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LIQUEUR D'HOFFMANN

( Liquor anodynus mineralis. lîoffm.)

Parmi les différentes préparations éthéirées, nous ne mentionnerons ici que la liqueur d’Hoffmann, la plus commune de ces préparations. Elle est composée d’une partie d’éther sulfurique et de deux ou trois parties d’alcool. — La liqueur d’Hoffmann jouit des mêmes propriétés que les éthers, mais à un degré plus faible; son action néanmoins est plus durable. La dose est ordinairement de six, huit ou dix gouttes à la fois , qu’on peut répéter au besoin plusieurs fois dans la journée — On peut la prescrire pure, ou

dans du vin, ou sur un morceau de sucre.

2J. Liqueur anodine minérale de Hoffmann , 30 gouttes.

Sucre blanc, demi-once.

F. I. oleosaccharum. F.

F. Paqince asquales quinque.

D. Ad vas bene clausum.

A prendre une toutes les deux heures.

2J. Liquoris anodyni mineralis Hoffmanni , drachma semis.

Vini Cypri, uncias duas.

Aquæjontis, uncias duas.

M. D. Ad vas clausum.

F. A prendre par cuillerées d’heure en heure.

ORDRE IIP.

REMÈDES HY PERSTHÉNISANTS CÉPHALÏQÙES.

Le système cérélno -spinal est un composé de plusieurs organes. 11 comprend le cerveau, le cervelet, la moelle allongée, la moelle épinière, les nerfs des sens externes et ceux des mouvements volontaires. Le cerveau lui-même comprend aussi plusieurs organes distincts, bien que par leur liaison intime ils ne forment qu’un tout. Il en est de même du cervelet, de la moelle allongée et de la moelle épinière. On n’ignore pas , par exemple, que cette dernière ?e compose de parties essentiellement distinctes sous le rapport fonctionnel; que sa portion postérieure exerce des offices différents de l’antérieure, et que ses portions supérieure, moyenne et inférieure, remplissent des fonctions diverses. — La pluralité des organes qui composent ce système doit déjà faire présumer que les remèdes peuvent exercer leur action élective sur tel organe plutôt que sur tel autre de l’encéphale ou de la moelle épinière. Cela a lieu effectivement, mais je n’ai pas cru, pour le moment, que les faits connus étaient suffisants pour établir des subdivisions des médicaments hypersthénisants sous ce point de vue. Aussi, me suis-je contenté de m’arrêter à la double action générale dontj'ai parlé(encéphale, moelle épinière). Ajoutons cependant quelques autres considérations.

Nous avons déjà démontré ailleurs que le système cérébro-spinal n’est pas le centre de la vie végétative, et que scs fonctions ne sont pas indispensables à cette vie. — Nous avons vu que tous les

êtres organisés ne sont pas pourvus de cet système, et que ceux qui en sont pourvu»; n’éprouvent pas son influence dans toutes les parties de leur corps. Ce système; préside aux mouvements libres ou volontaires ; ces mouvements offrent essentiellement une interruption d’action et de; repos. Les sensations reçues par les organes des sens sont transmises à la partie; postérieure de la moelle épinière ou allongée, et de là à l’encéphale. Les actesde volition sont autant d’incitations ou. d’impulsions qui retentissent dans le cerf velet, d’où ils se transmettent à la portion antérieure de la moelle allongée et aux nerfs de l’axe spinal, et se rendent 1 tels ou tels muscles que la volonté veut mettre en action. Aux deux séries d’actions confiées au système eu question,; savoir : les sensations et les voûtions, répondent deux séries de nerfs. La première a sa source dans les corps extérieurs, ou plutôt dans les nerfs des sens qui en reçoivent les impressions, et se terminent à la partie postérieure de la moelle épinière, de la moelle allongée et ducerveau. La seconde émane du cerveau lui-même, se transmet au cervelet, à la moelle allongée, à la moelle épinière et aux nerfs moteurs. L’anatomie est parfaitement d’accord avec celle manière de voir. Les nerfs, en effet, de la première catégorie ont leur commencement à la surface du corps, sous forme d’expansions, de pulpe, de papilles et de cônes convergents, et se rendent au centre céphalo-spinal postérieur; ceux de la se"

opium. 65

condc catégorie, nu contraire, émanent du centre céphalo-spinal antérieur et, sous forme de cônes convergents ou de rameaux, se terminent aux fibres musculaires. v

En conséquence, tout le système dont il s’agit doit être divisé en deux familles: l’une sert d’instrument matériel aux sens et aux opérations de l’intelligence; elle résulte des nerfs des sens et de la portion postérieure de la moelle épinière, de la moelle allongée et du cerveau; l’autre sert d’instrument matériel aux actes volontaires et est constituée par le cervelet, la partie antérieure de la moelle allongée et spinale et les nerfs moteurs. — Les remèdes hypersthénisanls portent leur effet, les uns sur la première catégorie des nerfs, ou sur l’appareil sensitif; les autres sur la seconde, ou sur l’appareil moteur. Les premiers, nous les appellerons hypersthénisants céphaliques ; car tous les sens, à l’exception d’un seul, se rapportent à l’encéphale, ün conçoit cependant, d’après ce que nous venons de dire, qu’en modifiant l’état de l’encéphale, ces remèdes exercent en même temps une action sur la partie postérieure de la moelle allongée et spinale. Les seconds, nous les nommerons hypersthénisants spinaux ; car l’altération de la motilité qu’ils occasionnent se rapporte plutôt au tronc qu’à la tête. On comprend néanmoins par les mêmes raisons qu’ils exercent en même temps un certain effet sur la partie antérieure de la moelle épinière, de la moelle allongée et du cervelet.

OPIUM

L’opium est, comme on sail, un suc épaissi, extrait du papaver somniferum, plante de la classe polyandria, Linn., indigène des pays chauds. Cette plante est cultivée en Asie, dans de grandes étendues de terrain. On en extrait le suc par trois procédés différents. On pratique dans les capsules vertes et succulentes de légères incisions avec un inslnuncnt a cinq pointes. Il s’en écoule un suc lactescent qui s'épaissit et brunit à la superficie de la cap-ule. Ce suc est ensuite détaché a l’aide d’un instrument approprié, et oonservé sous le nom d'oplnru en larmes : c’est la meilleure qualité, elle arrive rarement jusqu’à nous. — Le second ■procédé consiste à exprimer le suc des Giaconuni.

capsules bien mûres sans les inciser. Ce suc est épaissi au soleil et forme des espèces de placentas du poids d’une à deux livres ; on les couvre de feuilles de la même plante ou bien de feuilles de tabac. Cette qualité d’opium est connue dans le commerce sous le nom d’opium de Thèbes, parce qu’on en préparait beaucoup dans cette ville. Dans le troisième procédé enfin, on pile les capsules déjà soumises aux deux opérations précédentes; on y ajoute les tiges et les feuilles de la même plante; on fait bouillir le tout dans une certaine quantité d’eau, et l’on réduit la décoction à consistance d’extrait : c’est l’opium de dernière qualité, qu’on appelle méconium.

L’opium thébaïque est celui qui jouit du plus de crédit dans le commerce.

C’est celui qu’on emploie communément en médecine. — Dubuc, pharmacien à Rouen, a essayé d’obtenir l’opium du pavot d’Europe. Le même essai avait été fait en Italie long-temps avant Dubuc, par Sangiorgio père et par d’autres; mais cet opium n’a pu, jusqu’à présent, obtenir la confiance des médecins. — En conséquence,tout ce que nous dirons sur celte matière se rapportera à l’opium thébaïque. C’est une substance gommo -résineuse, de couleur rouge obscur, offrant un certain reflet dans les cassures; de consistance médiocre, qui se ramollit entre les doigts, fracturable sous l’action du marteau; d’une odeur forte, pénétrante, stupéfiante, désagréable; d« saveur amère et nauséabonde, âcre et chaude; elle brûle avec une flamme vive et beaucoup de fumée; soluble dans l’eau et l’alcool, colore ces liquides d’une teinte uniforme. Ces caractères sont importants à retenir afin de reconnaître dans le commerce

l’opium orthodoxe de l’opium falsifié

U n’y a pas de substance végétale qui ail occupé davantage les chimistes que l’opium. Nous possédons une infini lé d’analyses sur cette substance; maiseri connaissons-nous encore exactement tous les éléments? Je ne le pense pas, caron en découvre continuellement de nouveaux, et 1 on en conteste quelques-uns des anciens. Les principes qu’on admet généralement de nos jours dans l’opium sont au nombre de douze: — 1° Lu nnreoline; 2° la morphine; 3° l’acide méconique ; 4® la méconine; 5» la marcéine; G® l’acide brun, ou matière extractive ; 7n une résiné particulière; k° une huile grasse • O0 du caoutchouc; 10" de la gomme- 11° delà bussorine; 12" des fibres ljgneu-

OPItJM.

ses. — Parmi ces principes, la nnrcéine a été récemment découverte par M. Pelletier (1).

Effets sur les animaux..

L’opium a été soumis à de nombreuses expériences sur les animaux, depuis l’antiquité. Ne pouvant les reproduire toutes, nous nous arrêterons aux plus récentes, principalement à celles de M. Flourens. Cet auteur expérimenta l'opium sur des poules, des pigeons, des oies, des cochons-d’Inde, des lapins, etc. Il observa que, donné à petites doses, ces animaux tombaient dans un état d’assoupissement après quinze à vingt minutes. Cet assoupissement était léger et interrompu d’abord, puis de plus en plus fort, et enfin tellement profond, que ni les bruits ni la lumière ne suffisaient à les réveiller ; il fallait des irritations vives et immédiates pour les tirer quelques instants de la stupeur. Ils ne donnaient aucun signe de sensibilité ni de conscience de leur état, mais ils conservaient leur équilibre ; car repoussés et mis debout, ils marchaient ; et les volatiles, jetés en l’air, déployaient leurs ailes et volaient; mais aussitôt abandonnés à eux-mêmes, ils redevenaient immobiles et tombaient de nouveau dans un sommeil profond. A plus forte dose, l’assoupissement était plus prononcé, plus profond, et non interrompu ; les animaux perdaient l’équilibre, éprouvaient de fortes convulsion^ répétées, et en fin ils succombaient. A l’autopsie, M. Flourens a trouvé les lobes cérébraux rouges et gorgés de sang; l’injection sanguine s’étendait jusque dans les plus petites molécules de la masse de . cet organe. Les autres parties de l’encé- * phale, les tubercules quadrijumeaux, le cervelet, la moelle allongée, n’offraient aucune altération ni de changement dans la couleur (2).

Les résultats des expériences de M.

Flourens sont parfaitement conformes à ceux qu'avaient obtenus d’autres expérimentateurs, tels que Alston (3),Witt (4),

(1) Journal de pharmacie, novembre

(2) Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux dans les animaux vertébrés. Paris, 1824, p. 247.

(3) Med. F.ssays of Edimb., vol. v, p. 152, art. 7.

(4) Works, p. 307.

Monro (1), Lorry (2), Spriigel (3). ’J L'ous ces auteurs ont déduit cette conclusion, que l’opium affaisse etanéantit la sensibilité. Nystên (4) et Wilson (5) ont aussi fait des expériences intéressantes sur l’opium ; ils se sont efforcés de démontrer que, quel que soit le mode d’administration de l’opium, il s’introduit toujours dans le sang; cela se comprend aisément d’après ce que nous avons dit précédemment. Ils ont soutenu, en outre, que l’opium agissait plus particulièrement sur le cœur. Un autre auteur, Virtenschn, prétend aussi que l'opium agit sur le cœur, mais en affaiblissant la fibre de ce viscère; néanmoins, ajoute-t-il, il augmente le mouvement du sang (6). Carminati, au contraire, soutient avec plus de raison que l’opium augmente la force du cœur et le mouvement du sang (7).

Effets chez l’homme sain.

Les occasions pour connaître les effets de l’opium chez l’homme sain sont trèsfréquentes, des nations entières se servant de cette substance comme moyen d’excitation habituelle. On sait que les mahométans, auxquels le koran défend de boire du vin, s’enivrent à l’aide de l’opium. Si la quantité qu’ils prennent est modérée, ils éprouvent une excitation générale proportionnée, la chaleur animale augmente, le visage s’enüamme, les facultés cérébrales s’exaltent, les sens s’aiguisent, les muscles acquièrent de la vigueur, de l’agitation. Par ce moyen les musulmans s’excitent avant de livrer bataille ou de se livrer à des actes de courage. Pour peu cependant que la dose soit excessive, ils tombent aussitôt après l’excitation dans une sorte de collapsus musculaire, les sens deviennent obtus, les facultés cérébrales entrent dans une

(1) Essays and obs.phys. and liter. , v. in,p. 297.

(2) Obs- sur l’opium. Ane. journ. de med., 1756, t. îv, p. 68.

(3) Diss. experim. circa venena, p. 28.

(4) Nouv. bull, de la soc. philom., v. I, p. 143.

(5) Upon the manner in which opium , etc. Edimb., 1795.

(6) Dissert, demonstrans opium vires fibrnrum cordis debilitare, et motum tamen sanguinis augere. Westphal., 1775.

(7) De animalium ex mephitibus et noxiis halitibus intérim., 1777, p. 131.

OPIUM

sorte de délire voluptueux, dans un rêve sans sommeil, dans une véritable extase. En augmentant davantage la dose de l’opium, le délire se convertit en fureur, ou bienenassoupissement profond, encorna, avec immobilité; ou bien des convulsions se déclarent, puis le tétanos avec raideur extrême, enfin l’apoplexie. — Ces effets varient chez les Turcs selon la dose, selon l’ùge, le tempérament dessujets et autres circonstances. Voici comment Sangiorgio s’exprime à l’égard des effets qu'il a observés lui-même en Orient dans une société de Turcs qui s’étaient enivrés avec l’opium. Douze Turcs étaient assis à un divan : après dîner on a bu le café, puis on a pris l’opium. Bientôt les effets de cette substance-se sont déclarés ; 1rs uns, parmi les jeunes, ont paru plus gais et plus vifs que de coutume ; ils se sont mis à chanter et à rire, mais d’un rire forcé, presque sardonique; ils sont cependant restés tranquilles. Les autres, parmi les jeunes aussi, se sont levés avec fureur du canapé, ont tiré leurs sabres et se sont mis en garde, en les roulant violemment sans pourtant se blesser ni blesser personne ; les gardes sont accourus ; ils se sont laissé désarmer paisiblement et ont coulinué à crier horriblement toute l’après-dîner. D’autres enfin, qui étaient âgés, au lieu d’être excités, sont tombés dans la stupidité et la somnolence. — L’un, parmi eux, qui était ambassadeur, homme septuagénaire, est resté immobile et insensible à tous ces cris et au roulement des sabres; il n’a pas plus bougé que s’il eût été de marbre; ses yeux étaient entr’ouverls; il voyait, il sentait, mais il était devenu tout-à-fait incapable de se mouvoir. Dans le reste de la soirée il était encore somnolent, ivre et très-faible (1).

Nous possédons une foule d’autres faitsauthentiques rapportés pardifférents auteurs, et qui s’accordent parfaitement avec le précédent. — Les phénomènes en apparence contradictoires que plusieurs de ces faits présentent, tiennent aux doses diverses du médicament et aux différentes conditions de l’organisme. — Jœger (2) et plusieurs autres ont observé que toutes les fois que l’opium était donné par petites doses répétées, il produisait

(!) Istoria delle piante medicale, vol.

(2) Piullctin des sciences méd. de Fé* russac, 1831, t. xxv, p. 103.

une sorte de sentiment de légèreté dans tout le corps, comme si l’on se sentait capable de se tenir en équilibre en l’air et de voler; plus, une sorte de gaîté folle, d’acuité de l’intelligence, d’énergie dans le système musculaire, et l’augmentation dans la chaleur. En continuant les petites doses, d’autres phénomènes se déclarent, tels que la sécheresse du gosier (1), la soif (2), la coloration rouge de la peau

(3), de la sueur (4); le ventre se constipe (5), la quantité des urines diminue, et ce liquide se colore en rouge (6). — Si l’on en augmente par degré les doses, les effets ci-dessus se prononcent de plus en plus et changent les apparences phénoménales. A l’hilarité et à la clairvoyance succèdent des vertiges elle délire de l’ivresse (7). L’exaltation de la force musculaire se change en inquiétude, en agitation presque automatique, incertaine, mais toujours vigoureuse (8). Le délire peut même aller jusqu’à la fureur (9), et les mouvements devenir tout-à-fait involontaires (10). Le pouls va toujours en croissant en force et en fréquence : on l’a vu en peu d’heures s’élever de trente pulsations par minute. Haller a observé sur lui-même le pouls s’élever de 75 à 100 à la suite d’un lavement opiacé (1 1). Tralles et plusieurs autres ont fait la même remarque (12). Durant l’espèce de fièvre que produit l’opium, la sécrétion de l’urine se suspend, la peau devient sèche et brûlante (13). Si les doses restent en certaines limites, il survient tôt

(1) Etmullcr, Diss. de vi opii diapb.

Lips., 1694, c. 1, § 5.

(2) Matthœi , C.-C. Hufelands Journ., 8 Bd., St. 4, p. 13.

(3) Yicat , Plantes vénéneuses de la Suisse, p. 226.

(4) Pralles, De usu et abusu opii, t. i

(5) Juncker et Boehmer, Diss. sistens casum matronæ larg. usu opii tract. Ilalæ 1744, p. 8.

(6) Murray, Apparatus medicamin. , v. II.

(7) Bergius, Materia medica , p. 482.

(8) P. Alpini , Medic. Ægypt. îv, cap. i.

(9) Lorry, Journ. encyclop., 1. 1, p. n, p. 72.

(10) Pralles, Murray, Bergius, O. c.

(1 1) Comment. Gott., nov., l. vu, p. 13.;

(12) Sam. Bard, Diss. de virib. opii.

Edim., 1765.

(13) Pitcairne, Diss. de cire, in anim, genitis et non genitis. 1 B., § 15.

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