‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 123 sur 168 · MANNE · texte numérisé non relu

MANNE

ment. Les tamarins entrent dans la composition de plusieurs élcctuaires ; ils donnent le nom à l’électuaire tâniarindé d’Hostius; on les fait entrer aussi dans l’électuaire hydrngogue de Sylvitis, et dans presque tous les électuaires dits adoucissants.

MANNE ( Manna calabrica ).

§ Ier. Caractères physiques. — Presque toute la manne qu’on consomme en Europe provient de la Sicile, de la Calabre et de la Pouiile. C’est une matière niuco-sucrée , concrète, qui découle du tronc de plusieurs espèces de frêne , savoir du fraxinus ornus , du fraxinus rotundifolia -, du fraxinus exce/sior , etc. Les Siciliens , pour en obtenir en grande quantité, environnent le pied de l’arbre d’une couche de feuilles, ils pratiquent à la partie supérieure du tronc des incisions peu profondes , dans- lesquelles ils introduisent de petits brins de paille, pour faciliter l’écoulement du suc, qui se fait ordinairement depuis midi jusqu’au soir; il s’offre sous l’apparence d’une humeur claire qui s’épaissit pendant la nuit, et devient tout-à-fait solide. On en fait la récolte le matin de bonne heure, tous les deux jours pour chaque arbre, dès la moitié de juin jusqu’au mois d’aoùl. On distingue trois espèces de manne dans le commerce :

1° Celle qui reste altacbée à l’arbre ( manne en larmes), et qui est en gros morceaux plus ou moins allongés, légers, en forme de stalactites, de couleur blanche, légèrement jaunâtre; d’une saveur sucrée assez agréable, lorsqu’elle est récente. C’est celle qui exsude naturellement par les grandes chaleurs de juillet et d’août, qui est la plus pure et la plus estimée.

2° La manne qui découle sur le sol , et qu’on appelle manne en sorte. Elle est un peu moins sèche que la première; en grumeaux irréguliers un peu gras , réunis en masse; elle est plus jaune que celle en larmes. Sa saveur et son odeur sont un peu nauséabondes. Cette manne est celle qu'on emploie le plus généralement en médecine.

3« La manne grasse. On la ramasse dans des trous pratiqués aux pieds des arbres. Elle est gluante, molle, brunâtre, mêlée de quelques petits fragments de matière blanche et de substances étrau-

gères ; son odeur est nauséabonde , et sa saveur peu agréable. Celte variété n’est employée qu’en lavement.

§ II. Notions chimiques. — Proust avait déjà signalé la mannile; mais c’est particulièrement àM. Thénard qu’on en doit la connaissance. C’est une matière blanche et solide', d’une saveur douce, cristallisée en aiguilles demi-transparehtés, inodore, soluble dans l’eau ; la mannile constitue la plus grande partie de la manne. On a rencontré aussi celte substance, mais en petite quantité, dans le céleri ordinaire, dans le suc fermenté d’oignon, dans celui de carottes, de betteraves, et enfin, dans le miel fermenté. La manne contient en outre une substance incristallisable dénaturé muqueuse, nauséeuse. — La manne exposée à l'air spécialement humide entre en fermentation à la longue, ce qui fait que les droguistes doivent user de précautions pour la conserver blanche et solide. L’alcool la dissout entièrement.

§ III. Effets sur l’homme bien portant. — On s’est d’abord servi de la manne comme aliment dans les contrées où elle se rencontre en abondance. Lorsqu’elle est récente , elle jouit des mêmes propriétés que les autres substances sucrées. Peut-être qu’un premier degré de fermentation qu’elle ne tarde pas à subir lui donne . après quelque temps qu’elle a été cueillie , les qualités légèrement purgatives dont elle jouit; aussi s’en serton fort souvent comme purgatifs doux.

— Lorsque la manne est vieille et rance, elle occasionne des flatuosités, des tranchées , des gonflements d’entrailles, et “ême des vomissements : ces effets sont dus à l’âcreté qu’elle a acquise en fermentant. M. Martin-Solon s’est assuré que la mannile jouit d’une action purgalix'e plus prononcée que la manne (48). — M. Thénard, cependant, prétend que la mannite n’est nullement purgative (49).

§ I) ; Effets dans les maladies et appréciation de l action. — Pour les enfants, les individus délicats, et les femmes grosses, qui ont besoin d’être purgés doucement, on a ordinairement recours à la manne. Dans les cas de phlogose intestinale, de coliques inflammatoires, dans les dysenteries, elle est prescrite avec as-

(48) Bulletin de thérapeutique, avril

(4!)) Dictionnaire classique d’histoiro naturelle, t* x, art. Manne,

HUILES

s lira n ce , même par les médecins français, dont plusieurs sont d’opinion que les purgatifs les plus légers peuvent occasionner des irritations intestinales (50). — L’observation apprend cependant que la manne ne purge pas à cause d’une prétendue surexcitation qu’elle occasionne dans les intestins, mais bien d’un relâchement qu’elle détermine dans la membrane muqueuse dont elle augmente la sécrétion. — La manne produit aussi un relâchement analogue dans les autres membranes muqueuses qui ont des rapports de contiguïté avec celle de l’appareil gastrique, notamment dans celle des voies puluionaires. On comprend pourquoi on use de la manne avec succès dans les affections catarrhales , dans la toux sèche, dans les sub-bronc,hites et dans la bronchite chronique. On comprend aussi pourquoi elle remplace assez bien les conire-stinrniants légers dans toute espèce d’affection phlogistique , dans les maladies des voies urinaires, dans la variole, et autres exanthèmes aigus accompagnés de fièvre.

Il faut convenir pourtant que, dans toutes ces affections, l’action de la manne est fort légère : aussi l’a-t-on presque complètement abandonnée. — 11 est bon de savoir que certains droguistes qui n’ont pas de la manne belle et fraîche font dissoudre de la manne grasse, ou celle en fragments agglutinés et un peu rantce, la clarifient au charbon animal ou au blanc d’œuf, la font épaissir autour d’un gros fil, comme pour les chandelles , et la mettent dans le commerce. Us fondent aussi des mannes vieilles, en y ajoutant de la scammonée , du jalap ou du séné finement pulvérisés ; dans ce cas , elle devient très-purgative.

§ Y. Mode d' administration*, — Les personnes auxquelles la saveur douceâtre, nauséeuse de la manne n’est pas trop désagréable, peuvent s’en servir en la mangeant tout simplement. D’ordinaire, pourtant, on la fait fondre à une douce chaleur dans du lait, du bouillon ou dans de l’eau pure, à la dose de 40 à 90 grammes (f à 3 onces), en y associant quelque autre purgatif.

Formule-modèle.

Potion purgative.

2J. Manne en sorte , GO grammes (2

onces).

(50) Mérat et Delens, Diclionn., t. iv, p. 225.

Sulfate de magnésie, 15 grammes (demionce).

Follicules de séné, 8 grammes (2 gros).

M. et faites bouillir pour quelques minutes dans :

Eau de fontaine, 200 grammes (7 onces).

Passez a travers un linge et laissez refroidir.

A prendre en une fois.

On en fait aussi des pastilles. A cet effet, on la triture quelque temps dans un mortier chaud , avec quelques gouttes d’huile essentielle d’écorce d’orange.

Tablettes de manne.

2J. Manne pure , 120 grammes (4 onces).

Sucre blanc, G0 grammes (2 onces).

Gomme arabique pulv., 30 grammes (l once).

Eau de fleurs d'oranger , s. q. pour en faire une pâte , puis pastilles ou tablettes, qu’on fait sécher à une douce chaleur.

On compose aussi avec la manne un looch pectoral très-utile dans les toux sèches et opiniâtres.

2J. Manne pure, sirop de guimauve, de chaque 60 grammes (2 onces).

Huile d’amandes douces, 30 grammes (1 once).

Eau pure, 180 grammes (G onces).

Eau de fleurs d’oranger, 12 grammes (3 gros).

Après avoir fait fondre la manne à une douce chaleur, on y incorpore exactement l’huile et le sirop. — La mannite est lout-à-fait inusitée.

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