement parce que la pupille n’est pas opaque et est même claire en apparence quoique le malade soit aveugle.
(1) Scarpa a observé que dans la plupart des cas l’épanchement occupe à la fois le corps vitré et la cavité de la membrane de l’humeur aqueuse; et dans la grande majorité des cas aussi cette maladie est due à une dégénérescence de quelque tissu de l'œil, bien que quelquefois cette affection puisse être idiopathique. Je ferai aussi remarquer que le globe de l’œil augmentant également de volume dans tous les sens, les paupières repoussées offrent proportionnellement une augmentation d’écartement plus grande dans la direction verticale que dans celle horizontale ; il en résulte que lorsque l’hydrophlhalmie a acquis un certain degré , les paupières ne peuvent plus se fermer entièrement, et la cornée, toujours exposée à l’air, finit par s’enflammer, inflammation qui par suite s’étend aux méninges et compromet la vie des malades. Au début de l'affection, pour peu qu’il y ait quelque symptôme inflammatoire, on devra appliquer à différentes reprises de nombreuses sangsues à la tempe et on fera une forte dérivation en plaçant un séton à la nuque. Plus tard, s’il n’y a plus le moindre signe d’inflammation, on pourra faire des frictions d’onguent mercuriel autour de l’orbite. Dès que la cornée ne peut plus être recouverte par les paupières et qu'une inflammation de l’œil menace de s’étendre à l’encéphale, il faut abandonner ces moyens et recourir à la ponction de l’œil. Celle dernière opération ne convient plus quand la cornée désorganisée et toujours découverte se présente à l’extérieur; il faut alors vider l’œil en détachant circulairement avec un couteau à cataracte la presque totalité de la cornée. Plus tard on réprime les bourgeons charnus avec le nitrate d’argent et on place un œil artificiel. ( Note du irait.)
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
Les symptômes de l’amaurose sont de deux espèces, il y a premièrement ceux que le chirurgien remarque dans la forme, la couleur, le tissu, la consistance, la vascularité et les mouvements des différentes parties de l'organe, ou dans la santé générale du malade; et secondement ceux que le malade ressent luiniême, tels que l’altération ou le dérangement de la vision , les maux de tête , les vertiges, les sensations particulières éprouvées dans l’œil, elc.
Le premier symptôme, celui qui ne manque jamais, c’est que le malade ne reste point maître des mouvements de l’œil affecté, les pupilles des deux yeux ne se dirigeant pas avec ensemble vers les objets qu’ils fixent; et il en résulte une sorte de regard étonné et sans expression. Ce symptôme peut exister d’abord à un degré très-faible, mais dans quelques cas il se développe jusqu’à devenir un véritable strabisme, tandis que dans d’antres, le malade est dans une impossibilité si complète de diriger les mouvements de l’œil affecté, que celui-ci ou subit des oscillations ou demeure tout à fait immobile dans l’orbite. Il n’est pas rare non plus que les mouvements des paupières se trouvent interrompus comme ceux des yeux ; l’élévateur de la paupière supérieure et l’orbiculaire des paupières se trouvant quelquefois l’un ou l’autre atteints de paralysie.
L œil affecté peut aussi former une proéminence plus considérable que l’autre, ou bien éprouver une autre altération de forme. Sa couleur est rarement celle qu’il présentait à l’état sain, la sclérotique étant jaunâtre, bleuâtre ou cendiée, et souvent sillonnée par des vaisseaux variqueux ; et il n’y a aucun symptôme d’amaurose plus certain que l’augmentation ou la diminution de la consistance naturelle du globe de l’œil.
Un autre symptôme ordinaire delà maladie consiste dans le mouvement lent et 1 imité de l’iris, accompagné généralement de dilatation de la pupille, mais quelquefois aussi du rétrécissement de cette ouverture. Lorsque l’amaurose est à son début et qu’elle est encore incomplète, il est rare qu’elle soit accompagnée d’une grande dilatation de la pupille; mais lorsque la perception de la lumière est encore plus affaiblie ou même entièrement éteinte ; l’ouverture est ordinairement agrandie et tout à fait immobile, cependant il se présente quelquefois des
cas dans lesquels la pupille d’un œil complètement amaurotique éprouve des mouvements rapides suivant le degré de lumière qui agit sur l’œil du côté opposé resté sain , tandis que si l’œil amaurotique seul était exposé à l’influence de la lumière, sa pupille demeurerait parfaitement immobile et considérablement dilatée. C’est pourquoi il est de règle en chirurgie de fermer et de couvrir toujours l’œil sain durant l’examen de l’état de 1 iris et de la pupille d’un œil que l’on soupçonne être affecté d’amaurose. On rencontre des cas encore plus curieux dans lesquels, quoique le malade soit totalement aveugle, le diamètre des deux pupilles varie suivant les divers degrés de la lumière, exactement de la même manière que dans l’étal sain.
Outre les mouvements de l’iris qui doivent être examinés dans chaque œil sepaiément , et en ayant soin de soustraire à l’action de la lumière l’œil qui n’est pas actuellement soumis à l’examen, on devra prendre en considération là forme et la situation de la pupille ainsi que l’inclinaison de l’iris; car quelquefois la pupille est irrégulièrement dilatée et quelquefois aussi elle se porte vers un point particulier de la circonférence de 1 iris tandis que cette membrane ellemême peut ou se projeter vers la cornée ou s’enfoncer en arrière de manière à offrir un aspect concave.
Lorsque l’amaurose est l’effet de l’hydrocéphalie chez un jeune sujet, la pupille peut présenter sa teinte noire naturelle, mais chez les individus plus avancés en âge l’amaurose est presque constamment accompagnée soit d'un certain degré de glaucome, ou d’un aspect terne vitré ou corné de la pupille.
Quant aux symptômes ou effets dont le malade seul a la conscience, il y a d’abord altération de la vue dont les progrès et le degré varient dans les différents cas , car dans quelques-uns le malade devient aveugle d’une manière subite et permanente, tandis que dans d’autres la vue diminue très-lentement et graduellement sans que jamais il survienne une cécité totale.
De là les distinctions en amaurose complété et incomplète. Souvent au début de la maladie le défaut de vision est seulement occasionnel ou pour un court espace de temps, ou périodique prenant la (orme de nyctalopie ou d’héméralopie ou survenant après un exercice considérable de la vue. Après avoir lu quel-
TRAITÉ ÉLÉMENTAIBE
ques lignes d’un livre, les lettres apparaissent complètement confuses. Le défaut
de la puissance visuelle peut s’étendre à la totalité du champ de vision ou seulement à une partie de celui-ci. Ainsi on peut ne pas distinguer une plus ou moins grande partie de la page d’un livre (visas interruptus) ou bien ne voir que la moitié des objets ( htmiopie ). Quelquefois les objets ne peuvent être vus que quand ils sont placés exactement dans une direction particulière ( visas obliquas). Tous les objets semblent à quelques amaurotiques défigurés, contournés, agrandis, rapetissés, eu même retournés (visas dejiguraius).
Un autre symptôme ordinaire de l’amaurose éprouvé par le malade est la perception de ce qu’on appelle spectres oculaires, tels que rayons et éclairs lumineux (photopsie), insectes ou filaments voltigeant devant l’œil (mouches volantes) (1) ou la vue de couleurs qui ne sont réellement pas devant l’œil. La diplopie est aussi un autre effet fréquent de la maladie à son début. Cependant à mesure que celle-ci fait des progrès la vi-
(1) Il est nécessaire de savoir quelle est la valeur séméiotique des mouches ou spectres oculaires. U y a deux espèces de mouches , celles qui sont fixes relativement à l’axe visuel et celles qui sont volantes lors même que l’œil n’exécute aucun mouvement. Les mouches fixes se déplacent toutes les fois que l’œil se déplace lui-même; elles suivent tous les mouvements et se trouvent conséquemment dans un rapport toujours pareil avec l’axe visuel. Les mouches volantes, au contraire, descendent, scintillent, exécutent des mouvements lors même que l’œil est fixe et immobile, et ne sont pas dans un rapport toujours pareil avec l’axe de la vision. La distinction entre ces deux espèces de mouches est fort importante; car les mouches fixes sont symptomatiques de l'amaurose, tandis que les mouches volantes ne dépendent que d’un état de l’innervation qui n’a rien de grave. J’ai rencontré un grand nombre d’individus qui sc plaignent d’éprouver depuis bien des années la sensation de mouches et filaments voltigeants sans que jamais il en soit résulté aucun accident sérieux pour la vision qui du reste est bonne. C’est souvent à des pleurs versés en abondance que sont dues les mouches volantes, et l’on ne peut que pallier cette incommodité en ménageant beaucoup la vue. ( Note du trad.).
sion est obscurcie par un nuage ou lacis uniforme.
Au début , le malade a quelquefois les yeux extraordinairement sensibles à la lumière, sensibilité qui va même jusqu’à constituer de la douleur, tandis que dans d’autres cas plus habituels la maladie étant tout à fait au commencement il recherche toujours la lumière. La douleur danslesyeux,la l.êteet laface, estunautre symptôme important dans l’amaurose, et dénotant l’existence probable d’une inflammation lente de la rétine ou d’une maladie organique à l’intérieur du crâne lui-même. En effet, plusieurs formes d’amaurose incurables dépendent de causes qui agissent au dedans du crâne sur la structure nerveuse de l’œil. Telles sont lçs collections de liquide dans les ventricules du cerveau , une maladie ou des tumeurs dans cet organe vers le point ou le nerf optique naît de sa base, tandis que d’autres tumeurs et d’autres maladies peuvent affecter le nerf optique dans son trajet soit dans l'intérieur (lu crâne soit dans l’orbite.
La perte de sensibilité de la rétine et une complète annihilation de ses fonctions peuvent être l’effet ou le symptôme d’autres maladies de l’œil, comme par exemple de diverses ophlhalinies intenses affectant la texture intérieure de l’œil, du glaucome, de l'hydrophthalmie, de la mélanose et du fongus hémalode. Tous ces cas, dans lesquels la rétine est affectée en même temps que d’autres tissus, reçoivent des dénominations d’après la maladie primitive ou d’après leurs symptômes les plus saillants ; et quand nous nous servons du mot amaurose, nous désignons ordinairement un cas dans lequel la rétine ou l’appareil nerveux de la vue est la partie de l’œil affectée la première.
L'exercice immodéré de la vue surtout lorsqu’elle s’applique à considérer de petits objets , et chez des individus, ou d'une constitution plélhorique , ou ayant des habitudes d’intempérance, qui produisent une congestion vers la lèle , peut être considéré comme la cause fréquente d’une inflammation lente de la rétine qui se termine par l’altération de son tissu et la détérioration ou l’abolition de ses fondions. C'est pourquoi l’aniaurosc alïeclc souvent les imprimeurs, les horlogers, les graveurs, les tailleurs, et d’au' res classes d’ouvriers qui appliquent leurs yeux à de petits objets, ou à des ouvrages d’aiguille.
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
Ou divise quelquefois l’amaurose en amaurose fonctionnelle et amaurose organique, la première dénomination s’appliquant à l’interruption des fonctions de la rétine , indépendamment de toute maladie organique. On a parfois discuté la question de savoir si un cas de ce genre pouvait réellement se présenter ; mais si nous admettons que l’amaurose peut se développer par suite de la sympathie des yeux avec une affection ou nne irritation existant dans des parties éloignées, nous devons, je crois, admettre aussi la doctrine d’après laquelle on reconnaît des amauroses fonctionnelles.
Ainsi une amaurose peut provenir d’un désordre gastrique, de la présence de vers dans les intestins, de l’irritation causée par la dentition, ou de celle produite par une dent cariée. La maladie peut aussi être excitée par une blessure au cuir chevelu, par la carie du crâne, par une affection au sinus maxillaire, par des abcès à la face, par la suppression des menstrues, ou par l’effet d’alimenls particuliers chez des individus d’une idiosyncrasie particulière.
A 1 egard du pronostic, l’amaurose fonctionnelle doitlaisser plus d’espoir de guérison que l'amaurose organique. Une amaurose qui se furme subitement est généralement moins défavorable que celle qui se développe lentement. L’amaurose invétérée complète, accompagnée d’une altération organique de la rétine ou du nerf optique, peut être considérée comme incurable. L aspect contourné que prennent les objets aux yeux du malade dans la première période de l’affection, est toujours un signe de mauvais augure puisqu’il dénote une maladie du cerveau.
L’amaurose peut se combiner avec le glaucome ou la cataracte. Les différences caractéristiques qui distinguent celle dernière de 1 amaurose, seront signalées à l'article cataracte (l).
(1) Avant de passer au traitement de
I amaurose, je crois qu’il convient de revenir sur différentes parties du sujet.
II a été question d’un changement de couleur de la sclérotique qui deviendrait jaune, grise , variqueuse; rien de moins constant que ce symptôme; du moins en r rance arrive-t-il rarement qu’on l’observe; aussi ne devra-t-on y attacher
1 [«portance secondaire. J’en dirai min .• C I au8monialion ou de la diminution de consistée du globe de
Traitement. — Il n’est pas douteux qu’une grande partie de la difficulté que
l’œil. L’altération des mouvements de l’iris et celle de la vision avec tous les phénomènes variés que présentent ces deux symptômes sont les moyens sûrs et infaillibles de reconnaître l’amaurose dans laquelle d’ailleurs les milieux de l’œil restent transparents. Ce qui importe aussi surtout, c’est de bien savoir qu’il y a des amauroses par sthénie et d’autres amauroses par asthénie. Il est aisé de concevoir que ces deux espèces différentes offrent aussi des indications thérapeutiques différentes à remplir.
Dans les amauroses par sthénie, il y a généralement des signes de pléthore et de congestion ; les mouches et filaments vus au début par le malade sont brillants; plus tard il lui semble qu’un voile noir se trouve devant les objets quand il est au grand jour ; si au contraire le malade se trouve dans l’obscurité, il lui semble que ce voile est blanc lumineux ou même rougeâtre ; c’est dans ces cas que la pupille peut être resserrée au début; plus tard elle se dilate. Au contraire dans les amauroses par aslhénieon trouve, surioutsi l’on remonte aux causes productrices, des motifs de débilité; les signes de congestion n’existent plus; les mouches et taches que voit le malade sont sombres, et celles-ci augmentant graduellement, finissent par se transformer en une obscurité complète; la marche de cette espèce d’amaurose est bien plus lente que celle de l’amaurose par sthénie ; enfin la dilatation de l’iris est généralement permanente à toutes les époques de l’amaurose par asthénie. On ne peut faire rentrer dans l’une ou l’autre de ces deux catégories les amaurosesqui dépendent de la présence de vers dans les intestins, celles qui proviennent de plaies de tête intéressant surtout le nert frontal que 1 on suppose avoir une certaine part à la vision. Aux causes qui ont été signalées dans ce chapitre, il faut en joindre quelques autres: et d’abord une irritabilité trop grande de la rétine et une disposition à i 'inflammation ou a la congestion de l’œil; les différentes métastases comme la disparition d’un exanthème ou d un flux quelconque; la suppression de la transpiration, d'hémorrhoides, d’un exutoire, etc., les veilles prolongées, les excès de table, la masturbation, le coït trop souvent répété, les pertes séminales, les affections morales tristes; l’état de grossesse chez quelques femmes avec rétablissement de la vue après 1 accouchement et quelquefois avec
nous éprouvons à guérir l’amaurose provient de ce que souvent nous en ignorons les causes; de ce que ces causes dans beaucoup de cas sont variées, compliquées, et ne peuvent être détruites , ou de ce que, lorsqu’il est possible de les faire disparaître, il y a impossibilité d'obvier à leur etl'et sur la rétine.
Lorsque l'amaurose est accompagnée de signes de congestion à la tête, tels que les maux de lête, les vertiges, la rougeur de la face et les battements artériels des tempes ; lorsque le pouls est plein et que le sujet est jeune et pléthorique ; les évacuations sanguines générales et locales , les purgatifs et une alimentation peu abondante sont les remèdes indiqués. Si la maladie est due complètement à une distension des vaisseaux , ces moyens joints au repos de l’organe effectueront probablement la guérison. S’il y a à la fois épanchement et plénitude des vaisseaux, la déplétion offrira aussi la chance la plus favorable de soulagement et sera en même temps la meilleure manière de préparer le malade à d’autres remèdes et surtout à l’emploi du mercure.
Quand l’amaurose fonctionnelle est due au désordre des organes digestifs, à une constipation habituelle, et à un afflux de sang à la lête, les purgatifs aidés de saignées réussissent mieux en Angleterre que le tartre stibié à doses nauséabondes si vanté par Richler et Scarpa.
On peut donner la pilule bleue le soir et une mixture saline légèrement purgative le matin ; et après avoir continué ce traitement pendant quelque temps, on peut prescrire avec avantage les toniques tels que l’acide sulfurique, le quinquina et les ferrugineux.
Beaucoup de cas d’amaurose proviennent d’une inflammation chronique de
persistance de la cécité après celui-ci. On a quelquefois vu aussi l’amaurose survenir chez des individus qui s’étaient fait couper une chevelure ou une barbe longue. Il paraît démontré que les yeux bruns sont bien plus sujets à l’amaurose que les yeux bleus; sur trente amaurotiques, Beer dit qu’il y en a vingt-neuf dont les yeux sont bruns ou noirs, suivant d’autres observateurs, sur vingt-sept amaurotiques, vingt-six avaient les yeux bruns ou noirs. Enfin, dans quelques cas, l’amaurose a paru devoir son développement à l’influence de l’hérédité.
( Note du irad.)
la rétine ou d’une déposition lente et graduelle de lymphe dans divers points, affectant l’organe immédiat de la vision. Mais quant aux moyens employés pour diminuer et détruire ces effets, nous n’en connaissons aucun qui puisse se comparer au mercure. Je partage pleinement l’opinion de M. Lawrence, qui dit que le traitement rationnel de la plupart des cas d’amaurose est basé sur l’emploi des remèdes antiphlogistiques ordinaires joints à l’administration rapide du mercure concurremment ou consécutivement. Dans celte affection, son action est la même que dans l’irilis ; et afin de la rendre aussi complète que possible, on doit soumettre l’économie à l’influence du mercure pendant un mois ou s:x semaines, et s’arrêter à une salivation modérée. Peut-être pourrais-je dire que dans neuf cas d’amaurose sur dix si la maladie ne cède pas aux doubles efforts du traitement antiphlogistique et du traitement mercuriel, elle ne cédera à rien de ce qui a été découvert jusqu’à présent.
Nous devons modifier ce traitement suivant les circonstances. Ainsi, si le malade était d’une constitution délicate et en apparence affecté de désordres gastriques plutôt que cérébraux, nous devrions peut-être employer la saignée lo cale plutôt que la saignée par la lancette ; et préférer l’administration de doses modérées de la pilule bleue ou les pilules de calomel composées, et les purgatifs salins, à l’emploi réitéré du calomel ou à l’usage abondant de l’onguent mercuriel.
Dans quelques cas, on peut appliquer un vésicatoire ou un séton à la nuque ou à la tempe.
Le traitement de l’amaurose par l’éleclricilé ou les topiques stimulants et les toniques, est généralement sans succès. Ce serait une erreur de croire que l’amaurose est essentiellement liée à la débilité. La seule exception à celte re- , marque est l’amaurose provenant de 1 al- j lailement et celle causée par une pet te de sang abondante. Cependant on a parfois appliqué le galvanisme au nerf frontal avec avantage. Si une femme de constilution délicate, dont la santé se serait d’abord altérée, devenait ensuite amaurotique parce qu’elle allaiterait un enfant vigoureux, la meilleure chose a faire serait de sevrer l’enfant et de donner des toniques à la malade en lui prescrivant une alimentation légère , mais substantielle, accompagnée d'une petite
DE PATH8L0GIE CHIRURGICALE
quantité de vin par jour. Dans quelques cas l’application d’un demi-grain à deux grains de strychnine sur une partie vésiquée de la peau derrière l’oreille, ou sur le nerf frontal, a produit un bien marqué (1).
héméralopie, ou cécité de nuit.
C'est une amaurose incomplète et périodique qui démontre, suivant moi, la réalité des cas d’amaurose fonctionnelle. La vue du malade est bonne pendant tout le jour, mais après le crépuscule il
(1) D’après la division des amauroses que j’ai adoptée dans ma note précédente, en amaurçses sthéniques et amauroses asthéniques, on comprendra bientôt que le traitement doit différer essentiellement dans les deux cas. Ainsi, lorsque les symptômes indiquent que l’affection a le caractère sthénique, on recourra à la saignée et aux sangsues à la tempe ou à l’apophyse mastoïde, puis on excitera une dérivation sur le tube intestinal par des purgatifs doux administrés plusieurs fois et à un très-court intervalle (cinq ou six fois dans l’espace de quinze jours, par exemple). Lorsque les symptômes de congestion ont été complètement conjurés, on a recours aux exutoires placés comme dérivatifs, tels qu'un vésicatoire Ct surtout un séton à la nuque; et quand les symptômes sthéniques avaient spécialement dénoté une irritation encéphalique, ces symptômes ayant été d’abord combattus par les évacuations sanguines ct les purgatifs, on pourra préférer au Séton à la nuque la cautérisation sincipitale de Gondret avec la pommade ammoniacale, dont on se sert de temps en temps pour exciter la plaie en y faisant une nouvelle application de celte substance, dont on enduit la cliarpiequi sert au pansement. On peut encore appliquer successivement un grand nombre de vésicatoires volants autour de la tète. Pendant tout le traitement l’œil est maintenu à l’abri de la lumière, d’abord par un bandeau qui ne permet l’arrivée de quelques rayons lumineux que par la partie inférieure, puis par un garde-vue descendant assez bas. Quelquefois malgré l’amendement ou même la disparition des symptômes sthéniques il reste de la photophobie, on devra alors instiller quelques gouttes de laudanum liquide ou d extrait dissous de belladone, et l’on pourrait même donner quelques opiacés a intérieur. Au contraire lorsque l’af-
S . Coopcr.
devient aveugle. Cependant, aussitôt que le soleil se lève, l’affeclion du nerf optique et de la rétine se dissipe et la vue du malade se rétablit parfaitement. Ce n’est guère que sous les tropiques que l'on peut rencontrer l’héméralopie : dans notre climat les exemples en sont rares, et, lorsqu’ils se présentent, ce sont généralement des récidives, lesquelles ont lieu chez des individus qui avaient été affectés antérieurement de celle maladie dans les pays chauds. Elle se guérit aisément au moyen de vésicatoires appliqués aux tempes et d’un traitement antiphlogistique doux.
fection présente les symptômes d’une amaurose asthénique, point d’évacuations sanguines, il ne sera plus besoin de ga-’ raniir l’œil contre l’action de la lumière, il conviendra d’animer la sensibilité de la rétine par des révulsifs placés non plus comme dérivatifs, mais comme excitants locaux, c’est-à-dire sur le front, sur le trajet du nerf sourcilier. Différents auteurs conseillent aussi d’exposer l'œil à des vapeurs excitantes. J’ai vu un amaurotique tirer le meilleur parti de la simple exposition de l’œil au gaz ammoniacal qui s’échappait d’un llacon contenant de la pommade de Gondret ; il avait recours à ce moyen excitant’ un grand nombre de fois par jour. Lorsque l’amaurose asthénique se rencontre chez un individu qui présente des caractères d’un affaiblissement et d’une débilité <-énérale , on doit joindre à ces moyens l'emploi des fortiliants et des excitants généraux et une nourriture analepiique.
Quand la guérison est lente, la vision ne se rétablit que par degrés, et le dernier phénomène de la maladie est la vue des taches, mouches et filaments que le sujet apercevait à son début. Lo sque l’amaurose est due à des causes spéciales, son traitement réclame avant tout l’éloi'mcment de ces causes productrices; aTnsi, on rappellera un exanthème répercuté; on rétablira un exutoire supprimé • on favorisera le retour d’un llux l.émorrhoidal par l’application de quelques sangsues à 1 anus, etc. La vision étant rétablie, et ce rétablissement pouvant être parfait ou imparfait, le sujet devra tout le reste de sa, vie ménager ses yeux, et surtout éviter la lumière vive directe et celle réllécbie par des corps brillants redouter les larmes, la poussière, la fumée et les veilles, que l’on peut regarder comme très-pernicieuses pour la vue (Note du trud.)
nyctalopie.
C’est-à-dire cécité durant le jour et faculté de voir pendant la nuit; celle affection est décrite par les auteurs, mais elle est tellement rare que peu de chirurgiens en ont jamais rencontré un exemple. Larrey rapporte un cas de ce genre observé chez un vieillard galérien à Brest; cet homme avait été enfermé dans un cachot souterrain pendant trentetrois ans. Lorsqu’il fut mis en liberté, il ne pouvait voir que dans l’obscurité de la nuit et pendant le jour il était complètement aveugle. Ramazzini fait aussi mention d’une nyctalopie épidémique qui de son temps affecta, en Italie, les jeunes garçon âgés d’environ dix ans.
Mais, bien que nous ne rencontrions pas en Angleterre la nyctalopie comme maladie primitive, nous savons qu’un des effets communs de l’ophthalmie scrofuleuse est une photophobie marquée. On sait parfaitement que la photophobie a lieu dans l’albinie. La cécité de jour est aussi considérée comme un symptôme de mydriasis ou simple dilatation anormale de la pupille. Les individus affectés de cataractes commençantes voient très-peu au grand jour, et beaucoup mieux le soir, lorsque la lumière est affaiblie et que la pupille est dilatée.