‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 9 sur 168 · PREMIÈRE CLASSE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CLASSE

DE REMÈDES

»»«Ca

REMÈDES HYPERSXHÉNISANTS (1).

Généralités.

Nous appelons hypersthénisantes toutes les substances qui, étant introduites dansTassimilalionde nos tissus, changent tellement la manière d’être del’organisme vivant, que la force vitale s’élève audessus du rhylhme normal ou du degré où elle était. — Ces substances sont nommées communément stimulantes, excitantes ; dénominations impropres , que nous avons dû abandonner. Leur signification, effectivement, est trop vague.

— On peut, à la rigueur, appeler stimulus tout ce qui agit sur l’économie d’une manière quelconque ; l’air, les aliments, la lumière, les sons, sont des stimulants; sont également des stimulants le sang , les autres humeurs animales, la pensée, la volonté, etc.; mais, de ce que I air stimule , excite l’organe pulmonaire , la lumière ébranle la rétine, etc., la vitalité ne s’élève pas pour cela audessus du type normal ; aussi ces sortes de stimulus ne peuvent-ils pas être regardés comme des agents hypersthénisants. Ils pourraient néanmoins le deve-

(1) Mot composé de hyper, auttheno*, force; c’est-à-dire qui él îorço yuaje do l'organisme, (IY. <,

nir lorsque leur action dépasse certaines limites. Les aliments, par exemple , s’ils étaient pris en trop grande quantité, ou bien si leur qualité sortait des conditions normales, pourraient non-seulement surexciter l’estomac , mais encore élever la force vitale de tout l’organisme au-dessus du degré normal; une lumière trop intense enflammer l’œil , produire de la douleur, etc. Dans ces cas , l’aliment, la lumière, ne sont plus des stimulants simples , de simples corps excitants ce sont des surexcitants , des surstimulakts, des hypersthénisants.

11 y a donc une différence réelle entre les corps stimulants et les hypersthéni-

sants : les premiers excitent l’organisme

mais leurs effets ne dépassent pas les limites de la santé; les seconds, au contraire , produisent des changements plus ou moins durables qui sortent de ces limites ; ces changements consistent dans une augmentation de la force vitale — .

J ai a peine besoin de démontrer combien sont impropres quelques autres dénominations qu on avait imaginées pour dési-

Ü^nr Cva 1°' rte* de remèdcs , telles qUe celles d échauffants , phlogistiques , etc.

II est clair que ces noms expriment plutôt un des effets secondaires de ces substances que leur véritable action Chez

1 homme sain, l’«ction dynamique des

PROLÉGOMÈKÏS.

substances hypersthénisantes ne peut se manifester autrement à nos yeux que par les modifications qu’elle imprime aux fonctions de l’organisme , car la vitalité, qui en éprouve la première les effets , n’étant qu’une force inhérente aux organes , ne peut nous faire voir ces effets d’une manière simple et isolée. C’est donc par les changements qui ont lieu dans les fonctions dés organes que nous pouvons juger l’action des remèdes hypersthénisants. Il ne faut pas oublier, par conséquent, que ces changements fonctionnels sont des effets d’autres effets , et qu’ils peuvent être modifiés par des circonstances étrangères au remède. — Un homme sain qui prend par la bouche une dose modérée de substance hypersthénisante, comme de l’alcool par exemple , éprouve immédiatement sur la langue, au gosier , à Ttesophage et à l’estomac un sentiment de chaleur ou de brûlure plus ou moins intense selon le degré de pureté de la substance. Aussitôt après, cette sensation est remplacée dans la bouche par un sentiment de réfrigération . Ces deux premiers effets dépendent de l’action physico-chimique de l'alcool ; le premier, de sa vertu cautérisante; le second, de sa prompte volatilisation. On sait que ce dernier phénomène tie peut avoir lieu sans la soustraction d’une certaine quantité de calorique des corps ambiants. — Peu de temps après, la substance entre en assimilation organique et donne lieu à une série de phénomènes généraux. Les sens externes s’aiguisent , les idées deviennent plus promptes, l’imagination plus vive et accompagnée d’un sentiment de bonheur et d’hilarité; les muscles volontaires plus énergiques, les mouvements plus faciles et accompagnés d’une sorte d’agitation , de besoin d’agir et de changement continuel. Le cœur bat avec plus de fréquence et de force ; il envoie le sang avec plus d’impétuosité ; en conséquence le pouls est plus fréquent, plus dur , pins fort, la peau plus rouge, plus chaude, et sa transpiration plus abondante. La respiration est plus libre , pins fréquente ; la digestion plus prompte, les sécrétions plus copieuses, en un mot toutes les fonctions sont élevées au-dessus du rhythme ordinaire. — Ces phénomènes ont lieu si la quantité de substance hypersthénisante n’est pas excessive, et si l’individu était dans un état normal de santé : ils expriment un état d’exagération de la vigueur générale de l’organisme.

Si l’on continue cependant l’usage de la môme substance, ou bien si sa dose est trop considérable , ou bien enfin s’il existe chez le sujet des conditions capables de lui en faire sentir très-vivement les effets , une autre série de phénomènes a lieu ; ces phénomènes sont , en apparence , de nature opposée aux précédents. Les sens externes deviennent obtus, l’imagination est lente ou déréglée, les idées confuses. Le snjet offre de l'apathie , de la somnolence, une véritable stupeur ; les muscles volontaires s’affaissent , leurs mouvements ne se font pas exactement selon les ordres de la volonté , ils sont vacillants ; enfin , l’individu tombe dans l’immobilité presque complète. Le cours du sang est ralenti ; et si le pouls continue à être fréquent, il est petit, concentré , et quelquefois même imperceptible, à moins que les doigts qui l’explorent ne compriment fortement Tarière. La peau est tantôt violacée, lantôl d'une pâleur mortelle ; sa température est basse, elle est sèche ou bien couverte de sueurs froides et parcellaires. La respiration est extrêmement oppressée , ou bien excessivement lente ; la digeslion suspendue oudérangée, et accompagnée de vomissements; les sécrétions sont également suspendues ou bien excessives, et donnent involontairement des matières très-élaborées et très-différentes de celles de l’état ordinaire ; enfin le délire se déclare, le coma, le Irismus, des symptômes tétaniques, et l'individu meurt apoplectique si la dose de l’alcool ou des autres substances byperslhénisantes est continuée à dose progressive. — A l’autopsie on trouve les membranes du cerveau et de la moelle épinière fort injectées de sang et presque turgescentes ; la pulpe encéphalique et médullaire également injectée; les poumons aussi gorgés de sang; le cœur de couleur plus foncée que d’ordinaire; la face interne de l’aorte et des autres vaisseaux , extraordinairement rouge; sont également rouges et gorgés de sang les autres tissus et organes de l'écOnomie.

La première série de phénomènes indique , ainsi que nous l’avons dit, un état d’exaltation de la vigueur générale de l’organisme ; la seconde, au contraire, un état de perte de vigueur par oppression. On peut appeler le premier état, hypersthénie simple, ou hypersthénie au premier degré ; le second , hypersthénie exquise ou de degré supérieur. Je m’explique. — La vitalité inhérente à nos or-

prolégomènes. 37

ganes n’est pas la seule condition nécessaire à l’exacte exécution des fonctions.

Pour bien fonctionner , chaque organe a besoin aussi de l’intégrité de son organisation matérielle et de l’intervention de certains stimulus. Ces dernières conditions sont fort variables; elles concourront cependant à un même but , à l’exécution normale de la fonction , tant qu’elles ne dépassent pas certaines limites.

Au-delà , elles peuvent nuire à la fonction; l’une gène l’action de l’autre; leur ellet est complexe et leur résultat moindre. Il est facile de concevoir d’ailleurs qu’aucune comparaison ne saurait être établie entre les altérations de la vitalité et celles des fonctions; les premières, en effet, se rapportant à une force simple, ne sont susceptibles que de plus ou de moins d’élévation ou d’abaissement ; les secondes , au contraire , se rapportant à des éléments divers , peuvent offrir des variabilités dans le degré et dans la qualité.

Les éléments dont chaque fonction se compose ne peuvent changer sans que son mode d'exécution et ses produits ne s’altèrent également, et dans la quantité et dans la qualité. Un crypte muqueux , par exemple , sécrète à l’état normal une quantité donnée de piucus ; si sa force sécréloireaugmente, il donnera non-seulement une augmentation de mucus, mais encore ce dernier sera plus élaboré, plus acre ; ou bien la quantité de mucus sera moindre et sa qualité évidemment changée de nature. — J 'ajouterai que l’énergie de la vitalité, lorsqu’elle est augmentée au-delà de certaines limites , doit nécessairement étouffer, pour ainsi dire, les fonctions et les suspendre. La force ne peut exister sans l’intégrité de la santé , et c est durant celle intégrité et ce degré normal de vigueur que les sécrétions sont aq maximum. L'observation apprend que pour être parfaite , une fonction n’a besoin que d’un certain degré de vitalité. Le degré n'est ni plus, ni moins que celui où les éléments organiques sont en i parfaite harmonie entre eux, se secourent réciproquement et concourent au même but, c rst-à— dire à l’entretien de la vie et de la santé normales. Si la force vitale s’écarte de ce degré en s’élevant ou en i rabaissant, l’équilibre est rompu , l'harmonie entre les éléments organiques n existe plus, les fonctions sont dérangées, et elles peuvent l’être au point de devenir nullcs ; il suffit que le désordre tut lieu dans quelques éléments seule-

ment pour qu’il se manifeste chez les autres qui en dépendent. — Il est facile de constater la vérité des considérations précédentes en analysant les fonctions et les phases qu’elles subissent sous l’action graduée et croissante des substances hypersthénisantes. Prenons pour exemple la vue, l'imagination, la digestion. — Nous venons de voir qu’une petite action hypersthénisante rendait la vue plus aiguë, l’imagination plus vive, la digestion plus prompte. On conçoit que tant qu’elle est modérçe, cette action érige la force vitale des organes, produit une sorte de tension dans leurs fibres ; leur circulation intérieure est plus animée et leurs fonctions par conséquent plus actives; mais si l’action hypersthénisante devient majeure, la circulation acquiert une telle énergie qu’elle détermine des congestions; alors la tension, l’éréthisme des tissus organiques sont tels qu’ils ne peuvent se mouvoir librement ; de là, l’oppression, la gêne , la lenteur , l’imperfection de la fonction. L’ceil , injecté de sang, ne voit que confusément ou pas du tout; le cerveau , congestionné , turgescent par la présence du sang , occasionne le délire , la stupéfaction , le coma ; l’estomac, dont les parois sont grossies et enflammées, ne peut se contracter librement, aussi la digestion est-elle pervertie ou arrêtée.

Et pourtant la vitalité est augmentée dans chacun de ces organes, comme dans le reste de l’économie ; leur masse est aussi augmentée par suile de l’excès de stimulus.

C’est précisément cet excès d’activité et de masse qui enchaîne, pour ainsi dire, les instruments et les repd inertes. Un individu qui se trouve sous l’influence d’une hypersthénie excessive peut être comparé à un autre bien portant dont le corps est fortement lié de tous côtés ; fûtil un Hercule, il ne pourrait se mouvoir. Dans l’hyperslhénie les forces ne manquent point ; elles sont seulement opprimées , empêchées d'agir ; elles sont prêtes à montrer leurs effets aussitôt qu’elles auront été rendues libres par l’enlèveipent de l’excès.

Il résulte de ce qui précède :

1° Qu'il y a une grande différence entre la laiblessc vitale ou asthénie véritable , et la faiblesse des fonctions ( prostration, langueur apparente). — 2° Que l'hypcrsthénic peut et doit, lorsqu’elle est excessive, être accompagnée de faiblesse fonlionnclle apparente. Je dis apparente , car cllç y’ a rico do réel , et dépend plu-

PROLÉGOMÈNES

tôt d’une sorte d’oppression du principe "vital par excès de stimulus; c’est, en d’autres termes , une faiblesse secondaire par obstacle à la manifestation des actes de la vie, et non une faiblesse par épuisement de l’excitabilité, ainsi que Brown le prétendait. Personne ne saurait, je crois, soutenir raisonnablement aujourd’hui l’idée de la faiblesse dite indirecte par cet auteur, ni le conseil qu’il a donné pour la combattre , c’est-à-dire d’administrer beaucoup d’alcool ou de vin à un homme affaibli par excès d'alcool ou de vin -— Les effets sensibles des substances hypersthénisantes peuvent varier non-seulement selon le degré et la continuation de leur action, mais aussi par l’intervention de certaines circonstances dans lesquelles se trouvent les individus qui en font usage.

Sous ce rapport on doit d’abord prendre en considération l’âge du sujet.

Dans l’enfance, dans l’adolescence , la sensibilité est fort exquise , la vie est en quelque sorte en excès , et se manifeste dans le développement des organes : aussi l’action des substances hypersthénisantes est-elle plus vivement sentie à cet âge qu’après l’époque de la puberté, oùlesorganes sont complètement développés, et la vitalité équilibrée en quelque sorte. Dans la vieillesse, au contraire, l’organisation devient de plus en plus pauvre, la vitalité est en décroissance , les stimulus sont moins vivement sentis ; aussi les vieillards tolèrent-ils à merveille de trèsfortes doses de substances hypcrslhénisantes. — "Vient ensuite le sexe. Nul doute que l’action des agents stimulants ne soit plus vivement sentie par la femme que par l’homme. La mollesse d’organisation de la femme , la sensibilité fort exquise qui lui est naturelle, le genre de 'vie tranquille et ménagée qu’elle mène dans nos sociétés , et par conséquent le peu de dépenses qu’elle fait habituellement de scs forces physiques et morales, la prédisposent à sentir plus vivement que l’homme l’impression des substances stimulantes. — Le tempérament se présente en troisième ligne. Il y a des tempéraments qu’une légère stimulation ébranle ; il y en a d’autres qui sentent légèrement et tolèrent singulièrement l’action des stimulus. Aussi de très-fortes doses produisent à peine chez ces derniers le môme degré d’action qu’une faible quantité chez les premiers. Il est prouvé également, d’autre part, que la stature est aussi pour quelque chose dans

celte sensibilité. Les individus de stature moyenne et de forme carrée, surtout s’ils ont de l’embonpoint, supportent mieux, en général , les substances hypersthénisantes que ceux de haute stature et qui sont grêles. — La condition, le genre de vie, de profession , etc. , entrent aussi dans la catégorie des circonstances qui rendent plus ou moins sensible l’action des stimulus. On n’ignore pas, par exemple, que les personnes qui mènent une vie sédentaire, oisive, tolèrent peu les substances hypersthénisantes; le contraire a lieu chez les hommes actifs et laborieux. On a observé que la tolérance en question est plus grande chez les célibataires que chez les personnes mariées ; chez les personnes gaies et heureuses que chez celles qui éprouvent des chagrins ou qui sont hypochondriaques. — En cinquième lieu se présente le climat. Il est notoire que dans les pays froids, dans les lieux bas, dans les régions où la vie est en lutte incessante avec les éléments , les habitants ont besoin de suppléer, à l’aide de stimulants artificiels, aux perles continuelles qu’ils font par l’action du climat. Aussi les mêmes doses de substances hypersthénisantes y ont-elles une action beaucoup moins prononcée que dans les climats chauds où la somme des stimulus naturels est beaucoup plus grande. Dans ces derniers climats, les agents hypersthénisants opèrent avec une très-grande puissance. Bien que dans les climats chauds on fasse impunément usage de substances fort stimulantes , il ne faut pas oublier que la force de l’habitude peut jusqu’à un certain point combattre celle de l’influence du climat. — La force d’habitude est, sans contredit , un moyen extrêmement énergique pour modifier l’action des agents hypersthénisants. A mesure qu’elle est répétée, l’action s’énerve , est moins sentie , et finit par devenir indifférente. Aussi voyons-nous des hommes être parvenus, petit à petit , à prendre impunément des doses effrayantes de substances hypersthénisantes.

line faut pas oublier néanmoins, que dans certains cas la répétition fréquente de ces substances finit par produire des désordres sérieux. 11 arrive quelquefois que si la dose ordinaire, qui était auparavant si bien tolérée, est légèrement augmentée, on obtientdes effets d’une grande violence. D’autres fois l’organisme acquiert à la longue une telle susceptibilité, que non-seulement les doses ordinaires

ne sont pas tolérées, mais qu’il suffit d’une faible quantité pour occasionner des effets fort violents. D’où il faudrait conclure , ou que l’habitude peut produire des effets diamétralement contraires , ou que la constitution ne s’habitue pas toujours à l’action répétée de certains stimulus. Examinons cette question :

Si la seconde application d’une substance hyperslhénisanlc a lieu avant que l’action de la première ait cessé ; que la troisième, la quatrième, la cinquième, etc. , se succèdent de la même manière, il est évident que l’individu qui se soumet à cette épreuve doit tomber victime de son intempérance ; et s’il résiste, il finira par mettre son organisme dans une sorte d’éréthisme continuel qui se changera en seconde nature. C’est ainsi, à ce que je crois, que les ivrognes parviennent a supporter impunément des doses énormes d'alcool , et les Orientaux des quantités effrayantes d’opium. Chez eux l’ivresse est incessante , l’hypersthénie est devenue habituelle, une sorte d’équilibre artificiel ou bâtard s’est constitué dans l’organisme entre la réaction vitale et la stimulation. De là résulte que si ces individus manquent de leur stimulus ordinaire, l’équilibre est rompu, ils sont faibles et tombent épuisés. — Si, au contraire, la répétition de la substance hypersthénisante a lieu de temps en temps, et alors que L’action de la précédente a cessé complètement, chaque répétition produit une secousse nouvelle dans l’organisme. Plus, par conséquent, ces secousses sont répétées , plus la fibre vivante est ébranlée et devient susceptible à ressentir les nouvelles impressions hyperslhénisanles. De là résulte qu’avec le temps les mêmes doses produisent des effets de plus en plus énergiques , et que des doses beaucoup moindres occasionnent le même degré d’açjion qu’autrefois les fortes. C’est ce que nous voyons souvent arriver aux personnes qui ne se livrent à l’ivrognerie que de temps en temps. One époque arrive où elles ne peuvent plus en soutenir les effets; elles en éprouvent alors des désordres sérieux.

La différence entre les deux états précédents paraît donc consister en ceci :

dans le premier casl’organismen’éprouvc qu’une seule secousse continue ; dans le second, les secousses sont répétées. Dans le premier cas il y a habitude ; dans le second, il n’y en a pas. C’est donc avec raison que, dans l’emploi des substances hyper3thénisantes, les praticiens ont soin

de prévenir l’habitude en en suspendant, en en interrompant l’usage, alors qu’on ne peut ou qu’on ne veut pas en augmenter continuellement les doses. — — Examinons à présent l’action des remèdes hypersthénisants chez l’homme malade.

On concevra sans peine que les effets sensibles des substances hypersthénisantes doivent varier davantage chez l’homme malade, et que celle variabilité doit être en raison des conditions particulières de l’organisme. Indépendamment, en effet , des conditions de variabilité que nous venons d’étudier chez l’homme sain , il peut y avoir, chez l’homme malade , un état d’asthénie , par exemple.

Il est clair que la substance ne pourrait produire les effets d’excitation dont nous avons parlé avant d’avoir combattu et dissipé les phénomènes préexistants de faiblesse. Une partie de l’action hyper slhénisante est donc, dans ce cas, employée à détruire la faiblesse préexistante, et cette partie d’action est d'autant plus forte que l’asthénie est considérable.

— De là résulte qu’au lieu de surexciter, le médicament est épuisé en quelque sorte dans cette espèce d’élévation de la vilalité vers son type normal. C’est en cela que consiste le principe de la tolérance merveilleuse que nous trouvons constamment pour des doses prodigieuses de médicaments chez certains mala des , doses qui , chez l’homme sain, produiraient inévitablement des désordres sérieux ou même la mort. — Ce principe constitue la grande loi découverte par Rasori sur la capacité de l’organisme pour les remèdes, loi qui fait la gloire de la médecine italienne, et sur laquelle un médecin dont le nom fait autorité en France, a dit, il y a long-temps :

« Qu’elle fera époque d'une manière brillante dans l’histoire de la médecine, et sera considérée comme une des plus belles découvertes dans le domaine des sciences médicales (1). »

La loi dont je parle n’a pas été adoptée cependant par tous les médocins. On lui a opposé les variabilités de l’idiosyncrasie des tempéraments, et autres circonstances qui doivent faire diversifier à l’infini la tolérance pour les remèdes.

— On n’a pas réfléchi que ces variations ne peuvent rien changer au principe en lui-même. En supposant qu’elles empêchent de mesurer avec une exactitude numérique la tolérance pour les remèdes

(1) Bailly, Rev. méd , 1825.

PnOLKGOJtÈNES.

hypersthénisants dans un degré quelconque d'asthénie, on peut toujours agir sûrement toutes les fois qu’on peut tenir compte des changements qui peuvent être apportés par les circonstances de l’idiosyncrasie, du tempérament, etc.

Quel est , d’ailleurs, le médecin philosophe qui peut jamais perdre de vue ces circonstances? Quel est le cas dans lequel on peut se dispenser de tenir compte de leur influence? — Il découle en attendant, de la même loi , le précepte pratique d’employer des remèdes hyperslhénisants d’autant plus forts, et à des doses d’autant plus élevées que l’asthénie est profonde. — Comment se fait-il donc que les praticiens recommandent le contraire à cet égard? Ils vous prescrivent,, en effet, dans les cas d’asthénie profonde, d’être très-circonspect sur l’emploi des remèdes hvpersthénisants , et de ne don ner que des doses fort légères; car, disent-ils, la sensibilité exquise du malade, causée par la faiblesse, rend fatales les stimulations violentes. La source de celte contradiction est évidente ; ces praticiens prenaient la faiblesse apparente pour une véritable asthénie; il suffit , en effet, d’examiner les cas dans lesquels ils agissaient pour comprendre leur erreur.

Leur erreur tenait aussi à un faux principe; ils supposaient qu’il y avait dans l’organisation antagonisme entre la sensibilité et la force, et que par conséquent, lorsque cette dernière était en défaut, la sensibilité prenait le dessus. Nous reviendrons sur ce sujet.

Nous tenons donc comme un principe thérapeutique incontestable, que la force et la quantité des substances hypersthénisantes doivent être généralement proportionnées au degré d'asthénie que l'on veut combattre. Nous disons généralement, car il y a des cas exceptionnels que nous indiquerons en temps et lieu, et dans lesquels on doit commencer par des doses minimes; je citerai comme exemple, pour le moment, certaines affections de l’estomac. Comme les remèdes s’administrent ordinairement par la bouche, et que l’estomac doit soutenir le travail de leur digestion, l’état d’asthénie de ce viscère peut être tel qu’il ne soit pas capable de digérer' le médicament, surtout si ce dernier n’était pas très-assimilable. Aussi ne doit on pas donner d’un seul coup, par exemple, à un individu exténué par le jeûne, toute la quantité d’aliments et de remèdes hypcrslhénisants dont son organisation a

besoin ; on va petit à p lit , seton les forces de l’estomac, etc. — On aurait cependant mal saisi ce que je viens de dire, si on s’imaginait que je conseille d’assommer à coups d’h y persthénisanls héroïques les malades atteints d’asthénie profonde. La prudence, que nous avons tant recommandée dans les pages précédentes, veut qu’on commence toujours par des doses modérées, et qu’on ne le» augmente qu’après avoir bien exploré par les premières prises le degré de tolérancedu malade, degré qu’on ne peut toujours mesurer à priori, pas plus que le degré lui-même d’hyposthénie qu’on veut combattre. Aussitôt cependant que l’observation attentive du malade nous assure delà tolérance pour une dose donnée de remède hyperslhénisant, la loi Kasorienne nous autorise et nous prescrit de ne pas nous arrêter à cette dose, et de l’élever au contraire au degré que la maladie exige et que la susceptibilité du sujet permet. — Cela posé , il est facile de comprendre que dans les affections asthéniques, les effets des remèdes hypersthénisants peuvent être négatifs jusqu'à ce que la condition de faiblesse en soit détruite. Si l’asthénie est accompaguée de lenteur, petitesse ou irrégularité dans Je pouls , le remède hyperslhénisant se borne d’abord à changer cet état, à élever le pouls à son rhythineet à son énergie naturels,, et ce n’est qu’après cette action que la continuation du médicament commence à manifester ses effets positifs, savoir: 1° qu’il rend le pouls fort, vibrant et fréquent; 2° que les sécrétions, si elles étaient affaiblies ou suspendues , se raniment ; et si elles étaient trop abondantes, se modèrent; 3° que l’état du cerveau * qu’il consistât, soit dans une sorte de stupeur par effet de l’asthénie, soit dans une sorte de veille continue, sc dissipe sous l’action hypcrslhénisante , c’est-àdire que le malade cesse d’être assoupi dans le premier cas , commence à dormir dans le second. En un mot, les effets du remède hypersthénisant seront variables selon les phénomènes particuliers dont l’asthénie s’accompagne. Nous aurons plus loin l’occasion de développer davantage ces dernières propositions.

— Ajoutons, en attendant, que dans l'état morbide opposé , c'est-à-dire dans l’hypérémie, l'action des remèdes hvperslhcnisants offre naturellement des phénomènes précisément contraires aux précédents, c’est-à-dire que , quelque petite qu'elle soit, chaque dose du médica-

prolKoomènbs. 41

meut produit des effets immédiats d'excitation. Ces effets cependant varient çuxmèmes selon que l’bypersthénic morbide est simple ou exquise : je m’explique.

Dans l’ hypersthénie simple , je veux dire accompagnée de l’exaltation d’un certain nombre de fonctions seulement, le remède hyperslhénisaut les élève davantage et les jette ensuite dans un état d'oppression , ainsi que nous l’avons expliqué plus. loin. Cet état d’oppression Constitue ce que j’appelle l’bypersthénie exquise. Si le remède eu question est donné durant eetle dernière condition, l’oppression augmente, le pouls devient plus contracté,, petit, à peine perceptible ; les muscles restent immobiles et n’obéissent plus à la volonté; s’il y avait délire , il augmente , de même que la stupeur, le froid, etc. ; en un mot, il se déclare des phénomènes manifestes d’intolérance.

Dans cette intolérance pour les remèdes hypersthénisanls , le praticien trouvera un signe univoque de la nature hypérémique delà condition pathologique,

par conséquent de la contre-indication du médicament. IL n’est pas rare cependant de rencontrer dans la pratique des cas obscurs où les phénomènes d hypersthénie exquise on de vitalité oppressée pourraient être confondus a,vec ceux de 1 asthénie véritable. Dans ces circonstances , il est de la plus haute importance de tenir compte de l’intolérance dont nous venons de parler. Cett,e circonstance faisant de suite dessiller les yeux et reconnaître l’erreur du diagnostic, nous met à mémo de changer immédiatement de traitement. Il y a des praticiens cependant dont les idées sur la nature des maladies sont tellement préconçues , qu'aussitô.t arrivés auprès du malade , ils prescrivent nettement les remèdes hypersthénisanls, pour peu qu’il J ait prostration apparente : si après les premières doses ils voient les symptômes s aggraver, la stupeur et la langueur apparente s’accroître, le pouls devenir de plus en plus imperceptible , ils ne s’arrêtent point , ils redoublent leurs doses malgré l’intolérance et croient assommer le mal , tandis qu’ils assomment le malgde. — Dans les maladies asthéniques elIcs-memes , où les remèdes hypcrslhémsanls sont indiqués, il peut, par leur usage immodéré, survenir des nccidcnts ‘ angereux. Cela a lieu lorsque les doses sont excessives par rapport à l’intensité e a maladie , ou qu’on eu continue l’u-

sage après que l’état d’asthénie a. étédissipé. Les données du critérium de cet excès d’action nous sont fournies principalement par l’estomac, l'encéphale et le cœur, à l’aide des phénomènes particuliers qu’ils présentent. L’estomac manifeste son intolérance pour les remèdes hypersthénisanls par un sentiment d’ardeur, de chaleur incommode, de douleur et des vomissemeuls. L’encéphale , par de la céphalalgie , la pesanteur, l'insomnie ou l’assoupissement, des vertiges, une sorte d’ivresse, le- délire instantané ou l’augmentation de ce dernier, s’il existait déjà. Le cœur enfin, par les vibrations violentes et fréquentes du pouls, ou la petitesse progressive de ce dernier si l’hypersthénie est trop considérable.— Si la dose du remède hypersthénisant çst excessive, c’est-à-dire supérieure à la capacité morbide de l’organisme , il est clair qu’on produira des phénomènes morbides appartenant uniquement à l’excès d’action du médicament. Dans ce cas, il se peut que le malade persiste dans l’état de faiblesse. Aussi est-il dç la plus haute importance de prendre pour règle de conduite dans l’administration des doses le degré de tolérance , et de procéder graduellement.

Si le traitement par les moyens bypersthénisants a déjà été suivi pendant quelque temps, l’état d’asthénie a pu être dissipé;, le praticien devra voir si les nouveaux symptômes ne tiennent pas plutôt à l'usage trop prolongé de la médication. Il est prudent, dans ce cas, de s’en assurer en suspendant pendant quelque temps l’usage du remède; et si les symptômes de surexcitation paraissent positifs, il faut employer quelques légers médicaments affaiblissants. — En général, les maladies sont combattues bien avant que la santé ne soit complètement remise. Aussitôt que le degré culminant ou 1 état d’une maladie est combattu , le rétablissement des fonctions et les changements qu’on appelle crises, s'ensuivent de nécessité; alors les remèdes ne servent plus à rien , ils ne peuvent que nuire. De là le précepte important de laisser dans ces moments opérer la nature. Je nesais jusqu a quel point ce précepte est généralement observé dans la pratique ; je ne puis cependant m’empêcher de dire que souvent on prolonge trop long-temps l’usage des médications énergiques, soit hypersthéniques , soit affaiblissantes, et qu’on empêche ainsi le prompt retour de la santé, Il arrive

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parfois, dans ces entrefaites, qn’un autre médecin appelé usurpe à son avantage tout le mérite de la cure que le premier a réellement produite, et qu’il s’est laissé enlever par trop de zèle. Dans les cas douteux enfin de maladies présumées asthéniques, le praticien ne devra employer les remèdes hypersthénisants qu’à petites doses, et observer attentivement le degré de tolérance. Si ce degré est nul, s’il y a intolérance, il conclura qu’il y a erreur dans le diagnostic, et il prescrira des remèdes dénaturé opposée.

Les remèdes hypersthénisants sont, ainsi que nous l’avons dit, susceptibles de différentes divisions et subdivisions. — Considérés sous le rapport de leur énergie , ils sont, les uns très-puissants, les autres moins, d’autres moins encore (très-puissants, forts, modérés). — Sous le point de vue de leur promptitude d’assimilation, ils offrent aussi des variétés importantes. Les uns passent trèspromptement dans l’assimilation organique, et cette assimilation s’accomplit très-rapidement ; aussi leurs effets sont presque instantanés , mais fugaces ou peu durables; les autres, au contraire, exigent un certain travail et du temps avant d’entrer complètement en assimilation ; aussi leurs effets sont-ils lents et plus durables. Les premiers ont été appelés hypersthénisants diffusibles, les seconds hypersthénisants permanents.— Sous le point de vue enfin de la manifestation spéciale de leur action dans telle ou telle partie du système organique, les remèdes en question présentent des différences plus importantes encore. J’ai déjà développé cette idée dans les pages précédentes; je rappellerai seulement un fait capital. Quand on administre une substance hyperslhénisante , toute la constitution, toutes les fibres de l'organisme en ressentent les effets; mais ces mêmes effets se manifestent d’une manière plus prononcée ou plus promptement dans tel ou tel organe ou système d'organes , selon l’espèce particulière de substance. Cette condition, ou plu tôt ce fait constant, sert de base à notre classification. Nous connaissons, d’après celte manière de voir, cinq ordres de remèdes hypersthénisants : t° les cardiaco vasculaires, c’cst-à dire dont l’action principale porte sur le cœur et le système angéiologiquc. De ce nombre sont L'ammoniaque elles préparations ammoniacales; 2° les vasculo-cardiaques , savoir, dont l’action principale se déclare dans le sys-

tème angéiologique ; tels sont les éthers, la liqueur d’Hoffmann , etc. ; 3» les céphaliques (opium, morphine, narcoline); 4° les rachidiens (alcool , rhum , vin , etc.); 5° les gastro- entériques (huiles essentielles, cannelle, girofle, noix muscade , etc.).

Dans l’état actuel de la science , je n’ai pas cru devoir multiplier davantage ces catégories ni le nombre des substances qu’elles comprennent. Un conviendra sans peine cependant que ces chiffres se prêtent sans inconvénient à des changements par l’avancement des lumières. Je ne dois pas clore ces généralités sans dire quelques mots sur les véritables indications des remèdes hypersthénisants. — Toute maladie dont le fond est de nature asthénique réclame l’usage de ces remèdes. On se tromperait cependant si l’on croyait que tout médicament hyperslhénisant convient indistinctement dans toute maladie de faiblesse. Le degré d’asthénie n’étant pas le même dans toutes les affections de ce genre, le degré d’action des médicaments eux-mêmes étant également variable dans les différentes substances, on conçoit sans peine la nécessité et l’importance de choisir, dans la classe de ces substances, celles dont l’énergie peut approximativement répondre au degré d’asthénie qu’on veut combattre. D’autre part , la déclaration et la marche de l’asthénie étant elles-mêmes plus ou moins subites et dangereuses, obstinées ou rebelles , elle peut réclamer l’usage des hypersthénisants diffusifs ou bien permanents. Enfin l’asthénie peut se déclarer de préférence dans un organe plutôt que dans un autre, menacer plus particulièrement tel appareil organique que tel autre : il y a, par conséquent, convenance de choisir parmi les substances hyposthénisanlcs celles dont l’action élective paraît le plus répondre à cette indication. Sur ce dernier point, du reste, nous nous expliquerons plus longuement ailleurs.

Les maladies dites à fond mécanique, ou dont la condition pathologique est de nature mécanique, et qui sont accompagnées de symptômes de véritable asthénie , réclament aussi l’usage des remèdes hypersthénisants. Il est vrai de dire que ces remèdes ne guérissent pas la maladie, car ils ne peuvent détruire la cause matérielle, mais ils soulagent toujours le malade, relèvent les forces et mettent l’organisme en état de lutter contre le

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fond de l’affection. Ce sont, en d’autres termes, des moyens palliatifs fort utiles. Le médecin , par conséquent, ne doitpas dans ces cas se promettre de leur usage plus qu’ils ne peuvent produire. 11 ne doit pas oublier néanmoins qu’en pareille occurrence la condition pathologique, ou la diathèse, comme on dit, peut changer de nature, soit par l’action prolongée des médicaments, soit par d’autres circonstances. La vitalité peut se relever, passer du degré d’asthénie au type normal, puis dépasser ce dernier terme et donner lieu à des symptômes d’hypérémie. 11 va sans dire qu’aussitôt que des phénomènes d’intolérance se manifestent pour les médicaments hypersthénisants , le médecin doit changer de méthode. — Il y a des praticiens qui emploient les médicaments hypersthénisants dans le traitement de maladies à fond hypérémique. Il est incontestable , en effet , que des maladies inflammatoires , par exemple, ont été guéries à l aide de ces moyens. On s’appuie même sur ces faits pour dire que dans quelques cas de cette nature le fond est plutôt asthénique qu’hypérémique.

Celte question, nous la discuterons ailleurs ; nous ne pouvons, en attendant , nous empêcher de faire les remarques suivantes : 1° l’usage des remèdes hypcrsthéni-ants est manifestement nuisible dans les maladies inflammatoires ou dont le fond est hypérémique ; 2° dans quelques cas de celle espèce , où ces remèdes semblent avoir été utiles, leur utilité n’est qu’apparente; ils ont été nuisibles au fond. Cela a lien alors qu’on parvient, à l’aide de ces médicaments, à étouffer quelques symptômes qui étaient fort incommodes pour le malade; on n’a pas pour cela changé le fond de l’affection. Il ne faut pas oublier, du reste, que certaines maladies guérissent malgré leur mauvais traitement; 3° il arrive néanmoins , dans quelques cas, que les remèdes hypersthénisants sont réellement utiles dans les maladies hypérémiques ou phlogistiques. Expliquons -nous sur ce point.

11 n’y a pas de médecin qui n’ait été témoin d une certaine pratique vulgaire qui consiste à attaquer la fièvre, la toux, le rhume , I angine, à l’aide d’abondantes libations de vin aromatique chaud , dans le but de faire suer. A la suite de cette pratique , les malades sont restés une nuit entière ou davantage assoupis, ont éprouvé d’abondantes sueurs ou des évacuations d’autre nature, puis l’ébriété

et l’orage so sont dissipés, et les malades se sont sentis soulagés ou même guéris. Celte audacieuse conduite, si elle a réussi à quelques malades, chez d’autres elle a augmenté le mal et causé des accidents formidables : toutes les constitutions, en effet, ne résistent pas à un jeu de cette nature. Des torrents de sueur, comme à la suite des grands efforts musculaires , des pertes considérables de mucus animal, la suspension momentanée de quelque importante fonction , par suite de l’état de stupeur, etc., ne sont-elles pas suffisantes pour compenser les effets de l’hypersthénie préexistante ? Elle est bien puissante cette force médicatrice , pour surmonter à la fois les effets de la maladie et ceux de nos sottises ! Sans doute que si vous grossissez la masse du sang d’un animal moyennant l’injection d'une certaine quantité de ce liquide dans les veines, il peut survivre et même guérir d’un pareil excès à l’aide d’hémorrhagies spontanées ; mais pouvez-vous prévoir si ces pertes auront toujours lieu, et par quelles voies elles se déclareront? — Si vous affaiblissez un animal par des saignées répétées, il pourra probablement se remettre petit à petit, remplacer les pertes par les seules forces de la nature et guérir; mais au-delà de certaines limites, les seules forces de la nature sont insuffisantes, et la mort est inévitable. On peut donc dire , en thèse générale , que les maladies hypérémiques peuvent guérir spontanément et par les seules forces de l’organisme , mais qu’il n’en est pas de même de celles dont le fond est asthénique. Ici l’intervention des remèdes est donc indispensable ; si la force vitale n’est point relevée , l’organisme succombe ; dans le premier cas, au contraire, la nature peut se débarrasser ellemême de l’excès et remplacer les moyens de l’art par des évacuations spontanées; mais quel est le médecin prudent qui oserait conseiller une pratique aussi hasardée ? — Les chirurgiens ont pour pratique d’employer dans quelques cas d’inflammation externe , lente et opiniâtre , des remèdes hypersthénisants, dans le but de la raviver, et chercher ensuite à la faire terminer par la résolution ; il est connu, en effet, qu’une inflammation parcourt d'autant plus promptement scs périodes qu’elle est aiguë. Cette pratique ne saurait être blâmée alors que la phlogose se trouve dans des lieux et des circonstances telles qu’il n’y a pas de danger de l’exaspérer.

ORDRE PREMIER

REMÈDES HYPERSTHÉNISANTS CARDIACO-YASCULAIRES.

En établissant un ordre de remèdos sous ce titre , j’ai voulu exprimer , ainsi que je l’ai dit, qu’ils agissent particulièrement sur le cœur elles vaisseaux, mais pas exclusivement. J’ai effectivement fait remarquer qu’ils exercent une action sur tous les tissus de l’organisme ; mais cette action est plus prononcée sur l’organe central de la circulation. Il ne faut pas oublier, du reste, que tous les médicaments hypersthénisants ont une action marquée sur le cœur et les vaisseaux,, malgré que la même action se manifeste avec plus d’intensité soit sur le cerveau, soit sur la moelle épinière ou ailleurs. Il n’est d’ailleurs pas difficile de sc rendre raison de ce fait en se rappelant que pour déployer leur action , les médicaments ontbesoin de passer dans la lymphe, dans le sang , et par là dans le cœur et les gros vaisseaux , où ils portent leur première impression. Si l’impression est reçue par les nerfs gauglionaires de ces organes et se répand ensuite dans le reste de l’organisme, ainsi que nous l’avo,ns démontré, il résulte cfe cette prédilection sur le système cardiaco-vascu|uirc que les organes qui sont le plus pourvus de vaisseaux doivent le plus vivement sentir l’impression du médicament; aussi, les poumons , les reins , l’utérus en éprou • vent des effets très-marqués.

AMMONIAQUE ( Ammoniaca ).

§ Ier. Caractères physiques. — L’ammoniaque , connue depuis long-temps sous le nom d'alcali volatil ou esprit de sel ammoniac , se dégage de b putréfaction des substances animales , telles que l’urine, le sang , les muscles , etc. On l’obtenait anciennement des cornes de cerf et des reptiles; on le retire aujourd'hui du sel ammoniac ( chlorhydrate d’ammoniac] par l'action de la chaux vive. — L’ammoniaque est un gaz incocolore plus léger que l’air atraosphéri-r que , très-volatil , d’un goût éminemment çaustiqueet d’une odeur âcre, suffocante , qui n’est pas une véritable odeur, car elle produit la même impression sur toutes les parties sensibles. — Dans les pharmacies on ne la conserve qu’à l’état liquide , c’est à-dirc mêlée à l’eau , laquelle peut en absorber jusqu’à un tiers de sou poids , et s’en saturer. Elle présente alors tous les caractères extérieurs de l’eau, plus, ceux du gaz ammonical qui s’en dégage par l’exposition à l’air. On lui donne le nom d'a/nmoniaque liquide ou alcali fluor , telle est celle dont on se sert ordinairement en médecine.

§ II. Analyses cl notions chimiques.

— L'analyse du gaz ammoniacal donne trois volumes d’hydrogène et un d’azote. Quelques chimistes, tels que Davy et lîerzclius, ont présuméquel’ammoniaquo était un oxide dont le radical serait un

métal qu’ils ont nommé ammonium.

L’ammoninque, soit à l’état de gaz , soit liquide, jouit îles mêmes propriétés chimiques que l’alcali ; elle Verdit la couleur azur végétale, ramène au -bleu le tournesol déjà rougi par un acide, peut neutraliser les acides eu s’y combinant, èt forme des sels ; elle peut aussi se combiner avec les oxidés métalliques, et former , avec les huiles grasses , des savons (1).

§ Il I. Effets su r les animaux. — Ün demi-gros ou un peu plus d’ammoniaque liquide suffit pour tuer un chien ; à l’aütopsie on trouve des traces d’inflammation dans plusieurs organes. Les phénomènes qu’on observe en général sur les animaux , par l’action de l’ammoniaque , sont : une augmentation dans la chaleur et dans les pulsations artérielles ; des palpitations cardiaques très-violentes ; la respiration devient courte et agitée ; les yeux larmoient et s’injectent; les sécrétions s’arrêtent; des spasmes et de la roideur dans les membres se déclarent : tous ces effets augmentent si on leur fait prendre de l’alcool; ils diminuent au contraire et disparaissent par l’administration de quelques doses d’acide prtissique.

§ IV. Effets .sur l'homme en état de santé. — Les personnes qui s’exposent aux vapeurs ammoniacales éprouvent de la cuisson aux yeux, un larmoiement , de l’inflammation , de l’irritation aux narines , des éternuments , de la toux , une difficulté dans la respiration, l’hémoptysie ou des phlogoses pulmonaires, des érisypèles et autres maladies inflammatoires à la peau, des symptômes d’asphyxies et des étouffements. Cela a été observé fréquemment chez les vidangeurs et chez ceux qui s’occupent des préparations ammoniacales , etc. L’ammoniaque liquide concentrée détermine assez promptement sur la peau de la rougeur, de la cuisson, des phlystènes , «t parfois aussi des esebrires. Prise intérieurement, elle produit sur la langue, le gosier , l’ œsophage et l’eslomàc, des symptômes inflammatoires intenses. Si on la prend délayée à petites doses, elle produit une sensation de chaleur intérieure qui s’étend à tout le corps ; le pouls devient fort et fréquent. Elliot vit

(t) Je sortirais de mon sujet si je voulais m’étendre davantage sur les notions chimiques (Voyez les Traités de chimie , otc.) ’

lé poulss’élevêïà quatre-vingt-seize pulsations par minute sous son influence (1). La transpiration cutanée augmente considérablement. De semblables effets ont été aussi observés par Kickler (George- Auguste ) (2). A plus forte dose , l’ammoniaque paraît , d’après l’observation de Wihmer (a) , porter 'de -préférence son action vers l’encéphale : on éprouve fine sensation de plénitude et de pesanteur dans là région frontale et aux tempes. Orfila observa des raideurs vers la colonne vertébrale, lesquélles finissaient par une prostration générale (4). Plusieurs auteurs, entre autres Haller, Huxbam, Majault (5), et Nysten (6), ont observé des accidents terribles et même mortels par l’àmmoniaque. Sédillot a rapporté à la Société de la Faculté de Médecine de Paris un cas de ce genre qu’il a gtféri à l’aide d’un traitement anti-phlogistique très-actif (7). Percy rapporte aussi l’histoire du fils d’un pharmacien qui mourut victime de l’action de l’ammoniaque, bien que secouru presque à l'instant (8). Dans lescadavres des personnes mortes par l’action de l’ammoniaque, on a constamment trouvé des traces d’inflammation , des pseudomembranes, des eschares gangréneuses (9).

§ Y. Effets dans les maladies. — L’ammoniaque a été employée sous plusieurs formes et dans des maladies graves. En parcourant l’histoire thérapeutique de cette substance , on verra qu’elle a été administrée dans une foule de maladies diverses. Ces maladies peuvent être divisées en trois catégories. En première ligne, se présentent les empoisonnements. Dans l’intoxicàlion par l’acide prussique (acide hydrocyaniqüe), les praticiens ne connaissent de meilieur antidote que l’ammonihque. John Murray a prouvé l’efficacité de Ce 'remède par un grand nombre d’expériences sur les animaux et sur lui-même. Sa convictioh

fl) Hospital Reports. St. -Thomay’s hospital. The Lond. m. a. f. jour».

(2) Ausführliche Arzneymittellehre.

Drit. Rond-, p. 310.

(5) Buchner, Rep., xxxvn B., p. 373.

(4) Toxicol, tom. i, p. 220.

(5) Réflex. sur q. prépar, china, nppl. à l’usage de la méd. Paris, 1779.

(6) Mémoir. de M. Portai, vol. ni.

(7) Séance du 20 giugno 1815.

(8) Bullet. de la Faculté-, 1815, p. 517.

(9) A Treaiise on Poisons, etc. By R, Christison, p, 1G8.

élait telle à ce sujet, qu’il n’a pas craint de dire qu’il n’hésiterait point à s’empoisonner à l’aide de l'acide prussique, s’il était sûr que quelqu’un lui administrât de suite de l'ammoniaque (l). Le professeur Fremy a confirmé, par de nouvelles expériences , les faits avancés par Murray (2). Herbit assure lui aussi par d’autres expériences que l’ammoniaque peut sauver la vie aux empoisonnés par l’acide hydrocyanique, si toutefois le poison n’a point été donné à une trop forte dose (3). Bardsley trouva l’ammoniaque fort efficace dans l’empoisonnement par la strychnine (4); elle est aussi un remède sûr contre l’ergotisme ou l’empoisonnement par le seigle ergoté , ( J. -F. Courhaut (5) ). — • Dans l’empoisonnement par le venin de la vipère, on ne connaît rien de plus efficace que l’ammoniaque. On sait que Bernard de Jussieu, en 1774 , sauva un élève en médecine qui avait été mordu en trois endroits par une grosse vipère , à l'aide de l'eau de Luce (ammoniaque et l’huile essentielle de succin). Depuis lors ce médicament obtint une grande renommée dans des cas semblables ; aussi , Martin (G), Bajon (7), Lepechin, Enaux et Chaussier (8) , Scopoli, Rasori, Mangisi (9) , Borda, Palletta, Hufeland(IO), Moro (11) et autres , recommandent le même moyen. Les observations contraires de Fontana et de Gaspard (l 2) n’ont pu détruire la confiance qu’on a généralement dans l’ammoniaque pour guérir l’empoisonnement par le venin de la vipère. On a eu aussi à se louer de

(1) Edimburgh Philosophie, journ., n.

xm, 1822. The Edimburg journal of sc., april 1825.

(2) Reperlorio di med. et chir., etc., di Torino, 1826, p. 94.

(3) Arcbiv. fur anal, und physiol.,

(4) Hospital facls and obser. illustrative of lhe new remédiés , elc. London, 1830.

(5) Traité de l’ergot du seigle. Paris,

(6) Rec. périod. d’observ. de médcc., t. iv, 1756.

(7) Journ. de médec., t. xxxm, 1776,

(8) Méthod. de traiter la morsure des animaux enragés. Dijon, 1785.

(9) Sul veleno délia vipera, 1809.

(10) Anal. d. fr. Arzneyk., IB. , p. 405.

(11) Journal de Leroux’, t. xxxix , p.

(12) Journal de physiolog., t, j,p.248.

l’ammoniaque dans la morsure d’autres animaux vénéneux. Moore rapporte plusieurs cas de morsures de serpents guéries par ce moyen (1). Dans les états d’Alabama, on est sûr de neutraliser les effets de la morsure des serpents vénéneux en lavant celle-ci avec de l’ammoniaque (2). Sonnini a vu, par l’usage extérieur et intérieur de cet alcali , guérir un jeune Indien mordu par un serpent à sonnettes

(3). Un enfant réduit aux extrémités par de nombreuses piqûres d’abeilles fut comme par enchantement délivré de la douleur au moyen d’une lotion ammoniacale sur tout le corps (4). — Par analogie on essaya l’ammoniaque dans l’hydrophobie . Triguerra (5) , Hervet (6) , Delassone (7), eurent à s’en louer ; pourtant, nous ne saurions dire jusqu’à quel point ; car, l’expérience subséquente n’a pas confirmé une pareille efficacité. D’après l’autorité de M. Frank , de Baile- Barelle (8) , de Carminati (9) , de Brugnatelli (10), de Roques (1 1), etc., on peut regarder l’ammoniaque comme un excellent antidote de l’empoisonnement par les champignons. Les praticiens ont eu recours à l’ammoniaque dans les cas d’asphyxie occasionnée par des causes différentes. Nous nous bornerons à mentionner seulement l’asphyxie par immersion.

Dans ce cas , l’utilité de l'ammoniaque est démontrée par les expériences de Sage (12). C’est par elle que Routier, chirurgien à Amiens, sauva un malheu-

(1) Bchrend und moldenhaw r. n.

journal 1. Band., p. 68.

(2) Nouvelle Bibliot. niéd., déceirb.

(3) Journal de physiol., 1776, t. vtn, p. 474.

(4) Richler, Ausfuhr. arzneymit., supplem. Band., p. 412.

(5) Sage, Anal. chim. des trois règnes, t. i, p. 285.

(6) Arc. Journ. de méd., t. txxn ,

(7) Mémoire sur la rage, publ. par ordre du gouvernement.

(8) Deserizione csalta dè funghi nocivi o sospetti, p. 23.

(9) Hvgiènc, Thérap. et mat. médic.

Pap., 179-2.

(10) Pharmacop. générale. Mater, medie. Veget ad anim.

(11) Phylograph. médicale, t. i,\*. U.

(12) Expér., propres à faire connaître que l’alkali volatil est le remède le plus eflicaçc dans l’asphyxie, clç. Paris, 1777.

reux noyé, fort âgé , que tous les spectateurs avaient cru mort(l).

Dans une seconde catégorie viennent les faits dans lesquels l’ammoniaque a été administrée comme moyen de favoriser la transpiration cutanée et pulmonaire.

Ainsi , dans les affections dépendant d’une transpiration arrêtée , dans les fièvres dites rhumatismales, dans la sécheresse de l’organe cutané, dans les exanthèmes répercutés ou difficiles à se montrer au dehors , dans l’asthme humide, dans le catarrhe chronique, dans l’arthritis, dans la goutte , dans le typhus grave avec coma, dans les fièvres qu’on appelle nerveuses, dans la paralysie, dans l’apoplexie , dans les affections spasmodiques , etc. , les praticiens conseillent l’ammoniaque; d’autres croient aussi (2) que l’ammoniaque fait disparaître l’ivresse alcoolique.

Dans la troisième catégorie enfin , on compte les asphyxies par le gaz acide carbonique. Ces asphyxies ont été souvent guéries à l’aide de l’ammoniaque , soit inspirée, soit employée sous forme de lotions. Les coliques venteuses et les pDeumatoses, dépendant de la présence du gaz carbonique , ont été dissipées au moyen de l’ammoniaque, donnée soit par la bouche, soit par le rectum. Les évanouissements , les syncopes , sont souvent combattus momentanément à l’aide de l'ammoniaque , placée sous les narines, ou appliquée aux tempes, etc. Les douleurs rhumatismales, les névralgies, et notamment la sciatique , ont été depuis long-temps attaquées avec succès au moyen de l’ammoniaque frictionnée sur la peau de la région malade ; les tumeurs squirrhiformes , les engorgements glandulaires, ont été heureusement résolus parles frictionsd’alcali volatil (3). L’amaurose,l’amblyopie, ont été aussi traitées par Scarpa (4), par Græfe (5), et par d’autres, à l’aide des vapeurs d’ammoniaque, dirigées sur l’œil (6) ; les hémorrhagies i externes également, par Papira, médecin sicilien (7), et par une foule d’autres.

(1) Alibert, Nouv. éléments de thérap., t. », p. 414.

(2) Journal général de méd., 1820, t.

ixxxur, p. 166.

(3) Huleland’s journal, 49 B., p. 3, 16.

(4) Samml. auserl. abhand. t. gebr. f.

prakl. Aerzte, 6 B., p. 542.

(5) Académie de médecine, 1827.

(6) Repertor. augcnaertzl. Ilailf., p. 39.

(7) Memoria sulla forza dell’ ylçaii

Dans l’aménorrhée on a heureusement employé les injections vaginales d’alcali volatil , très-délayé. Cette pratique a été d’abordimaginée par Lava gna(l), ensuite suivie par Dcllerba etSommcr (2); aujourd’hui elle est très en usage dans les hôpitaux de Londres. On sait enfin que pour l’application des synapismes , des vésicatoires, des moxas , M. Double fait usage de l’ammoniaque (3).

N. des trad. On peut ajouter à cette longue liste de maux soulagés ou guéris par l’ammoniaque , plusieurs autres.

Scottin assure qu’on peut combattre avec succès la pustule maligne lorsqu’on fait tout de suite , le premier ou deuxième jour, des injections dans la tumeur et qu’on y applique de l’alcali volatil.

D’autres guérissent la teigne à l’aide de simples lotions ammoniacales. Pescay , Fournier et François d’Auxerre ont prétendu que l’alcali en question , donné à fortes doses, était le plus sûr moyen de guérir le tétanos. ( Yoy. le Dict. des Sc. Méd., t. lv, p. 31 . ) Hirkland et Justamond ont constaté les bons effets de l’ammoniaque comme topique dans les cas d’engorgement des mamelles sans inflammation, spécialement pour dissiper les indurations qui succèdent aux abcès.

Les médecins anglais ne prescrivent jamais un Uniment stimulant sans y ajouter de l’ammoniaque liquide. Selon le docteur Dune , l’ammoniaque serait le meilleur des moyens pharmaceutiques pour combattre le diabète. M. Martinet préconise l’alcali volatil daus la dysenterie chronique. Baum , Remer, Larrey, Slrohmayer, Wolfart, Levicaire, Steffen et autres, préconisent le carbonate d’ammoniaque contre le choléra-morbus le plus grave. M. Petit recommande dans la période algide du choléra l’ammoniaque liquide, soit à l’intérieur, soit appliquée sur la région rachidienne , sous forme de Uniment. (Voy. Archiv. gén., octobre 1833.) — MM. Merat et Delens ont employé l’ammoniaque, étendue d’eau ou dans du mucilage , contre la leucorrhée chez des femmes cacochy-

fluore per fermar l’emorragia. Nnpoli,

(1) Omodei annal, univ. di med., 1833, p. 337.

(2) V. Graef. n. v. Wolther. journal, 8 B., p. 2.

(3) Journal général de médecine, xix,

mes. Mmiek , Riclher et mitres prcscrivent de frictionner les engelûres avec un liniment ammoniacal. Sirus u trouvé la •potion suivante fort efficace contre les vomissements des femmes enceintes. P :

magnés, cal. , 3 j- ; eau distil., 3 vj. ; tinct. cinamom., 3 ij . ; ammoniaque liquide, 3 j. m.

Quant à ce que 'l’auteur n dit relativement aux piqûres des abeilles, nous devons rappeler qu’il y a ici un véritable empoisonnement. Chez les femelles des hyménoptères douées d’un aiguillon, on sait qu’il existe de petites glandes près Yle l’anus, qui sécrètent un liquide vénéneux , dont l’insecte se sert an besoin Ipour se défendre. Ge liquide se collectionne dans Une petite poche , laqaelle •communique -avec l’aiguillon sillonné, destiné à le porter ait fond de la piqûre que l’animal fait avec cet instrument.

Pour ce qui est enfin de l’aménorrhée , on dirait presque que M. Gincorriini n’admet pas , avec la pluralité des pra ticiens, deux espèces distinctes de cette maladie, l’üne dépendante d’un état de surexcitation de l'appareil générateur et de la qualité du sang qui l’anime, sang très-riche en globules et trèsépais; l’autre, d’une sorte d’atonie ou de relâchement , et qui se rencontre chez les femmes de constitution débile ou lymphatique. C’est probablement dans cette dernière espèce que le docteur Lavagna, et après lui Fenoglio, Nicato et Ashxvell ont constaté l'efficacité des injections fréquentes avec l’ammoniaque. L'un de nous (M. Mojon), qui s’est occupé d’nne manière spéciale de ce sujet , a établi, d’après les faits les mieux observés, deux espèces de disménorrhée , l’une sthénique , 'l’autre asthénique. Partant de ce principe, il a conseillé et employé, dès l'an 1 804, avec succès, le galvanisme, des éthers, l'opium et autres hyperslhénisants dans tous lés cas d'aménorrhée qu'on rencontre chez les fclnmes faibles et leucophlegniiisiques ; et les fumigations de gaz acide carbonique, dans la cavité même de la matrice; les saignées, l'eau de laurier-cerise , etc. , contre les douleurs utérines qui précèdent et accompagnent la -menstruation difficile, chez les jeunes femmes d'un tempérament athlétique, etc. (i).

§ VI. Appréciation (les faits précédents. Valeur thérapeutique de inm-

(1) Yoy. Royuo médicale, 1833.

maniaque. — Après céflc exposition historique des maladies traitées en différents pays à l’aide de l’ammoniaque, il ne nous sera pas impossible de déterminer la véritable action intrinsèque et primitive de ce médicament. Les offets que nous avons observés chez les animaux et chez l’homme, nous autorisent à dire que d’action de l’ammoniaque est hyperslhénisarite, et quë cette action porte principalement sur le cœur et sur les artères. L’augmentation de la force et de la fréquence du pouls, l'exagération remarquable de la chaleur périphérique du corps, la rougeur vive à la peau , la transpiration abondante, et enfin l’état •de congestion sanguine et inflammatoire qu’on rencontre sur les sujets morts par l’action de l’ammoniaque , ne peuvent s’expliquer que par un seul principe; l’augmentation de force du cœur et des Vaisseaux. Ges phénomènes sont constants chez les animaux comme chez l’homme bien portant. Il est Vrai dé dire cependant qu’après les effets de plénitude et d’expansion déterminés pat l’ammoniaque, il survient une sorted’eunui, de pesanteur à la tête, de torpeur, de raideur dans les membres; mois j’ai déjà expliqué dans les prolégomènes à quoi tient ce dernier état ; il se rattache à une sorte d’accablement des fonctions par un excès de l’énergie Vitale; la forte impulsion du sang vers l’encéphale et la moelle épinière finit par accabler, (par engourdir l’action de ces organes.

En se volatilisant, l’ammoniaque qt#i est dirigée vers les yeux, fait roügir et larmoyer ces organes ; si on l’inspire, elle enflamme la traéhée ; appliquée sut la peau, elle l’irrite ‘ét y détermine des ampoules ; introduite dans l’estomac, ellfe échauffe ce viscère. Gps derniers effets ne dépendent pas de Faction du cœur; jusque-là l’action sur tel organe n’a eu le temps de se déclarer. Ce sont des effets irritatifs, locaux, mécanico-chimiques.

Bien que Cette action loeate soit par el* le-inèmc susceptible de provoquer l 'effet dynamique hyperslhénisant , néanmoins le développement et la marche dés deux actions sont très-distincts.

Dans la dynamique, rhyperthénie est un effet primitif, tandis que dans la me* cnnico-chimique la réaction dynamique est secondaire. Dans la première, l'effet est plus ou moins général; dans la seconde, il est purement local Là, la réaction vitale est active , ici passive. La première s'est développéesous l’influeu-

ammoniaque. 4 y

ce de l'assimilation organique du médicament; ici elle dépend de la simple irritation mécanique. 11 n’est point indifférent de confondre ces deux actions parce qu’elles aboutissent au même point, bien que par des chemins divers; il importe d'autant mieux de les distinguer qu’il y a dans la pratique des cas où il ne faut employer que l’action dynamique et empêcher l’action mécanique, et vice versa, ou bien les deux à la fois. En considérant l’action hypersthénisante cardiaque de l’ammoniaque, sous le point de vue clinique, nous avons vu que tous les faits pouvaient être rangés en trois groupes. Nous avons placé dans le premier les maladies dont la nature nous est parfaitement connue, tels sont les empoisonnements asthéniques.

Dans tous ces cas, l’ammoniaque opère merveilleusement ainsi que nous l’avons vu. Elle n’agit autrement qu’en élevant le principe vital de l’organisme vers son type normal. Nous verrons effectivement que, dans l’empoisonnement pat l’acide prussique ou liydrocyanique , le symptôme culminant est une asthénie considérable du cœur ; c’est celle asthénie que l’ammoniaque combat par sa vertu hypersthénisante cardiaco - vasculaire.

On pourrait peut-être nous dire que dans ce cas l’utilité de l’ammoniaque n’est due qu’à son action irritante mécanique ; mais nous faisons observer que ce mode d action locale est le même pour l’ammoniaque comme pour l’acide prussique. Ce dernier, en effet, s’il est concentré , rougit, enflamme, brûle la peau comme le fait l’ammoniaque pure. Cette inflammation locale, produite par l'acide prussique, loin de guérir par l’application de l’ammoniaque caustique , augmenterait jusqu’à ce que l’absorption de l’un et de l’autre se déclarerait; alors on aurait des effets dynamiques appartenant à 1 acide ou à l’alcali volatil, selon que 1 un ou l’autre est en excès. L’action dynamique du premier cependant est <1 une force effrayante, aussi faut-il d’énormes quantités d’ammoniaque pour l’équilibrer.

On pourrait cependant se demander si 1 efficacité de l’ammoniaque contre 1 empoisonnement hydrocyamque ne dépendrait pas de son action purement chinuque, car étant alcaline, elle pourrait peui-èlre neutraliser l’acide prussique?

3 répondrons que non, car celte aci n c‘1,rnique ne peut plus s’exercer sur le corps vivant du moment qu’il y a eu

Gtacomini.

assimilation. L’action chimique ne peut s’exercer qu’au moment même de son application, c’est-à-dire avant que la substance ne soit absorbée. Dans ce cas, en admettant qu’il pût se former un hydrocyanate d’ammoniaque, croyez- vous que ce sel formé dans le corps de l’homme serait neutre pour l’économie ? Les expériences de Murray et de Frémy dont nous avons parlé, nous apprennent le contraire. — Ces auteurs ont appliqué l’acide prussique sur l’œil d’un animal, et ils donnèrent lieu à des symptômes d’empoisonnement qu’ils ont dissipés en portant l’ammoniaque non sur l'œil même, mais bien dans l’estomac. Qui pourrait soutenir raisonnablement que ces deux agents, introduits dans l’économie par deux voies aussi différentes, aient pu se rencontrer pour sc neutraliser? Les expériences d’IIerbst prouvent le même fait, bien que d’une autre manière. Lorsqu’on applique, sur une partie quelconque , de l'acide prussique à dose suffisante pour causer des symptômes graves d’empoisonnement, qu’on applique bientôt après de l’ammoniaque sur le même lieu , on ne parvient pas pour cela à sauver les animaux qu’on a soumis à celte expérience; et pourtant la neutralisation aurait dû avoir lieu.

Nous sommes donc obligé de conclure que l’utilité de l’ammoniaque dans l'intoxication en question dépend de son action dynamique ou constitutionnelle, et nullement de ses affinités chimiques. Si l’ammoniaque ne dissipe pas toujours les effets de l’acide liydrocyanique, cela dépend de ce que la puissance asthénique de ce dernier, lorsqu’elle dépasse certaines limites, n’est plus à la portée de l’action hypersthénisante de l’alcali volatil. Toujours est-il cependant que les effets constitutionnels de l’une de ces substances peuvent être détruits par ceux de l’autre, si leur administration peut avoir lieu à des doses proportionnelles et en temps opportun. Ajoutons que pour que cet effet ait lieu, il faut que la dose de 1 alcali soit plus forte, et que son passage dans l’organisme soit fort rapide.

Maintenant, s’il est vrai que l’ammoniaque est l’antidote dynamique le plus sûr de I acide hydrocyanique, on doit en déduire qu’elle pourrait convenir également contre l’empoisonnement occasionné par les amandes amères, par l’eau de laurier cerise , parles feuilles et fleurs des pêchers, etc. On sait en effet que le principe vénéneux de ces substances ré-

side dans l’acide liydrocyaniquc qu’elles contiennent. Nous croyons aussi que l’ammoniaque est le véritable antidote du seigle ergoté, et en général de toutes les substances hyposthénisanles cardiaco-vasculaires, dont nous parlerons plus loin. Je dois ajouter en attendant que Bordsley arrêta l’empoisonnement de la strichnine à l’aide de l’ammoniaque, et que Borda obtint les mêmes résultats dans l’empoisonnement par le plomb. Je dirai à ce sujet que , bien que ces faits soient parfaitement conformes à l’expérience et à nos principes , néanmoins l’ammoniaque ne mérite pas ici la préférence sur plusieurs autres bypersthénisants plus directs, dont nous parlerons en temps et lieu. — Nous ne nous arrêterons pas à prouver l’utilité de l’alcali fluor contre la morsure de la vipère ; les faits que nous avons cités parlent assez haut. — L’action byposthénisanle ou contro -stimulante du venin delà vipère est démontrée jusqu’à l’évidence par les intéressantes expériences de Fontana, de Mangili, et surtout par celles de Rasori, qui a été le premier à la rattacher à son véritable principe. Nous ne pensons pas qu’on puisse nous objecter que l’ammoniaque soit utile dans ce cas, parce qu’elle cautérise la morsure ; car personne ne pouvait admettre qu’une fois l’empoisonnement déclaré, le mal pût être borné dans une faible blessure tout-à-fait superficielle. Le médecin appelé dans une semblable circonstance ne bornera pas ses soins à lotionner simplement la plaie avec l’ammoniaque , il traitera aussi le trouble constitutionnel. Ces lotions sont d'une très-grande utilité au moment même de la morsure avant que le venin ait été absorbé; alors l’ammoniaque, en déterminant une inflammation locale , une eschare ou des pblyctènes , pourrait empêcher l’absorption du poison , ou même le détruire à l'instar d’un caustique quelconque.

Ce que nous venons de dire relativement à l’intoxication par la morsure de la vipère , peut être appliqué également aux autres serpents vénéneux, aussi bien qu’aux insectes , à la guêpe , à l’abeille , au frelon , etc. Nous savons que tous les entomologistes n’admettent pas l’existence de venin dans les piqûres de ces insectes. Nous sommes pourtant obligés de l’admettre , eu égard aux symptômes forts graves qui résultent de ces piqûres. Le petit aiguillon qui reste souvent implante dans les chairs, ne pourrait ja-

mais donner lieu aux douleurs et aux altérations qui surviennent aussitôt après la piqûre d’un cousin , d’une puce ou d’une guêpe. Ces piqûres causent souvent des accidents fort graves et même la mort (1). L’hydrophobie présente dans son ensemble des caractères tellement différents de ceux de la morsure des serpents ou qui succèdent à la piqûre des insectes , que j’ai de la peine à croire que l’ammoniaque soit son véritable antidote. Nous reviendrons sur ce sujet.

Différentes opinions ont été émises sur la nature de l’empoisonnement par les champignons. Les uns ne les croient doués que d’une action simplement irritante comme toutes les substances non assimilables. Pour combattre cette opinion, il suffira de faire observer qu’après que cette substance a été expulsée, soit par le vomissement , soit par les selles , les phénomènes d’intoxication continuent et les malades meurent. D’autres regardent l'empoisonnement comme une simple inflammation du canal digestif :

ils appuient leur opinion sur les douleurs d’entrailles très-aiguës que les malades éprouvent et les injections phlogisliques qu’on rencontre à l’autopsie ; aussi, conseillent-ils les remèdes anti-pblogistiques. Je ferai cependant remarquer que les terribles symptômes de cet empoisonnement ne sont guère en rapport, ni par leur nombre , ni par leur intensité , ni même par la promptitude de leur terminaison fatale , avec une inflammation locale quelconque , bien moins encore avec celle dont il est question ; elle n’est même pas accompagnée de fièvre. D’ailleurs on sait qu’on ne parvient pas généralement à sauver ces empoisonnés par un traitement purement anti-phlogistique , quelque actif qu’il soit. Les praticiens qui comme nous considèrent cet empoisonnement comme purement asthénique , trouvent une vive opposition.

On leur objecte les douleurs atroces qu’éprouvent les malades , la longueur de la convalescence s'ils n’ont pas recours aux anti-pblogistiques, et les traces de phlogose gastrique qu'on remarque sur les cadavres. Il n’est pas difficile, je crois, de concilier ici les opinions opposées si l’on veut apprécier convenablement les phénomènes.

(1) Archiv. génér. de iréd., 1827, octobre. Dupuytren, Plaies par armes de guerre, 1. 1,

L’élément inconnu qui donne aux champignons la qualité vénéneuse est doué d’une action mécanico-chiinique, à l’instar des poisons ditsâcres, corrosifs, capable d’exciter une irritation ou inflammation sur les points de l’estomac et des entrailles où il se trouve en contact, jusqu’à ce qu’il se soit absorbé et mêlé au sang. Cet effet physico-chimique, purement local , est peu de chose en comparaison des effets dynamiques , dont la nature est incontestablement asthénique.

Nous sommes à ce sujet parfaitement d’accord avec Larber et quelques autres notabilités médicales. Je suis intimement convaincu que, dans l’empoisonnement par les champignons, les anti-phlogistiques sont fort nuisibles , surtout les saignées. Yoici quel est , selon moi, le meilleur traitement à adopter contre cette espèce d’empoisonnement. On commence d’abord par faire rejeter les champignons , ensuite on administrera des remèdes hypersthénisants, vasculaires ou cardiaco-vasculaires. Sous ce point de vue, l’ammoniaque est excellente. Si l’empoisonnement date de plusieurs heures, on prescrira de suite ce dernier médicament ou ses analogues sans songer aux évacuants qui deviennent tout-k-fait secondaires. Si l’ammoniaque, donnée d’après les règles que nous indiquerons tout-à-l’heure , est administrée en temps opportun , on verra disparaître les symptômes toxiques comme par enchantement. — C’est dans ces cas qu’il sera aisé au médecin de prédire quels seront les effets secondaires du remède ; car, l’empoisonnement pouvant se déclarer par des symptômes différents , cest-à-dire par des vomissements, la diarrhée, le choléra , la constipation , le météorisme, les convulsions, le délire, l’assoupissement , il verra que l’ammoniaque sera pour les uns anti émétique, astringente , anti cholérique ; pour les autres, purgative, antispasmodique, calmante, etc., selon le caractère et les symptômes qu’aura présentés le malade. Lne fois l’équilibre vital rétabli par l’action de 1 ammoniaque, la condition locale de 1 estomac se rétablira aisément et tres-promplement.

Parmi les asphyxies qu’on guérit par 1 ammoniaque, il nous suffira de citer pour le moment celle des noyés. Il est bien évident que dans cette asphyxie tellroi et la suppression instantanée de

utes les fonctions doivent produire un

vwt d hyposthénie générale Relativement

à l’emploi de l’ammoniaque dans la cure des maladies de la seconde catégorie, nous trouvons que les auteurs la louent comme un excellent sudorifique. Il est clair qu’en élevant l’action du cœur et des artères , l’ammoniaque peut dans quelques cas de ce genre donner lieu à une diapliorèse. Pour ne pas anticiper ici dans une longue discussion sur les remèdes dits sudorifiques , nous nous bornerons à faire observer que la sueur est toujours un effet secondaire , et qu’elle peut être excitée aisément par des causes diamétralement opposées. La chaleur, par exemple, appliquée directement sur le corps ou limitée dans l’organisme par de mauvais conducteurs ( habillements), devient un puissantsudorifique. Les exercices corporels, certaines émotions morales, la frayeur, etc., produisent aussi la transpiration. Les remèdes hypersthénisants cardiaques en font autant. Le calorique ne se borne pas à diminuer la cohésion des molécules entre elles , et pour ainsi dire à liquéfier les tissus, ainsi qu’on pourrait le croire en ne considérant ce phénomène que physiquement; il est en oulre un stimulant vital très-puissant ; on pourrait même déterminer par son influence une telle surexcitation dans tout le système circulatoire à produire la fièvre, toutcommeon pourrait l’exciter par des exercices violents, par une forte émotion d’esprit , ou par des substances hyperslhénisantes. Une sueur excitée pac de semblables moyens n’est certainement pas spontanée , mais bien , pour ainsi dire , forcée ; elle ne procure en général aucun soulagement au malade, si ce n’est pour éteindre ou amortir l’orgasme préexcitant ou occasionné par la chaleur ellemême , de sorte que si l’individu se trouvait déjà dans un élat de surexcitation comme dans la fièvre , par exemple , et dans les maladies de la seconde catégorie , il peut se faire que la sueur, en calmant l’orgasme calorifique, apaise aussi la surexcitation morbide préexistante ; de là , une crise salutaire , etc. Mais bien souvent aussi la sueur ne calme que la secousse qu’elle a provoquée elle-même et laisse l’orgasme anormal dans son état primitif, plus souvent sans sueur , et ne fait qu’exaspérer la maladie. — Tels sont les inconvénients et les dangers de l’usage de l'ammoniaque dans cette classe de maladies dont la nature est incontestablement hypérémique. Ces simples considérations suffiront, je présume , pour engager les praticiens

62 AMMONfAçtns.

à s'abstenir de l’usage de l’ammoniaque dans les cas où ils désirent provoquer des sueurs.

Nous ne croyons pas devoir nous arrêter sur l’opinion assez généralement répandue que l’ammoniaque est un remède souverain contre l’ivresse. La médecine ne possède pas encore un assez grand nombre de faits pour admettre parmi les vérités thérapeutiques une pareille assertion. Il faudrait d’abord établir à quel degré d’ivresse on a apposé l’ammoniaque ; si cette ivresse était due au vin de Champagne mousseux, à labierre, au cidre ou au très liqueurs très-chargées de gaz acide carbonique, car alors l’ammoniaque aurait pu agir chimiquement en formant un carbonate : tout comme il arrive lorsqu’on calme la colique venteuse avec des lavements auxquels on ajoute vingt, trente gouttes d’alcali fluor.

§ VII. Action mécanique de l'ammoniaque. — L’ammoniaque possède des actions mécaniques plus ou moins fortes selon son degré de concentration. Elle irrite, excorie, brûle les parties sur lesquelles elle est mise en contact. On doit empêcher avec soin ces effets lorsqu’on veut produire par cette substance une action hypersthénisante ; ce qu’on obtient en la délayant dans un véhicule approprié. — Le praticien ne cherche pas toujours à éloigner les effets mécaniques ni les effets chimiques que possède l’ammoniaque à un si haut degré , au contraire il en tire souvent un profit trèsgrand dans le traitement de certaines maladies. L’ammoniaque effectivement peut servir d’excellent épipastique, rubéfiant, escharotique, etc.

Quanta l’action chimique et notamment à l’affinité qu’a l’ammoniaque pour le gaz acide carbonique , elle peut s’y combiner et le neutraliser. Dans les cas d’asphyxie , de syncope, de méthorisme, et dans les coliques dues spécialement au gaz acide carbonique , l’alcali fluor est un excellent remède. Ce n’est pas par son action hypersthénisante dynamique qu’elle opère dans ces cas, mais bien par sa combinaison chimique, donnant lieu à un carbonate neutre d’ammoniaque. — Nous croyons que l’action mécanique de l’ammoniaque est nécessaire dans un grand nombre de maladies de la troisième catégorie. Dans les évanouissements et la syncope , l’ammoniaque agit admirablement par sa simple action irritante ou mécanique; elle peut également servir à exciter l’iuflammation de 1» peau , pour

fondre quelques engorgements circonscrits ou des tissus cellulo-lymphatiques, rendre plus vifs , et abréger par conséquent la marche des phlogoses dermiques ou sous -dermiques , laquelle est ordinairement lente ; ou enfin pour rétrécir les blessures artérielles en cas d’hémorrhagies, etc. Nous n’adopterons point la méthode du docteur Lavagna dans le traitement de l’aménorrhée , nous craindrions d’exciter là une véritable métrite ou d’augmenter celle qui ordinairement préexiste et qui est la cause de l’améuorrhée.

§ VIII. Mode d’administration. — Il y a dans la science un grand nombre de préparations ammoniacales qui sont tombées en désuétude : nous ne nous en occuperons pas ; d’autres d’une activité variable : nous en parlerons ailleurs. ■ — Quant à présent il ne sera question que de l’ammoniaque liquide et du carbonate d’ammoniaque ( sesqui carbonate). — On n’emploie l’ammoniaque pure et concentrée qu’à l’extérieur, comme secours chimique ou mécanique , soit en en faisant inspirer la vapeur par les narines, soit en en mouillant légèrement les tempes , soit enfin en l’appliquant sur les blessures ou morsures , à l’instar des caustiques , ou sur la peau pour l’irriter, l’enflammer. — Si on l’administre en boisson ou en lavement comme remède, il faut qu’elle soit trèsdélayée dans un véhicule convenable pour en empêcher l’action mécanique.

L’eau simple ou distillée, le vin , un sirop ou une émulsion , peuvent être très-propres dans ce but; cette dernière spécialement peut convenir lorsqu’on l’administre en lavements. La dose dé l’ammoniaque à l’intérieur peut être portée, d’après Pringle, Iiuxham et autres , jusqu’à deux gros toutes les quatre ou six heures. Pareilles doses pourraient être convenables aux habitants des climats froids , accoutumés aux stimulants les plus énergiques , mais non pas aux Italiens. — Il serait imprudent chez nous , dans les cas ordinaires , d’outrepasser la dose de trente grains. Il y aurait au contraire trop de timidité de s’en tenir au-dessous de dix grains par jour. Dans les cas graves pourtant , comme dans l’empoisonnement par l’acide prussique, par la morsure de la vipère, etc., on doit se permettre des doses assez fortes, selon les circonstances, et même audelà de celles de plusieurs gros. Les doses partielles , dans chaque cas , doi-

AMMONIAQUE f ÔS

vent être très-divisées et données k de courts intervalles , vu la promptitude avec laquelle le remède s’évapore. — Cue formule assez utile pour l’usage extérieur de l'ammoniaque, lorsqu’on exige plutôt des effets mécaniques que dynamiques , c’est de la mêler avec une huile grasse et en former un linimcnt qu’on connaît dans les pharmacies sous le nom de Uniment volatil. Par cette préparation , on empêche l’ammoniaque d’être résorbée , et on en rend l’aotion sur la peau plus durable et plus active. — La puissance phlogistique , irritante ou stimulante de ce Uniment est plus ou moins forte , selon les proportions de ses composants ; ces proportions sont ordinairement uue partie d’ammoniaque et quatre d’huile , ou deux de cette dernière et une de la première, ou bien à parties égales. — La formule employée par Lavogna, pour des injections vaginales, est de dix à douze gouttes d’ammoniaque dans deux cuillerées de lait.

Formules~modèle.

1° Dans les cas ordinaires par bouche :

2j.- Ammoniaque liquide, 10 grains.

Eau distillée ou vin doux, 1 livre.

Mêlez et conservez dans un vase fermé hermétiquement.

A prendre deux cuillerées chaque demi-heure.

2° Dans des cas plus graves , pour les empoisonnements, etc. :

2L Ammoniaque liquide, 3 gros.

Emulsion dégommé arabi-

1ue> 15 onces.

Mêlez et conservez ut supra.

A prendre trois cuillerées chaque quart-d’heure.

3° A l’extérieur sous forme de Uniment :

2f. Ammoniaque liquide, 2 gros.

Huile d’amandes douces, 1 once.

Mêlez et conservez dans une fiole à long goulot.

Agitez fortement le mélange chaque fois avant de vous en servir.

'i0 Comme secours mécanico-chimique, ou lavement dans les cas d’amas de gaz acide carbonique :

2J.. Ammoniaque liquide, 2 gros.

Emulsion de gomme arabi-

flue> 8 onces.

Mêlez et conservez ul supra.

Il est à peine nécessaire de dire enfin qu’on ne doit jamais administrer l’ammoniaque dans un liquide chaud quelconque , vu sa grande volatilisation. Aussi est-il convenable de ne verser le médicament dans l’excipient qu’au moment de s’en servir.

{N. du trad.) On pourrait ajouter aux formulesprécitées un grand nombred’autres consignées dans les auteurs ; nous reproduirons les suivantes :

Collyre sec ammoniacal.

Hydrochlorate d’ammoniaque, 0,454

Chaux éteinte, 0,430

Cannelle en poudre, 0,220

Huile essentielle de girofle, 0,100

On mêle bien le tout et on le conserve dans un flacon bouché à l’émeri.

Sachet résolutif.

Hydrochlorate d’ammoniaque en poudre, 2 drachmes.

Chaux éteinte, 1 once.

Moutarde en poudre, 2 onces.

Mêlez; contre les engorgements froids du cou, des mamelles, du genou et des autres articulations.

Alcool ammoniacal.

Alcool pur,

1 once.

Ammoniaque,

2 onces.

Eau pour certaines migraines.

Ammoniaque,

3 onces.

Esprit de lavande,

10 id.

Huile d’anis,

1 gros.

On fait respirer cette

eau et l’on en

imbibe des compresses que l’on applique sur le front.

SKSQU1-CARBONATE D’AMMONIAQUE.

(■ Sub-carbonos ammoniac ce.)

§ I". Caractères physiques. — L’acide carbonique peut se combiner avec l’ammoniaque en trois proportions, et former un carbonate neutre, qui est sans usage en médecine, un bi-carbonate et un sesqui-carbonale ou sous-carbonate, connu communément sous le nom de sel volatil d’Angleterre, craie ammoniacale, alcali volatil concret, etc. Ce sel est solide, blanc, cristallisé, sous forme d’aiguilles, d’une odeur ammoniacale fort prononcée, d’un goût urineux, caustique, piquant, très-volatil. Il peut se former par la simple décomposition pu-

tride des matières azotées, ou bien en soumettant ces mêmes matières à la distillation.

§ II. Analyse ou propriétés chimiques. — Ce sel est formé d’un volume d'acide carbonique et d’un volume et demi de gaz ammoniacal. Il est soluble dans l’eau froide, mais non dans l’alcool; l’eau bouillante le volatilise entièrement. Il verdit la teinture de tournesol ; il se charge de l’humidité de l’air atmosphérique et passe alors à la condition de bicarbonate d’ammoniaque. Le bi-carbonate d’ammoniaque pyro-animal contient, indépendamment des éléments ci-dessus, un principe huileux empyreumatique animal.

§ III. Effets sur les animaux. — Il n’est pas à ina connaissance qu’on ait fait d’expériences sur les animaux avec ce sel; mais je puis dire d’avance que son action sur l’économie doit être analogue à celle de l’ammoniaque pure, quoique moins énergique.

§ IV. Effets sur l’homme en santé.

— Le sous carbonate d'ammoniaque à l’extérieur peut produire, à l'instar de l’am mon iaq ue liquide p ure, tous les degrés d’irritation, de rougeur, enfin de simple stimulation, jusqu’à la cautérisation.

Chaussier prétend qu’il est plus actif que la pommade ammoniacale, car celle-ci perd en très-peu de temps sesqualités(l). Dans l’estomac , à forte dose , ce sel présente les mêmesdangers que l’ammoniaque pure; et à doses modiques, la plus grande partie de ses vertus thérapeutiques. J. Huxliam a vu naître chez un jeune homme, par l’abus de ce sel ammoniacal, une affection scorbutique bien tranchée (2).

§ V. Effets dans les maladies. — Le sesqui- carbonate d’ammoniaque a été employé pour combattre quelques empoisonnements, tels que celui de la vipère, des insectes, des champignons, etc. Dans ccs graves accidents, pourtant, l’ammoniaque pure a, avec raison, plus de partisans que le sous-carbonate, la première étant beaucoup plus active que ce dernier. Dans les maladies à fond ph logistique, ce sel a une action peu salutaire. Il a été préconisé dans les fièvres rhumatismales, nerveuses, le typhus, les exanthèmes rentrés, la goutte, l’apoplexie,

(1) Rullet. du départ, de l’Eure. Jan vier 1821 , p. 48.

(2) Journal de physiol., t. H, p. 31.

la paralysie, le catarrhe chronique et dans l’asthme. La scarlatine maligne a trouvé un puissant secours, au dire de Slrahl.de Rosh, de Vleine , et spécialement de Peart (t) , dans le sous-carbonate d’ammoniaque ; ainsi que dans la rougeole, l’érythème, l’érysipèle, d’après Wilkinson (2), Pey ri I lie (3), Thouvenel (l), Ëichenheimer (5) et Besnard (C). On l’a aussi vanté dans les différentes formes sous lesquelles se présente la syphilis. Les douleurs rhumatismales, les névralgies, les défaillances, l'asphyxie, les tumeurs froides, l’amaurose, etc., ont été également combattues à l’aide de ce moyeu. Le sesqui-carbonate d’ammoniaque a été employé aussi fréquemment que l’ammoniaque pure, mais à une plus forte dose, à cause de son action moins énergique. — Dans la pratique ordinaire on fait un très-grand usage du sel volatil d’Angleterre pour combattre les évanouissements, la syncope, la migraine, etc. On l’applique sous les narines et aux tempes (7).

(1) Pract. informât, on lhe malignant.

scarlat fever and sore ttiroat. London,

(2) Remarks on cutany diseases. London, 1822.

(5) Remède nouveau contre les maladies vénériennes tiré du règne animal.

Paris, 1774.

(4) Samrnl. auserl. abli. z. Gebrach.

f. prakt. Aerzte, xB., p. 143.

(5) Horn, Arch., 1814.

(6) Erfahr. gegründete. Warnung. d.

Freudc d. Menschheit gegen. d. Gebrauch d. Quecksilb in der vener.

Krankli., 181 1 .

(7) Les prévisions de ces estimables

praticiens , en faveur de la propriété anti-syphilitique du sous-carbonate d’ammoniaque, ne sont guère confirmées par les faits. Les essais cliniques de Desbois, de Rochefort, avec le sous-carbonate ammoniacal, n’ont donné que des résultats négatifs. M. Lapira, sicilien, cl le doctèur P n 1 1 i , de Milan, sont parvenus à arrêter des hémorrhagies accidentelles par l’application des linges trempés dans une solution aqueuse de ce sel- Hanckel et Rochoux ont été les premiers à vanter le sous-carbonate d’ammoniaque dans le croup; et Velsen , dans le diabète. Iïamilton propose la potion suivante contre la diarrhée chronique : Pr. sous-carbonate amrnon., 24 gr. ; eau raenth. , 3 onces; syr. ros., 3 onces , à prendre en deux fois. (A. d. trad.)

§§ VI et VIL Valeur thérapeutique et action mécanique. — Quant à la définition raisonnée de l’action, soit dynamique, soit mécanique du sesqui-carbonate d’ammoniaque, nous n’ajouterons rien à ce que nous avons dit à l’occasion de l’ammoniaque pure. Il nous suffit de faire observer que l’acide carbonique qui est combiné à l’alcali, et qui forme un sel neutre, étant par lui-même un hyposthénisant cordiaco - vasculaire, doit rendre ce composé moins énergique que l’ammoniaque pure.

§ VIII. Mode d' administration. — On donne communément le sel composé d’acidecarbonique et d’ammoniaque sous les formes suivantes :

1° Sesqui-carbonate d’ammoniaque; 2° sel volatil de corne de cerf, ou souscarbonate d’ammoniaque pyro - animal concret ; 3° liqueur de corne de cerf, ou sous-carbonate d’ammoniaque pyroanimal liquide; 4° sel volatil d’Angleterre, ou sous-carbonate d’ammoniaque pyro-animal aromatisé.

La précaution qu’on doit prendre pour prescrire ce sel sous les différentes formes que nous venons d’indiquer, est relative au véhicule dans lequel on le combine, pour prévenir son action mécanique. Il est à peine nécessaire de faire observer qu’il ne convient pas de se servir d’un véhicule alcoolique, qui ne le dissoudrait pas, ni d’un liquide chaud quelconque, car il s’évaporerait entièrement, étant très-volatil, ni enfin d’un acide ou d’un alcali qui pourraient le décomposer, [.a meilleure manière de le prescrire est de le faire dissoudre dans de l’eau froide édulcorée et aromatisée, dans un mucilage, ou bien de l’incorporer avec un extrait. — La dose du sous-carbonate d'ammoniaque concret, dans les

cas ordinaires , est de quinze à trente grains; du sel volatil liquide, d’un demigros à un gros par vingt-quatre heures.

Formules-modèle.

1° A l’intérieur :

2|. Sous-carbonate d’ammon., 15 grains.

Sel volatil de corne de cerf, i scrup.

Vin généreux, une livre. M. dans un vase hermétiquement fermé.

A prendre une cuillerée de quartd’heure en quart-d’heure.

2° Autre prescription :

2J.. Liqueur de corne de cerf, 1/2 gros. Eau de fontaine, 1 livre.

Sirop simple, 2 onces.

3° Forme pilulaire :

2J.. Salis volati lis cornu cervi, scrupulum unum.

Sirupi diacodi et

Pulveris cinnamomi, quantum sufficit, ut fiant pilulæ decem et octo.

D. Ad vasum bene clausum.

Le malade en prendra une toutes les heures, en buvant par-dessus un verre d’eau ou de bouillon.

4° A. l’extérieur :

2J.. Liquoris cornu cervi, drachmas quatuor. Ülei olivarum, uneiam unam.

M. Diligenter agitando in fiola bene clausa, ut fiat linimentum.

Pro usu externo.

5° Sel volatil d’Angleterre.

On peut le préparer avec une partie d’huile essentielle de girofles et vingt parties de sous-carbonate d’ammoniaque pyro-animal, à conserver dans un petit flacon en cristal.

L’acétate, le succinate et l’hydrochlorate d’ammoniaque n’entrent point dans cet ordre de remèdes.

ORDRE IIe.

HYPERSTHÉNISANTS VASCULO- CARDIAQUES.

Il y a des semèdes hyperslhénisants qui, indépendamment de leur action immédiate sur le système circulatoire sanguin , produisent des phénomènes plus en rapport avec les extrémités capillaires de ce même système. Nous les nommons hypersthénisants vascuîo-cardiaques, et, pour bien en saisir l’action, nous en avons fait un ordre à part. Il est aisé de voir que les caractères distinctifs entre ces derniers et ceux de l’ordre précédent sont presque imperceptibles; car le cœur et les vaisseaux sanguins constituent un seul appareil continu, et l’action qui se fait sentir sur l’une de ces parties doit nécessairement réagir sur l’autre. Il ne faut pourtant pas perdre de vue que les physiologistes ne sont pas généralement d’accordsur ce sujet. Si toutefois il est vrai, ainsi qu’on le croit généralement, que l’appareil des capillaires est soumis à des lois propres, il serait convenable de faire un ordre à part des médicaments qui exercent une action marquée sur cet appareil. C’est là , du reste, une chose arbitraire, et il importe péu qu’on admette ou qu’on rejette une pareille manière de voir (1).

(1) Le cœur, les artères, les vaisseaux capillaires et les veines sont les organes dans lesquels s’opère la circulation du sang. Les observations et les expériences d’un grand nombre de physiologistes, notamment de Senac , MVilIis, Walter, Borelli, Yallisnieri, Albinus, Morgagni , Winslow, Monro, Barthez, Lasonne, Hun*

ÉTHER {cellier).

§ Ier. Caractères physiques. — Si l’on fait distiller un acide concentré avec de l’alcool, on obtient un fluide ordinairement incolore , très-inflammable, trèsvolatil et très-léger. On l’appelle éther ; son odeur est plus ou moins suave , il est d’un goût piquant sur la langue. On connaît un grand nombre d'éthers; en médecine, cependant, on ne s’en sert que de quatre , savoir :

1° L’éther sulfurique ou hydrique;

2° L’éther chlorhydrique;

3° L’éther acétique ;

4° L’éther azoteux on hypo-azoleux.

Le premier est de tous les éthers le plus anciennement connu et aussi le plus employé. Ses caractères sont ceux que nous venons d’indiquer.

Le second , éther chlorhydrique ou

ter, Whylt, Gregory, Sabatier, Krop, Zimmermann, Soemmcring, Leber, Scarpa, Schmid, Vanlembos, Kraange, Plat— lier, Coldani, Blumcnbach, Rezia , Darwin, Sotlira, Dumas, Cuvier, Boyer, Portai, Jacobi , Edwards, etc., prouvent combien est erronée l’opinion de ceux qui regardent le cœur comme le seul et unique moteur du sang, et le système artériel comme un ensemble de tubes inertes et entièrement dépourvus de contractilité propre. Cette remarque nous rendra raison de plusieurs phénomènes que nous aurons étudier dans la suite de cet ouvrage. (A. d. (rad.)

muriatique , s'obtient à 1 état gazeux ou bien à l'état liquide; il a une odeur forte, analogue à celle de l’éther sulfurique, et a un goût légèrement sucré. Il est tellement volatil , qu’il entre en ébyllition lorsqu’on le verse sur la main et y produit un froid intense.

Le troisième a une odeur agréable qui tient de l’alcool et du vinaigre.

Le quatrième enfin, éther azoteux, est liquide, d’un blanc jaunâtre , d’une saveur âcre, caustique, d’une odeur fortement éthérée , plus pesant que l’alcool , mais moins que l’eau.

§ II. Notions chimiques. — Les chimistes ne sont pas d’accord sur la théorie de l’éthérisation , aussi possédons-nous plusieurs théories pour rendre compte ■ des phénomènes qui résultent de l’action de l’alcool sur un ou deux acides et qui donnent lieu aux composés éthériques.

— Il résulte des travaux de Fourcroy, de Vauquelin, de F. Mojon , de Dumas , et de ceux de Pelouse, de Liébig et de Milchertich (1), que les éthers ne diffèrent de l’alcool que par une certaine quantité d’ûxigène et d’hydrogène dans les proportions exigées pour la formation de l’eau, ce qui porterait à croire que l’acide agit dans cette opération en provoquant la séparation des deux éléments de l’alcool , c’est-à-dire l’eau et l’éther ou hydrogène bien carboné ; de sorte qu’on pourrait dire que les éthers ne sont que de l’alcool moins les éléments de l’eau. — Les propriétés et les caractères différentiels et réciproques des éthers sont tels, qu’il ne serait pas possible d’en donner une définition générale rigoureuse ; aussi, a-t-on divisé ces corps en trois genres. — Le premier comprend tous ceux qu’on a désignés du nom générique d’éther sulfurique ou éther hydrique ; on pourrait aussi bien l’appeler éther arsénique, fluorhydrique, phosphorique, car ils sont tous identiques, c'està-dire le résultat de la décomposition de alcool par l’acide qui lui enlève une portion d’hydrogène et d’oxygène. Ce geme d éther est de toutes les substances cthérées le plus anciennement connu et le plus généralement employé. — Le second comprend tous les éthers qui résultent de l’action des hydracides sur l’alcool ; aussi les appelle-t-on ethers hydriodique, brombidyqüe , sulfhydriqUe

Vov.Ann. de çhim, eiphys., août.

et cyanhydrique. On doit regarder ces éthers comme formés de la combinaison de l’hydrogène per-carboné et l’acide hydriodique. — Le troisième embrasse les éthers formés par la combinaison d’un oxacide avec l’éther hydrique du premier genre, ou bien par l’union d’un oxacide, de l’hydrogène per-carboné, et de l’eau. On pourrait diviser ces éthers en ceux composés d’acides organiques , tels que les éthers acétique, citrique, malique, benzoïque, gallique, tartrique oxalique , etc. , et en oxacides minéraux , tels que les éthers hypo-azoteux et oxy-chlorocarbonique.

§ III. Effets sur les animaux. — Les chiens et les lapins auxquels on a fait inspirer de l’éther pur restent pendant quelque temps étourdis, bouleversés, abattus; si on leur en fait avaler à dose modérée, ils deviennent inquiets, essoufflés, se couchent, se cantonnent dans les lieux reculés, comme par excès de chaleur. A une plus forte dose, ils chancèlent, deviennent stupides et soporeux.

Ces effets de l’éther sur les animaux n’ont qu’une durée assez courle; mais, s’ils en meurent, ils éprouvent, au dire de Simon (l),des convulsions. Orfila dit avoir causé la mort à deux chiens, à l’un par l’application sur le tissu cellulaire de trois gros et demi d’éther, à l’autre par quatre gros qu’il lui fit avaler (2). D’après les expériences de B.-C. Brodie, on parvient à mettre un cheval en état léthargique fort prononcé età lui ôter toute sorte d’irritabilité avec quatre ou six drachmes d’éther (3).

§ IV. Effets sur l'homme en santé.— Tout le monde peut facilement essayer les effets de l’éther ; en le versant sur la peau, il y produit aussitôt une sensation de froid très intense ; et en inspirant simplement la vapeur , il donne une impression de froid dans toule la cavité de la bouche et du thorax. Pris à l’intérieur à dose modérée , il produit une chaleur d’abord dans la bouche, puis dans l’œsophage et l’estomac, laquelle est suivie bientôt d’une fraîcheur agréable dans la gorge. On dirait que la respirationse fait plus aisément ; la peau s’échauffe, se colore et se couvre de sueur; le pouls s’é-

(f) llrandes, Archiv., xxxviB.,iii Ilcft., p« 37o.

(2) Toxicolog., tom.n, p. 456.

(3) Journ. de méd. de Leroux, t. xxvi

lève, devient fort et développé. On a observé par fois une légère sur-excitation cérébrale, du malaise avec expansion de l’estomac , que des rots soulagent assez promptement. Donné à plus forte dose , l’éther produit une espèce d’ivresse de peu de durée avec torpeur dans les membres. — Christison parle d'un individu qui ayant simplement inspiré de l’éther sulfurique tomba en léthargie qui dura trente-six heures ( l ). Un autre fut frappé par l’effet de ce même éther d’une insensibilité générale ayant tous les caractères de l’apoplexie , et dont il ne fut entièrement délivré que par l’exposition à l’air libre et d’autres secours appropriés.

Une domestique mourut empoisonnée pour avoir couché dans une chambre dans laquelleéclala un flacon de plusieurs litres d'éther nitrique; on la trouva dans son lit dans la même attitude, comme si elle dormait tranquillement, et l'autopsie du cadavre montra l’estomac phlogosé (2), § Y. Effets thérapeutiques. — Parmi les maladies traitées avec succès à l’aide des éthers, se présentent en première ligne les affections hyposthéniques et en parliculier l’intoxication par les champignons. Frank a préconisé l’éther sulfurique contre cette espèce d’empoisonnement. D’autres praticiens ont eu à s’en louer; ils l’ont donné seul ou bien combiné à l’ammoniaque pure. Rasori, Borda, Tommasini, et beaucoup d’autres médecins italiens, vantent les éthers dans les empoisonnements par un grand nombre de substances contre-stimulantes, telles que l’aconit, la belladone, la ciguë , la digitale, l’ellébore, l’euphorbe, la jusquiame , le mercure, le plomb, la noix vomique, les rhus, les solanées, le stramonium, etc. (3). Us les vantent nonseulement dans les cas d’intoxication , mais encore dans les cas où ces substances, ayant été administrées pendant longtemps, ont donné lieu à des phénomènes plus ou moins alarmants. — Les mêmes praticiens nous apprennentpar un grand nombre d’observations que les éthers arrêtent le vomissement produit par le tartre stibié, par les préparations de zinc, par la scille maritime, par l’azonon, l’ipécacuanha, par le nitre , etc. ; qu’ils

(1) The Edimburgh. med. and surg.

journ., april 1851 .

(2) Midland, Med. and surg. Report.

Revue méd., août, 1831.

(3) Toxicologie, p. 70, 108.

arrêtent également la diarrhée causée par l’abus des purgatifs, notamment résineux, tels que la gomme-gutte, la scammonée, le jalap , l’huile de croton , etc. ; qu’ils arrêtent enfin les sueurs qui surviennent après les fortes saignées , les hémorrhagies, ou par l’abus de toutes substances hyposthénisantes et notamment des antimoniaux et du soufre.

On conseille en outre les éthers pour traiter les douleurs de ventre et la colique due à l’abus du sel de nitre, de la coloquinte, de la crème de tartre à haute dose, des différents fruits , tels que le melon , la fraise, les cerises et autres. — - On fait disparaître par le seul secours des éthers l’ivresse, l’étourdissement, les vertiges, la céphalalgie, qu’on aurait gagnés en dormant au milieu de plantes de laurier-cerise, de pêchers, ou dans les serres où fleurissent les cèdres ou les orangers , ou enfin en séjournant dans une tabagie ou en fumant du tabac sans y être habitué. — On a eu à se Jouer des éthers dans l’asphyxie par abstinence de nourriture, par le froid, par l’azote, le gaz acide carbonique j on les vante enfin dans les convulsions, la paralysie, et dans toutes les affections qui ont un caractère vraiment hyposthénique, telles que celles qui sont dues à la fève de Saint-Ignace et autres substances analogues. Dans la seconde catégorie s’offrent les maladies de nature phlogistique ou douteuse. Plu- ■ sieurs auteurs ont conseillé les éthers contre le typhus simple. Smith en parle favorablement dans le traitement du typhus nosocomial. On dit qu’on s’en est : bien trouvé dans l’apoplexie qu’on appelle nerveuse, dans la paralysie, dans les • convulsions , dans les spasmes , dans le tétanos, dans les douleurs, dans la goutte atouique, vague , rentrée ou déplacée,, dans la cardialgie , dans les affections rhumatismales hystériques, dans les palpitations , l’asthme , la coqueluche , les> exanthèmes malins, les fièvres graves, parmi lesquelles mérite une attention particulière le cas observé par Davidson. Il s’agit d’une fièvre qui durait depuis long temps sans interruption; la malade prit un gros d'éther sulfurique,, éprouva une sensation d’étouffement trèspénible qui donna bientôt lieu à une secousse générale et fit disparaître entièrement la fièvre (l). Nous apprécierons

(1) Davidson, Med. facls and observât.

1794, Lond., vol. v.

fjHERS.

tout à l’heure la valeur de ces faits. Dans la troisième catégorie, nous placerons des maladies contre lesquelles les éthers ont été utiles, non par leur vertu dynamique, mais par d’autres raisons. La migraine, la céphalalgie intense, sont de ce nombre. Les malades ont éprouvé dans ces cas du soulagement par l’application répétée des éthers sur le front et les tempes, de même que dans les névralgies, en les appliquant sur la partie soutirante; ce soulagement n’estdù probablement qu’au froid subit que les éthers procurent par leur évaporation. Les éthers ont été aussi utiles dans l’érysipèle , dans les engelures . et dans les flegmasies cutanées.

D’après Martin et autres, les éthers sont heureusement appliquésà l’extérieur pour calmer les douleurs arthritiques et rhumatismales (t).

Pour épargner autant que possible l’opération de la hernie étranglée, et même avant de passer au taxis, plusieurs prati-ciens ont. coutume d’appliquer de l’éther sur la tumeur ; quelquefois il arrive que la réduction s’opère à l’aide de ce seul moyen. — Les docteurs Valentin et Hughes sont les premiers à préconiser celte pratique ; les docteurs Schmaz (2), Montain, Duncan et Hund (3), Consbruch , Otterbein (4), Seeliger (5), et autres (G), qui l’ont répétée, s’en sont bien trouvés. Hufeland conseille d’entretenir la tète mouillée d’éther pendant quelque temps, dans les cas d’encéphalite, d’apoplexie et de folie (7). Formey conseille le même moyen dans l’hydrocéphalie ,

(1) Allgmein, Mediz. annal., 1800, november.

(2) Annal, cliniq. de Montpellier, t.

xxxvn, p. 588.

(3) Act. reg. soc. rned. Ilav., 1803, v. IV.

(4) Hufeland, Journal, 7 Bd., 2 st., p.

28; 10 Bd., 1 st., p. 126.

(5; Beobach. uud Abliandl., etc., der œsterrcich. Acrzte, 4 Bd., p. 477.

(6) La Bévue médicale (1836, t. i) rapporte que le docteur Mondrux a obtenu en moins d’un quart d’heure la disparition d’une vaste hernie en faisant tomber goutte à goutte l’éther sulfurique sur la tumeur. Sordel est parvenu à réduire une hernie étranglée par les onctions répétées et continuées pendant long-temps avec un mélange de deux parties d’éther et une d’extrait de belladone.

(1Y. U. trad.)

(7) Journal, 8 Bd., 1 st., p. 148.

dans le but d’entretenir un froid intense sur toute la surface crânienne (1). Pearson assure avoir guéri quelques cas de phthisie pulmonaire à l’aide de la vapeur d’éther; il dit qu’après une impression agréable de froid , les malades éprouvent plus de liberté dans la respiration , la toux devient moins fatigante, l’expectoration plus facile (21. Le même auteur et le docteur Currie recommandent les éthers par inspiration contre l’asthme (3). Pinel et Alibert en disent autant contre le croup (4). — On ne doit pas omettre qu’une goutte d'éther versée dans la cavité d’une dent cariée a souvent soulagé l’odontalgie la plus intense. — Les météorismes elles coliques venteuses furent traités par plusieurs médecins avec les éthers, soit administrés intérieurement , soit appliqués à l’extérieur sur l’abdomen.

On sait que Durande crut avoir trouvé dans l’éther sulfurique, mélangé à l’essence de térébenthine, un spécifique contre les calculs biliaires (5). Strack, Sœmmering, Richter ont eu aussi à se louer de ce mélange dans des cas pareils. Borda, professeur de thérapeutique à l’Université dePavie, qui était tourmenté par des concrétions biliaires, essaya sur luimême le remède de Durande et eut à s’en louer. Bourdier enfin propose l’éther sulfurique comme un remède sûr contre le lænia (6) (* *).

(1) Horns, Archiv. f. prakt. med. u.

Klinik., 1810, 9 Bd., p. 141.

(2) A. Short, Account of the nat. and propriet of different kinds of ain , etc., 1795, p. 24.

(3) Hufeland, Journ. der prakt. Ileilk., 4 Bd., p. 821.

(4) Nouv. élém. de tliérap., t. n , p.

139. Alibert recommande, en outre, l’inspiration de l’éther cicuté dans la phthisie nerveuse et tuberculeuse.

(N. d. trad.)

(5) Observ. sur l’efficac. du mélange d’éther suif, et l’huile volât, de téréb. Strasbourg, 1790.

(6) Hufeland und Ilarless. Ncvcs journal der. ausl. med. literat., 1 Bd., st., p. 21 1 .

(*) Le docteur Alibert employait contre le teenia l’éther sulfurique en combinaison avec l’huile de ricin (Radius, HeUform., p. 21). M. Mojon a employé avec avantage contro le tænia la formule suivante : Pr. huile térébenth. pure , un gros et demi; gom. arab. pulv., demionce; sacbar., deux onces ; eau pure, six

éthxrs.

§ VI. Appréciation des faits precedents. V aleur thérapeutique des éthers.

— Si on ne peut considérer les cthers comme des substances stimulantes, hyperstliénisantes , très-énergiques, on ne peut leur refuser la propriété d’agir comme des excitants très-diffusibles. Aussitôt en effet que quelques gouttes d’un éther pénètrent dans l’estomac, elles se gazifient et se répandent à l’instant dans tous les points du canal digestif, et de là dans tout le corps. Autant cependant ces effets sont prompts , autant ils sont éphémères; ils se dissipent très-rapidement, de sorte qu'on ne peut produire à l’aide des éthers une excitation durable, à moins toutefois d’en répéter fort souvent les doses. Celte action prompte et très-diffusible des éthers les a fait avec raison préférer dans les cas très-urgents, comme dans les empoisonnements ; mais on ne doit pas s’y fier exclusivement. Si le temps le permet, il faudra aussi avoir recours à d’autres hyperslhénisants d’une action plus durable. L. Bordsley conseille de combattre avec les éthers les phénomènes fort graves de l’empoisonnement par la strychnine (1). Plusieurs auteurs proposent les éthers dans l’intoxication par le plomb, et dans la colique métallique. Les effets plus ou moins délétères des différentes préparations mercurielles que Pearson appelle éréthisme mercuriel, trouvent un correctif très-heureux d’après ce praticien , dans une bonne alimentation, dans l’usage des stimulants, et notamment dans les éthers. Batemann (2J ,

onces; m. f. s. a. emuls. Ajouter etlier. nitric., un gros ; m. à prendre une cuil. toutes les deux h. Lorsque le tænia se fait sentir dans les gros intestins, M. Mojon ajoute à cette émulsion un lavement de lait avec une petite dose d’éther (Giornale di Strambio, 4 827). 11 conseille aussi la vapeur de l’éther dont il s’est servi un grand nombre de fois contre les ascarides (ascaris vermicularis) qui se trouvent ordinairement dans le rectum des enfants, et quelquefois aussi dans le vagin des femmes leucorrhoïqucs. Un petit flacon ou une éponge imbibée d’éther appliquée dans ces régions fait rendre en peu de minutes ces entozoaires.

(N. d. trad.)

(1) Hospital facts and observations illus. of the elïicacy of the new remédiés, etc.

(2) The London med. chir. transact.,

Vol. IX.

Astbury (1), Christison (2), et plusieurs autres , trouvent dans les éthers une ressource précieuse pour guérir la salivation, les tremblements et autres symptômes dépendant de l’abus des mercuriaux.

Quant à la valeur thérapeutique des éthers dans les maladies comprises dans la seconde catégorie , j’appliquerai les mêmes considérations que j’ai déjà exposées à l’article Des maladies pblogistiques, ou réputées telles, que les auteurs disent avoir guéries à l’aide des éthers. On devrait, à notre avis, déduire d’abord toutes celles dans lesquelles on n’a administré l’éther que combiné à d’autres substances de vertus opposées ; ensuite, celles dqps lesquelles l’éther n’a été administré qu’à l’extérieur. Dans ce dernier cas, l’éther agit en vertu de ses propriétésphysico-chimiques, ainsi que nous allons le voir.

L’action mécanique ou irritante des éthers est à peine appréciable. Sur la langue et dans la bouche, ils excitent une chaleur qui se dissipe promptement.

Une autre action physique des éthers, et dont on peut tirer parti pour la guérison des maladies , c’est leur propriété de s’évaporer rapidement ; ils donnent lieu de la sorte à un abaissement considérable de la température des tissus.

Versez, en effet, sur la peau un peu de ces liquides , il s’évapore aussitôt , enlève une partie du calorique et produit une réfrigération. En enlevant ce stimulus , les éthers peuvent donc devenir fort utiles dans certaines phlogoses locales, comme dans l’érysipèle, dans les douleurs dépendant d’un simple afflux de sang, etc. On voit, par conséquent, que dans ces cas l’action des éthers est loin d’être hypersthénique , à moins qu’on veuille soutenir, ce qui serait absurde, que la soustraction de calorique puisse stimuler. D’après ces données , nous trouvons fort raisonnable qu’on ait préconisé les éthers à l’extérieur, pour faciliter la réduction d’une hernie étranglée; car très-souvent l’étranglement n’est dù, comme on sait, qu’à l’augmentation de volume, ou à l’inflammation des viscères déplacés, ou des bords des ouvertures | par lesquelles ils s’échappent , etc. Or ,

(1) The Edimbourg med. and surgic.

journ., v. xiv.

(2) A. trentise on poisory in relation lo medic. jurisp. phys. and the pracl. of physic.» 1829.

il n’y a pas de moyen plus approprié pour diminuer le gonflement et la phlogose , que la soustraction des stimulus locaux , parmi lesquels on doit compter le calorique. —Je suis loin cependantd’approuver le conseil d’Hufeland et de tormey, qui prescrivent l'application des éthers sur la tète dans les cas d’encéphalite , d'aliénation mentale , d’apoplexie , d’hydrocéphalie aiguë. Les éthers, parleur prompte volatilisation, remplissent l’air qui entoure le malade deleur émanation, une partie du médicament est inspirée ; or, on sait bien que tout stimulant intérieur est dangereux dans ces maladies ; aussi préférons- nous , dans ces cas, les applications de glace à celles d’éther.

La même considération est applicable aux météorismes de l'abdomen qui s’associent aux entérites, aux fièvres graves, etc. La glace , dans ces cas , doit être toujours préférée aux éthers. — Quant à l’inspiration- de la vapeur d’éthers dans le croup, dans l’asthme, dans la phthisie, nous croyons qu’on ne doit la regarder que comme un simple palliatif, quelquefois dangereux. Je ne saurais que dire sur les cas de phthisie que Pearson prétend avoir guéris par l’inspiration d’éthers. Je dois néanmoins faire remarquer que d’autres praticiens qui ont employé le même remède n’ont pas été aussi heureux que lui.

On a quelquefois calmé les coliques venteuses par l’éther pris par la bouche ou par clyslère. L’éther, en se gazifiant, devrait cependant occasionner des coliques , ou du moins ajouter distension à distension. Cela n’a pourtant pas lieu.

On pourrait expliquer le fait en se rappelant que les gaz intestinaux ne causent des coliques que lorsqu’ils ne sont point absorbés, ils distendent alors mécaniquement l’abdomen : or, l’éther introduit dans le canal intestinal s’évapore rapidement , chasse le gaz qu’il y rencontre, donne lieu à des flatuosités, favorise l’absorption, et les coliques se dissipent. La vapeur étbérée est elle-même absorbée, ou bien elle est dissoute dans les fluides qu’elle y rencontre. On ne doit pas oublier, du reste, que les coliques dites venteuses, et le météorisme abdominal ne dépendent pas uniquement de la présence de gaz dans les intestins. — U est à peine nécessaire de combattre la prétendue action chimique dissolvante des calculs biliaires, que quelques personnes attribuent à l’éther combiné , à 1 huile de térébenthine. On peut expli-

quer autrement les avantages qu’on croit avoir obtenus par ce mélange dans les coliques hépatiques. — En général, c’est lorsque le calcul biliaire , en sortant de la vésicule , se trouve engagé dans le conduit cystique ou cholédoque, que les coliques se déclarent. Les malades accusent des douleurs déchirantes , vives et subites vers la région du foie et de l’estomac , avec nausées et vomituritions ; leur durée varie , mais ordinairement elles persistent tant que les calculs ne sont entrés dans le duodénum. Dans le commencement, lorsque ces douleurs se déclarent avec exacerbations irrégulières, la potion éthérée peut agir heureusement en distendant l’estomac et le duodénum par sa gazification , et en favorisant de la sorte la chute du calcul. Mais lorsque l’inflammation est déjà déclarée, les éthers sont fort dangereux. — Quant à l’action anlhelmintique des éthers , elle n’est réelle que sur le tænia ; ce parasite étant étourdi, empoisonné par les vapeurs du médicament. On l’administre par bouche et en lavement , et l’on prescrit toujours ensuite un purgatif, une ou deux heures après l’administration de l’éther.

§ VII. Mode d' administration. — En parlant des éthers en général , nous avons eu spécialement en vue l’éther sulfurique comme le plus communément employé. De tous les éthers , effectivement, il offre le mieux les qualités éthériques; c’est-à-dire qu’il ne participe point de la nature de l’acide employé pour l’obtenir. Les autres éthers sont plus ou moins variables dans leur composition , et l’acide employé pour les faire peut influer plus ou moins dans leurs propriétés thérapeutiques. — Il est des auteurs qui prétendent que par ces mêmes modifications variables, les éthers peuvent se prêter, à raison de l’acide employé pour leur confection, à des indications spéciales ; ainsi , par exemple, l’éther azoteux pourrait peut-être avoir une action particulière sur les reins , et l’éther acétique dans les affections rhumatismales. Mais nous n’avons pas encore assez de données pour éta blir une opinion à cet égard. — Dans l’administration de l’éther à l’intérieur , on ne doit point oublier qu’il s’évaporise promptement; aussi doit-on le conserver dans des flacons bien bouchés. On le prescrit ordinairement aux malades à de courts intervalles, en leur recommandant d’avaler promptement la potion qui le con-

ÉtttEKS.

tient. On doit toujours avoir soin île ne le combiner qu’à un liquide froid , ou versé sur un morceau de sucre qu'on avale de suite avant que le médicament ne s’évapore. — La dose ordinaire de l’éther sulfurique est d’un demi scrupule chaque quart-d’heure , ou chaque demiheure. On peut en consommer jusqu’à une once en une journée.

Formules-modèle.

1° Par bouche dans les cas ordinaires.

2J. Ether sulfurique, 3 gros.

Eau de cinnamome , quatre onces.

M. Bouchez hermétiquement le flacon.

A prendre une cuillerée chaque demiheure.

2° Pour calmer les coliques hépatiques : 2J. Éther sulfurique , 3 gros.

Huile essentielle de térébenthine , 2 gros.

Miel, 1 once.

M. Bouchez hermét.

A prendre une cuillerée chaque demiheure.

3° Contre letænia, d’après Bourdier.

a. 2j.. Ether sulfurique, 1 gros.

D. Ad vas hermalice clausum.

S. Sit pro haus/u.

b. 2J. Ether sulfurique, 1 gros et demi.

Émulsion de gomme arabique , 5 onces.

S. Injiciatur pro clyslere post hausium.

c. 2J. Huile de ricin, 2 onces.

S. Capiat ceger una hora post duas præcedentes formulas sumplas.

( Note des trad.) Nous ajouterons à ces formules plusieurs autres assez usitées; l’éther est combiné à des substances capables d’en augmenter l’action , ou de la modifier, ou enfin de la localiser.

1° Ether acétique ferre de Klaprolh.

Acétate de fer liquide, 4 onces.

Éther acétique, 1 once.

Alcool , 1 once.

2° Ether balsamique de Tolu.

Baume de Tolu choisi, en poudre, 2 gros.

Ether sulfurique, 2 onces.

Mêlez.

De cet éther, on en inspire la vapeur au moyen d’un flacon d’une forme particulière qu’oa appelle inspiratoire. Dans

les cas de certaines faiblesses des organes respiratoires, dans l’aphonie par inhltration lymphatique du larynx , dans l’asthme , etc.

Nous ajouterons à la formule donnée par l’auteur pour expulser le tænia celle de Lerchenault de Latour:

Huile de térébenthine, 8 onces.

Alcool , 3 onces.

Mêlez et ajoutez :

Acide nitrique concentré, 2 livres.

En distillant ce mélange , on en retire del’ éther azotique térébenthine'. On l’administre à la dose de trente à quarante gouttes sur du sucre ou sur un jaune d’œuf sucré.

Pelletier a imaginé un éther phosphoré, très-stimulant, et dont l’emploi n’est pas sans danger.

4° Éther très-pur rectifié sur le chlorure de calcium, 4 onces.

Phosphore divisé en more., 28 grains.

Mêlez.

Il faut de temps en temps agiter bien le flacon. On ne doit l’administrer qu’à la dose de dix à vingt gouttes dans de l’eau gommée et sucrée , ou dans une tisane de guimauve ou d’orge froides.

M. Magendie a imaginé, pour combattre les affections scrofuleuses, d’unir l’iode à l’éther. Voici sa formule :

5° Iode purif. , 6 grains.

Éther sulfurique, 1 once.

Mêlez.

Dose de six à dix gouttes dans une potion gommée.

On se sert à Paris d’un sirop d’éther comme anti-spasmodique. Son goût est plutôt agréable ; il est préparé par un procédé particulier par M. Boullay, pharmacien. Ce sirop, bien que très-chargé d’éther, a l’avantage de faire parvenir à l’estomac la quantité qu’on désire de cette substance sans volatilisation. Chaqueonce de ce sirop contient environ un gros d’éther. Tout le monde connaît l’emploi heureux qu’on fait de l’éther respiré dans un flacon contre les défaillances, les syncopes, les asphyxies, etc. On concevra facilement, d’après les principes établis dans cet ouvrage , que nous ne saurions donner notre approbation à 1 éther de cantharides imaginé par Doublenor, ni la teinture éthéréc d'aconit et de belladone, préparée d’une partie des feuilles de ces plantes et de huit parties d'éther sulfurique.

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