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ou tard de la somnolence, de la pesanteur à la tête, de la stupeur dans les membres. Après que l’action de l'opium est finie, il reste toujours de la lassitude générale et un certain degré de stupidité pendant quelque temps, ou bien une sorte d’insomnie fort incommode. — Si, au contraire, les doses sont de plus en plus élevées, ou bien, si la quantité est trèsforte dès le commencement, l’assoupissement et l’immobilité se déclarent de suite, conjointement à des nausées, des vomissements, dysphagie, dyspnée (1); puis des convulsions (2), trismus, tétanos, asphyxie, apoplexie (3). Alors lepouls se ralentit, quelquefois il devient intermittent ou même il disparaît (4). Pâleur mortelle (5), taches ecchymosiques à la peau (6), sueurs froides (7), déjections involontaires, phénomènes qui ne se déclarent qu’à l’approche de la mort, ainsi que l’ont noté Waldschmidt (8), Murray
(9), et d’autres. — Les recherches cadavériques ont offert toutes les apparences externes de l’apoplexie ou de la suffocation, telles que le gonflement inflammatoire, coloration bleue du visage, yeux saillants et injectés (10), ecchymoses à la peau, chaleur durable après la mort et flexibilité des membres (11). A l’ouverture du crâne, on trouve constamment les vaisseaux du cerveau et des méninges gorgés de sang (12.) ; de la sérosité existe quelquefois abondamment sur la piemère (13); les poumons gorgés de sang rouge, enflammés; voies gastriques phlogosées (14). Le cœur et les grosses artè-
(1) Hamberger, Diss. de opio. Jcn., 1749, § 17.
(2) Van-Swietcn, Comment., vol. i, p.
(3) Wepfer, De apoplex., p. 23.
(4) Fr. Hoffmann, Med. syst., v. m, p. 537.
(5) Pyl. Ausælze Samml. i, p. 95.
(6) Schweickert, Hufel. Journ.,8B., St. 3.
(7) Matlhœi, O. c.
. (8) Inventa circa opium. Marpurgi ,
(9) Appar. med., vol. n, p. 125.
(10) Schweickert in Ilufelands Journ., 8 Bd., 3 St.
(11) Mutel, Dci vcleni, etc., trad. liai.,
(12) Orlila, Méd. lég., tom. ni , p. 219.
(13) Lassus, Examen despersonnes empoisonnées par l’opium.
(14) Môtn. do l’instit., vol. n, 1779, p. 107. Pari* et Fonblanque, Mutel.
res sont rouges à leur face interne et contiennent du sang coagulé ; les veines sont vides (J).
Effets chez l'homme malade.
Eludions maintenant les effets de l’opium dans les maladies. Compulsez les annales de la science, interrogez les cliniciens les plus expérimentés sur les maladies qu’on a guéries à l’aide de l’opium, vous serez étonné de voir que presque toutes les affections ont été traitées à l’aide de ce moyen , et presque toutes guéries ou améliorées , au dire des auteurs. Chacun cite des faits nombreux à l’appui, et il n’y a pas de vertu, de propriété curative connue qui n’ait été retrouvée dans l'opium. On en a fait une sorte de panacée, bien que quelques auteurs n’aient point manqué de déclarer, au contraire, que l’opium était un médicament trompeur et mortifère. — A tout prendre, néanmoins, les opinions régnantes sur l’action de ce médicament peuvent se réduire à quatre ; les uns le regardent tout simplement comme stimulant, et expliquent par cette seule action tous ses effets ; les autres , comme un sédatif et asthénisant; d’autres, comme calmant en général, et comme affaiblissant dans quelques cas; d’autres, enfin, comme soporifique , calmant , antispasmodique. Cette dernière opinion compte le plus de partisans. Cette divergence d’opinions sur un médicament si usité est vraiment étonnante. Il suffisait cependant d’observer attentivement l’évolution des effets de l’opium à des doses diverses chez l’homme sain , pour comprendre de suite son véritable mode d’action. — Un organisme bien portant, qui est soumis à des doses légères et progressives d’opium, éprouve, ainsi que nous l’avons démontré, des modifications qui énoncent un excès d’énergie, nne augmentation de la force générale, mais principalement dans les systèmes circulatoire et cérébro-spinal. Il est facile de juger par là que l’action de l’opium est hypersthénisante , vasculaire et céphalique à la fois. Cette observation simple, vraie, facile à vérifier, nous rend parfaitement raison de tous les effets de l’opium, quelque compliqués ou contradictoires qu’ils puissent être en apparence. — Qu’arrive-t-il, en effet, dans ce cas?
(1) Murray, Bergius, Mutel»
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D’abord, le pouls acquiert de la fréquence, la peau devient rouge, la chaleur i naturelle s’élève, la surface du corps se i couvre de sueur, les yeux acquièrent une • splendeur insolite , il survient de la soif et une sorte de fièvre. A un sentiment de légèreté à la tète , succède l’hilarité et une augmentation de pénétration dans les sens, puis de l’inquiétude ; et, enfin, si la quantité de l’opium est continuée, le délire, la fureur, des vacillations semblables à celles de l’ivresse, l’aliénation mentale, et, enfin, l’apoplexie.
Ce qui a trompé les praticiens dans l’appréciation de ces effets , ce sont : le isommeil, l’insensibilité, le calme, l’immobilité et l’espèce d’impuissance qui succèdent à l'administration de l’opium ià doses élevées. Ce qui a trompé encore, ce sont : la lenteur , la disparition complète du pouls , le froid de la peau , la pâleur mortelle et les évacuations involontaires qui ont lieu après les symptômes précédents. On s’était imaginé que ces derniers phénomènes étaient d’une nature différente, et qu’ils dénotaient plutôt un état de faiblesse ou d’hyposthénie. On n’avait pas réfléchi que l’hypersthénie excessive, l’oppression des forces , eu un mot, simule l’asthénie. Le sommeil , dans ce cas, n’est guère pareil à cet état de repos véritable qui restaure les forces de l’organisme , comme dans l’état normal. C’est , au contraire , une sorte d’assoupissement forcé déterminé •par un afflux excessif de sang vers l’encéphale , qui s’observe également par l’excès du vin ou d’autres substances enivrantes, etque produit aussi l’inflammation du cerveau; quelques autres circonstances passagères ou durables agissent aussi d’une manière analogue. De la stupeur on passe graduellement à l’insensibilité; de là au calme, à l’immobilité, ià l’impuissance complète de tout le corps. Ce sont là des phénomènes naturels d’une surexcitation; il en est de imème de ceux qui ont lieu du côté du cœur et de ses dépendances, tels que la i lenteur excessive, la petitesse ou la disparition du pouls , la pâleur, la sueur froide, etc., qu’on observe constamment dans les empoisonnements graves par 1 opium et vers les derniers moments de lu vie. Cette manière de voir est parfaitement confirmée par l’autopsie des sujets qui ont succombé à l’intoxication opiacee, tant dans notre espèce que dans celles des animaux; elle l’est également par la nature des médicaments qu’on a
de tout temps employés avec succès pour combattre celle espèce d’intoxication , tels que les acides, la décoction de café, les aspersions froides , la saignée, etc. On pourrait peut-être conlester l’action contro - stimulante des acides , du café , des aspersions froides; mais comment contester la vertu hyposthénisanle de la saignée? Or, l’expérience a prouvé que la saignée est le remède par excellence dans l’intoxication par l’opium, quelles que soient son intensité et sa période. Elle a effectivement réussi , tant au début de l’empoisonnement, alors qu’il y avait surexcitation manifeste , qu’à une époque où les malades présentaient tous les symptômes de l’oppression , de l’impuissance, de l’apoplexie, de l’asphyxie.
Faisons remarquer, en attendant, que les phénomènes d’oppression ne se déclarent que les derniers et dans les cas seulement où les doses de l’opium ont été excessives. La stupeur néanmoins peut se déclarer quelquefois subitement et être promptement suivie des symptômes de faiblesse apparente si la dose est trèsforte ou si l’individu se trouve dans des conditions d’intolérance. Il est d’ailleurs tout-à fait contraire à la logique d’ad-> mettre dans un remède une double action opposée, c’est-à-dire qu’il stimule d’abord et qu’il contro -stimule ensuite. — Du reste , si l’on a bien saisi ce que j’ai dit des changements qu’éprouve la vitalité sous l’influence de chaque dose de substance stimulante , et des variations apparentes qu’offrent les fonctions de l’organisme ; si l’on a en outre bien compris l’analyse que je viens de présenter des effets de l’opium chez l’homme sain, on conclura avec moi : 1° que le tableau de ses effets représente l’hypersthénie à tous les degrés; 2° que dans le commencement de son action , l’opium donné à doses progressives est un hypersthénisant cardiaco- vasculaire et céphalique; 3U que l’action céphalique de l’opium cependant est la plus saillante dans la généralité des cas, parce qu’elle porte sur l’appareil sensorial. On comprendra maintenant, je présume , pourquoi la sensibilité générale, étant la première à être excitée sous l’influence de l’opium, est aussi la première a^être embarrassée, oppressée, suspendue si l’action est excessive ; d’oii il résulte un sommeil forcé, un calme passif, une sorte de stupeur pathologique , etc. — Cette idée capitale sur l’action primitive et intrinsèque de l’opium étant bien san
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sie, les effets secondaires de ce médicament dans les maladies se trouvent singulièrement éclaircis, et quelle que soit leur contradiction apparente, ils confirment tous l’action hyperslhénisante de 1 opium. Il est même facile d’après cela de se rendre compte des opinions si bizarres et contradictoires qu’on s’était formées sur cette substance, et pourquoi les uns l’ont portée aux nues dans le traitement des maladies, les autres l’ont presque proscrite de la matière médicale.
Il est de fait que presque tous les malades éprouvent d’abord un certain bienêtre, un certain calme, sous l’influence de l’opium, quelle que soit la nature de leur maladie. L’opium, a-t-on dit, est donc utile dans presque toutes les maladies. — 11 faut distinguera ce sujet l’amélioration véritable que l’opium procure , de l'amélioration apparente , passagère , trompeuse au point d’exaspérer le fond de l’affection. Sans ce discernement on ne saurait se servir convenablement de ce médicament.
1° L’opium a été trouvé constamment utile dans les empoisonnements de nature hyposthénique, et cette observation est exacte. De ce nombre sont, par exemple, les empoisonnements par la belladone, par le stramonium, par la jusquiame. Les Italiens ont donné dans ces cas l’opium à haute dose , et ils ont vu la stupeur, le délire et les convulsions disparaître. De ce nombre est aussi l’empoisonnement par le plomb. La maladie appelée colique saturnine n’est jamais mieux traitée qu’avec l’opium. Stalil , ennemi juré de l’opium, a été obligé de convenir que cette substance est le remède par excellence contre la colique saturnine (1). Le même fait a été vérifié par De Iiaën (?) , firambilla (3) , Remer
(4) , Burger (5) , Gobel (G) et plusieurs autres. Pline avait déjà conseillé l’opium contre la morsure de certains reptiles; Delaroche guérit avec l’opium un flegmon développé à la suite de la piqûre d’une guêpe, et Delaistre fit cesser par
(1) De impostura opii. lia lac , 1707.
(2) Rat. medend., P. ni, p. 79.
(5) Abliandl. D. Joseph. Akad., 1 Bd., p. 170.
(4) Arcliiv. furmedic. Erfahr. v. Horn., J803, 3 Bd., p. 340.
(5) Id., 1805, 8 Bd., p. 335.
(6) Ilufelantls Journ., 17 Bd., 3 St., p. 107.
le même moyen les effels de la piqûre d’une abeille (1). Chez nous le peuple remédie également aux effets de la piqûre de ces insectes à l’aide d’une préparation opiacée, la thériaque, et l’expérience en confirme tous les jours les bons effets.
2° L’opium est d’une utilité constante dans le choléra hyposthénique occasionné par l’ingestion de végétaux dits froids ou d’autres substances dont l’action est manifestement affaiblissante. Dansce cas, l'opium arrête les évacuations en tonifiant l’organisme. On se tromperait cependant si l’on croyait à l’utilité de ce remède dans le traitement du choléra spontané, épidémique ou endémique.
La condition pathologique ou le fond de cette affection paraît plutôt hyperslhénique, et les bons effets de l’opium n’ont été qu’apparents. Je dis apparents, car, d’une part, les praticiens qui ont donné l’opium pour arrêter les vomissements et la diarrhée n’ont pas obtenu de guérison; ou du moins si quelques malades ont guéri, on ne peut l’attribuer à l’opium , car ce médicament avait été constamment rejeté avec les évacuations cholériques; de l’autre, l’opium ayant été administré conjointement à de très-fortes doses de calomel, d’ipécacuanha , d’acide prussique , d’évacuations sanguines, etc., on ne peut raisonnablement lui attribuer les honneurs de la guérison.
3° On croit communément l’opium le remède par excellence pour arrêter les flux du ventre, quels qu’ils soient. Cette opinion est bien fondée pour les vomissements et les diarrhées de nature asthénique, ainsi que cela a lieu à la suite de l’abus de quelque médicament byposlhénisant, tels que le tartre slibié, les purgatifs en général , etc. ; mais on serait dans une grave erreur de l’appliquer à toutes les diarrhées indistinctement. Ne sait-on pas aujourd’hui que beaucoup de diarrhées habituelles dépendent d’une gastro-entérite lente? Dans ce cas, l’opium peut, il est vrai, arrêter momentanément le flux ventral , mais il aggrave constamment l’état du malade; il donne lieu à un météorisme fâcheux, augmente l’inflammation et la fièvre, et si l’on persiste dans son usage, il précipite les malades au tombeau. Cette remarque s’applique également aux dysenteries que les modernes ont démontré n’ètre que des
(1) Mérat et Delcns, Mat. méd., t. v, p. 59.
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colites. I.es dangers de l’opium dans les flux ventraux ont été surtout signalés depuis long-temps par Zimmermann (1), par Murzinna (2), par Degner (3), par Pringle (4), par Yung : les bons observateurs modernes ont confirmé l’exactitude de celte remarque. Les flux muqueux (leucorrhée, blennorrhée , etc.) rentrent dans la même considération.
4° Le diabète est généralement traité à l’aide de l’opium. Celte indication paraît très-bien établie si nous en jugeons d’après les faits publiés par Darwin, Feriar, Warren , Money , Heyheken , Elliotson (5), Will-Carter, Marsh, Prout (6), Rubini (7), Zipp (8), et plusieurs autres. Il résulte clfectivement de ces faits, que la condition pathologique du diabète est hyposihénique : nous reviendrons sur ce sujet quand nous traiterons des remèdes dont l'action principale porte sur l’appareil urinaire.
5° Le delirium tremens potnlorum a été également attaqué à l'aide de l’opi um.
Je regrette d'être obligé de m'inscrire contre une pareille conduite; ma manière de voir à ce sujet est basée sur l’analyse rigoureuse d'un très-grand nombre de faits et sur ma .propre expérience. Je me suis longuement expliqué à ce sujet dans mes leçons de médecine pratique. Vous me permettrez, en conséquence, de ne reproduire ici que les points culminants de la question. — Il est facile de comprendre par l’examen réfléchi de la nature de la cause , et par les résultats des nécropsies, que le délire tremblotlant des ivrognes n’est qu’une sorte d’ivresse devenue plus ou moins permanente. En rapportant les symptômes aux organes d’où ils émanent, il est facile de se convaincre que cette maladie n’est autre qu’une arachnitis ou bien une méningite spinale. Suivant que l’une ou
(Il Van d. Ruhr, unter d. Wolke, 1775, p. 96.
(* 2 * 4 5! Beobacht. üb. d. R> br, etc., 1780.
(5) De (lysent, bilios., p. 183.
(4) Treatise an opium foundcd upon pract., obs. Edimb., 1753, c. 7.
(5) Bruschi, Instit. di mat. méd., v. u
(6) Journal génér. do méd., t. lxxxv,
(7) Storia di un diabète ncgli atii délia. Soc. ital., 1810.
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l’autre de ces lésions prédomine, on aura préférablement des symptômes de délire ou de tremblement, avec ou sans complication de gastro - entérite , et il est aussi facile de comprendre que le mal peut, dans certains cas, s’irradier dans la substance même de l’encéphale et de la moelle. La phlogose peut être simple ou bien accompagnée d’épaississement, de transsudation ; de là résulte la possibilité d’une guérison tantôt radicale , tantôt palliative. — Or, il est clair que dans le premier cas l’opium ne peut qu’augmenter la maladie et la rendre incurable , de guérissable qu’elle était.
Yoyez effectivement ce qui a lieu chez les Orientaux, qui prennent d’énormes doses d’opium pour se guérir du déliriuin tremens occasionné par l’abus de l’opium lui-même ; ils tombent dans une sorte d’idiotie pareille à celle que nous observons chez nos grands buveurs de profession. J’ai à peine besoin de dire, après ces réflexions , que le véritable traitement de l’affection est ici l’antiplilogislique joint à l’éloignement de la cause. Il est bien remarquable que le traitement anti phlogistique bien dirigé a ici pour effet, non-seulement de guérir le delirium (remens, mais encore de modérer la passion de boire ; c’est que cette passion est entretenue en partie par l’irritation permanente de l’estomac , et qu’en corrigeant cette irritation ou diminue la soif, et par conséquent le besoin toujours renaissant de boire. — Dans le second cas, il existe d’autres conditions indépendamment de la phlogose. Le fond de la maladie, étant ici principalement mécanique , ne saurait être complètement enrayé par nos remèdes, et il serait même imprudent^d’en essayer la guérison.
L’individu plongé continuellement dans l’ivresse a tellement accoutumé son organisme à cet état, que l’équilibre de ses fonctions est prêt à se rompre, s’il cesse de renouveler son ivresse; il ne trouve alors de soulagement que dans la reproduction de son excitation anormale, et l’on peut dire que la même boisson qui l’a réduit dans un si misérable état devient indispensable pour lui faire moins sentir les maux qui l’accablent.
Aussi, l’opium, dans ces cas, semble d'une grande utilité et produit des effets plus satisfaisants que le vin lui -même ; c’est que l’excitation par le vin est devenue insuffisante pour élever les fibres de l’économie au degré de tension néces-
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saire, et mettre la constitution en état d'ivresse. L'opium n’est donc applicable que dans les seuls cas de delirium tremens incurable , comme moyen palliatif capable seulement de masquer les symptômes de la maladie sans changer la condition des organes affectés, il va sans dire que dans ces circonstances l’opium n’est utile qu’autant qu’il exerce une action marquée; et pour cela il faut en augmenter souvent ia dose, aulrement l’équilibre fonctionnel serait bientôt rompu, et ce u’est qu’eu augmentant le stimulus habituel qu’on prévient la démolition prompte de l'organisme. On conçoit néanmoins qu’il y a une limite devant laquelle il iaut s’arrêter dans l’administration de l’opium. Cette limite est malheureusement d’autant moins éloignée que la lésion pathologique est profonde, et ([ue l’opium agit dans le sens même de la lésion. Je ne pousserai pas plus loin ces considérations, crainte de sortir des limites de mon sujet. — Ayant observé que l'opium produit aisément le sommeil, on l’a généralement décoré de la propriété de somnifère, et à ce titre on l’a administré dans tous les cas d’insomnie morbide. Vous lisez effectivement dans une foule d’observations la prescription de l’opium le soir pour procurer une nuit tranquille , et cet usage est devenu tellement vulgaire, que si le médecin oublie de l’ordonner, les malades ou leurs assistants eux-mêmes le demandent. Il y a même des mères et des nourrices qui donnent elles-mêmes des préparations opiacées à leurs enfants alors qu’ils paraissent agités les nuits ou qu’elles veulent les endormir de suite.
Pour apprécier convenablement celte pratique, il importe de se rappeler que le sommeil peut être provoqué par deux circonstances diamétralement opposées.
L’une en mettant en repos les fonctions libres, c’est-à-dire les mouvements volontaires et les sens ; en éloignant les stimulus externes, principalement la lumière et le soleil; eu fatiguant l'organisme par un exercicc,corporcl; eu abaissant, en un mot, l’énergie vitale de l’appareil encéphalique. C’est le sommeil naturel, le sommeil direct, le véritable repos. A ce sommeil se livrent incessamment les idiots, les enfants, les vieillards, les personnes ennuyées, parce qu’ils manquent de stimulus intellectuels. S’y livrent également les personnes qui ont essuyé de grandes pertes vitales, connue après les grandes hémorrhagies , après
les soustractions abondantes d'électricité et de calorique, ainsi que cela s’observe chez les individus frappés par le froid. C’est aussi à ce sommeil que se livrent tous les hommes bien portants après un certain exercice des fonctions volontaires. — l.e sommeil naturel dépend donc d’un abaissement physiologique de l’énergie cérébro spinale , qui se relève par le repos, et nullement de l’abaissement des lames du cerveau , de l’engorgement, de la compression de sa substance, ainsi que quelques physiologistes le prétendent. It suffit, pour s’en convaincre , d’observer que chez l’homme qui dort le visage est pâle , le pouls se ralentit , la chaleur est moins intense que durant la veille, et que pour se réveiller il faut l’intervention de quelques excitants, soit physiques, soit moraux. — L’autre circonstance capable de provoquer le sommeil est opposée à la précédente ; elle consiste dans une sur-stimulation de la faculté sensitive. En s'élevant effectivement au-dessus du rhylhme normal par l’action d’un stimulus , celte faculté tombe dans une sorte de gêne ou d’oppression ; de là la torpeur, le sommeil comateux. C’est ce que nous voyons arriver par l’action du viu, des liqueurs spiritueuses, de l’opium, des congestions sanguines au cerveau, dans certaines fièvres ou inflammations, etc. C’est là un sommeil forcé et morbide bien différent du premier, et pour la nature, et pour les phénomènes qui l’accompagnent. Le pouls , en effet, loin de se ralentir, est fréquent , la chaleur animale augmente , le visage est animé et turgescent ; les sens, au lieu de se reposer, sont agités , et l’apparence général du repos pourrait être regardée comme une sorte de jugulation de l’activité vitale. Aussi, voyonsnous l’homme qui se réveille du premier sommeil se sentir restauré, fort, actif et prêt à agir physiquement et intellectuellement, tandis que celui qui revientdusecoud sommeil est, au contraire, las, abattu, apathique, obtus et peu propre à agir.
On conçoit maintenant : 1° s’il est possible d'admettre dans une pharmacologie philosophique une classe de remèdes dits somnifères, soporifiques ou narcotiques, puisque le sommeil n’est qu’un effet secondaire de causes tout-à-fait opposées; 2° si le praticien éclairé peut jamais prescrire en conscience l'opium dans le but de provoquer le sommeil alors que l’insomnie dépend plutôt d’une sur-excitation cérébrale que de causes
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réellement hyposlhéniques; 8° si nous n’avons pas raison de dire que le sommeil procuré par l’opium dans le premier cas est bâtard et fort nuisible auv malades, puisqu’au lieu de les restaurer, il les accable, augmente la condition pathologique et occasionne des veilles obstinées qui obligent les médecins routiniers à en élever considérablement les doses, et il n’est pas rare de voir ainsi les malades passer du sommeil opiacé au sommeil éternel ! Je pourrais citer une foule d’exemples à l’appui de celle dernière assertion. — Les mêmes médecins qui ont pour pratique de prescrire presque indistinctement l’opium le soir pour procurer de bonnes nuits , ordonnent aussi la même substance pour calmer la toux, l’agitation fébrile , la diarrhée , les convulsions , etc., sans se donner la peine de comprendre quelle est la véritable condition pathologique ou la source de ces symptômes. Ils affectent une sorte de mépris pour les travaux des modernes, travaux qu’ils déclarent absurdes ou trop simples, trop faciles ; et pourtant ils s’imaginent qu’il est plus diflicile de suivre leur routine aveugle, laquelle prescrit le quina contre les lièvres , les astringents contre la diarrhée, les antispasmodiques indistinctement contre les convulsions, etc. Ne devrait-on pas appeler empoisonneuses les femmes qui, pour se donner plus d’aises, se permettent d’endormir leurs enfants à l’aide de 1 opium ? Si les tendres organismes de ces victimes ne succombent pas immédiatement aux folles imprudencesde leurs mères ou nourrices, qui nous assure qu’une partie de leurs malheurs futurs ne tienne à la prédisposition morbide et à 1 inaptitude cérébrale qui résultent de pareilles habitudes.
C” La réputation de remède calmant qu on a faite à 1 opium fait administrer généralement cette substance contre les douleurs. La douleur, a-t-on dit, étant un sjmptôme dune foule de maladies , et opium l’apaisant, il s'ensuit que celle substance peut être utile dans presque toutes les maladies, il est d’expérience, en eflet , que souvent les doueurs s apaisent momentanément sous influence de l’opium, quelle que fut leur nature , même lorsqu’elles sont inflammatoires, mécaniques, irritatives ou spasmodiques. Cela a lieu de la manière que j ai expliqué ailleurs. L’opium impunie une modification , une sorte de
commotion aux nerfs ganglionnaires qui se transmet jusqu'au cerveau et à la moelle; le système cérébro-spinal tombe dans une sorte d’engourdissement, d’oppression, qui l’empêche momentanément de sentir la douleur; mais il n’a pas pour cela changé la condition pathologique ; au contraire. Que les choses se passent réellement ainsi, il suffit de se rappeler que les personnes tombées dans un profond sommeil ou dans la stupeur ne ressentent pas la douleur des irritations mécaniques qu’on exerce sur leur corps.
L’homme ivre ne s’aperçoit de ses contusions, des blessures, des luxations, des fractures qu’il a pu essuyer qu’après la cessation de l’ivresse, et pourtant on ne peut pas dire que durant l’ivresse ces causes ne produisent pas de douleur; il y a, comme on le voit, dans ces conditions, interception de la sensation douloureuse , laquelle n’arrive point jusqu’aux centres nerveux, tant que dure cet état d’oppression de l’encéphale. Aussitôt cette oppression dissipée, la douleur se fait sentir, et si sa nature est inflammatoire l’usage de l’opium ou du vin finit par la rendre plus intense et plus permanente. L’opium, dans ces circonstances, ne fait donc que stupéfier la douleur ou plutôt l’organe central sur lequel elle réagit, et augmente en même temps la condition morbide aui la produit. — Il en est autrement des douleurs qui dépendent d’une véritable hyposthénie, comme par l’action de l’acide prussique , de l’air froid , de la glace , de la faim et de toutes les causes, en un mot, qui agissent en soustrayant les stimulus. Dans ces cas, l’opium enraie merveilleusement la douleur, et il l’enraie en élevant la vitalité vers son rhythme normal.
7°Lrs douleurs de nature hypersthénie que, si elles sont légères, peuvent aussi quelquefois être enlevées par l’opium , soit parce que la condition pathologique se dissipe malgré son usage, soit parce que la sueur qu’il provoque produit indirectement un effet anti phlogistique.
Celles cependant qui dépendent d’une cause mécanique ou d’un état inflammatoire franc ne peuvent trouver dans l'opium qu’un palliatif passager, trompeur, et quelquefois même très-perfide.
Je sais bien que cette manière de voir contraste singulièrement avec les idées généralement admises; mais pourquoi craindrai -je de déclarer absurde une pareille routine ? Est-ce parce qu’elle a pou r
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elle de grandes autorités, telles que les Huxham(l), lesSydenhain(2), lesdellaen
(3), les Hamilton (4), les Armstrong (5), et plusieurs autres? Mais il suffit de réfléchir sans prévention à la pratique de ces grands hommes, pour comprendre de suite qu’ils se trompaient ; ils joignaient l’opium à la saignée, et ils s’étonnaient de voir que plus ils administraient de la première substance, plus ils étaient obligés de tirer du sang pour apaiser les inflammations et la douleur; ils ne réfléchissaient pas que les deux effets s'anéantissaient réciproquement, et ils attribuaient à l’opium la sédation qui n’était réellement produite que par les saignées copieuses. — Les Anglais suivaient, jusqu’à ces dernières années, cette pratique, et j’ignore si on la suit encore depuis que l’une de nos célébrités, Tommasini , n’a pas craint de la critiquer ouvertement dans un mémoire qu’il lut , il y a quelques années, au sein même de l’Académie royale de Londres , pendant son passage par cette ville (fi).
8° Arrivons à la vertu anti-spasmodique de l'opium. C’est là une propriété que peu de médecins refusent à l’opium; aussi n’y a-t-il pas de spasme, de convulsion (sans même en excepter l’épilepsie et le tétanos), dans lesquels ils ne le prescrivent à pleines mains. Ce sujet mérite un examen approfondi. — Il fut un temps où toute espèce de spasme, de convulsion ou de toute autre maladie nerveuse , était considérée comme une affection de langueur, de faiblesse, d’hyposthénie, ayant toujours la même source. Cette doctrine a été consolidée par une autre , par le prétendu antagonisme entre le système nerveux et le système sanguin, et par les avantages apparents qu’on obtient contre ces affections à l’aide des remèdes stimulants qu’on a à cet effet appelés nervins. Les recherches
(1) De aerc et morbis epidem., 1734,
(2) Opéra med.
(3) Ratio medend., t. î, c. n , p. 13.
(4) Richlers , Chir. bibl., 9 Bd., p. 428. — Hufelands Journ., 10 Bd., 2 St., p. 77.
(5) Transacl. of the associated npoth., and surgeon apolh., etc. — Satumlung anserb. Abd., etc., 33 Bd., p. 72.
(6) Tommasini, De congruenlia et discrepantia inter anglicam et italicam medendi rationem. (Y. Opéré minori, t. v, 4820.)
modernes sur ces maladies ne nous permettent plus d'adopter une pareille manière de voir; elles nous apprennent que les spasmes, les convulsions, ne sont que des effets , des symptômes de maladies , et en remontant de ces symptômes aux organes malades, on est porté à conclure que les convulsions ne sont que des mouvements désordonnés des muscles volontaires , qui par elles-mêmes ne doivent pas plus occuper le médecin que la fièvre dans les inflammations. On n'ignore point qu’un muscle ne se contracte et n’est irritable que par l’influence des neris ganglionnaires qui s’entrelacent avec leurs fibres et avec les nombreux vaisseaux qui les arrosent; de manière que la paralysie de ces nerfs entraîne nécessairement la perte de la contractilité musculaire (t).
Il ne faut pas confondre cependant la contractilité dépendant de l’action immédiate d’un stimulus avec celle qui s’exécute sous l’empire de la volonté. Ce second effet exige l'intervention des nerfs spinaux antérieurs et du cervelet. Le premier acte du mouvement a pour point de départ le cervelet, la moelle spinale antérieure, et les nerfs correspondants. Tant que ces instruments conservent leur intégrité, les mouvements sont libres et ordonnés; ils ressent de Têt re dans le cas contraire. Toutes les fois , par conséquent , que les mouvements musculaires sont désordonnés, il faut en chercher la source dans les organes centraux que je viens d’indiquer.
Si la convulsion ou le spasme est borné à un seul muscle , l’affection est limitée au rameau nerveux qui l’anime ; si elle attaque plusieurs muscles à la fois , le siège est dans la moelle épinière ; et si tous les muscles le sont, ce sera dans le cerx’elet ou dans tout le système cérébrorachidien que la lésion existe. Aussi voyons-nous les blessures, les contusions du cervelet, de la moelle épinière, ou d’un nerf naissant de ces parties ou lié avec elles , occasionner la perle de la motilité, la paralysie, le tétanos, l’épilepsie, des convulsions ou des spasmes, selon que la lésion porte sur tel ou tel centre nerveux, et avec plus ou moins de profondeur. — Fixé ainsi le siège de
(1) TIaller a commis une grande erreur lorsqu’il a avancé que la fibre musculaire était irritable par elle-même; mais celte erreur a été l’occasion de recherches qui ont fait découvrir d’importantes vérités.
0P1DM.
la maladie , il reste à en déterminer la nature. Cette détermination peut se déduire de la nature des causes, de la forme des symptômes , des lésions cadavériques et de l'influence des différents remèdes connus. Or, cette quatruple investigation a conduit à admettre trois sortes de spasmes sous le point de vue de leur nature : hypersthéniques , hyposthéniques et mécaniques ; de ces trois sortes, la plus fréquente est l’hypersthéniquc ou inflammatoire. Réfléchissez, en effet , à la nature de leurs causes. — Il est de fait que l’âge le plus propre aux convulsions est celui où la vie est pour ainsi dire exubérante, l’enfance. La vieillesse, au contraire , dont la vio est languissante , nous en offre rarement des exemples, à moins toutefois que les convulsions n’aient été contractées dès l’enfance.
Le sexe qui paraît le plus prédisposé aux convulsions est celui qu’on appelle vulgairement faible , mais qui , aux yeux du physiologue, n’est point tel. Ces organismes effectivement sont très-sujets aux maladies inflammatoires, ou du moins à des congestions sanguines habituelles ; cl pour les prévenir, la nature est obligée de pratiquer elle-même une saignée tous les mois par la voie de la matrice ; si cette saignée n’a point lieu, on voit des maladies de ce genre se déclarer. — Le genre de vie qui prédispose aux convulsions est la vie molle, sédentaire, entourée de stimulus de toute espèce. Un mot dur, une grossièreté , une injure , la crainte et une foule d’autres impressions qui n’ébranlent point l’homme de la campagne ou sans éducation, excitent au plus haut point l’individu bien né et réfléchi. Les convulsions, en conséquence, sont plus propres à celte dernière classe d’individus qu’aux autres. — Le climat et la saison propres aux convulsions sont aussi ceux dans lesquels la nature est prodigue en stimulus, c’est-à-dire, ceux de la chaleur. Dans les conditions opposées , les convulsions ne s’observent qu’aulant qu’on supplée à la modération de la nature par des stimulus artificiels. — - Les causes déterminantes enfin des convulsions sont aussi, en général, de nature hypersthénique : telles sont les contusions , les piqûres , les plaies , les commotions, les causes morales excitantes ou même affligeantes, qu’on croit à tort débilitantes, tes dernières , lorsqu’elles sont violentes et instantanées , arrêtent souvent les sécrétions habilucl-
les et donnent lieu à des congestions actives , etc. — Si vous examinez , d’autre part , la physionomie des symptômes de la maladie , comme, par exemple, les mouvements saccadés, brusques et violents; ces agitations effrayantes sur des enfants et des femmes frêles dont la puissance est devenue si grande qu’il faut des hommes très-robustes pour les tenir, on conviendra que tout cela ne peut pas émaner d’un fond de faiblesse. Il est même étonnant que les médecins qui jugent la nature des maladies d’après l’apparence des symptômes , se soient persuadés que les convulsions partaient d’un fond de faiblesse. Comment la faiblesse serait-elle masquée sous la physionomie de l’agitation la plus effrayante !
Les recherches cadavériques chez les épileptiques et autres sujets atteints de convulsions ont démontré que le cervelet , la moelle épinière , les nerfs , et le plus souvent leurs enveloppes ou les cavités qui les renferment, étaient affectés d’inflammation récente ou ancienne.
Quelques personnes cependant nient l’exactitude de cette observation : ce sont précisément les médecins qui , dans leurs autopsies, ont pour habitude d’ouvrir en passant les trois grandes cavités du corps et de déclarer sains les viscères, alors qu’ils n’y trouvent ni suppuration ni gangrène. Certaines altérations importantes dans les tissus, ils les déclarent peu de chose et comme incapables de produire les symptômes de l’affection.
Pour eux , un nerf n’est point enflammé s’il n’est point rouge , noir, écarlate et quadruplé de volume ; et une membrane aussi mince que l’arachnoïde n’est point phlogosée à leurs yeux , si elle ne présente les caractères du flegmon ! Ils ne réfléchissent point que sur les tissus blancs et minces une très-faible coloration doit produire le même effet qu’une inondation abondante de sang sur les organes très-vascularisés. — Enfin l’influence de certains remèdes dans les convulsions nous fournit la preuve la plus manifeste de la nature ordinairement hypersthénique de la maladie. Si je ne craignais pas de sortir des limites de celte courte excursion , je pourrais reproduire un grand nombre de cas consignés dans les auteurs, depuis Hippocrate jusqu’à nous , d’épilepsie , de convulsions , de spasmes guéris radicalement à l’aide de la saignée et d’autres remèdes incontestablement hyposthénisants. L’occasion ne nous manquera pas cependant
de revenir sur ce sujet. Ajoutons néanmoins ([u on m aurait mal compris si l’on croyait , d'après ces réflexions , que les convulsions seraient toutes de nature hyperslhénique. Il y en a de mécaniques et irritatives dépendant de causes matérielles non sujettes à assimilation : telles sont, par exemple, celle que produit la distension forcée d’un nerf par l’action évulsive d’une dent. On coupe la gencive et les convulsions se dissipent. Telles sont aussi celles qui dépendent de la présence de vers dans le tube digestif, et qui viennent irriter les nerfs du pharynx ou de l’anus, nerfs provenant en partie des racines antérieures de la moelle ; celles qui accompagnent les calculs vésicaux qui viennent heurter contre les nerls du col de la vessie et de l’urètre ; celles qu occasionne la présence d’exostoses du crâne , de tumeurs de vertèbres ou d’autres régions capables de comprimer ou d’irriter autrement une portion du système cérébro-spinal; celles enfin qui étaient hypersthéniques en origine , et dont le travail phlogistique a fini par s’épuiser et par dénaturer en même temps la structure des parties affectées de manière à laisser dans les tissus des produits accidentels qui agissent mécaniquement. Les convulsions mécaniques ou irritatives s’accompagnent souvent d’un travail d’hypersthénie ou de pblogose. Cet élément peut être souvent détruit par les remèdes anti-phlogistiques ; mais si la cause matérielle est inébranlable , les convulsions n’en persistent pas moins.
Il y a enfin des convulsions hyposthéniques, et ceci est incontestable. De ce nombre sont celles qu’occasionnent plusieurs poisons , et que l’opium combat avantageusement. Nous en parlerons ailleurs.— Ai-je besoin, maintenant, après ce qui précède , de démontrer l'erreur d’une foule d’auteurs qui prescrivent l’opium contre les fièvres, Tes exanthèmes , îe rhumatisme , les hémorrhagies , l’ictère , la goutte , les trismus , le tétanos , la folie , la syphilis , l’hydrophobie ? — L’action mécanique de l’opium est légèrement astringente; aussi importe-t-il peu de s’en occuper sous le rapport pratique. Il y a des cliniciens cependant qui ont fait usage de cette action dans le but de couper certaines inflammations externes trop faibles pour se terminer d’elles-mèmes; telles sont quelques ophthalmies chroniques, par exemple. — Il y a des oculistes qui , après l’opération
J>IUM.
de la cataracte , emploient des topiques opiacés pour prévenir , disent-ils , une trop vive inflammation : cette pratique est plutôt dangereuse. On prescrit le laudanum contre les taches de la cornée; ce moyen peut être utile par son action astringente s’il n’y a pas d’inflammation trop vive. On voit, du reste, que les propriétés chimiques de l’opium sont trop légères pour mériter plus d’attention sous je point de vue thérapeutique. L’opium est introduit dans l’assimilation organique par différentes voies; par la bouche, par le rectum , par la peau dénudée de son épiderme, et même par l’injection dans les veines , ainsi que cela a été fait par Coindet (1). Son exemple, cependant, n’est point à imiter. — L’opium pur peut être employé tel qu’il est, et sans lui faire subir aucune préparation. Celui du commerce cependant mérite, en général, d’être d’abord purifié des substances hétérogènes. — Les préparations opiacées sont très-nombreuses : je n’indiquerai ici que les anciennes; je parlerai des préparations modernes à l’occasion de la morphine, de la narcotine, etc.
1° L’extrait aqueux d’opium de Baume ( extraction opiiper digestionem Baumii) s’obtient par une très-longue digestion de l’opium dans de l’eau. Celte préparation jouissait autrefois d’une très-grande réputation , parce qu’on croyait que ce procédé enlevait à l’opium sa propriété échauffante et lui conservait sa faculté calmante. L’expérience cependant a prouvé que cette croyance était mal basée et que le degré d’activité de cette préparation était incertain ; aussi ne doit-on pas la préférer à l’opium pur.
2° La teinture d’opium ( tinclura tke~ ba'ica ) résulte d’unesolution d’une partie de celte substance dans dix parties d’esprit de vin. C’est une préparation elficace que sa forme liquide rend d’un usage très-commode. Sept grains de celle teinture contiennent un grain d’opium; sa force est bien soutenue par celle de l’alcool , qui est lui-même très-actif ; cette force est à celle de la teinture comme t : 6. Il est bon de noter en attendant que toutes les pharmacopées ne prescrivent pas de la même manière la teinture en question.
3° Le laudanum liquide de Sydenham résulte de deux parties d’opium , une de
(1) Bibliothèque univers, de Genève, t.
OPIUM
safran et douze parties d’eau de cannelle et de vin d’Espagne. La proportion de l’opium dans la niasse totale est à peu près connue dans la teinture précédente; niais comme le liquide est moins actif que l’alcool , et que le safran lui-même jouit de vertus différentes de celles des autres ingrédients , on peut calculer la force de la masse par rapport à celle de l’opium, comme 1:10.
4» La thériaque est une sorte d’électuaire inventé , à ce qu’on prétend , par Mithridate, perfectionné par Andromaque et transmis à la postérité par Galien. Les auteurs ont fait de ce composé un tableau vraiment monstrueux ; il n’y a presque pas de médicament, de poison connu , qui n’entrât pour quelque chose dans sa composition , et l’on trouve à peine quelques maladies qui n’aient été anéanties comme par miracle par la thériaque. 11 est facile de se convaincre cependant, par l’examen de la valeur de ses éléments , que la partie dominante du mélange est l’opium ; sa force cependant , comme composition stimulante , est bien au-dessous de l’opium pur.
, 5° Le sirop diacode, ou de pavot blanc, se fait avec la décoction de tètes de pavot, débarrassées de leurs pépins, avec addition de suc de réglisse et de sucre , le tout réduit à consistance convenable.
Celte préparation jouit à un faible degré des propriétés de l'opium. On l’emploie ordinairement mèlce à d’autres substances hypersthénisantes. — La poudre ditedc Dower,bien qu’elle contienne de l’opium, ne possède qu’à un très-faible degré les propriétés de celte substance par les raisons que nous exposerons ailleurs. — Les doses de l’opium et de ses préparations méritent la plus grande attention, attendu la facilité avec laquelle elles peuvent empoisonner, pour peu qu’on franchit certaines limites, et si l’on ne tient pas compte des conditions dynamiques de l’organisme; et parce que d’ailleurs il y a peu de médicaments dans lesquels l’habitude a autant d’influence que dans celui-ci. — La do-e ordinaire de l’opium en substance est d un quart de grain à deux grains , selon les besoins de la répétition. Dans certains cas, on peut la porter bien plus loin , comme quand il s’agit par exemple d’empoisonnements de nature hyposlhénique. Dans la colique saturnine , Stoll en administra treize grains en une nuit avec le plus grand succès , et sept à huit grains par vingt-quatre heures les jours
suivants. Comme l’action de l’opium n’est pas fugace, il importe de n’en répéter les doses qu’à des intervalles assez, longs, sans quoi on s’exposerait aux effets périlleux de l’accumulation ; il est bon aussi d’en diminuer les quantités dans les doses successives. Le conseil que donnent quelques médecins de tripler la dose ordinaire, lorsqu’on administre l’opium par le rectum , est trompeur , car , par cette voie , son action est presque tout aussi énergique. Il suffit, en général , d’en augmenter la dose de moitié.
La même remarque est applicable à la médication endermique.
L’extrait aqueux peut , selon les auteurs, être prescrit à dose double. — La dose de la teinture thébaïque est , ainsi que nous l’avons dit, sextuple relativement à la dose de l’opium pur; celle de laudanum est décuple. Lanzoni, dans un cas d’empoisonnement par les cantharides , fit prendre deux gros de laudanum liquide. La thériaque s’ordonne à la dose d’un à deux gros ; le sirop diacode, d’une demi-once à une once par jour.
Formules modèles.
1° Poudre :
21 Opium thébaïque, 1 grain.
Poudre de cinnamome, de diacode , de chaque, demi-scr.
M. exactement selon l’art , et divisez en quatre parties égales.
A prendre un paquet toutes les six heures.
2 9 Pilules :
2J. Extrait d’opium préparé d’après le procédé de Baumé, 2 grains.
Extrait de laraxacum et poudre de licopode ( de chaque), Q. s.
Faites six pilules.
A prendre une toutes les quatre heures.
3° Potion :
If Teinture thébaïque, 8 gouttes.
(Ou bien , laudanum de Sydenham, 20 gouttes).
Eau de cinnamome, 6 onces.
A prendre, une cuillerée à soupe toutes les deux heures.
4° Lavement :
2J. Sirop diacode, 2 gros.
Emulsion arabique, G onces.
M. et sitpro c lys mate.
morphine.
MORPHINE
§ I«r. Caractères physiques. — L’analyse chimique a fait trouver dans l’opium unesubstancealcaline particulière qui parait partager, mais d’une manière bien plus intense , toutes les propriétés médicinales et vénéneuses de l’opium. La découverte de cette substance est due à Sertuerner. Robiquet, Pelletier, Thomson, Hottot, Caventou , etc., l'ont ensuite étudiée avec soin et ont varié les procédés à l’aide desquels on peut l’extraire ; on lui donne le nom de morphine. A l’état de pureté, elle est cristallisée en prismes rectangulaires , tronqués, blancs, transparents , lesquels sont inodores et d’un goût amer (1).
§ II. Notions chimiques. — La morphine est formée de 6,2 d’hydrogène, 72,2 de carbone, 4,9 d’azote, et 16,7 d’oxygène. Elle est insoluble dans l’eau froide et difficilement soluble dans l’eau chaude; elle se dissout dans l’alcool, surtout à chaud. Elle se combine avec la plupart des acides et forme des sels cristallisables. Un des caractères propres à la morphine, c’est de prendre une belle couleur rouge-orange quand on la met en contact avec l’acide azotique. Le sesqui-chlorure de fer en solution, étendu et non acide, donne à la morphine une belle couleur bleue. Dans l’opium , elle s’y trouve combinée avec l’acide inéconique , et quelquefois avec l’acide sulfurique.
Magendie a été le premier à expérimenter les sels de morphine sur les animaux; suivant lui, la morphine offre tous les avantages de l’opium sans en avoir les inconvénients. Robiquet attribue à l’opium deux facultés différentes , c’est-àdire la stimulante et la sédative ; il a cru que cette dernière appartenait à la morphine et l’autre à la narcotine , autre principe cristallisable de l’opium décou vert par Dergné. Il assure qu’ayant administré à des animaux ces deux substances à la fois, il en a obtenu tous les effets de l’opium pur; tandis que donnés séparément , il a obtenu par la narcotine des effets de surexcitation, et par la morphine des effets narcotiques ou calmants. Les effets de la morphine , de la narcotine et
(1) Annales de chimie et de physique,
t. XXI.
de l’opium ne diffèrent aucunement entre eux si l’on veut les observer sans prévention ; ils se réduisent aux suivants, savoir ; si le médicament est donné à petite dose, inquiétude, chaleur et rougeur à la peau ; s’il est donné à dose élevée, narcolisme, insensibilité, immobilité. Selon M. Magendie, l’immobilité produite par la morphine est un état de sommeil et de calme; celle au contraire que produit la narcotine serait un état de stupeur et d’engourdissement (1). Orfila prétend, d’après ses propres expériences, que c'est à elle que l’opium doit la plupart de ses propriétés thérapeutiques , car la narcotine exerce fort peu d’action sur l’économie animale (2). M. Bally appuie les déductions d’Orfila (S).
Sans reproduire ici un à un les phénomènes observés par ces praticiens , nous dirons qu’ils sont pour nous tout-à-fait identiques dans l’une comme dans l’autre substance, et ils ne semblent différents que parce que les mêmes substances ont été données à des doses diverses. C’est ce que nous avons déjà fait observer en parlant de l’opium. — Nous avons entrepris aussi publiquement plusieurs expériences avec l’acétate de morphine sur les lapins. Aux uns, nous donnâmes ce sel pur ; aux autres , mêlé avec l’alcool ; à d’autres enfin, combiné à l’eau de laurier-cerise. Les phénomènes obtenus furent les mêmes chez tous, savoir : pouls etrespiration accélérés, engourdissement, et ensuite immobilité complète. Ceux auxquels j’avais administré l’acétate de morphine mêlé à l’alcool moururent plus promptement que les autres. L’eau de laurier-cerise retarda le moment de la mort chez les autres. A l’autopsie , une heure après le décès , l’irritabilité cardiaque avait entièrement cessé chez tous, moins chez ceux qui avaient pris la morphine combinée à l’eau de laurier-cerise. Nous trouvâmes les vaisseaux cérébraux très-injectés, ce qui avait déjà été observé par M. Flourens (4) et par d’autres.
(1) Ballet, de la Soc. méd. d’émulat., jauv. 1821. Journ. de physiol., t. r.
(2) Toxicologie générale, t. n, p. 63.
(3) Observât, sur les effets tliérapeut. de la morphine. Mém. de l’acad. roy. de méd., 1. 1, p. 99.
(4) Rccherch. expér. sur les prop. et les fond, du système nerveux dans les animaux vert. Paris, 1824.
MORPHINE
IV, Effets sur l'homme en état de santé. — Sertuerner et trois autres jeunes gens prirent, de quart d’heure en quart d'heure, un demi-grain de morphine dissoute dans l'alcool, et ils en portèrent la dose jusqu’à un grain et demi. Après la première dose , tous les quatre éprouvèrent une espèce de surexcitation générale avec rougeur à la figure. Après la seconde , ils eurent des nausées et des vertiges. Ces phénomènes augmentèrent notablement après la troisième dose ; tous ressentirent une vive douleur à l’estomac , et un engourdissement général. Sertuerner était tombé presque en syncope , il délira quelque peu et éprouva aux extrémités , surtout aux membres thoraciques, une sorte de palpitation. Tous les quatre ont avalé une forte dose de vinaigre et ont eu des vomissements violents; pendant quelques jours ils éprouvèrent du dégoût pour les aliments , de la constipation , céphalalgie (1). Cerioli (2), etautres, ont observé une surexcitation générale à la suite de l’usage de l’acétate de morphine. M. Bal ly s’est assuré que la morphine ne produit ni la sécheresse de la bouche ni la saleté de la langue ; mais qu’elle occasionne des nausées et le vomissement, avec plus de facilité que l’opium. Il a observé en outre qu’elle donne la constipation pendant plusieurs jours, laquelle finit au bout de quelque tempspar une espèce de diarrhée. Sur vingt individus que ce praticien soumit à l’usage de ce médicament, dixneuf éprouvèrent de la difficulté d’uriner ; plusieurs furent sujets à une éruption cutanée, semblable à celle que produit l’opium. A plus forte dose, la morphine donne lieu à des hémorrhagies cérébrales avec des rêves épouvantables , étincelles visuelles, aliénation mentale, coma, obscurcissement dans la vue, contraction de la pupille, stupeur profonde, impuissance (3). Les mêmes phénomènes ont été remarqués par Orfiia (4), Dupuy, Déguisé fils et Lcuret (5) par de fortes doses de morphine.
(1) Journal de pharmacie, t. m. — Phvtograph. méd. par Roques, t. n , p.
(2) Omodci, Ann. univ. di med., v. l, p. 259.
-(3) Mémoire cité.
(4; Op. cilat.
(5) Journalgénér. de médec., t. ixxxvi, p. 113.
Sans parler du fameux empoisonnement par la morphine qui fit tomber sur l’échafaud la têle du docteur Caslaing, nous avons une foule d’autres faits qui démontrent la funeste activité de cette substance. M. Delens nous apprend qu’une dame douée d’une constitution très-sensible éprouva par un demi-grain d’acétate de morphine, qu’elle avait pris dans l’intention de se donner du calme , une très-vive agitation ; croyant que la dose n’avait été pas assez forte , elle en prit le jour suivant trois quarts de grain en une fois ; elle fut prise une demiheure après d’étourdissement, d’un état d’ivresse avec bouffées, céphalalgie intense , pulsations dans tous les membres, chaleur et froid alternativement, malaise inexprimable , nausées , rots , altération dans tous les traits de la figure. Cet état dura toute la journée , et le malaise encore deux jours malgré les secours qu’on lui a prodigués fl). Un cas analogue a été observé par M. Gendrin après l’application d’un demi-grain d’acétate de morphine sur un cautère (2). Un jeune homme avait pris volontairement vingtdeux grains d’acétate de morphine ; n’ayant eu aucun secours pendant treize heures, il fut trouvé dans un état de coma le plus profond, avec râle, trismus, pouls à cent vingt-cinq battements par minute; il était enfin prêt à rendre le dernier soupir, lorsque Orfiia lui fit, à ce qu’il dit, une saignée de vingt-quatre onces , et lui administra un lavement émétisé. Vers le soir , le malade reconnut son médecin et lui parla d’une voix trèsfaible. On lui donna ensuite une infusion très-cliargée de caféetdel’eau vinaigrée; au bout de quatre jours, il fut convalescent (3). — Un autre individu, habitué aux fortes doses d’opium, ayant avalé en une seule fois cinquante grains d’acétate de morphine, se trouvait déjà dans un état de narcotisme très-profond lorsqu’il fut secouru à l’aide des saignées abondantes par le docteur J.-S. Castara, et il fut sauvé (4). Il n’y a pas long-temps qu’un médecin de Morlagne a eu occasion de voir un enfant , âgé de cinq ans, atteint
(t) Diction, des scienc. rnédic., t. xxxiv, p. 300.
(2) Transact. rnédic., t. v, p. 108.
(ô)Journ. de chim. méd., 1829, p.410, Bibliolh. méd., 1829, t. m, p. 120.
(4) Journal de chimie médic., 1831, n.
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MORPHINE
de fièvre intermittente, auquel on avait administré par mégardc un lavement avec du grains de sulfnte de morphine au lieu de sulfate de quinine ; la mort ne se ht pas attendre long-temps, elle a été précédée de tous les symptômes terribles que produisent les remèdes hyperslhénisants à haute dose (1).
§ Y. Effets dans les maladies. — La morphine a été louée dans le traitement d une l'oule de maladies de nature diveise ; dans quelques-unes manifestement hyposlhéniques, l’action de la morphine a été vraiment héroïque. De ce nombre sont, par exemple, l’empoisonnement par la noix vomique. Un fait de ce genre a été rapporté par le journal médical de la Gironde (2) ; un autre par M. Bally. On avait saupoudré avec de la noix vomique une plaie de vésicatoire, sur-le-champ une raideur tétanique effrayante est survenue , laquelle n'a cédé qu à 1 application de deux grains d’acétate de morphine sur la même plaie (3).
G. Pelletan croit que la morphine est un excellent correctif de l’iode ; il a observé chez une femme affectée de squirrhe à la mamelle tous les symptômes d’intoxication produits par l’iode disparaître sous l’influence d’uDe pommade très-chargée d’acétate de morphine (4). Le docteur Gairdner a de même guéri avec la morphine une affection d’estomac très-grave, causée par une forte dose d’iode (5). Le docteur Camazzoni nous a conservé les détails d’un grave diabète guéri avec les préparations de morphine. Ce médecin avait des idées bien arrêtées sur la nature hyposthénique du diabète cl sur la vertu hypersthénisante de la morphine; il éleva graduellement la dose du remède jusqu’à dix grains par jour, et il guérit la maladiesans accidents, si l’on excepte un léger état d’ivresse versles derniers temps et qui indiquait le plus haut degré de tolérance où il fallait s’arrêter. Cette tolérance ne doit point étonner, eu égard à la nature hyposthénique de la maladie.
Plusieurs praticiens donnent la morphine dans des maladies phlogistiques, et ils
(t)Journ. analyt. de méd., juillet 1829. Journ. hebdomadaire, t. ni, p. 496.
(2) Journal médic. de la Gironde, février 1825.
(3) Lambert et Lesicr, dans le Bulletin scientif. xiv de Tautologie, n. 47.
(4) Gazette de santé, 15 février 1829.
(5) Gazette de santé, 15 février 1829.
assurent obtenir des résultats heureux notamment dans les rhumatismes aigus et chroniques (1); ils en disent autant des névralgies de différentes espèces.
JNous aurions trop à fairesi nous voulions recueillir les cas isoles qu’on trouve consignés dans les journaux et autres ouvrages de médecine relatifs aux prétendus bienfaits de la morphine dans des maladies de nature sthénique , notamment dans celles accompagnées d’insomnie. — Nous nous contenterons seulement de dire que dans ces cas le remède n’a agi que comme palliatif. (Y. art. Opiüfo.) Nous en dirons autant des douleurs d'estomac (2) , de celles du squirrhe de la matrice et des seins (3), de celles de l’anévrisme de l’aorte pectorale (4), de celles qui accompagnent certaines paralysies (5), etc., et qu’on a pu réellement soulager à l’aide de la morphine.
§ VI. Appréciation des faits precedents. — Les mêmes divergences d’opinions que nous avons signalées à l’occasion de l’opium existent à l’égard de la valeur thérapeutique de la morphine et de ses préparations. Il est des praticiens qui accordent à l’opium la propriété d’exciter et qui la refusent pourtant à la morphine ; ils regardent cette substance comme calmante. Cette opinion est presque générale dans l’état actuel des connaissances , surtout en France. C’est là une grave erreur, selon moi. La morphine et ses préparations jouissent absolument de la même propriété que l’opium : ce sont des substances hyperslhénisantes, et voilà tout, mais à un degré plus élevé que l’opium, et celle hypersthénisation porte principalement vers l’encéphale.
Cette conclusion découle de l’examen rigoureux des phénomènes que ces substancesproduisent sur les animaux et l’homme en santé , et des autopsies cadavériques. Ces phénomènes, effectivement , se réduisant presque tous à l’engourdissement et à
(1) Bally, ni. c. Blanc, Nouv. biblioth. médic., 1829, t. ru, p. 267. Gerhard, Tba norlli Americ. mcdic. and surgic. journ.,
(2) Alloncau, ouv. cité.
(3) Magendie, Abribat. s. c. Quadrî, Ann.univ, di med. di Omodeî, v.31 etôi, Bicotti, Saggio di osservaz, sull ital. di morfina. Ann. univ. luglio, 1829.
(4) Magendie, Nouv. journ. d« méd.,
(5) Bally, Mém. cit.
morphine.
l'immobilité : la différence établie par Al. Magendieàcesujelest purement hypothétique. L’action hypersthénisante de la morphine n’est nullement douteuse chez l’homme en santé, et il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler que, d’une part, la morphine dissipe les symptômes d’intoxication arsénicale, dont la nature asthénique ne saurait être révoquée en doute; de l’autre, que l’empoisonnement par la morphine n’est heureusement traité qu’à l’aide d’abondantes saignées. Ajoutons enfin que dans le traitement des maladies, les elïets de la morphine n’ont été réellement utiles qu’alors qu’il s’est agi d’affections hyposthéniques.
Cette opinion, je le sais bien, n’est pas celle de tout le monde. Le flambeau de l’analyse cependant et de la critique raisonnée parvient aisément à démontrer que les faits isolés qu’on voudrait nous opposer, contrairement à cette manière de voir, ne prouvent absolument rien. Tous ces faits effectivement examinés de près, nous montrent que la morphine avait été donnée à des doses si minimes (un sixième ou un huitième de grain), que l’excitation à laquelle elle aurait pu donner lieu devait passer inaperçue. Que si on est parvenu à calmer, avec cette substance, les douleurs dans des cas de squirrhes, de cancers, de plaies h la matrice, cela n’a eu lieu que trèspassagèrement, ni plus, ni moins que le feraient l’opium ou le vin en enivrant les malades et en émoussant leur sensibilité ; ou bien il n’était question que des douleurs chroniques, lesquelles ordinairement s’arrêtent naturellement pour reparaître plus tard. Que si on est parvenu à adoucir certaines douleurs rhumatismales, il est très-probable que, par la mobilité de certaines conditions pathologiques, on serait parvenu à obtenir le meme effet avec la plus légère potion sudorifique, et même par une sueur spontanée. On doit, en outre, remarquer que les partisans de la prétendue vertu calmante de la morphine prescrivent cette substance toujours par petites doses, et la combinent souvent à de fortes doses de calomel ou à d’autres remèdes anli-phlogistiques, tels que la saignée, etc. Ils ne tiennent pas compte de ces derniers moyens, et en rapportent tout l’effet à la dose minime de la morphine. Je regrette qu un des plus habiles observateurs de rari.,, M. Bouillaud, ait publié des cas de cette nature, où il est question, en première ligne, de la morphine administrée Giaeomini.
par la méthode endermique à la dose d’un demi-grain, et d’abondantes saignées qu’on avait pratiquées en même temps; il s’agissait de rhumatisme, de tic douloureux, de maladies hypérémiques en un mot, et l’on attribue à la morphine des honneurs qui appartiennent entièrement à la saignée (1).
Tels sont les faits qu’on met en avant en faveur de la morphine dans les maladies sthéniques ! L’histoire rapportée par le docteur Severini n’est pas dissemblable des précédentes ; il y est question d’une névralgie plantaire traitée par l’acétate de morphine, chez un jeune homme.
La première fois on l’arrêta par le moyen des sangsues et de l’acétate de morphine à la dose de quatre grains dissous dans une livre d’eau, pour en faire des bains de pieds. Dans une seconde attaque, les bains de pieds n’eurent point d’effet, et même le mal empira. On pratiqua une saignée d’une livre, qu’on répéta vers le soir; on en fit une troisième moins forte dans la nuit, par l’application de dix sangsues aux malléoles. Le lendemain on prescrivit un quart de grain d’acétate de morphine par bouche. Les douleurs s apaisèrent petit à petit, et cessèrent les jours suivants; on répéta le quart de grain de morphine, qui reçut les honneurs de la cure. L’auteur de cette observation se demande comment il se fait que la morphine n’ait pas eu d’effet dans le bain de pieds et qu’elle ail agi si énergiquement quand on l’a donnée par bouche (2)? Nous demanderons à ce médecin s’il ne compte pour rien les trois saignées et les sangsues ? Il dira peutctie qu elles n ont rien fait, parce qu’on a bandé le bras et fermé les piqûres des sangsues avant que la douleur fût calmée. Enfin, pour en finir, nous laisserons aux lecteurs l’analyse des autres ta.ts.il ne sera pas difficile de faire comprendre qu’ils tombent tous devant l’exa men rigoureux, et qu’aucun d’eux ne prouve réellement la propriété qu'on attribue a la morphine.
§ VII. Action mécanique. — L’action mecanico -chimique de la morphine et de ses sels les plus usités, est fort légère ; faiblement astringente si on la donne en
(1) Journal universel et hebdomadair do médecine, t. v. n. 72, février 1832 (-) Bulletlirio délie scienze inedicln dclla societ. raedic. cliir. di Bologn-, anno v , vol. vm, aprile et maggio 1833
NARCOTINE.
solation; lorsqu’on l'applique sur le derme dénudé ou sur une partie phlogosée, elle agit comme tous les. sels solubles, et peut arrêter une inflammation commençante fort légère. On pourrait expliquer par là les bons effets instantanés que quelq ues oculistes ont obtenus des solutions des sels de morphine dans les ophllialmies. Il n’est pourlant ni prudent ni logique de suivre une pareille pratique, car l’action mécanique locale est bientôt suivie de l’action dynamique par suite de l’absorption. Cette action est stimulante, et, par conséquent, diamétralement opposée aux vues du praticien.
§ Y III. Mode d' administration. — Parmi les sels qu’on prépare avec la morphine, trois sont le plus en usage : l’acétate, le sulfate et le chlorhydrate. On donne généralement la préférence à ces deux derniers, car l’acétate est moins soluble. La morphine pure a une action très-prononcée sur l’économie, à cause de son insolubilité dans l’eau froide ; on ne l’emploie jamais seule, mais toujours à l’état de sel. L’acétate de morphine, bien préparé, cristallise en demi- sphères aiguillées; étant bien déliquescent on doit le conserver dans des flacons bien clos. Il est amer, soluble dans l’alcool. On dirait que l’eau le décompose, car une partie de ce sel se précipite au fond, de sorte qu’il convient d’ajouter toujours à la solution aqueuse quelques gouttes d’acide acétique. Le sulfate de morphine cristallise en aiguilles soyeuses divergentes; il est soluble dans le double de son poids d’eau. L’azotate et le chlorhydrate de morphine s’obtiennent sous forme de rayons divergents. On administre la morphine par bouche, et plus généralement par la méthode endémique. La dose de la morphine pure et de ses sels est d’un huitième à un quart de grain, rarement d’un demigrain, qu’on peut, au besoin, répéter une ou plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. On doit agir avec la plus grande circonspection dans l’augmentation des doses, afin d’éviter les empoisonnements auxquels elle ne manquerait pas de donner lien. MM. Magendie, Bally et autres prétendent que l’habitude a très- peu de pouvoir pour affaiblir l’action de celle substance; nous avons pourlant vu, dans l’histoire du diabète rapportée plus haut, que des doses énormes ont pu être administrées petit à petit et tolérées; cela lient, ainsi que nous venons de le dire, aux conditions particulières de l’organisme malade. M. Magendie a imaginé un sirop d a:
cétate de morphine, dont chaque quatre onces contient un grain de sel ; on en prescrit une cuillerée à café tontes les trois heures. Lorsqu’il est question de mettre en pratique la méthode endermique, après avoir dénudé la peau de son épiderme au moyen d’un épispastique, on applique un sel de morphine en poudre à la dose d’un demi à trois quarts de grain si toutefois on n’aime mieux en faire un onguent ou un cataplasme. Pour panser la plaie on doit en augmenter la dose selon les cas.
Formules-modèles.
1° Solution.
2| Acétate de morphine, 1 grain.
Eau distillée, 4 onces.
Acide acétique, lOgoutt.Diss.
A prendre une cuillerée toutes les deux heures.
2° Pilules :
21 Sulfate ou chlorhydrate
de morphine, 1 grain.
Eau distillée, 6 goutt. Diss.
Ajoutez: mie de pain et sucre, q. s. f. pilules 8.
On en prendra une toutes les trois heures.
NARCOTINE.
Relativement aux autres principes constituants de l’opium, tels que la narcéine, laméconine, l’ulmine, etc., on n’a pas encore assez de données chimiques pour être autorisé à leur donner une place parmi les agents thérapeutiques. — Les faits que nous possédons sur la narcotine, ne sont pas non plus en assez grand nombre pour bien établir son action sur l’économie. Nous nous bornerons donc à dire que la narcotine, appelée autrement principe crystnllisable deVevosne , substance découverte par ce chimiste, est solide, blanche, inodore, insipide et cris- • tallisée en prismes. L’eau froide n’agit presque pas sur elle; l’alcool bouillant et l’éther la dissolvent. Elle est très- légèrement narcotique. Orfila prétend I avoir démontré que douze grains de narcotine eu solution dans l’huile d’olive ou dans les acides acétique et sulfurique donnent la mort aux chiensassez promptement, avec de violentes convulsions, ou h la suite d’un assoupissement complet. Les expériences de Bally tendraient, au contraire à prouver que cette substance n’a aucune activité. M. Magendie ne considère point la narcotine commeun médicament.
ORDRE IV
HYPERS ï HÉ NIS AN TS RACHIDIENS.
Ce que nous avons dit dans les généralités des remèdes hy persthénisants céphaliques s’applique sans restriction à ceux dont nous allons nous occuper ; seulement leur action paraît se prononcer plus particulièrement sur le cervelet et la moitié antérieure de la moelle épinière; aussi les avons- nous appelés hypersthénisants spinaux.