II Y P O S T II É N I S A N T S GASTRIQUES
Les observations que nous avons faites sur l’appareil digestif à l’occasion des bypersthénisants gastro-entériques s’appliquent encore ici. Une remarque importante à rappeler, c’est que , si les remèdes gastriques portent de préférence leur action sur l’estomac , ce n’est pas k cause de leur contact avec ses parois ; car, si cela était, tous les remèdes qu’on preud par la bouche produiraient le même effet , et aucun de ceux qu’on applique sur la peau ou ailleurs n’agirait sur l’estomac , tandis qu’on voit arriver précisément le contraire tous les jours. En traitant du tartre stibié , nous avons démontré que le vomissement avait lieu lors même qu’on appliquait ce sel sur la peau ou qu’on l’injectait dans les veines , pourvu qu’il fût à une dose convemble et dans des conditions propres à l’absorption. Cette vérité est si généralement ignorée que les auteurs de matière médicale ont basé leur doctrine précisément sur l’erreur que nous combattons. Le contact immédiat , le choc au le stimulus de la substance avalée sur les parois de l'estomac est pour eux a source ou l’instrument d’où découlent directement les effets thérapeutiques , esquels sont par eux attribués primitivement h l’estomac , et s’y borneraient exclusivement si le jeu des sympathies et les antagonismes ne donnait lieu à ces mêmes effets sur les organes plus ou moins éloignés. Cela posé, l’application l’une substance soit sur la peau, Soit aileurs, devrait occasionner des effets tout lilférents; tandis qu’eu en produisant l’identiques, on est embarrassé pour en
donner l’explication. Ces auteurs au reste essaient de tout expliquer au moyen de la mystérieuse influence des sympathies et des antagonismes combinés entre eux.
Ou rencontre parfois des imaginations si heureuses et si faciles, pour lesquelles rien n’est obscur, inexplicable ! Pour nous l’impression immédiate d’un remède ingéré ne peut avoir lieu que sur la mucosité de l’estomac et sur l’épithélium , lequel , par sa nature inorganique , ne peut recevoir du remède que des changements provenant de ses qualités mécanico-chimiques. Si l’on veut que l’impression ait lieu sur des parties vivantes et sensibles, si l’on veut qu’elle se passe sur les nerfs , il faut que les molécules aillent au-delà de l’épithélium, qu’elles pénètrent les tissus, ce qui ne peut arriver que par le moyen des vaisseaux , par l’absorption et consécutivement à la digestion. Ainsi, ou le remède peut être digéré , alors son action immédiate sur les parois de l’estomac est presque nulle, puisque les parois mêmes et les sucs gastriques agissent sur lui , et les vaisseaux absorbants s'en emparent ; ou il n’est pas assimilable , alors il agira, comme corps étranger, par sa masse , par son poids , par son frottement , par ses propriétés chimiques , sur l’épithélium et sur les tissus qu’il recouvre et irrite ; mais celte action sera purement mécanique , bornée simplement au lieu de l’attouchement , et ne pourra s’étendre à d’autres parties, si ce n’est par continuité, par la diffusion de l’irritation même , de molécule à molécule , dans le même tissu , ou bien
BISM0TH.
encore en passant à travers les tissus par endosmose. Conséquemment , les remèdes n’exercent pas môme leur action dynamique sur l’estomac et sur les intestins s’ils n'ont pas été préalablement digérés et absorbés d’abord. Les ganglions nerveux appartenant à l’appareil gastrique ne peuvent en éprouver l’influence thérapeutique que par le moyen du chyle ou du sang artériel , qui s’est approprié les parcelles.
Ainsi, il importe, pour bien comprendre le mode d’action des hyposthénisants gastro-entériques, de regarder la digestion comme une fonction composée de plusieurs actes négatifs, les uns en raison inverse des autres; de sorte que les influences qui agissent en augmentant les uns, diminuent nécessairement le degré des autres. Si dans la fonction de la digestion on peut regarder comme actifs le mouvement vermiculaire , l’élaboration des humeurs gastriques et l’absorption , on doit considérer comme passifs le sentiment de la faim, la sécrétion, ou l’excrétion des humeurs sécrétées. Le résultat des hyposthénisants gastro-entériques chez l’homme en santé sera la reproduction ou l’augmentation du sentiment de la faim, en aidant l’évacuation et la perle des humeurs, et parlant en diminuant ou arrêtant l’absorption du chyle , en affaiblissant le système musculaire, et en rendant enfin moins élaboré le mucus intestinal. — Ce que nous avons fait par rapport à l’autre classe, nous le faisons dans celle-ci, divisant en deux ordres les remèdes, savoir : en hyposthénisants gastriques, et hyposthénisants entériques.
On rencontre effectivement des remèdes dont l’action est bien plus prononcée sur l’estomac que sur le canal intestinal, et vice versa.
Il a déjà été question, dans ce traité, de quelques hyposthénisants gastriques, et même des plus actifs; mais comme leur action n’est pas bornée à cet appareil , puisqu’elle s’étend à d’autres et même à toute la constitulion , nous sommes obligés de les placer dans un autre ordre d’agents thérapeutiques. Le tartre slibié, par exemple, ne développe pas toujours sa puissance hyposthénisante sur tous les vaisseaux artériels. Lorsqu’il est administré à dose modérée et dans des conditions particulières, on dirait qu’il borne son action aux artères de l’estomac, et détermine sur elles un relâchement immédiat, augmente par là l'exosmose de leurs parois; de là une des
conditions essentielles au vomissement.
IN'ous nous sommes déjà expliqué sur ce: sujet. Le tartre slibié, administré à la dose et dans les conditions indiquées , . est un véritable hyposthénisant gastrique. L’ipécacuanha , la scille, le col— chique, la digitale et d’autres hyposthénisants, se trouvent également dans cette catégorie, toutes les fois qu’ils déterminent le vomissement; car le vomissement hyposthénique (qu’on distingue aisément de celui d’une autre nature) estt d’ordinaire le symptôme d’une forle action hyposlhénisante sur les vaisseaux':
exhalants de l’estomac. — Mais ce viscère: est aussi constitué d’autres tissus trèsimportants, tels que les cryptes ou follicules muqueux, les nerfs, les membranes, etc.; tous ces tissus, qui constituent l’organe principal de la digestion , peuvent être modifiés différemment par:
l’action de quelque remède particulier..
C’est précisément île ces remèdes que.
nous allons nous occuper.
BISMUTH ( Bismiithum ).
§ Ier. Caractères physiques. — Ou trouve ce métal, dans la nature, l» à. l’état natif; 2° combiné avec l’oxygène;. 3° uni avec le soufre; 4° enfin à l'était de combinaison avec l’arsenic ou le tellure. Le bismuth métallique est solide,, d’une structure lamelleuse, d’un blanc, jaunâtre, friable, très-fusible, et cristal— lisablc en cubes qui se disposent les unspar rapport aux autres, de manière àx former une pyramide quadrangulaire renversée.
§ II. Notions chimiques. — Il est; fort peu altérable à l’air. A l’aide du calorique, il se combine à l'oxygène avec:
rapidité et avec dégagement d’une légère lumière bleuâtre; il se forme alorsi un oxyde de bismuth jaune (fleurs dee bismuth). — En traitant le bismuth aveco l’acide azotique affaibli, ou obtient I l’azotate de bismuth sous forme de petites paillettes transparentes, ou d’une J poudre blanche. Le sous-azotate de bismuth bien lavé constitue le magistère; de bismuth ou blanc de farJ, à cause de: l’usage qu autrefois les femmes en faisaient, en se fardant la figure et même1 le sein. — En dissolvant le bismuth natif dans l’eau régale, on obtient le chlorure hydraté, connu autrefois sous le nom de beurre de bismuth, d’une saveur acide
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et caustique, fusible à une douce chaleur; d’une couleur blanche, inodore.
J 11. Effets sur tes animaux. — Ortila a obtenu, chez les chiens, les mêmes effets par le sous-azotate de bismuth dissous et injecté dans les veines, qu’administré par l’estomac, savoir:
malaise, vomissements répétés, vertiges, faiblesse très - prononcée , aboiement plaintif, palpitations cardiaques, respiration accélérée, tremblements convulsifs, notamment aux membres abdominaux; mort. L’autopsie cadavérique montra les poumons d’une couleur hépatique foncée, avec distension des vésicules aériennes; l’estomac et les intestins sans la moindre altération (13). Avec quatre grammes, Mayer a tué des chats en six heures, et il a observé, indépendamment des phénomènes ci dessus, la cessation des mouvements du cœur, et la paralysie des extrémités postérieures ; dans l’estomac une couche gélatineuse, analogue à une membrane imbibée et ramollie (14). — D’après ces données, personne n’oserait certainement déduire que la mort ait été le résultat de l’irritation; mais tel est le pouvoir des idées préconçues, que Orfila en a conclu que le bismuth agit comme un poison irritant sur l’endroit où il est appliqué, et qu’il peut causer promptement la mort, soit en excitant sympathiquement le système nerveux, soit peut-être, après avoir été absorbé, en excitant directement le i cœur. D’après cette manière de voir, il | prescrit les remèdes anti phlogistiques i et les adoucissants pour combatte l’emipoisonnement produit par cette substance. Nous avons à peine besoin de ! faire observer que cette manière de voir lest tout-à-fait erronée et désastreuse.
§ IV. Effets chez l'homme bien portant.— J'ai essayé sur moi -même le isous-azotate de bismuth à petites doses, i savoir à dix, à vingt, et jusqu’à quarante centigrammes , sous forme pilu laire, le matin h jeun. L'effet sensible n’a été qu’une sensation de faim , ou plutôt de vacuité dans l’estomac, que je calmais aussitôt avec quelque peu d'aliment. L’eau simple, et le café noir, après avoir assoupi celte sensation pendant quelques minutes, la laissaient reparaître promptement, et avec plus de force, au
(13) Trailé des poisons, §510.
(14) Uebcr d. Bismuth, etc. Hufeland’s Journ., 1831, 10 St., oct., p. 05.
point de déterminer une lassitude extrême. Il m’arrivait souvent d’éprouver une augmentation dans la sécrétion des urines, surtout lorsque je prenais une pilule avant de m’endormir. Pott remarq ua que cette substance à fortes doses produisait de l’angoisse, des nausées, le vomissement, des vertiges, de la lassitude, la | etitesse et la faiblesse du pouls, des défaillances (15). Tous ces symptômes caractérisent pour nous l’hyposthénie, qu’on peut calmer et détruire au moyen de l’alcool et de l’opium.
§ V. Effets dans les maladies. — Odier, étant parvenu à dissiper des eardialgies qui n’avaient cédé à aucun autre remède, donna de la célébrité au bismuth contre cette maladie (16). La cardialgie compliquée avec une extrême sensibilité et irritabilité a été guérie assez promptement avec ce remède, par Carminati (17), par Bornât (18), par Delaroche , par Gué , par Lombard , par Trousseau (19). La cardialgie associée à l’abus des substances stimulantes a été apaisée par Yenluri (20). Ne cédant pas à l’opium , Schæffcr la fit cesser à l’aide du bismuth (21). Clarke obtint le même résultat dans la gastrodynie et dans le pyrosis (22); Odier, Carminati, Bordsley et Yeals (23), dans la dyspepsie compliquée d’une sensibilité exquise et de douleur à l’estomac. La même chose a lieu dans les vomissements opiniâtres, d’après Tlniessink (24) et Kopp (25). Meme dans les cas où le vomissement est dû à un squirrhe au pylore, si on ne parvient à le guérira l’aide du bismuth, on est presque toujours sûr de le calmer, ainsi
(15) De bismuth, observ. collect. r.
BcroL, 4793.
(10) Ancien journal do médecine»
t. I.XV1U, 4786.
(17) Opusc. therapeut., t. J, n. 2, p. 90, 1788, *
(48) Journal de médecine, chirurgie et pharmacie, t. nxxiv, janv. 4788.
(49) Bulletin médical de Bordeaux. t. n, p. 60.
(20) Giorn. dcllanuov. Doit. med. ital..
fasc. vm, p. 169.
(21) Hufeland’s Journ., 46 Bd., 2 st..
(22) The Edinb. Journ. , t. v, p. 269.
(23) Quartcrly Journ., t. vm, p. 295.
(24) Muséum d. Ileillc., 3 Bd.,p. 445.
(25) Boobacht. in geb. d. pracl. lleilk ,